L'histoire du football à Saint-Pol-sur-Mer est riche et complexe, intimement liée à son passé portuaire et à son évolution sociale. Cet article explore les différentes facettes de cette histoire, des premières influences maritimes à l'émergence des clubs locaux.

Carte de la Bretagne
Les ports, vecteurs d'introduction du football en Bretagne
Véritables portes d’entrée du football, les ports contribuent fortement à la diffusion du jeu en Bretagne au début du XXe siècle. En position d’ouverture au monde, le port favorise les rencontres, les échanges et l’acculturation aux innovations comme le football. Souvent assimilée à une périphérie, la péninsule bretonne se trouve au contraire, au début du XXe siècle, au cœur des relations tissées par l’économie britannique en Europe, en prise directe avec ce centre de la modernité.
Dans la première phase du processus de diffusion du football en Bretagne (années 1890-1914), les ports jouent un rôle clé. Vers 1893, les premières parties de ballon se disputent sur les grèves de Chasles ou du Sillon, à Dinard et Saint-Malo, à l’initiative de John Spruyt De Bay, directeur d’une maison d’éducation anglaise à Saint-Servan.
Le rôle des communautés britanniques
Établie sur la Côte d’Émeraude, une petite colonie britannique travaille dans les compagnies commerciales et maritimes, dont la Western de Southampton qui dispose de bureaux à Saint-Malo et exploite une ligne régulière Bretagne-Angleterre. Ses membres forment certaines des premières équipes évoluant sur le sol breton, à l’instar du Brittany Football and Hockey Club du Gallois Arthur Griffith, entraîneur appointé en 1907 par le Stade Rennais Université Club (SRUC).
Comptant parmi les clubs doyens à l’échelle nationale, il décline un modèle, fréquent à l’échelle mondiale, d’expansion du football à partir des voies de l’impérialisme informel et du capitalisme anglais (espaces portuaires et ferroviaires). Les Anglais de Saint-Servan, devenus au fil du temps les Diables Noirs, dominent presque sans partage les compétitions régionales jusqu’au début des années 1920, avant d’être supplantés par leurs rivaux rennais puis brestois, lorientais, quimpérois et angevins.
Ces transferts culturels transmanche méritent d’être resitués à une autre échelle, en raison des circulations inter-arsenaux repérées (jusqu’à Toulon ou l’Afrique du Nord) ou d’autres mobilités (diaspora bretonne au Havre). L’enracinement des premiers clubs avant les années 1930 dévoile une ceinture de ports en Bretagne, y compris de rang secondaire (Erquy, Saint-Cast), calquée aussi sur le circuit des pratiques touristiques balnéaires.
Spécificités du football dans les ports bretons
Le port favorise les rencontres, les échanges et l’acculturation aux innovations comme le football. Mais les ports conservent une singularité, une identité forte qui renvoie à ces espaces à nul autre pareil : un tout petit monde caractérisé par une géographie sociale fermée. Il existe en Bretagne un football arrivé par le port, des clubs construits dans le port, suscitant une identification.
Parfois, la dimension portuaire modèle peu le club de football, notamment quand il s’agit plus d’espaces littoraux, urbains et industrialisés, voire de villes moyennes de fonds d’estuaire (Dinan, Vannes, Quimper, Landerneau). Il n’en va pas de même dans les espaces aux identités ouvrières plus marquées, des zones industrialo-portuaires aux caractéristiques économiques différentes (Brest, Saint-Nazaire, Lorient, Concarneau, Douarnenez).
Le cas de Lorient : l'exemple des Merlus
Adossée à l’univers spécifique de la pêche, l’histoire des Merlus lorientais (FCL) est inextricablement liée à celle du port. L’aventure du football lorientais prend une autre tournure avec l’initiative corporative des mareyeurs de la Marée sportive en 1925, autour de Caroline Cuissard, ancienne poissonnière aux halles de Saint-Etienne, le club muant dès avril 1926 en FC Lorientais. Ainsi s’entrecroisent milieux sportifs et économiques, dans une ville revitalisée par l’émergence du port de pêche de Keroman, en juillet 1927, qui assure le doublement du volume de poisson pêché en 1939.
Prééminent face à Lorient-Sports et au CEP, le club tente l’expérience professionnelle en 1967 mais peine à rassembler autour de lui les pouvoirs et forces économiques, politiques à l’échelle locale.
Quand la Ligue de Bretagne de Football surfe sur l'effet Coupe du monde
Saint-Pol-sur-Mer: Un quartier historique en mutation
Construite par la Compagnie des chemins de fer du Nord au début des années 1920, la cité des Cheminots de Saint-Pol-sur-Mer fut, durant plusieurs décennies, une véritable ville dans la ville. Gérée par un conseil d'administration, elle fonctionnait sur le principe de l'autosuffisance, idée chère à Raoul Dautry, l'inspirateur de ces cités-jardins.
La cité des Cheminots possédait ses propres commerces, services sociaux, activités festives, sportives et culturelles, son église et même sa piscine, le tout fonctionnant sous l'oeil vigilant du garde champêtre. Aujourd'hui fondu dans le paysage local de Saint-Pol-sur-Mer, ce quartier historique s'apprête à connaître une mutation urbaine.
Dans ce contexte, l'histoire sportive locale, et notamment celle du football, prend une dimension particulière. Le Stade Léonard Kreisker (SLK) avait marqué les esprits en atteignant le 8e tour de la Coupe de France en 2012. L’année suivante, les Saint-Politains s’étaient hissés jusqu’au 5e tour, toujours vêtus de la mythique tenue de la compétition. Douze ans plus tard, l’histoire pourrait se répéter.

Le Stade Léonard Kreisker