La disparition de Medhi Narjissi, jeune joueur de rugby U18, a suscité une vive émotion et des interrogations sur les circonstances de ce drame. Retour sur les faits et les développements de l'enquête.

Les Faits : Disparition en Mer
Le 7 août 2024, Medhi Narjissi, âgé de 17 ans et espoir du Stade Toulousain, disparaît en mer lors d'une séance de récupération organisée sur une plage réputée dangereuse près du cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Le jeune joueur participait à un stage avec l'équipe de France U18. Selon un communiqué de la FFR, Medhi Narjissi a été emporté par une vague alors que ses coéquipiers et lui sortaient d’une baignade en bord de mer, au cap de Bonne Espérance.
Un an après sa mort, sa famille est retournée sur les lieux du drame à Dias Beach, où une cérémonie a été organisée en hommage au jeune joueur. Une stèle devrait y être déposée.

Plage de Dias Beach
L'Enquête et les Mises en Examen
Le parquet d'Agen a été saisi fin août par la famille du joueur. Une enquête judiciaire pour "disparition inquiétante" est ouverte le 21 août 2024. L’enquête a été requalifiée en homicide involontaire le 15 octobre 2024.
Un juge d'instruction du parquet d'Agen a procédé à la mise en examen de l'ancien manager des U18, Stéphane Cambos, le 2 juin 2025, après celle du préparateur physique, Robin Ladauge, le 16 mai dernier. Ils sont poursuivis pour homicide involontaire.
Après sa disparition, les conseillers techniques sportifs de l'équipe des U18 ont "été suspendus à titre conservatoire" par le ministère des Sports à la demande de la FFR.
Stéphane Cambos, de son côté, a déposé une plainte visant la FFR pour dénonciation calomnieuse.
En mai et en juin, un juge d’instruction d’Agen a procédé aux mises en examen de Robin Ladauge et de Stéphane Cambos pour homicide involontaire dans l’enquête pénale ouverte après le drame.
Ce mardi 24 juin, Stéphane Cambos et Robin Ladauge, ex-encadrants des U18, ont été confrontés pendant près de quatre heures par le juge d’instruction d’Agen (Lot-et-Garonne), dans l’enquête sur la mort tragique de Medhi Narjissi. Le face-à-face visait à éclaircir les responsabilités respectives de chacun.
Les Responsabilités et les Sanctions
Mi-septembre, dans un rapport d'enquête interne, la Fédération française de rugby a mis en cause l'encadrement des U18 présent lors du rassemblement en Afrique du Sud. "La décision d'organiser une séance de récupération dans l'eau sur la plage de Dias Beach a été prise sans considérer la dangerosité du site", a-t-elle notamment estimé.
Fin avril, la famille du joueur a également été reçue par la ministre Marie Barsacq qui leur a présenté le rapport de l'enquête administrative menée parallèlement par l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR) à l'automne dernier. Ce document révèle des "fautes graves" dans l'organisation de ce séjour encadrant des mineurs, indiquait le père du joueur et ancien talonneur, Jalil Narjissi.
L'ex-préparateur physique de l'équipe de France U18 a été révoqué de la fonction publique, et l'ex-manager suspendu, après une procédure disciplinaire.
Le ministère des sports a prononcé la perte du statut de fonctionnaire pour le préparateur physique Robin Ladauge. L’ancien manageur de l’équipe de France U18, Stéphane Cambos, a, pour sa part, été suspendu deux ans, dont un ferme.
Ces sanctions sont considérées comme « le minimum » par Jalil Narjissi, le père du joueur, qui qualifie de « crime » le fait d’avoir laissé des adolescents se baigner sur cette plage accidentogène. « Ça ne ramènera pas notre fils Medhi, mais c’est logique que ces personnes-là, dont bien sûr M. Ladauge, soient révoquées. C’est le minimum qu’ils soient radiés de la fonction publique », a-t-il réagi auprès de l’AFP.
M. Narjissi juge « honteux » que Stéphane Cambos garde pour sa part son statut de fonctionnaire. « Il doit être radié de la fonction publique, ce monsieur-là. Il a les mêmes responsabilités, il est décisionnaire de cette mise à l’eau », accuse-t-il.
Me Céline Lasek, avocate de Robin Ladauge, a déclaré à l’AFP que son client déposerait un recours contre la sanction disciplinaire de révocation, basée selon elle « sur un récit qui est complètement erroné » du déroulé de cette séance de récupération. Robin Ladauge est « effondré » pour la famille de Medhi Narjissi, fait-elle valoir. « Il tient vraiment à dire qu’il pense à eux tout le temps. »
Pour sa part, par le biais de son avocat, Stéphane Cambos a assuré ne pas avoir été informé de cette sanction disciplinaire. « Si cette information est bien réelle, il déplore que cette décision individuelle ne lui soit toujours pas communiquée et considère donc à ce jour qu’elle n’a aucun caractère officiel », a écrit Me Arnaud Dupin dans un communiqué, disant vouloir attendre « le contenu formel de la décision » pour « éventuellement formuler des recours ».
« Depuis plus d’un an, M. Stéphane Cambos vit dans la douleur et reste profondément éprouvé par la disparition de Medhi Narjissi. Ce n’est malheureusement pas en le jetant publiquement en pâture, qui plus est pour des fautes qui ne lui sont pas imputables, qu’une meilleure justice sera rendue », a fait valoir son avocat.
Disparition de Medhi Narjissi : un rapport d'enquête accablant|TF1 INFO
Chronologie des Événements
Voici une chronologie des principaux événements liés à la disparition de Medhi Narjissi :
| Date | Événement |
|---|---|
| 7 août 2024 | Disparition de Medhi Narjissi en mer |
| 21 août 2024 | Saisie du procureur d'Agen et ouverture d'une information judiciaire pour disparition inquiétante |
| 27 août 2024 | Première prise de parole publique de la famille Narjissi |
| 3 septembre 2024 | Ouverture d'une information judiciaire pour « disparition inquiétante » |
| Septembre 2024 | Plainte de Stéphane Cambos contre la FFR |
| 15 octobre 2024 | Requalification de l’enquête en homicide involontaire |
| 15 avril 2025 | Garde à vue de Stéphane Cambos |
| 28 avril 2025 | Publication du rapport de l'IGESR |
| 16 mai 2025 | Mise en examen de Robin Ladauge |
| 24 mai 2025 | Hommage public à Medhi Narjissi |
| 2 août 2025 | Retour de la famille sur les lieux du drame |
| 3 août 2025 | Une nouvelle génération du XV de France U18 se rend en Afrique du Sud sur les lieux du drame |
Réactions et Hommages
La famille de Medhi Narjissi réclame des poursuites judiciaires contre Florian Grill, président de la Fédération française de rugby (FFR).« Pourquoi n’assume-t-il pas ses responsabilités ?, lance-t-il dans L’Equipe. Je n’ai jamais dit qu’il avait mis notre fils à l’eau. Mais il y a la question de toute la préparation du stage qui a été totalement défaillante, comme l’a démontré le rapport de l’inspection générale. Il doit répondre de ses actes devant la justice car tout un tas de fautes ont été commises en amont et ont abouti à ce drame. »
Valérie Narjissi a confié : « Ce qui me hante, c’est d’avoir fait confiance à la Fédération en pensant qu’ils étaient rigoureux, que tout était carré. Alors que c’est tout l’inverse. C’est une accumulation de manquements, avec des enfants mineurs. Ils n’avaient pas à mettre un pied dans l’eau… Il faut qu’il y ait vérité et justice pour Medhi. Nous, on a pris perpétuité. Cela ne nous le ramènera pas. Mais eux, ils ne peuvent pas s’en sortir.
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