L'Association Sportive de Saint-Étienne (ASSE), club mythique du football français, a marqué l'histoire par ses nombreux succès nationaux et ses exploits européens. Avec dix titres de champion de France, six victoires en Coupe de France et une finale de Ligue des Champions, l'ASSE est l'un des clubs les plus titrés de France. Revivez l'épopée des Verts en Coupe des Clubs Champions, ancêtre de l'actuelle Ligue des Champions.

Les Années d'Or de l'AS Saint-Étienne
L'âge d'or de l'AS Saint-Étienne se situe entre 1964 et 1982, une période de près de 20 ans où le club domine le football français. Durant cette période, l'ASSE est neuf fois champion de France, cinq fois vainqueur de la Coupe de France et deux fois finaliste. Dès 1964, l'AS Saint-Étienne réalise l'exploit d'être champion la saison de sa remontée en division 1.
L'AS Saint-Étienne entretient de grandes ambitions pour cette édition 1974-75 de la Coupe des Clubs Champions. C'est la 7ème participation du club à la plus prestigieuse des coupes d'Europe, et pour l'heure, l'ASSE n'a jamais fait mieux qu'un deuxième tour. Au tour précédent, les Verts ont disposé des Portugais du Sporting Lisbonne (2-0 et 1-1).
Pour leur entrée dans la compétition, les Verts ont éliminé les Portugais du Sporting Lisbonne, remportant le match aller 2-0 à Geoffroy Guichard (buts de Hervé Revelli et Bereta) et obtenant le nul 1-1 au retour en terres lusitaniennes (but de Synaeghel).
Le Naufrage de Split
Les voilà au deuxième tour, l'équivalent des actuels huitièmes de finale de la compétition. L'équipe entraînée par Robert Herbin n'a jamais dépassé ce stade du tournoi. Quand se dresse face à elle le club yougoslave du Hajduk Split, habitué de la compétition. A l'époque, les équipes yougoslaves ont de quoi faire frémir ; et l'équipe nationale sort d'une bonne Coupe du Monde, à laquelle la France n'a pas pris part.
Mais en Yougoslavie, tout ne se passe pas comme prévu pour l'ASSE. Les Stéphanois s'écroulent face au défi physique imposés par les Yougoslaves... Dans le stade Stari Plac, à Split, dans l'actuelle Croatie, 27 000 spectateurs hostiles assistent à la large victoire des locaux, 4 buts à 1. Pourtant, après une grosse demi-heure de jeu, Hervé Revelli avait répondu à l'ouverture du score de Jerkovic dix minutes plus tôt. Mais les vagues se succèdent sur les buts du gardien stéphanois Curkovic. En deuxième période, les Yougoslaves inscrivent trois buts : la messe est dite.
Le match retour, deux semaines plus tard à Geoffroy-Guichard s'annonce bien difficile, et la qualification, un rêve inaccessible.
L'Exploit des Verts
Mais à l'heure de jeu, Jovanic égalise pour les Yougoslaves. Tout est à refaire : les Verts n'ont plus qu'une demi-heure pour inscrire au moins trois buts et arracher au moins une prolongation. Heureusement, ils n'ont pas le temps de tergiverser : sur l'engagement Dominique Bathenay redonne l'avantage à l'AS Saint-Étienne dans un Chaudron en folie. "Le rôle des supporters est très important. Parfois je me sentais porté par les chants et je ne ressentais plus la fatigue", explique Georges Bereta.
Ils obtiennent un penalty, que Georges Bereta transforme en force à la 71 ème minute, avant que Yves Triantafilos, dix minutes plus tard, n'arrache la prolongation en inscrivant le quatrième but. Et après 104 minutes de jeu, l'ASSE obtient un très bon coup-franc à l'entrée de la surface. "J'ai dit à Tintin [le surnom de Triantafilos] je te la décale, et tu tires. Et il l'a mise au fond." 5 buts à 1, l'exploit est là, les 25 000 supporters aussi, qui envahissent la pelouse au coup de sifflet final.
Au terme de la rencontre, les 25 000 spectateurs du Chaudron envahissent le terrain. Seuls les Allemands du Bayern Munich, futurs vainqueurs de l'épreuve, parviendront à arrêter les Verts en demi-finale (0-0 au Chaudron, défaite 2-0 en Bavière).
Des victoires face à Split, Kiev, Eindhoven, avant une finale perdue le 12 mai 1976 contre le Bayern Munich et ses fameux "poteaux carrés", puis le défilé sur les Champs-Elysées à Paris : il y a quarante ans, l'épopée de l'AS Saint-Etienne marquait le football français.

La Finale de 1976 : Un Match de Légende
Le mercredi 12 mai 1976, l'AS Saint-Etienne s'inclinait en finale de la Coupe des club champions, à Glasgow, face au Bayern Munich. Un match de légende qui fera rentrer les Verts dans le cœur des Français. Un adversaire impitoyable, un écrin en ébullition, un scénario à rebondissements... Et l'avènement d'une épopée! Cette année-là, ils ont tout écrasé en Europe (Copenhague, Ranger, Dyanmo Kiev, PSV Eindhoven). La France pousse derrière les hommes de Rocher. Un élan populaire qui se perpétue au travers des quelque deux cents sections de supporters établies en France et à l'étranger.
Le 12 mai 1976, l’ASSE s’incline en finale de La Coupe des champions face au Bayern Munich. La frappe de Dominique Bathenay heurte la barre transversale à la 34ème. Trois minutes plus tard, c’est Jacques Santini qui vient heurter le montant... Carré. Les Verts sont alors en finale de la Coupe de Champions, l’actuelle Ligue des Champions. La plus prestigieuse des compétitions européennes.
Les coéquipiers du capitaine Jean-Michel Larqué réalisent un début de rencontre prometteur. Entre harmonie et justesse technique, Sainté donne une véritable leçon de football aux hommes de Dettmar Cramer. Dans une de ses montées caractéristiques, la sentinelle Dominique Bathenay évite le tacle de Rummenigge, crochète Beckenbauer et envoie un missile de son pied gauche magistral de 25 mètres qui heurtera la barre transversale d'un Maier battu.
L'affaire commence en septembre 2000. Après un derby entre Saint-Etienne et Lyon, Jean-Michel Aulas, le président rhodanien, émet des doutes sur les passeports de deux joueurs stéphanois, les Brésiliens naturalisés portugais, Alex et Aloisio. L'enquête démontrera que ces papiers d'identité, fournis par un agent brésilien, sont effectivement faux. Les investigations permettent également de déceler un autre cas à Saint-Etienne (le gardien de but Maxim Levytsky).
La suite est connue. Trop. Les poteaux carrés de Bathenay et Santini, la malice de Müller, le coup-franc de Roth, les larmes de Piazza... Reste cette France verte, passionnée et excessive. Une France qui aimes les Poulidor. Une France qui ne peut s'empêcher de solliciter des drames. Comme lors du retour d'Eindhoven, sur le tarmac de l'aéroport de Bouthéon.
Après avoir laissé passer trop d'occasions, l'AS Saint-Étienne se fait piéger à l'heure de jeu sur un coup franc rapidement joué par le capitaine "Kaiser" Beckenbauer. Le libéro décale Franz Roth, qui décoche une frappe sèche à l'entrée de la surface de réparation. Ivan Curkovic ne peut que l'effleurer et les Allemands marqueront l'unique but de la rencontre.
La performance du club tricolore est saluée par toute la presse européenne. Pour qualifier la victoire du club bavarois, la presse écossaise titrera "Un Larcin". Le quotidien espagnol Marca écrit, quant à lui, "Ce n'est pas le meilleur qui a gagné".
Malgré la défaite, les Verts étaient sortis en héros. Jacques Santini s'est souvenu : "Mais la déception était très forte. Cela faisait très mal et aujourd'hui encore, comme Robert Herbin le dit, il y a toujours cette blessure."
Les Héros de l'Épopée Verte
Equipe de St Etienne 1976 : Les héros de cette aventure sont restés dans les mémoires. Jean-Michel Larqué, capitaine emblématique, guidait l’équipe avec charisme et intelligence. Dominique Rocheteau, le “Ange Vert”, symbolisait la fougue et la créativité. Ivan Curkovic, gardien rassurant, incarnait la solidité. Robert Herbin, entraîneur génial, a su tirer le meilleur de chacun. Il a forgé une équipe soudée, sans star, mais avec des guerriers. Chacun connaissait son rôle, chacun se battait pour l’autre. Le collectif primait toujours sur l’individu.
Les joueurs de l'AS Saint-Etienne prennent la pose le 12 mai 1976 avant de disputer la finale contre le Bayern Munich à Glasgow
Voici une liste des joueurs emblématiques de l'ASSE :
- Michel Platini
- Dominique Rocheteau
- Aimé Jacquet
- Salif Keita
Bien que battu par le Bayern Munich, ce parcours héroïque reste gravé dans la mémoire collective des supporters.
En 1976, l’épopée des Verts a dépassé le cadre sportif. C’était un phénomène social, presque politique. Les Verts ont uni la France, des ouvriers aux intellectuels, des villes aux campagnes. Les jeunes ont voulu devenir Rocheteau ou Larqué. Les enfants rêvaient d’Europe. Les drapeaux verts flottaient partout. Les images du match ont fait le tour du monde. Même dans la défaite, Saint-Étienne est sorti grandi. Le peuple vert n’a jamais cessé de croire.
Presque 50 ans plus tard, 1976 l’épopée des Verts reste une référence. Chaque printemps, les images de Glasgow ressurgissent. Les anciens joueurs sont célébrés comme des rois. Leur histoire se transmet, génération après génération. Le Chaudron chante encore leurs exploits. Les supporters d’aujourd’hui s’inspirent de ces héros d’hier. L’identité du club repose encore sur ces valeurs : courage, passion, fierté. Les jeunes joueurs stéphanois grandissent avec cette histoire en tête. Ils veulent marcher dans les pas de leurs aînés.
La vidéo qui a ému les Verts !
Peu d’équipes françaises ont connu un tel parcours européen. Le PSG a atteint la finale en 2020, l’OM l’avait fait en 1991 puis en 1993. Mais Saint-Étienne, avec ses moyens limités, son esprit collectif et son romantisme, reste unique. Cette aventure était pure, sincère, pleine d’humanité.
1976 l’épopée des Verts dépasse les statistiques. Elle touche à l’émotion, au cœur, à l’âme du football. C’est ce qui la rend si puissante. Les larmes de Glasgow sont devenues des perles de légende. Et si le destin avait choisi une autre trajectoire, qui sait où les Verts se situeraient dans le panthéon du football mondial ?
Toute la France s'identifiait alors à l'équipe stéphanoise et à ses exploits. Y compris en chansons, comme le tube "Qui c'est les plus forts, évidemment c'est les Verts", écrit et chanté par Jacques Monty en 1976, devenu depuis l'hymne de l'AS Saint-Etienne, joué avant chaque rencontre dans le Chaudron. Elle fait le lien avec les nouvelles générations de supporters qui n'ont souvent que des images en noir et blanc pour imaginer ces années 70 où Saint-Etienne était le club phare en France.
"Quand nous étions dans le feu de l'action, on ne s'imaginait pas du tout ce que représentait l'épopée des Verts et c'est tant mieux", témoigne Jean-Michel Larqué, capitaine d'une équipe dont tous les joueurs, formés pour la plupart à l'ASSE, sont au moins aujourd'hui sexagénaires.
"On ne s'en est rendu compte que lorsque nous avons quitté l'ASSE. Nous avions marqué les esprits. Nous avons permis des soirées magnifiques chez les étudiants, le mercredi soir, quand ils suivaient les matches des Verts. A l'époque, des supporters de Paris, Marseille et même... de Lyon (ennemi juré de Saint-Etienne, ndlr) qui supportaient leur équipe le dimanche, supportaient Saint-Etienne le mercredi", poursuit-il.
"Nous regardons les images. Nous espérons qu'elles ont contribué à l'histoire de l'ASSE. Tout est beau, même les images un peu floues", s'émeut-il.
Aujourd'hui le Musée des Verts, le premier consacré au football en France, inauguré il y a un an et demi, et installé au coeur du stade Geoffroy-Guichard, contribue à entretenir le souvenir de cette période de l'histoire de l'ASSE, fondée en 1933.
"Quarante ans après, nous sommes restés dans la mémoire des Français. C'est fantastique. Nous avons réussi des retournements de situation qui ont fait que nous avons marqué le football français", dit pour sa part le défenseur Christian Lopez.
"Il y avait tout un ensemble qui faisait qu'il y avait un lien, une affection entre tous les joueurs et c'est ce qui permettait cette cohésion, cette volonté de faire mieux, de refuser à chaque fois la défaite, même si parfois nous l'avons connue", témoigne pour sa part, Robert Herbin, l'entraîneur. Celui-ci a confié "ne s'être jamais remis de la défaite en finale contre le Bayern et n'avoir jamais revu le match."
La plupart des joueurs ont quitté Saint-Etienne mais certains d'entre eux vivent encore dans la région stéphanoise comme les frères Patrick et Hervé Revelli, Dominique Rocheteau, revenu occuper les fonctions de conseiller sportif au club, ou encore Jacques Santini.
"Alors que le football français traversait une période très noire, notre équipe dégageait des valeurs sympathiques, d'humilité, de simplicité, de travail, de solidarité. A l'époque, il y avait, aussi, peu de retransmissions télévisées des matches", poursuit l'ancien milieu de terrain, dont une reprise de la tête avait heurté la barre - comme une frappe de Dominique Bathenay, faisant entrer ces maudits "poteaux carrés" dans l'histoire - au cours de la finale perdue à Glasgow contre le Bayern Munich (1-0).
Malgré la défaite, les Verts étaient sortis en héros. Jacques Santini s'est souvenu : "Mais la déception était très forte. Cela faisait très mal et aujourd'hui encore, comme Robert Herbin le dit, il y a toujours cette blessure."