Rugby Royaume-Uni : Histoire et Règles

Quand on sort de la gare, la quiétude règne. La dominance de briques aux couleurs rouge et marron, des bâtiments et des petites maisons en enfilade, des jardins fleuris par le soleil d'été… Rien ne semble distinguer cette petite bourgade des Midlands d'autres villes britanniques.

Après quelques minutes de marche pour rejoindre le centre-ville, la légère agitation des rues nous gagne et quelques indices dévoilent peu à peu la singularité de notre destination, dont un particulièrement visible. Un grand ballon ovale recouvert de dessins d'enfants joue les hôtesses d'accueil juste à l'entrée de l'office du tourisme. Située à une heure de train de Londres, la ville de près de 80.000 habitants doit sa renommée à l'un des sports les plus populaires au monde : le rugby.

C'est là qu'est née la discipline, en 1823. Deux siècles plus tard, le ballon ovale continue d'attirer les foules. L'occasion pour Rugby de briller. Fin août, l'ultra-marathonien britannique Jake Barraclough s'est élancé depuis la petite ville anglaise pour rallier en quelques jours Paris. Sa course est partie d'un lieu symbolique : le terrain où tout aurait commencé, à la Rugby School.

L'acte fondateur : William Webb Ellis et la Rugby School

À l'automne 1823, William Webb Ellis, élève de l'établissement, y aurait transgressé les règles du football par un simple geste. « Il a pris la balle à la main et a couru avec. C'est devenu un moment clé dans l'histoire du rugby », raconte Peter Green, le directeur exécutif de l'institution, au Figaro. Et de pointer ledit endroit : un terrain de rugby à l'herbe soigneusement entretenue, appelé « The Close » en anglais.

Ce geste aurait pu rester anonyme. Pourtant, il est passé à la postérité avec Matthew H. Bloxam. Régulièrement, ce témoignage interroge pourtant quant à sa véracité. « William Webb Ellis a existé et il a bien été élève à la Rugby School. Mais pourquoi l'a-t-on choisi pour entrer dans l'histoire ? On ne le sait pas vraiment. C'était un jeune garçon issu d'un milieu modeste dont le père avait été tué quelques années plus tôt (pendant la guerre d'Espagne, en 1811, NDLR). Il était entouré de camarades issus de l'aristocratie anglaise, qui auraient pu être choisis à sa place », poursuit Peter Green.

Seule certitude : William Webb Ellis n'a jamais connu les répercussions de son présumé geste. Mais qu'importe. La Rugby School s'est rendue en Provence avec quelques élèves pour marcher sur les traces de ce créateur. Une initiative qui s'ajoute à d'autres, lancées tout au long de l'année 2023 pour célébrer le bicentenaire. Mais c'est pour elle une immense fierté tant le rugby (ou le « rugby football », comme on l'appelle ici) est devenu un sport majeur.

C'est d'ailleurs dans ses rangs que des étudiants ont écrit les premières règles, en 1845, incluant l'essai, le hors-jeu ou encore l'arrêt de volée. Pierre de Coubertin, la tête pensante des Jeux olympiques modernes, a même suivi avec intérêt les travaux de Thomas Arnold, l'un des directeurs de l'école, qui a contribué à son développement dans l'éducation sportive.

En 2015, le prince Harry ajoute sa pierre à l'édifice en figurant dans un petit film diffusé pour la Coupe du monde. Il y joue un balayeur aux côtés du célèbre joueur Jonny Wilkinson. Le musée de l'école ne manque pas de rappeler ces épisodes, au milieu des documents historiques et des caps. Ces casquettes en velours de toutes les couleurs servaient à distinguer les joueurs des deux équipes.

« Elles ne sont plus portées pendant les matchs, mais elles revêtent une vraie symbolique lors de certains événements », explique Jennifer Hunt, documentaliste en chef à la Rugby School. Le Webb Ellis Rugby Football Museum affiche ces casquettes avec fierté.

Ce petit musée, à quelques pas de la Rugby School, constitue l'autre témoin d'un passé flamboyant. Pour y accéder, il faut passer près de la statue de William Webb Ellis, repère pour les visiteurs d'un jour, puis pénétrer par la boutique d'à côté, spécialisée dans la vente d'articles de sport. Le lieu étroit nous plonge dans un autre pan de l'histoire de Rugby.

À l'origine, le bâtiment abritait la société Gilbert, spécialisée dans la fabrication de ballons ovales et devenue le célèbre sponsor de la Coupe du monde. Longtemps fleuron de la ville de Rugby, l'entreprise a subi de plein fouet les effets de la mondialisation et de la fabrication à la chaîne. En 2002, elle a été rachetée par l'équipementier Grays International.

Il y a quatre ans sortait des usines locales le dernier ballon ovale « made in Rugby ». Une trajectoire qui traduit le destin de nombreuses villes des Midlands, frappées par la crise économique. Difficile d'y échapper en se promenant dans les rues : des commerces indépendants qui ferment, une vie locale timide.

Pourtant, plusieurs milliers de visiteurs y vont chaque année pour rendre hommage au sport qu'ils supportent. Le bâtiment - racheté en 1983 par Robert Webb, un ancien international anglais de rugby sans aucun lien familial avec William Webb Ellis - offre une riche collection d'articles en tout genre.

Une pièce en particulier est considérée comme l'un des joyaux du musée : le ballon fabriqué par William Gilbert a été présenté à Londres lors de l'Exposition universelle de 1851. Ce petit trésor se mêle à d'autres archives, dont plusieurs ballons ovales et des uniformes de différents clubs et époques.

D'ailleurs, les passionnés de rugby semblent y trouver une satisfaction émue, comme en témoigne le livre d'or laissé à la disposition des visiteurs dans le musée. Hanna, venue du Japon, y a écrit : « Je suis allée à Rugby avec ma famille parce que mon père et mon frère jouaient au rugby.

Twickenham, le temple du rugby anglais

En banlieue de Londres, Twickenham offre une autre lecture de l'histoire du rugby en étant, depuis son ouverture le 2 octobre 1909, le seul stade en Europe consacré à ce sport. Propriété de la Fédération anglaise de rugby, il permet de se plonger, à travers une visite guidée, dans l'histoire du XV de la Rose, mais aussi dans les coulisses du stade, dont les gradins (82.000 places tout de même), les loges et les vestiaires s'explorent. Émotion garantie pour les passionnés du ballon ovale.

Structuration du rugby et uniformisation des règles

De 1823 à 1845, les règles fluctuent à la manière d'un jeu traditionnel, en fonction des établissements scolaires et des lieux sur lesquels jouent les étudiants. Puis à partir de 1845, les élèves de la classe de 6e du collège de Rugby écrivent les règles qui légitiment et codifient à la fois la manière de se déplacer avec la balle, d'arrêter les joueurs et de marquer des points.

Parmi les dates qui comptent dans le rugby, 1871 représente une des plus importantes. Il y a cent cinquante ans, Anglais et Écossais s’affrontaient pour donner naissance au rugby international. Un évènement que les deux nations fêteront pour leur premier match dans le Tournoi des 6 Nations, cette année. Comme on le sait, l’Angleterre est le berceau du rugby.

C’est dans ce pays que le rugby est né durant la première partie du XIXème siècle. Il émane du collège de la ville de Rugby, au centre de l’Angleterre, et s’est ensuite propagé dans plusieurs universités britanniques.

Les clubs se sont peu à peu développés à partir des années 1840. Jusqu’en 1871, le rugby n’est absolument pas structuré. En effet, il n’existe aucun règlement qui fixe toutes les règles et pratiques autorisées. En bref, chaque club à ses propres règles, ce qui va vite devenir problématique. De plus, le rugby possède une mauvaise réputation.

Le 26 janvier 1871, les représentants d’une vingtaine de clubs anglais se réunissent dans un bar londonien. Ils ont pour objectif de structurer, enfin, cette discipline. Ainsi, la Rugby Football Union (RFU), première fédération de rugby, est fondée. Les règles sont enfin uniformisées. Les licenciés de la nouvelle fédération doivent fournir une cotisation de cinq shillings par an. Le reste des nations britanniques suivront cet exemple quelques années plus tard.

Forte d’avoir enfin structuré son rugby local, la fédération anglaise veut créer une sélection nationale pour affronter des équipes étrangères. Deux mois plus tard, elle choisit les vingt meilleurs joueurs, parmi ses licenciés, pour affronter une sélection écossaise, en Écosse.

Le 27 mars, à Édimbourg, sur la pelouse de Raeburn Place, Écossais et Anglais jouent le premier match international de l’histoire du rugby. Cependant, la logique n’est pas respectée. En effet, les Écossais l’emportent finalement et c’est une transformation réussie qui fait la différence. Pour la petite anecdote, l’Écossais Angus Buchanan fut le premier marqueur d’essai de l’histoire du rugby international.

En 150 ans, les deux nations se sont rencontrées 138 fois. Les Anglais l’ont emporté à 76 reprises, les Écossais à 43 et il y a eu 19 matchs nuls. Si les deux nations se rencontrent chaque année dans le cadre du tournoi, les matchs ont toujours une saveur particulière. L’enjeu dépasse le cadre du tournoi et il est matérialisé par un trophée. Ce trophée, c’est la Calcutta Cup.

À l’époque où la Grande-Bretagne régnait sur le monde, l’Inde était le joyau de la couronne. En 1872, à Calcutta, la capitale de l’Inde coloniale, un régiment d’infanterie britannique fonde le Calcutta Football Club. Durant un match, une sélection des meilleurs joueurs britanniques affronte alors une sélection des meilleurs joueurs écossais, gallois, et irlandais. Cet évènement rencontre un beau succès.

Pendant une courte période, le rugby se développe en Inde, même si cela ne va pas durer. Avant la disparition du club, le trésorier du CFC formule une demande à la Rugby Football Union, par l’intermédiaire d’une lettre. Il souhaite utiliser les derniers fonds pour fabriquer un trophée. La fédération accepte et décide qu’il sera donné au vainqueur de la confrontation entre Anglais et Écossais.

De son côté, le trésorier se rend chez un orfèvre de Calcutta. Il lui donne 270 roupies d’argent (ce qu’il restait dans la caisse du club) et l’orfèvre fait fondre l’argent. Ce dernier fabrique une coupe en argent, avec un éléphant sur son couvercle et trois hanses en forme de cobra.

Le premier match de Calcutta Cup, qui a lieu en 1879, se solde par un match nul. Le trophée est donc décerné pour la première fois en 1880, après une victoire anglaise. Depuis 1988, le trophée est conservé au musée World Rugby, à Londres.

En 150 ans d’histoire, on a le temps de vivre des matchs et des histoires mémorables. Jusqu’en 1990, les deux équipes chantent encore le même hymne avant de débuter les rencontres. Le God Save the Queen est repris à l’unisson. En 1990, les Écossais ne souhaitent plus chanter un hymne qui ne les représente pas assez.

Règles fondamentales du rugby

Une partie de rugby oppose deux équipes de quinze joueurs, qui s'affrontent durant deux périodes de 40 minutes, séparées par une mi-temps de 15 minutes, sur un terrain d'une largeur comprise entre 66 et 70 mètres, et d'une longueur comprise entre 95 et 100 mètres. À ces dimensions s'ajoutent deux zones d'en-but d'une longueur minimale de 10 mètres. Au centre de chaque ligne d'en-but se trouvent des poteaux de but constitués de deux montants espacés de 5,6 mètres et d'une barre transversale située à 3 mètres de hauteur.

Sept remplaçants sont susceptibles de participer au match, en cas de blessure d'un titulaire ou pour des raisons tactiques dictées par l'entraîneur. Le ballon, de forme ovale, est constitué de quatre panneaux et doit avoir les caractéristiques suivantes : longueur du grand axe, de 28 à 30 centimètres ; grand périmètre, de 76 à 79 centimètres ; petit périmètre, de 58 à 52 centimètres ; poids compris entre 400 et 440 grammes ; pression comprise entre 0,67 et 0,70 kg/cm2.

Attribution des points

Des points sont inscrits quand une équipe marque :

  • Un essai (5 points), qui peut être transformé (2 points)
  • Un but de pénalité (3 points)
  • Un drop ou coup de pied tombé (3 points)

Un essai est marqué lorsqu'un joueur attaquant est le premier à effectuer un touché à terre dans l'en-but adverse. L'arbitre peut accorder un essai de pénalité (entre les poteaux de but) lorsqu'il estime qu'une équipe aurait probablement marqué si elle n'en avait pas été empêchée par le jeu déloyal d'un adversaire.

Lorsqu'un joueur inscrit un essai, il permet à son équipe de tenter de le transformer en tirant au but (cette règle s'applique également aux essais de pénalité). Le coup de pied est donné depuis une ligne imaginaire passant par l'endroit où l'essai a été marqué.

Un but de pénalité est réussi lorsque le ballon passe entre les poteaux et au-dessus de la barre transversale à l'issue d'une tentative consécutive à une faute de l'adversaire signalée par l'arbitre.

Un joueur marque un drop (ou but sur coup de pied tombé) lorsqu'il inscrit un but à partir d'un coup de pied tombé durant le cours normal du jeu.

Phases de jeu

La mêlée ordonnée

Une mêlée est ordonnée par l'arbitre après une faute mineure (un en-avant par exemple). La mêlée est composée de huit joueurs de chaque équipe (les avants), liés entre eux sur trois lignes pour chaque équipe, se joignant à leurs adversaires de manière à ce que les têtes des premières lignes soient imbriquées. Cela crée un tunnel dans lequel le demi de mêlée doit introduire le ballon, de façon à ce que les joueurs de première ligne (les deux piliers et le talonneur) puissent lutter pour la possession de celui-ci en le talonnant. Le ballon est introduit par le demi de mêlée de l'équipe qui n'a pas commis la faute.

Les règles concernant la mêlée sont complexes et leur interprétation par l'arbitre donne souvent lieu à controverses. En outre, celles-ci sont régulièrement modifiées, avec deux objectifs : préserver la santé des joueurs et rendre le jeu plus dynamique. Ainsi, en 2013, la phase d’impact entre les joueurs de première ligne a été supprimée. Mais cette règle a fait perdre leurs repères à de nombreux joueurs, et, très fréquemment, la mêlée « s’écroule », ce qui, dans les faits, ralentit le jeu.

La mêlée spontanée

Une mêlée spontanée est une phase de jeu durant laquelle un ou plusieurs joueurs de chaque équipe, qui sont sur leurs pieds, en contact physique, entourent le ballon au sol. Tous les joueurs qui forment, rejoignent ou participent à une mêlée spontanée doivent rester sur leurs appuis.

Voici un tableau récapitulatif des postes et des rôles des joueurs :

Poste Numéro Rôle principal
Pilier 1 et 3 Première ligne en mêlée, gratter les ballons
Talonneur 2 Première ligne en mêlée
Deuxième ligne 4 et 5 Pousser en mêlée, sauter en touche, déblayer les rucks
Troisième ligne aile (Flanqueurs) 6 et 7 Mobile, attaquer, défendre, plaquer, intercepter
Troisième ligne centre 8 Mobile, attaquer, défendre, plaquer
Demi de mêlée 9 Animateur du jeu, vision du jeu, habile à la main et au pied
Demi d'ouverture 10 Stratège, jeu au pied, analyse des situations
Trois-quarts centre 12 et 13 Garant du milieu de terrain, défense et attaque
Ailiers 11 et 14 Écarter le jeu, conclusion des actions, marqueurs d'essais
Arrière 15 Dernière muraille, relanceur, condensé des autres joueurs

Rugby : L'origine de ce sport et de ses règles 🏉

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