La Géorgie, petit pays du Caucase avec quatre millions d'habitants et environ 9000 licenciés, domine le Rugby Europe Championship (REC) depuis 2008. Cette compétition, sorte de Deuxième Division du Tournoi des 6 nations, a vu la Géorgie remporter 15 victoires sur 17 possibles. Cependant, l'accès à l'échelon supérieur reste hors de portée, car le Tournoi des 6 nations est une compétition privée, réservée à l'Angleterre, l'Irlande, l'Écosse, le Pays de Galles, la France et l'Italie.
En Géorgie, les sélectionneurs étrangers se succèdent et tous, après quelques mois passés à entraîner l'équipe nationale, se mobilisent pour plaider la cause de ce petit pays du Caucase.
En 2017, Milton Haig, alors sélectionneur de la Géorgie, constatait avec amertume :
« Quand je suis arrivé, le rugby géorgien comptait 7 000 licenciés ; aujourd'hui, ils sont 11 000 (depuis, la crise du Covid a fait chuter ce nombre à 9 000) et les structures se sont considérablement améliorées, avec un Championnat à dix clubs (le Didi 10), un centre national d'entraînement (Shevardeni) et de formation (Akademia). Pourtant, sportivement, nos possibilités de progression s'amenuisent et on souffre d'un manque criant de confrontations avec des équipes meilleures que nous. On a souvent un seul gros match par an, lors des tournées du mois de novembre. »
Huit ans après, l'Anglais Richard Cockerill, sélectionneur depuis 2024, tient le même discours alors qu'au dernier classement mondial publié par World Rugby, la Géorgie, 11e, est passée devant le Pays de Galles, 12e.
« On est là, bloqué à l'étage inférieur, a-t-il déclaré sur le site Planet Rugby, et personne ne nous dit : "Voici ce que vous avez à faire et si vous y arrivez, vous aurez votre chance." Mon avis, c'est que personne n'a intérêt à ce que ça change. »

Giorgi Javakhia (n°5), Giorgi Kveseladze (au centre) et Giorgi Tsutskiridze bloquent Dino Lamb lors de Italie-Georgie, le 17 novembre 2024 (victoire de l'Italie 20-17).
Les Efforts pour Intégrer le Super Rugby et le Tournoi des 6 Nations
En 2016, Milton Haig avait présenté un projet pour intégrer le Super Rugby. En mars 2017, Octavio Morariu, président de Rugby Europe, avait officiellement écrit à Six Nations Rugby pour demander un changement de formule et instaurer un système de promotion-relégation. Cependant, ces démarches sont restées sans succès.
« Le plus gênant, disait Haig à l'époque, c'est qu'on a l'impression de demander la charité aux grandes nations. »
Malgré tout, la Géorgie a tenté de forcer l'affaire en publiant des vidéos rappelant leur victoire historique à Cardiff, en novembre 2022, lorsque Galles avait hérité de la cuillère de bois (la dernière place du Tournoi des 6 nations), sans gagner un seul match, l'ancien capitaine gallois Sam Warburton, devenu consultant, s'était prononcé en faveur un match d'accession entre son pays et les Géorgiens.
Mais le nouveau président de Rugby Europe, le Néerlandais Janheine Pieterse, rappelle un principe de réalité : « La société des 6 nations décide et on ne peut rien dire, cela fait des années que c'est comme ça. C'est une question de rentabilité financière. C'est sûr que le REC n'est pas une compétition motivante pour la Géorgie qui est composée depuis quelques années par des joueurs professionnels et qui est bien trop forte. »
La Géorgie participe au REC avec sept autres nations, dans deux groupes de quatre : l'Espagne, la Suisse et les Pays-Bas dans un groupe, et le Portugal, la Roumanie, la Belgique et l'Allemagne dans l'autre. Les deux meilleures équipes de chaque groupe s'affrontent en demi-finales de l'épreuve.
« Mais tout ce qu'on peut faire, poursuit Pieterse, c'est réfléchir à d'autres solutions pour leur offrir un environnement plus compétitif. Depuis deux ans, leur équipe des Black Lions a été intégrée au Challenge européen et nous sommes en discussion avec les pays des 6 nations, mais de façon individuelle, pour trouver comment leur permettre de se développer, en leur proposant plus de gros matches, pour trouver comment élever le niveau des autres équipes européennes de manière générale. »
Du côté de Six Nations rugby, la confirmation est sans appel : « Nous n'envisageons pas de réformer notre formule : pas plus d'équipes, pas de système de promotion-relégation. »
La raison est désormais toute trouvée : en 2026, une nouvelle compétition verra le jour, la Coupe des nations, qui mettra aux prises tous les deux ans, les six pays du Tournoi, les quatre du Rugby Championship (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Argentine) plus les Fidji et le Japon. Au niveau inférieur, douze autres équipes, dont la Géorgie, avec, à partir de 2030, un système de montée-descente.
« Le Japon régresse ces dernières saisons et nous progressons, s'énerve Richard Cockerill, mais ce sont eux qui vont être invités parmi les douze meilleures équipes de la Nations Cup et pas nous. On va se retrouver avec les Tonga, les Samoa, les États-Unis, le Canada et peut-être l'Uruguay avec aucune perspective d'évolution avant sept ans. Pourquoi personne ne nous donne une chance ? Que doit-on faire de plus ?

Carte des participants au Rugby Europe Championship
Le Match Contre la Suisse : Une Démonstration de Force
Lors de la première journée du Rugby Europe Championship, la Géorgie a atomisé la Suisse avec un score de 110-0. Grâce à ses seize essais marqués, la Géorgie a atomisé la Suisse ce samedi lors de la première journée du Rugby Europe Championship. Il n'y a pas eu match.
Ce samedi, la Suisse a disputé un match historique puisque les Helvètes découvraient le Rugby Europe Championship en Géorgie. Plusieurs joueurs qui évoluent en France se sont illustrés. Le pilier de Lyon Irakli Apstiauri s'est offert un triplé, le demi de mêlée de l'Usap Gela Aprasidze a signé un doublé.
Septuple tenante du titre, la Géorgie a réalisé une entrée fracassante en Rugby Europe Championship, le Tournoi B. Los Lelos ont en effet croqué le promu suisse ce samedi après-midi, à Tbilissi, la capitale géorgienne. Les locaux ont inscrit la bagatelle de 16 essais au cours d'une rencontre à sens unique, remportée sur le score monstrueux de 110 à 0. En face, les Suisses n'ont pu que constater les dégâts, pour leur baptême dans la Rugby Europe Championship.
Sur les 80 minutes de la rencontre, les Suisses n'ont pas réussi à trouver la faille dans la défense géorgienne. Pour la Géorgie, l'après-midi a été folle avec une série de 16 essais inscrits. Parmi eux, certains se sont offerts un doublé. Par exemple, le numéro 8 Luka Ivanishvili est allé dans l'en but adverse à la 40ᵉ et 51ᵉ minute de jeu.
Avec cette victoire, la Géorgie signe le plus large succès de son histoire. Auparavant, la victoire géorgienne avec le plus grand écart enregistré était une rencontre face à la République Tchèque organisée le 8 avril 2007 et remportée sur le score de 98 à 3.
Côté suisse, cette victoire est également historique, puisqu'il s'agit du premier match de son histoire en Rugby Europe Championship 2025.
En parallèle du Tournoi des 6 Nations, le Vieux continent voyait le Rugby Europe Championship 2025 prendre place également. Sur cette première journée de compétition, la Géorgie a étrillé le nouveau venu : la Suisse.
Sur les autres pelouses d'Europe, l'Espagne s'est imposée sans problème aux Pays-Bas sur le score de 53 à 24. Au Portugal, les Lusitaniens se sont défaits difficilement des Belges, qui aimeraient bien se qualifier pour la première Coupe du monde de son histoire. Ainsi, la Belgique se sont inclinés face aux mondialistes portugais sur le score de 40 à 30. Enfin, la Roumanie a surclassé facilement de l'Allemagne. La formation latine a assuré un succès sur le score de 48 à 10 au stade Arcul de Triumf de Bucarest.
Les Roumains espèrent assurer un succès contre la Belgique la semaine prochaine, pour assurer leur place à la Coupe du monde 2027. Pour rappel, les quatre équipes qualifiées en demi-finale du Rugby Europe Championship 2025 seront directement qualifiés pour le prochain mondial.
La Géorgie monte en puissance avec des performances prometteuses qui sont de bon augure avant la Coupe du monde.
Le Point de Vue de Mamuka Gorgodze
La légende du rugby géorgien Mamuka Gorgodze a disputé 75 rencontres avec les Lelos et a participé à quatre Coupes du monde (2007, 2011, 2015, 2019.) Il décrypte pour nous l'évolution du rugby dans son pays :
« Je trouve qu'il y a eu pas mal d'évolution. En ce moment, on est dans une ère compliquée où il reste peu de marge. Quand j'ai commencé ma carrière, il y avait de la marge. Actuellement, c'est dur car, pour être un peu plus sur le devant de la scène, il faut s'imposer devant l'Argentine, l'Ecosse, etc. Il faut continuer à avancer, mais c'est très dur. Sur les autres sports peut-être que si tu fais des progrès tu peux gagner contre des grandes équipes de temps en temps mais, dans le rugby, ce n'est pas facile. »
Ce qui a également évolué, c'est que les trois-quarts marquent plus d'essais que les avants, c'est un progrès et c'est très bon signe.
« Ce que peut espérer la Géorgie à long terme, c'est de sortir du groupe, pas spécialement à cette édition, mais peut-être à la prochaine. Gagner trois rencontres en Coupe du monde, avancer petit à petit et faire du mieux possible. La Géorgie a la capacité de disputer le Tournoi des Six Nations si celui-ci s'ouvre à d'autres nations. Il faut faire un format pour qu'on participe avec 6 ou 7 nations. »
« L'Italie est une très bonne équipe intéressante et qui a de bons joueurs. Je n'ai jamais été pour qu'elle sorte et que la Géorgie prenne sa place, mais peut-être il faut nous inclure dans les 6 Nations. Ou sinon il faudrait effectuer un format comme les 6 Nations avec l'Italie et deux-trois bonnes équipes. Le fait d'avoir remporté des rencontres dernièrement contre des équipes qui disputent le Tournoi des 6 Nations comme les Pays de Galles 13-12 et l'Italie 28-19 a mis de la visibilité sur le pays du Caucase. »
« Il y a pas mal de pays qui ont commencé à parler de la Géorgie avec nos dernières victoires notamment contre le Pays de Galles et l'Italie. Avant, notre façon de jouer n'était pas belle à voir, car c'était toujours maul et mêlée. Ce que j'aime bien maintenant, c'est que les trois-quarts marquent plus d'essais. Pas mal de pays veulent qu'on participe à des compétitions plus huppées. C'est avec des rencontres contre des grosses équipes qu'on va grandir. »
« L'équipe 2023 est mieux armée que celle de 2019. Il y a pas mal de joueurs qui vont être intéressants pour cette Coupe du monde dont quatre ou cinq qui vont créer la surprise et qui ne font pas parler d'eux en ce moment, mais qui ont fait de bons matches. Mamuka partie des sélectionnés provient de cette équipe. Tout le monde est prêt physiquement. En jouant ensemble en club, ça crée des automatismes. C'est la meilleure décision qu'on a fait de l'intégrer, dans la Challenge Cup. Il ne faut pas s'arrêter sur ça, il faut avancer. »
La Géorgie débutera sa Coupe du monde le 9 septembre face à l'Australie, deux équipes qui se sont affrontées lors de la dernière Coupe du monde. L'Australie avait remporté le match sur le score de 27-8.
Les Lelos se sont imposés 13-12 face au Pays de Galles lors d'un match amical le 19 novembre 2022 à Cardiff. Une pénalité inscrite par Luka Matkava dans les dernières minutes a permis à la Géorgie de créer l'exploit.
Il est difficile pour la Géorgie de disputer des rencontres face aux meilleures équipes européennes et mondiales.
« La Géorgie m'intéresse. C'est une équipe qui est en pleine progression sur ces dernières années. Elle possède une très bonne charnière, et Davit Niniashvili, l'ailier lyonnais. Ils sont très coriaces devant. Son paquet d'avants est aguerri, il peut détruire n'importe quelle mêlée du monde. Elle aura son mot à dire dans ce groupe où les deux gros supposés, le Pays de Galles et l'Australie, montrent des failles. L'équipe est très spectaculaire et elle sera l'une des attractions de la compétition. »
Plusieurs internationaux géorgiens évoluant en France ont brillé au cours de cette large victoire. Pour leur première participation au Rugby Europe Championship, les Helvètes ont souffert du début à la fin.
Mais on sait tous que c'est une logique économique. Je pense qu'il y a une question de recette. Le problème pour le T6N, ce sont les droits tv: pas assez rémunérateurs pour eux en Géorgie. Surtout que le Tournoi a été en partie vendu à un fonds privé là pour faire de l'oseille. et allez hop, la censure c'est reparti.. Il devrait y avoir relégation et montée. Le dernier du 6 nations, rétrogradé en tournoi B, et le 1er du B, monte au 6 nations, on verrait de nouvelles équipes telles que la Géorgie, avec tout ce qu'elle montre depuis des années, mérite sa place au 6 nations.
Avec un score de 17-16 à la mi-temps, peut-être que certains fans géorgiens ont stressé pour leur équipe, chose qu'ils n'ont pas l'habitude de faire quand leur sélection est engagée dans le Rugby Europe Championship. Depuis 2006, les Lelos ont toujours remporté la compétition, sauf en 2017, année où la Roumanie avait triomphé.
Ce week-end se tenait la dernière journée du Rugby Europe Championship. Les deux équipes sont qualifiées pour le Mondial 2027, comme le Portugal et la Roumanie qui se sont affrontés dans la petite finale. En Lusitanie, ce sont les coéquipiers de Taylor Gontineac qui se sont imposés sur le score de 21 à 7. Les joueurs d'Europe de l'Est sont donc montés donc sur la troisième marche du podium.
Enfin, jour historique en Suisse. Clock in the red.. and Switzerland get their first ever Rugby Europe Championship win. Jules Porcher, take a bow!