Renaud Vialar : Une Carrière de Rugby Marquée par l'Épopée de La Voulte

La légende sportive s'écrit toujours au travers de grandes performances. Ces exploits capables de faire vibrer et parler, des dizaines d'années après. Dans le monde du rugby, quelques régionaux peuvent se vanter de ce statut.

Au cœur de cette histoire, un nom résonne avec une force particulière : Renaud Vialar. Son parcours est intimement lié à l'épopée du club de La Voulte-sur-Rhône, une petite ville d'Ardèche qui a marqué l'histoire du rugby français.

Cet article retrace cette épopée, en explorant les figures emblématiques, les moments clés et l'impact de l'usine Rhône-Poulenc sur le club.

La carrière de Renaud Vialar est indissociable de celle de Guy Camberabero, demi d'ouverture emblématique du XV de France des années 1960. « Guy, c'était un mec entier, droit. Il n'accordait pas facilement son amitié mais quand on l'avait, elle durait, se souvient son ancien coéquipier (1963-1984), l'ailier Renaud Vialar. Sur le terrain, il prenait en charge l'équipe, savait nous réunir. Et ça a continué après, en dehors du terrain, quand il a arrêté de jouer. Il adorait le rugby et ne pensait qu'à ce jeu. »

Son frère Lilian commandait le départ du ballon et Guy dirigeait le jeu des lignes arrière. C'est lui qui a développé le rugby à La Voulte, qui a rendu beau ce jeu, chez nous : dans les années 60 et 70, toute l'Ardèche venait au stade Battandier-Lukowiak nous voir jouer. A l'époque, l'affluence dans les tribunes et autour du terrain (5 000 spectateurs) dépassait le nombre d'habitants de notre petite ville...

Le Sacre de 1970 : Un Exploit Inoubliable

En mai 1970, La Voulte-sur-Rhône réalise un parcours exceptionnel. Le 17 mai 1970, en finale à Toulouse, les Ardéchois s'imposent contre Montferrand sur le score de 3 à 0 grâce à un essai de Renaud Vialar. L'équipe de La Voulte est sacrée championne de France.

Quelques jours plus tard, le 19 mai, l'entraîneur Jean Liénard, les frères Camberabero, Guy et Lilian, et tous les autres joueurs sont accueillis en Ardèche par près de 20 000 personnes. Avec le bouclier de Brennus, ils réalisent un défilé triomphal dans les rues de la ville.

Cette année là, le club voultain s'extirpe difficilement des phases de poule pour jouer les phases finales… au bout du chemin, Toulouse et la finale du Championnat remportée 3-0 face à Montferrand, dans le sillon d'une charnière landaise, reine de l'Ardèche, composée par Lilian et Guy, « les Cambé Tyrossais » ou « les lutins de La Voulte ».

Vainqueurs de Montferrand en finale (3-0), les frères Cambérabéro et l'entraîneur Jean Liénard reviennent à La Voulte triomphants. Le retour en Ardèche est phénoménal, même si les joueurs le retardent, fêtant la victoire à Toulouse.

De retour à La Voulte le lundi de pentecôte, la foule attend ses héros : « Les décapotables étaient là pour nous faire traverser la ville bondée qui nous acclamait. Après cela a été très dur pour mon frère et moi car nous étions invités partout pour fêter ce titre… je crois que j'ai du dormir 4H en huit jours… mais ce sont des souvenirs fantastiques ».

Pour l'anecdote, un internaute se souvient : "Ma première finale vécue, intensément, fut celle où un certain Voultain nommé Renaud Vialar crucifia les Montferrandais par un essai "pam pam".

Jean Liénard : L'Architecte de la Victoire

Et les travailleurs venus à La Voulte pour trouver un gagne pain firent, en 1970, monter la mayonnaise préparée par l'entraîneur Jean Liénard pour un véritable festin : « cela a été une saison magnifique mais le véritable exploit a eu lieu en demi face à Agen, grandissime favori de l'épreuve.

Il fallait un homme providentiel pour forger ce destin, il s’appelait Jean Palix, directeur général de l’usine Rhône-Poulenc, le vrai père du La Voulte Sportif. Rampa était finalement un président plus « conventionnel », assez en phase avec son époque : un homme d’affaires généreux, qui embauchait chez lui et donnait des coups de pouce à ceux qui voulaient se lancer.

« Il nous donnait les moyens de réussir. J’ai monté des cabinets d’assurance, indirectement, je lui dois beaucoup, il m’a donné le sens des valeurs nécessaires. Ce titre de 1970 on l’a aussi interprété comme la rencontre d’un club, d’un président, et d’un entraîneur : Jean Liénard, figure truculente et meneur d’hommes.

Aux plus jeunes, on rappellera qu’il était le père spirituel de Jacques Fouroux, ce n’est pas peu dire. Lors des entraînements, il programmait des séances de joug qui traversaient le terrain. Il avait le charme canaille de ces coachs qui ne sombraient pas dans un esthétisme naïf ou hypocrite : « Il reste le grand entraîneur du club, la référence absolue. Un fort en gueule ? Oui, mais bienveillant et charismatique. Je l’ai toujours vouvoyé, détaille Averous. Il était très complémentaire de Rampa, on ne pouvait les dissocier. »

Guy Cambérabéro ne risque pas non plus d’oublier ce mentor : « Il savait s’adapter à ses hommes, à leurs caractéristiques. Il savait aussi leur parler. » Nous avions rencontré bien plus tard Liénard alors qu’il était à Grenoble.

Les Frères Cambérabéro : L'Âme du Club

Les frères Cambérabéro, Lilian et Guy, sont des figures de proue de La Voulte.

« Lorsque nous sommes arrivés, La Voulte jouait en Deuxième division, mais c'était déjà une belle formation. Guy était International C en arrivant et a donc débuté directement en Equipe 1, moi j'ai gagné ma place au fur et à mesure. Et dès notre première saison, nous montons ».

Lilian Cambérabéro, indissociable de son frère Guy, est l'un des grands joueurs de rugby français des années 1960. Demi de mêlée, avec "la passe la plus longue du monde" à l'époque, il était la plupart du temps associé à son frangin, demi d'ouverture. Ils ont fait les grandes heures du XV de France, avec le premier Grand chelem de l'histoire des Bleus en 1968, et de leur club ardéchois de la Voulte, avec un bouclier de Brennus, récompense du champion de France, en 1970.

Et en bon demi de mêlée malin, Lilian met un terme à sa carrière juste après ce titre, comme il avait prit congé du XV de France, deux ans plus tôt au terme du Grand Chelem tricolore de l'histoire en 68 : « Je ne pouvais pas mieux terminer. »

Rugby : défilé triomphal de l'équipe de La Voulte championne de France de rugby

Rhône-Poulenc : Le Soutien Industriel

Mais dans les années 50 et 60, les joueurs ne signaient pas dans une équipe pour la gloire ovalique, mais pour vivre. « Nous venions dans un club pour le travail avant tout. Et à La Voulte tous les rugbymen, et tous les sportifs en général travaillaient dans l'usine Rhône-Poulenc » se souvient l'homme.

La Voultesur-Rhône, bourgade, s’est permis de fréquenter l’élite pendant trente-cinq ans. Derrière cette réussite, il y avait un atout majeur, c’est vrai : l’usine de textile artificiel Rhône-Poulenc, un paquebot industriel qui a compté jusqu’à 1 200 employés. Il produisait la rayonne qu’achetait Michelin pour l’entoilage de ses pneus. À La Voulte, Rhône-Poulenc était propriétaire de la piscine, du Stade, de la moitié des maisons. La société employait aussi les joueurs évidemment.

« 80 % de l’effectif travaillait à l’usine, avec des horaires adaptées pour pouvoir s’entraîner. Indirectement, La Voulte était l’un des premiers clubs professionnels de l’Histoire. Et ceux qui ne travaillaient pas à Rhône-Poulenc, étaient liés à la société parce qu’ils étaient commerçants et qu’on leur achetait des fournitures ou parce qu’ils étaient petits chefs d’entreprise et qu’ils devenaient sous-traitants. »

C’est Jean Palix qui a fait venir les deux frères Cambérabéro à La Voulte en 1955. « Le médecin du club, le docteur Delvecchi qui était Bayonnais passait ses vacances sur la côte landaise, il se renseignait sur les joueurs du cru. On lui avait parlé de nous qui jouions à Tyrosse, il a signalé notre existence à Jean Palix. »

Le patron embaucha les deux « Cambé » à l’usine et même leur père, Robert. Le système fonctionnait ainsi. Avec tous ces renforts du Sud-Ouest, La Voulte devint un petit bastion abonné aux phases finales, trois fois demi-finaliste (1959, 1965, 1970). Pas une escouade brillante ou impériale, mais un commando industrieux et difficile à manoeuvrer.

Mais dans une région ou le tissu économique n'était pas le plus vivace, ce que la prestigieuse entreprise avait apporté au club, elle le reprit en s'éclipsant, annonçant un déclin progressif d'un Champion de France. « Le club a réussit à se qualifier constamment jusqu'en 74, mais les problèmes du club ont été précédés par ceux de l'usine. Elle est passée de 2.500 employés en 1964-1965 à 35 dans les années 80, et comme elle ne fournissait plus de travail, le club n'attirait plus de joueurs… il y avait bien sur moyen de caser un ou deux joueurs dans les petites entreprises de la région, mais plus comme pouvait le faire la grande entreprise, et petit à petit, La Voulte a décliné » concède l'ancien demi de mêlée international, l'air triste.

L'Héritage et l'Avenir

Aujourd'hui en Fédérale 2, La Voulte tente de survivre, et vise une montée qui ne lui est pas impossible au regard de l'effectif et de la motivation des décideurs comme l'apprécie beaucoup Lilian Cambérabéro : « l'équipe dirigeante, menée par Jean-Louis Reyes fait du très bon travail, mettant l'état d'esprit en avant, restant ainsi dans la ligne directrice qui a toujours été celle du club… et je crois qu'ils ne sont pas loin de monter ».

Il est difficile de voire le club descendre et descendre encore… Mais ce qui me rassure et maintien l'espoir, est que La Voulte reste fédérateur, que ce soit pour les joueurs ou pour les supporters ». Si les valeurs de son club de cœur restent immuables, l'espoir perdure… les bonnes âmes et les bonnes volontés sont légions dans la région, et le passage des Journées des Ambassadeurs dans le Comité Drôme Ardèche pourrait permettre de montrer que le passé n'est pas une page qui se tourne et s'oublie, mais bien un opus qui se relit, ou même se réécrit…

Palmarès de La Voulte

Année Événement Résultat
1959 Championnat de France Demi-finale
1965 Championnat de France Demi-finale
1970 Championnat de France Champion

Pour ce énième renouveau, le club compte s'appuyer sur des entraîneurs compétents pour mener le LVR vers de nouveaux horizons. Bruno Ranchon sera entraîneur des avants en charge de l'équipe première avec une certaine philosophie du rugbyqu'il a déjà présenté aux joueurs déjà présents au club.

"Nous allons vivre ensemble une aventure humaine. Pour cela vous allez devoir faire preuve d'une rigueur nécessaire et obligatoire, le rugby se pratique avec 90 % de physique et avec le ballon, c'est une manière de progresser en s'amusant et en jouant. D'autant que nous allons disposer d'une vidéo à chaque match pour analyser et créer des fiches de stats individuelles et collectives."

Gaëtan Aubert sera entraîneur des arrières en charge de la première, Joan Martinez, entraîneur des avants en charge de l'équipe réserve le dimanche et Tony Faugeron entraîneur de la réserve en charge des arrières. Voilà pour la partie terrain. et pour mener à bien ces projets, d'autres hommes avec d'autres missions seront de la partie.

Siouda Mehdi, arbitre du club, aura en charge de l'accompagnement du projet sportif pour les prochaines saisons tandis Que Louis Zancanaro, joueur, as'occupera de la coordination sportive. Dans le cadre du programme "Campus 2023", Wilfried Adjahouinou a rejoint le club comme apprenti et il prépare un diplôme de management des associations sportives. À ce jour le club dispose d'un effectif de 59 joueurs dont 40 de la saison dernière qui ont confirmé leur présence.

S'ajouteront une dizaine d'autres dont le retour est attendu au club ainsi que des rugbymen en provenance de divisions supérieures à celle dans laquelle le club va évoluer et dont la mutation est en cours.

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