Le rugby, sport de contact par excellence, expose les joueurs à des chocs qui peuvent entraîner des commotions cérébrales. Ces traumatismes crâniens, bien que souvent considérés comme légers, peuvent avoir des conséquences significatives sur la santé des joueurs à court, moyen et long terme.

L’actualité du rugby français est marquée par la Coupe du monde, les succès de l'équipe nationale, les enjeux au sein de la Fédération française de rugby, et les commotions cérébrales avec leur impact potentiel sur la santé des joueurs. En la matière, les incertitudes sont encore grandes, mais la recherche tente de les lever.
Qu'est-ce qu'une Commotion Cérébrale?
Une "commotion cérébrale" est un traumatisme crânien léger qui engendre un dysfonctionnement temporaire du cerveau à la suite d'un choc. Elle survient en cas de choc au cerveau et est fréquente chez les rugbymen. Contrairement à ce que l'on pense, elle n'entraîne pas systématiquement une perte de connaissance.
La commotion cérébrale est une altération des fonctions neurologiques survenant à la suite d'un impact transmis directement ou indirectement au cerveau, répond le Dr Jean-François Chermann.
« Le cerveau soumis à des chocs fonctionne un peu comme un flipper : alors que des secousses ne le font pas tilter, une, un peu plus violente, provoque son dysfonctionnement. C’est la commotion », illustre Patrice Péran, directeur de recherche Inserm au laboratoire ToNIC (Toulouse NeuroImaging Center).
Pratiquer un sport comme le rugby expose les joueurs à certains risques, comme la commotion cérébrale. Elle peut provoquer des modifications de l'état de conscience, des troubles visuels ou des troubles de l'équilibre.
Symptômes d'une Commotion Cérébrale
Les symptômes d'une commotion cérébrale peuvent être immédiats et transitoires, ou survenir plusieurs heures après l'impact. Plus rarement, ils peuvent être retardés de quelques jours. Les symptômes peuvent être très variables :
- KO (le joueur a les yeux fermés, ne répond plus)
- Suspicion de perte de connaissance
- Convulsions (rares)
- "Crise tonique posturale" (un joueur tombe au sol et garde un bras en l'air de manière anormale)
- Trouble de l’équilibre
- Vision double
- Confusion
- Ralentissement
- Somnolence
Le Dr Jean-François Chermann précise que dans le milieu du sport, le K-O représente 15 % des commotions cérébrales.

Selon le docteur Chermann, "tous les sports sont à risque, en particulier le handball, le rugby, le hockey et le football."
Les signes parfois fugaces, d’où la présence lors des matchs professionnels, du « superviseur vidéo médicale ». Il traque ces symptômes et en informe, quasi en temps réel, le médecin de l’équipe.
Diagnostic et Protocoles
Le diagnostic d'une commotion cérébrale peut être délicat. Pour les autres cas, on parle de suspicion de perte de connaissance. Le plus simple à détecter est évidemment le KO (le joueur a les yeux fermés, ne répond plus). Il y a des signes mineurs qui sont aussi des signes de commotion.
Afin de prendre en charge les commotions cérébrales, l'IRB a mis en place dans chaque Fédération une série de procédures pour les joueurs de haut niveau. Des tests de pré-saison sont ainsi imposés pour établir "un bilan de référence" en cas de commotion en cours d'exercice.
Lorsqu'il y a suspicion de commotion lors d'un match, trois questionnaires sont prévus:- HIA 1 (Head Injury Assessment): Vise à confirmer ou infirmer la commotion, dans un délai imparti de 10 minutes.
- HIA 2: Propose une autre batterie de questions à l'issue du match.
- HIA 3: Est rempli 48 heures après le match en cas de commotion.
Le retour au jeu doit s'effectuer graduellement, avec par exemple au moins trois semaines de repos chez les -20 ans. En cas de répétitions des commotions, le joueur doit solliciter un avis spécialisé avant de rechausser les crampons.
Depuis 2022, l'instance dirigeante du rugby mondial a mis en place un protocole, qui s'applique en cas de commotion. Dès lors qu'un joueur professionnel présente des signes manifestes de commotion, il doit se soumettre à des examens et ne peut pas revenir sur un terrain avant 12 jours.
La commotion cérébrale
Des protocoles ont été élaborés, avec la participation du Dr Jean-François Chermann, permettant au joueur de sortir très rapidement du terrain de jeu.
Limites des Évaluations et Défis
La prise de conscience autour du danger des commotions dans le rugby est finalement assez récente. Des études sont actuellement en cours mais les médecins ont encore peu de recul. De fait, l'établissement des protocoles s'affine peu à peu alors que certains joueurs ont souligné certaines failles, comme la possibilité de tricher à des tests de pré-saison pour établir un référentiel plus bas. De même, par négligence ou peur de perdre sa place, le joueur masque parfois ses commotions. A moins qu'il ne subisse des pressions directes de ses dirigeants pour s'aligner sur le terrain.
Les spécialistes rencontrent plusieurs difficultés à ce niveau, car ils manquent d’examens pertinents pour s’assurer de la guérison totale de la commotion.

Conséquences à Court et Long Terme
Les conséquences des commotions cérébrales peuvent être nombreuses. Une étude des Hôpitaux de Paris, menée avec la Ligue (LNR) et la FFR, a comparé 250 rugbymen à 150 sportifs de haut niveau pratiquant une discipline a priori pas sujette aux commotions. Les premiers résultats montrent des troubles de l'anxiété ou des cas de dépression plus nombreux chez les rugbymen.
Jean-Claude Peyrin, s'appuyant sur des recherches menées par l'Institut du cerveau à Boston sur des footballeurs américains, cite des "troubles de la concentration, de la mémoire" mais aussi des problèmes d'équilibre ou d'humeur.
Philippe Decq a établi un lien entre commotions répétées et troubles de l’humeur, mais des chercheurs étrangers font état d’atteintes neurodégénératives sévères.
Il faut distinguer la commotion cérébrale isolée, qui peut causer des symptômes post-commotionnels (maux de tête, vertiges, petits troubles de la mémoire), y compris jusqu’à un an après le choc, de la commotion cérébrale répétée dont parle Sébastien Chabal dans cet entretien.
Lorsque le cerveau reçoit une violente secousse, ces axones, qui sont très fragiles, peuvent s’abîmer, ce qui va perturber un peu son architecture. Et lorsque cela survient de manière répétée au cours du temps, cela peut causer des dysfonctionnements, avec des conséquences graves sur le long terme. On sait que cela augmenter le risque de maladies dégénératives du cerveau, ce qu’on appelle une encéphalopathie traumatique chronique en jargon médical.
Prévention
Depuis une série d’accidents graves dans le milieu sportif, les commotions cérébrales font l’objet d’une attention particulière. Les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et les médecins du sport sont de plus en plus sensibilisés sur ce sujet.
Désormais, le jeu privilégie les longues courses et l’évitement. Selon une enquête réalisée auprès des clubs de rugby, et publiée en 2019, ces nouvelles préconisations sont plutôt bien accueillies puisqu’elles sont approuvées à 60 %.
En revanche, le port du protège-dents est très important, car cette protection permet de dissiper l'intensité de l'impact.
Le port du protège-dents est très important, car cette protection permet de dissiper l'intensité de l'impact.

Conclusion
Les commotions cérébrales représentent un défi majeur pour la santé des joueurs de rugby. La recherche continue de progresser dans la compréhension et la prise en charge de ces traumatismes, mais il reste encore beaucoup à faire pour assurer la sécurité et le bien-être des athlètes.