Résultat Angleterre Écosse Rugby Historique : Une Rivalité Centenaire

Parmi les dates qui comptent dans le rugby, 1871 représente une des plus importantes. Il y a cent cinquante ans, Anglais et Écossais s’affrontaient pour donner naissance au rugby international. Un évènement que les deux nations fêteront pour leur premier match dans le Tournoi des 6 Nations, cette année.

Comme on le sait, l’Angleterre est le berceau du rugby. C’est dans ce pays que le rugby est né durant la première partie du XIXème siècle. Il émane du collège de la ville de Rugby, au centre de l’Angleterre, et s’est ensuite propagé dans plusieurs universités britanniques. Les clubs se sont peu à peu développés à partir des années 1840.

Jusqu’en 1871, le rugby n’est absolument pas structuré. En effet, il n’existe aucun règlement qui fixe toutes les règles et pratiques autorisées. En bref, chaque club à ses propres règles, ce qui va vite devenir problématique. De plus, le rugby possède une mauvaise réputation.

Le 26 janvier 1871, les représentants d’une vingtaine de clubs anglais se réunissent dans un bar londonien. Ils ont pour objectif de structurer, enfin, cette discipline. Ainsi, la Rugby Football Union (RFU), première fédération de rugby, est fondée. Les règles sont enfin uniformisées. Les licenciés de la nouvelle fédération doivent fournir une cotisation de cinq shillings par an. Le reste des nations britanniques suivront cet exemple quelques années plus tard.

Forte d’avoir enfin structuré son rugby local, la fédération anglaise veut créer une sélection nationale pour affronter des équipes étrangères. Deux mois plus tard, elle choisit les vingt meilleurs joueurs, parmi ses licenciés, pour affronter une sélection écossaise, en Écosse. Le 27 mars, à Édimbourg, sur la pelouse de Raeburn Place, Écossais et Anglais jouent le premier match international de l’histoire du rugby.

Cependant, la logique n’est pas respectée. En effet, les Écossais l’emportent finalement et c’est une transformation réussie qui fait la différence. Pour la petite anecdote, l’Écossais Angus Buchanan fut le premier marqueur d’essai de l’histoire du rugby international.

En 150 ans, les deux nations se sont rencontrées 138 fois. Les Anglais l’ont emporté à 76 reprises, les Écossais à 43 et il y a eu 19 matchs nuls. Si les deux nations se rencontrent chaque année dans le cadre du tournoi, les matchs ont toujours une saveur particulière. L’enjeu dépasse le cadre du tournoi et il est matérialisé par un trophée. Ce trophée, c’est la Calcutta Cup.

À l’époque où la Grande-Bretagne régnait sur le monde, l’Inde était le joyau de la couronne. En 1872, à Calcutta, la capitale de l’Inde coloniale, un régiment d’infanterie britannique fonde le Calcutta Football Club. Durant un match, une sélection des meilleurs joueurs britanniques affronte alors une sélection des meilleurs joueurs écossais, gallois, et irlandais.

The History of the Calcutta Cup | England vs Scotland Rugby Rivalry #sixnationsrugby #rugby

Cet évènement rencontre un beau succès. Pendant une courte période, le rugby se développe en Inde, même si cela ne va pas durer. Avant la disparition du club, le trésorier du CFC formule une demande à la Rugby Football Union, par l’intermédiaire d’une lettre. Il souhaite utiliser les derniers fonds pour fabriquer un trophée. La fédération accepte et décide qu’il sera donné au vainqueur de la confrontation entre Anglais et Écossais.

De son côté, le trésorier se rend chez un orfèvre de Calcutta. Il lui donne 270 roupies d’argent (ce qu’il restait dans la caisse du club) et l’orfèvre fait fondre l’argent. Ce dernier fabrique une coupe en argent, avec un éléphant sur son couvercle et trois hanses en forme de cobra. Le premier match de Calcutta Cup, qui a lieu en 1879, se solde par un match nul. Le trophée est donc décerné pour la première fois en 1880, après une victoire anglaise. Depuis 1988, le trophée est conservé au musée World Rugby, à Londres.

En 150 ans d’histoire, on a le temps de vivre des matchs et des histoires mémorables. Jusqu’en 1990, les deux équipes chantent encore le même hymne avant de débuter les rencontres. Le God Save the Queen est repris à l’unisson. En 1990, les Écossais ne souhaitent plus chanter un hymne qui ne les représente pas assez.

Pour montrer leur détachement vis-à-vis des Anglais, les Écossais chantent un nouvel hymne. Il provient d’une chanson du groupe folklorique écossais The Corries et date de 1967. Cette chanson s’intitule Flower Of Scotland. C’est un chant en l’honneur de la victoire écossaise de Bannockburn, lors de la première guerre d’indépendance écossaise, au début du XIVe siècle.

L’enjeu sportif est crucial, puisque c’est le gain du Tournoi et le Grand Chelem qui se jouent. De plus, les Anglais sont largement favoris. Contre toute attente, le XV du Chardon remporte cette rencontre. Trente-et-un ans après, le chant de Flower Of Scotland demeure l’un des plus beaux moments du Tournoi des VI Nations, surtout lorsqu’il est entonné à Murrayfield, qui plus est face aux Anglais.

Dans les années 1990 et 2000, ainsi qu’au début des années 2010, les rencontres sont très déséquilibrées. D’ailleurs, les Écossais n’ont plus gagné à Twickenham depuis 1983. Depuis quelques années, les Écossais semblent avoir retrouvé des couleurs. On se souvient de cette victoire à Murrayfield, en 2018, alors que les Écossais restaient sur huit défaites d’affilée face au XV de la Rose. En 2019, on se souvient de ce match nul d’anthologie à Twickenham, durant lequel les Écossais sont passés tout près d’un exploit magistral.

Sur le plan politique, les tensions ont également été ravivées. Si en 2014 les Écossais n’avaient pas voulu de référendum sur la question d’une indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni, la musique semble complètement différente en ce moment. En effet, le Brexit a changé la donne.

Pour fêter les 150 ans de la plus vieille rivalité du rugby international, les deux fédérations ont choisi de marquer le coup. La crise sanitaire actuelle a contraint les autorités à stopper toutes les compétitions de rugby en Europe. L’occasion de ressortir les matchs les plus beaux, les plus légendaires, les plus inoubliables de l’histoire du rugby. C’est le genre de spectacle auquel on ne s’attendait pas mais que seul le Tournoi pouvait nous offrir.

Motivée par l’envie de bien finir, l’Angleterre attaque fort la partie. Fort au point de marquer dès sa première possession par Jack Nowell, bien décalé sur son aile droite par Henry Slade, qui punit les errements défensifs au large de la défense écossaise. On sent que les locaux, poussés par le "Swing Low Sweet Chariot" de Twickenham, sont très appliqués, à y regarder de plus près les premiers duels et les premiers rucks. Ils sont d’ailleurs joueurs et choisissent la touche : une réussite. Tom Curry conclut un ballon porté foudroyant. À peine dix minutes de jeu, et les partenaires de Finn Russell accusent déjà 14 points de retard. Et leur calvaire n’est pas fini.

Les chocs s’intensifient, cela profite à l’Angleterre qui aggrave le score par Joe Launchbury (21-0, 15e). Les absences de Stuart Hogg, Huw Jones, John Barclay, Ryan Wilson et Duncan Taylor pèsent très lourd sur ce XV écossais. En tribunes, le visage de Gregor Townsend se ferme de plus en plus, alors que la Calcutta Cup s’éloigne...

Les Écossais ne parviennent à avancer et quand Russell se résigne à dégager au pied, cela offre aux hommes en blanc des opportunités franches. Un contre-ruck joué rapidement par Ben Youngs sur le côté fermé, une passe à une main de Henry Slade et Jonny May fait le reste (31-0, 29e). McInally, capitaine de la sélection des Scots, s’occupe de sonner la révolte avec une interception de 50 mètres après avoir contré le pied de Farrell et échappé au retour de ce dernier et May (31-7, 35e).

Au retour des vestiaires, Sam Johnson complète sa performance défensive incroyable par une course intérieur tranchante suivie d’un offload. Darcy Graham à la conclusion (33-12, 48e). Ali Price joue par-dessus pour lui-même, totalement oublié par le second rideau. Magnus Bradbury arrive comme une fusée pour prendre le relais (31-19, 51e) et les événements prennent une tournure folle. Tous les ballons sont bons à jouer et même la mêlée écossaise rivalise. C’est le moment que choisit Townsend pour réaliser une salve de 5 changements. Ceux-ci auront un impact incontestable. Sur la touche et le maul qui suivent, tous auront leur rôle à jouer sur le lancement à l’origine de la deuxième réalisation de Graham (31-24, 58e). Un souffle plus tard, Russell intercepte une passe trop molle de son vis-à-vis Farrell. Personne ne le rattrape (31-31, 60e). Les supporters écossais à Twickenham exultent.

Plus fou que le retour gallois contre le XV de France un mois plus tôt, les "Scots" ont refait un retard de 31 points. La puissance bestiale des Anglais observée en première période a disparu face à l’euphorie écossaise. Dans les dix dernières minutes, étouffantes de suspense, le Chardon dresse des barbelés obligeant les artilleurs anglais à s’activer. Oublié dans l’axe, Johnson, encore lui, perce pour faire passer les siens devant (31-38, 77e). À moins de quatre minutes de la sirène, on croit que ce chef d’œuvre tient son dénouement. Particulièrement après ce missile tapé en touche par Russell, juste après qu’il a arraché le ballon des bras de Genge. Mais piqués dans leur orgueil les Anglais vont remonter le terrain. Impressionnants d’abnégation, ils finiront par se sauver l’honneur, avec une marque de Ford (38-38, 84e).

Le Tournoi des 6 Nations s’achève de façon dramatique. Succès historique de l’Écosse ! L’Écosse fait chuter l’Angleterre (6-11) dans une soirée historique à Twickenham. Un exploit retentissant pour le XV du Chardon, courageux et solidaire, qui a fait déjouer une équipe anglaise déboussolée. Le XV de la Rose, lui, démarre son Tournoi par une défaite.

Dès l'entame, les joueurs de Gregor Townsend ont donné le ton d'un combat épique. Etouffés, les Anglais enchaînaient quatre fautes en autant de minutes et permettaient à Russell d'ouvrir le score (3-0, 6e). L'indiscipline anglaise ne s'est pas arrangée dans ce premier acte avec un carton jaune pour Billy Vunipola au bout de la neuvième pénalité concédée (23e). Et après deux occasions franches d'essai, sur maul puis sur une diagonale de Russell pour Van Der Merwe surpris par le rebond, la troisième était la bonne pour l'ailier écossais (29e) sur un contre impeccable (0-8). Il fallait attendre la 33e minute de jeu pour voir la deuxième pénalité concédée par les Ecossais et les premiers points anglais marqués par Farrell (3-8). Le XV de la rose qui trouvait un peu de hargne à son retour à 15 et profitait d'un petit trou d'air dans les rangs adverse à l'image de Finn Russell.

Coupable d'un croc-en-jambe, ce génie du jeu nous prouvait encore tout le paradoxe qui l'entoure avec ce geste réflexe (mais inutile) sur un duel perdu face à Youngs. Carton jaune (37e) et trois nouveaux points anglais si bien que l'Ecosse n'avait que deux longueurs d'avance à la mi-temps (6-8) malgré une nette domination (71% de possession).

Comme en première période, l'Ecosse a réalisé une très grosse entame malgré son infériorité numérique. Et c'est même Russell qui marquait les premiers (et seuls) points de ce deuxième acte à son retour sur la pelouse. 6-11 à la 48e et un affrontement qui n'a jamais baissé en régime. Le suspense est resté total jusqu'au bout notamment à cause de l'imprécision au pied des buteurs écossais (huit points manqués) qui n'ont pas réussi à tuer le match. On voyait même venir un terrible hold-up anglais au finish.

Mais le XV du chardon a tenu dans le sillage d'un paquet d'avants ultra-dominateur, Jonny Gray en tête (12 plaquages, 2 ballons volés en touche) d'une horde digne de Braveheart. Agressés en permanence, les coéquipiers d'Owen Farrell ont vécu une longue agonie indisciplinée (15 pénalités à 6) et n'ont jamais franchi le premier rideau adverse s'obstinant à rendre les ballons au pied.

Cette 150ème Calcutta Cup revient donc au XV du Chardon qui s'impose après de longues années de disette à Twickenham (6-11). L'Ecosse démarre parfaitement ce Tournoi 2021 avant de recevoir le Pays de Galles à Murrayfield.

Exploit XXL de l'Écosse qui s'impose au bout du suspense face au XV de la Rose sur la pelouse de Twickenham (6-11). Une première depuis 1983 pour les Écossais.

Bilan des Matchs Écosse-Angleterre à Murrayfield (Tournoi des 6 Nations)

Voici le bilan de tous les matchs entre l’Écosse et l’Angleterre sur la pelouse de Murrayfield depuis la mise en place de la nouvelle formule du Tournoi.

Date Match Résultat
2/04/2000 Écosse - Angleterre Écosse 19 - 13 Angleterre
2/02/2002 Écosse - Angleterre Écosse 3 - 29 Angleterre
13/02/2004 Écosse - Angleterre Écosse 13 - 35 Angleterre
25/02/2006 Écosse - Angleterre Écosse 18 - 12 Angleterre
8/03/2008 Écosse - Angleterre Écosse 15 - 9 Angleterre
13/03/2010 Écosse - Angleterre Écosse 15 - 15 Angleterre
4/02/2012 Écosse - Angleterre Écosse 6 - 13 Angleterre
8/02/2014 Écosse - Angleterre Écosse 0 - 20 Angleterre
6/02/2016 Écosse - Angleterre Écosse 9 - 15 Angleterre
24/02/2018 Écosse - Angleterre Écosse 25 - 13 Angleterre

Après 10 rencontres à Murrayfield depuis que le Tournoi des 6 Nations existe, l’Écosse s’est imposée à quatre reprises et s’est inclinée cinq fois contre les champions du monde 2003. Une seule partie n’a pas eu de vainqueur. Le 13 mars 2010, le XV du Chardon et celui de la Rose se sont quittés sur le score de 15-15.

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