Les Injections dans le Football : Explications, Risques et Alternatives

Le sujet des injections dans le football reste tabou, véhiculant fantasmes et médisances. Pourtant, tout le monde a entendu parler un jour ou l'autre de l'infiltration, autorisée par la FIFA. Ces dernières années, Marco Verratti, Gerard Piqué ou Zlatan Ibrahimovic ont joué sous antidouleur le temps d'un grand match.

Un artifice censé prolonger momentanément et opportunément la « durée de vie sportive » d'un acteur affaibli, mais escorté de tellement de mystères et de méconnaissances, sans doute. Après le témoignage de Bruno Rodriguez, l'ancien attaquant du PSG amputé de la jambe droite, nous avons décidé de republier cette enquête parue dans France Football en 2021. A contrario, les joueurs biberonnés à la piqûre d'infiltration n'ont pas beaucoup pris la parole et les conséquences dramatiques d'un usage abusif sont très peu connues, voire tues.

La Décision d'Infiltration : Un Processus Complexe

Une infiltration n'est jamais anodine et ne se décide jamais seul. C'est un triumvirat qui intervient et la concertation est souvent longue, mûrement réfléchie. Contrairement aux années 1990-2000, très friandes en infiltrations et beaucoup moins en explications, le procédé est plus dosé et soupesé.Raphaël Varane, infiltré notamment pour le désormais historique France-Ukraine 2013, tranche : « Tout d'abord, il faut savoir qu'il n'y a aucune ''obligation'' d'avoir recours à des infiltrations. C'est un choix que l'on fait. »

Le champion du monde 2018 décortique les mécanismes idéaux de la prise de décision :

  1. Le coach fait part de sa volonté, ou non, que le joueur puisse disputer le match.
  2. Le doc évalue la situation : "Est-ce qu'avec une infiltration le joueur pourra jouer, et si oui, quels sont les risques qu'il fasse une rechute ?"
  3. Si la situation est évaluée favorablement par le doc, c'est le joueur qui décide en dernière instance en fonction de ses sensations et de la confiance qu'il a en son corps à ce moment-là.

CONSEILS APRES UNE INFILTRATIONS - EFFETS SECONDAIRES

Les Risques et les Conséquences

Cependant, contrairement à Raphaël Varane, bien informé des risques encourus et intégré dans le circuit de la décision finale, certains joueurs, par le passé, se sont retrouvés pris dans un étau où le choix était quelque peu dirigé et orienté. Avec souvent, des footballeurs pas forcément au courant des conséquences éventuelles liées à l'abus de la pratique.

Romain Philippoteaux garde des réminiscences de jeunesse, dans un football amateur où la question ne se posait pas trop. « Je me souviens d'un gamin à l'époque où mon père entraînait. Il avait 21 ans. Un gars très physique qui avait des problèmes à un genou. Pendant un mois, il a joué sous infiltration. Ça m'avait marqué. Au bout d'un moment, tu masques tellement la douleur que tu ne sais plus ce que ton corps ressent. Et ça n'a pas manqué. Son genou a lâché pour de bon et il ne pouvait même plus prendre un appui correct ni mettre le pied comme il le faisait auparavant. »

Désormais entraîneur des U18 du Racing Club de Strasbourg, Martin Djetou a bourlingué. « Malheureusement, oui, j'y ai souvent eu recours, admet-il. Et, honnêtement, si je dis qu'on était briefés sur ça à l'époque, ce serait mentir. Mais il y avait un climat de confiance installé alors, on n'y réfléchissait pas trop... » Dans l'incapacité de chiffrer le nombre de séances endurées, Martin Djetou déguste aujourd'hui au niveau de sa rotule. À seulement 46 ans. « J'ai mal au genou, j'ai comme... comme la maladie des vieux, là ! Comme de l'arthrose, sourit-il tout de même. Est-ce que c'est vraiment du aux infiltrations ? Je ne le saurai jamais, je pense. En tout cas, mon genou est usé, je n'ai plus de cartilage... Lorsque je suis assis assez longtemps, il faut que je débloque mon ménisque pour pouvoir me remettre debout. On m'avait proposé une prothèse. J'ai refusé mais je pense que plus tard, je serai amené à en avoir une. »

L'Expérience des Joueurs

Au-delà des fantasmes à la piquouse et des justifications médicales à l'infiltration, que ressentent réellement les joueurs physiquement après l'injection ? Difficile à décrire, la sensation est souvent la même et réside en une véritable absence d'appuis et de repères. Didier Drogba repasse le film d'une rencontre face à Manchester United où il s'est retrouvé infiltré à cause d'une grosse douleur persistante à l'aine. « Après l'injection, je n'ai jamais eu l'impression d'être Superman, révèle l'attaquant ivoirien. Au contraire, c'était très bizarre... D'accord, je ne sentais quasiment plus la douleur mais je ne sentais plus non plus ma jambe du côté de l'injection. C'est comme si j'avais perdu mes réflexes habituels et mes repères spatio-temporels. J'étais complètement paumé. Comme si mes réflexes de footballeur se trouvaient anesthésiés et comme si ma jambe était déconnectée de mon cerveau. Juste après, je me souviens avoir réussi plusieurs contrôles à la Taribo West et fait un match très moyen... » Des effets secondaires qui dissuaderont l'attaquant de Chelsea de renouveler l'expérience.

De son côté, Raphaël Varane garde en mémoire un instant particulier. « La sensation n'est pas agréable, car c'est comme si une partie de notre corps ne nous appartenait plus, appuie le défenseur du Real. En revanche, la douleur disparaît presque totalement. Psychologiquement, ce n'est pas une décision anodine car tu fais prendre un risque à ton corps. Il faut donc être prêt à assumer les conséquences si ça se passe mal et passer en mode guerrier. Forcément, on y pense pendant le match et en plus de ça, il faut se concentrer pour être performant. Tout le monde ne peut pas le faire. »

Les Alternatives Modernes

Entre les nouvelles technologies et d'autres médications davantage en vogue désormais, la pratique de l'infiltration tend à disparaître depuis le début des années 2010. À une époque où le bien-être et le naturel sont prônés par les médecins, elle peut parfois même paraître anachronique.

Nombreux sont ceux qui n'ont jamais vu la piqûre de l'infiltration s'approcher. Et pour les joueurs actuels, ce n'est vraiment pas plus mal. « Je n'ai jamais utilisé les infiltrations, et j'espère que ça va durer encore quelque temps, confie l'international barcelonais Clément Lenglet. Pour l'instant, je n'ai pas eu de blessures qui pouvaient être soignées par ça, mes problèmes ont plus été des torsions, des pépins musculaires. Je suis plutôt quelqu'un qui préfère éviter au maximum de masquer la douleur. Le corps en général nous donne des alertes et il faut savoir l'écouter. »

Certains acteurs du football ne jurent désormais plus que par la mésothérapie. Technique de soulagement de la douleur, la « méso » permet d'injecter des médicaments à petites doses sur une zone très précise. Sur un long terme salutaire pour le corps, contrairement à l'infiltration qui ne peut pas tenir sur la durée.

La palme revient désormais aux anti-inflammatoires, qui surpassent de loin toutes les autres techniques. « Les "anti-inf", ça y va maintenant, corrobore Ricardo Faty, ancien défenseur de l'AS Roma et désormais sous contrat avec à la Reggina, en Serie B. C'est soit une petite piqûre dans les fesses, soit une pilule. Il faut pourtant vraiment faire gaffe à ça. Sur le long terme, tu peux te retrouver avec des problèmes à l'estomac, ça te bousille l'intérieur. J'ai un ami sénégalais qui prend ça comme un réflexe. C'est devenu quelque chose d'automatisé. C'est peut-être le mal de nos jours. »

L'Avis du Médecin

Franck Le Gall (*): « Une infiltration consiste à injecter un produit dans une zone précise de l'organisme, quand il y a un problème intra-articulaire, par exemple. Le produit injecté peut être à base de cortisone, cela peut être aussi de l'acide hyaluronique, ou du PRP (plasma riche en plaquettes) depuis quelques années. Pour une inflammation de la cheville après entorse, si vous la mettez au repos complet avec tous les soins adaptés et si vous la traitez avec une infiltration de cortisone, vous obtiendrez sans doute la même chose. Sauf que la première option pourra demander quatre à six semaines alors que la seconde se fera en une seule. L'infiltration est un moyen d'aller plus vite. Quand elle est utilisée à bon escient, elle est efficace et inoffensive. Mais en abuser peut aggraver des problèmes car on ne va pas toujours dans le sens de la cicatrisation et on coupe le signal douloureux. C'est le danger. Il faut respecter la douleur. Quand on sort les aiguilles, ce n'est pas de gaieté de coeur. Si on peut s'en passer, ça me va très bien. Je préfère traiter un problème avec les kinés, la physio, des massages, des exercices avec appareil, plutôt que de pratiquer une infiltration. Personne, ni l'entraîneur ni le joueur ne la réclame, ou très rarement. C'est nous qui la proposons avec toutes les précautions qui vont avec. Face à une pathologie, on va faire ce qu'il faut pour que le joueur reprenne le plus vite possible. Je pense qu'il y a moins d'infiltrations qu'il n'y en avait. Aujourd'hui, on a un éventail de traitements plus large et on ne fait, par exemple, que très peu d'infiltrations de cortisone pour les pathologies tendineuses.

Type de Traitement Avantages Inconvénients
Infiltration de Cortisone Soulagement rapide de la douleur, réduction de l'inflammation Risque d'aggravation des problèmes à long terme, masquage de la douleur
Mésothérapie Injection de médicaments à petites doses, action ciblée Moins rapide que l'infiltration, nécessite plusieurs séances
Anti-inflammatoires Facile d'accès, réduction de l'inflammation Effets secondaires sur l'estomac, risque de problèmes à long terme

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