L'Histoire du Rugby à Quillan: Un Parcours Épique

Au soir du 21 avril, l’US Quillan-Limoux a achevé sa saison de Fédéral 3. Un exercice conclu par une neuvième place de la très relevée poule 11, ce qui n’est pas une mince performance pour le club de la Haute-Vallée de l’Aude qui tente d’exister dans une région pas particulièrement gâtée sur le plan démographique et économique. L'histoire du club de rugby de Quillan est riche et complexe, marquée par des périodes de gloire, des fusions et des défis constants.

Les Débuts du Club

La fondation du club remonte au début du XXème siècle. D’après l’encyclopédie du Rugby Français, l’Union Sportive Quillanaise aurait été fondée en 1898. Nous avons retenu le témoignage de M. est engagée dans une compétition régionale sous la présidence de M. Moulines. Là commence l’histoire du rugby à Quillan.

L'Âge d'Or des Années 1920

Au cœur des années 20, un industriel, Jean Bourrel (propriétaire des établissements Thibet), devenu par la suite premier magistrat de la ville et conseiller général, décida de faire de l’US quillanaise, un modeste club de Deuxième Série, une des meilleures cylindrées de l’Hexagone. Le mécène audois fit une OPA sur l’US Perpignan. Quatre fois par semaine, les Quillanais étaient sur le pré pour peaufiner leur condition physique et leur technique.

Après avoir échoué près du but en 1928 en finale face à Pau (défaite 6-4), les Audois et Jean Bourrel connurent la joie suprême du titre le 19 mai 1929, en venant à bout de Lézignan (11-8) sur l’ancien stade Ernest-Wallon de Toulouse. L’année suivante, à Bordeaux, le champion n’a pas réussi à conserver son bien face à Agen (défaite 4-0).Il a fait de Quillan le premier club professionnel du monde. D’autres dirigeants se sont inspirés de ces méthodes. Ici, nous sommes sensibles à ce devoir de mémoire.

À la fin des années 20, un industriel possédant une industrie de chapeaux, M. BOURREL décide de créer une grosse équipe à QUILLAN. Celle-ci participera 3 ans de suite à la finale en remportant le titre en 1929. Cette équipe comptera beaucoup d'anciens joueurs de l'UNION SPORTIVE DE PERPIGNAN. Le Président BOURREL,bien connu dans le milieu du music-hall et du spectacle à PARIS joua pleinement un rôle de mécène : ainsi il payait le salaire de l'ouvrier de Jean BONNET afin que ce dernier puisse assister aux entraînements.

Neuf décennies après ce mémorable exploit, l’entente Quillan-Limoux va honorer ses anciens champions et son président Bourrel, le 15 juin sur le domaine de l’Espinet, lieu qui fut naguère la demeure du chef d’industrie Bourrel. Le temps a eu beau passer, le président délégué, Christian Maugard, mémoire du club, a toujours des trémolos dans la voix lorsqu’il évoque l’exploit de ces héros de 1929 : "Ce titre et les finales de 1928 et 1930 ont marqué à l’histoire de Quillan.

Les Défis Géographiques et Économiques

Quillan, petit chef-lieu de canton (2.900 habitants actuellement) est situé sur le fleuve Aude dans un bassin à la sortie des Gorges de la Pierre-Lys. À Quillan, l’Aude, jusque-là torrent pyrénéen, s’assagit et devient rivière flottable et navigable. Rien dans sa situation géographique loin des grands axes, tout à l’Ouest du département et la faiblesse de sa population ne distinguèrent Quillan à devenir un grand centre de rugby, sinon son développement industriel à deux périodes de son histoire : l’industrie chapelière puis l’industrie des stratifiés (Formica). Son émergence en rugby coïncide avec ces deux moments de la vie industrielle de la région.

Ne pas oublier aussi tous ces bénévoles anonymes qui ont maintenu le club de rugby de Quillan dans les périodes difficiles. Le stade Jean Bourrel verra évoluer le Stade Toulousain, le S.U. du rugby, a offert à Quillan un titre de champion de France.

À Quillan, les joueurs étaient accompagnés de la réputation de professionnels qui touchaient un salaire, s'entraînaient quatre fois par semaine sous la direction de Gilbert Brutus et sacrifiaient déjà à la diététique. Quillan se voulait une académie du beau jeu, un club de gentlemen portant l'élégant chapeau de laine Mérinos souple.

Les Hauts et les Bas: Une Période Difficile

Il en est du sport comme de la vie, sans que l’on sache vraiment pourquoi les difficultés s’accumulent et subitement on se sent impuissant face aux aléas de la vie. Ainsi l’équipe brillante de la saison précédente va éprouver les pires difficultés pour sauver sa place en 2ème Division. Le début de saison est difficile, le club écope de deux points de pénalisation… deux points qui vont peser lourd au moment du décompte final, deux points qui vont saper le moral de l’équipe.

occupe la dernière place de la poule… les défaites s’ajoutent les unes aux autres (9 au total). Le match décisif se joue à Quillan contre Moissac. La victoire, 6 à 0, sauve le club de la relégation en 3ème Division malgré une dernière place au classement. La formule du championnat et la victoire de Moissac sauvent le club.

Le Championnat est alors constitué de 6 poules. Seuls quatre clubs descendent, ceux qui ont obtenu le moins de points : Mâcon avec 15 points, Gallia Perpignan avec 14 points, Saint-Jean de Luz avec 18 points et Issoire avec 20 points sont relégués. (22 points) et le S.B.U.C. (23 points) préservent l’essentiel, c’est-à-dire le maintien.

Les Phases Finales et les Déceptions

Au cours des cinq saisons suivantes, à l’exception de la saison 1959/1960, le club joue les phases finales. qui finit sixième… et non qualifiée. Après cette saison en demi-teinte, la Haute-Vallée retrouve des couleurs, rouge et bleu, en 1960/1961. Tout d’abord le conseil municipal vote l’emprunt pour la construction des tribunes du stade. finit seconde de sa poule et obtient brillamment sa qualification.

Les Camboulive, Nicol, Boyer, Membrives, Clarac, Sénié, Bonnans, D’Andréa, etc… sortent victorieux de leur confrontation avec Aire-sur-Adour en 16ème de finale, sur le terrain de Montrejeau : 10 à 3 grâce à 2 essais transformés, l’un de Nicol, l’autre de Marty. Une fois encore le terrain de Montauban ne veut pas porter bonheur à nos couleurs. battue 6 à 0 après avoir vendangé de multiples occasions de marquer.

La saison 1961/1962 débute sous les meilleurs auspices. Quillan et Espéraza dans la même poule en 2ème Division. Derby de la Haute Vallée à Espéraza. Match nul 3/3, au retour victoire de Quillan 6/3 devant près de 3000 personnes. Les chapeliers d’Espéraza se qualifient pour les 16ème, parviennent en demi-finale et montent en Nationale.

Quillan reste en rade malgré une grande maîtrise affichée (3 défaites seulement au cours de matches de poule). compte bien poursuivre sa route en 8ème, sur le terrain de Narbonne, face à une vieille connaissance Châteaurenard. sur le score de 6 à 3. Pour Quillan la désillusion est grande… en effet les deux clubs étaient dans la même poule et les Quillanais l’avaient emporté à domicile et à Châteaurenard. Petit péché d’orgueil engendré par ces deux succès ? qu’un match de phases finales ne ressemble à aucun autre, et que sur un match tout est possible.

L’exercice suivant (1962/63) sera tout aussi favorable, l’équipe qui a conservé la même ossature réussit une saison pleine. et son adversaire du jour, Castelsarrasin, ne sont pas parvenus à se départager. Castelsarrasin se qualifie au bénéfice d’un meilleur classement lors des matchs de poule.

On note aussi la même année les bons résultats obtenus par l’équipe réserve, éliminée en 8ème de finale.

La Fusion avec Espéraza

Espéraza Limoux) vient de quitter la 1ère Division après un séjour rapide. Le C.O.E.L. affiche un déficit de deux millions d’anciens francs, (beaucoup plus selon certains…). En 1962, par un vote unanime, les Espérazanais avaient été partisans d’une fusion C.A.O.E. avec la J.A.O. Limouxine.

Le problème de la fusion avec un club (Quillan) ayant comme Espéraza une ossature joueurs est posé. Jean Chatelus dira : “C’est l’avenir du rugby à Espéraza”. Dans son intervention au cours d’une réunion décisive tenue “Salle Roncero” le secrétaire général Chatelus, indique les avantages de la fusion : - l’amalgame des meilleurs éléments des deux clubs peut donner une équipe “tremblante” - deux subventions des municipalités de Quillan et Espéraza peuvent être espérées ; la sportivité des deux municipalités met à l’abri le nouveau club de toute surprise désagréable - des cartes d’abonnement seront vendues dans les deux localités - l’offre de la société “Formica” de procurer aux joueurs des situations d’avenir - le nom qui sera donné au nouveau club comprendra Quillan et Espéraza - les matchs alternatifs sur les deux terrains satisferont le public espérazanais.

La proposition de fusion fut adoptée malgré un pourcentage conséquent d’abstentions. Le Comité Directeur d’Espéraza l’avait adoptée : 13 présents, 11 oui, 2 non.

Le groupe chargé de mettre au point les modalités de l’Entente était composé pour le C.O.E.L. Quillan de Messieurs Mullot, Monnié, Saura, Olard, Kulpa. La réussite de cette fusion est surtout le fait de deux hommes : Messieurs Paul Mullot et Jean Chatelus. L’un et l’autre avaient la nostalgie d’une équipe de 1ère Division. Ils furent aidés par l’existence à Quillan d’une usine de stratifiés “Formica”. M. Paul Barrière, Président de la Ligue du Jeu à XIII, à l’occasion de rencontres en Angleterre avait eu des contacts avec des industriels anglais. Il sera l’élément moteur de l’implantation des stratifiés à Quillan.

La société anglaise “Thomas de la Rue” s’installa dans les locaux de l’usine Jean Bourrel. L’Administration avait accordé les autorisations nécessaires. Les premières machines furent débarquées à Bordeaux. Cette implantation fut une réussite, 2.000 m2 de stratifiés en 1952, 30.000 en 1954. M. Guilhem fut le premier directeur de l’usine.

Au moment de la fusion, M. Paul Mullot Présidents délégués : MM. François Journet, René Galy, André Franzone Vice-présidents : MM. Louis Resplandy, Guy Casassus, Guy Clarou, Pierre Roueylou, René Gleizes Secrétaire général : M. Jean Chatelus Secrétaire général adjoint : M. François Monnié Secrétaires adjoints : MM. Jean Truilhet, Roger Alibert Trésorier général : M. François Saura Trésoriers adjoints : MM. Louis Sicre, Alphonse Demiautte, Jean Tailhan Présidents et membres des commissions : MM. Canal, Olard, Boixo, Kulpa, Marcel Journet, Carrere, Albas, Palacios, Auge.

Comprendre les règles du rugby pour la Coupe du Monde 2019

La Saison de la Fusion et le Titre de 2ème Division (1963/1964)

L’entraînement est confié à Guy Burgas, joueur du club. Les débuts de l’Entente furent difficiles. tâtonne un trimestre pour dégager sa formation de base. Une moyenne d’âge peu élevée : seuls Martre, Burgas, Véronèse dépassent la trentaine ; les autres s’échelonnent entre 17 et 26 ans. C’est cette ossature bien amalgamée qui, à compter du 23 janvier 1964 jusqu’au 10 mai, date de son sacre ne concéda la moindre défaite en rencontre officielle.

Le début de saison est prometteur tant en amical que lors des matchs du Challenge de l’Essor. termine en tête de sa poule après son succès lors de son dernier match contre Montélimar (22 à 6). a réussi un cavalier seul, en Challenge de l’Essor, face au Gallia Perpignan (42 à 3). réduite à 14 après expulsion de Sein, sort victorieuse grâce à un essai de Camiade transformé par ce même joueur. Pour une fois les dieux du sport étaient favorables à la Haute-Vallée.

En 8ème de finale, les joueurs “rouge et bleu” trouvent sur leur route un autre obstacle : Pamiers. Sur le terrain de Lavelanet, devant un public nombreux (plus de 4.000 spectateurs), l’entente remporte une brillante victoire 10 à 6… et se met à rêver ! échoue en demi-finale du Challenge de l’Essor devant Vic-Bigorre, plus entreprenant (6 à 0) sur le terrain de Montréjeau. Qu’importe, le moral est au beau fixe.

Quart de finale 1964

En ce 19 avril, des centaines de supporters de Quillan et de la Haute-Vallée prennent la route de Lannemezan sous un soleil printanier afin d’assister au match de quart de finale qui va opposer leur favori à Hendaye. Sous une pluie battante qui a transformé le terrain en bourbier, il est difficile de réaliser du beau jeu. Ce quart de finale se résume à un duel d’avants et à un jeu de gagne terrain au pied.

Demi-finale 1964

En ce 26 avril, un rêve de 30 ans se réalise. vient à bout de la résistance bagnéraise : 8 à 5 après une heure de travail de sape des avants audois, Bagnères subit un “K.O.” en trois minutes : deux essais de Véronèse (65) et Rouger (68) et une transformation de Camiade… transformation contestée car accordée par l’un des arbitres de touche, refusée par l’autre… mais entérinée par l’arbitre de la rencontre M. mène 8 à 0. s’octroyait une victoire indiscutable.

Finale du Championnat de France de 2ème Division

Ainsi l’Union Sportive Quillan-Espéraza assurait sa qualification pour la finale du Championnat de France de 2ème Division et son accession à la division nationale pour la saison 1964/1965. à Condom. Pour ces deux équipes, le chemin parcouru est un peu similaire, il ne s’agit point du travail d’une saison, le résultat obtenu est le fruit d’une longue ascension amorcée depuis plusieurs années. Pour les Gersois, à plusieurs reprises le rêve de jouer en 1ère Division a été caressé : en 1961 ils échouent, leur vainqueur, Saint-Junien, se qualifiant au bénéfice du règlement. En 1962, c’est Espéraza qui élimine au même stade de la compétition (quart de finale) Condom et monte en 1ère Division. En 1963, Condom est battu en demi finale par Saint-Junien et échoue une fois encore dans sa quête du Grall. 1964… cette fois-ci c’est la bonne… l’équipe gersoise obtient son billet pour l’élite, chose qui ne semble pas imméritée à la lecture du palmarès de cette équipe.

Face à elle, Quillan-Espéraza, qui pour sa première année d’existence s’offre un incroyable bonheur et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. A la pause Condom mène 5 à 0. A la reprise, les “bleu” retrouvent leur maîtrise technique. pour la première fois de la partie passe en tête (6 à 5). se détache 11 à 5.

Les Années Suivantes et le Déclin

Paul Mullot abandonna la présidence en 1971 et Quillan ne lutta plus que pour le maintien. Passé en groupe B, Quillan quitta définitivement l'élite en 1978, à la suite d'incidents contre Arras. Après 27 années en 2e division, Quillan est descendu en 3e en 2005.

L'USQHV et le Centenaire

En 1992, l'USQ a ajouté « Haute Vallée » à son sigle. En 2002, l'USQHV a célébré son centenaire et baptisé officiellement, enfin, le stade Jean-Bourrel.

Le Président Maugard et la Passion Inextinguible

Le président Maugard, arrivé en 1975 de Belcaire pour s'installer comme kiné, tient la barre depuis 1982 - malgré de brèves éclipses- avec une passion inextinguible qui anime aussi ses plus proches lieutenants.

Le nom de Quillan doit avoir un rapport avec la cité des Trois-Quilles, ces trois pics qui surplombent la ville et que l'incontournable président Maugard a fait fixer sur l'écusson du club ; trois pics qui pourraient avoir un rapport avec les trois titres que Quillan a remportés dans les trois premières divisions…

Tableau des Titres et Finales de l'US Quillan

Année Événement Résultat
1928 Finale du Championnat de France Défaite contre Pau (6-4)
1929 Finale du Championnat de France Victoire contre Lézignan (11-8)
1930 Finale du Championnat de France Défaite contre Agen (4-0)
1964 Finale du Championnat de France de 2ème Division Victoire contre Condom

tags: #quillan #rugby #classement