Que veut dire couper un joueur NBA ? Décryptage des contrats et des stratégies

Dans le monde complexe de la NBA, la gestion des contrats et des joueurs est un art délicat. Les franchises doivent jongler avec le salary cap, les clauses spécifiques et les impératifs sportifs pour optimiser leur effectif. L'une des décisions les plus difficiles qu'une équipe puisse prendre est de "couper" un joueur. Mais que signifie réellement cette procédure, et quelles en sont les implications ?

Couper un joueur en NBA est une décision complexe qui implique des considérations financières, sportives et humaines. Les franchises peuvent couper des joueurs pour diverses raisons :

  • Raisons humaines : Joueur nuisant au collectif.
  • Raisons financières : Limiter les dépenses en ne réglant que les montants garantis et non les bonus.
  • Raisons sportives : Libérer de la place dans le roster.

Cependant, lorsqu’une franchise coupe un de ses joueurs, le contrat de celui-ci apparaît toujours dans le salary cap. Autrement dit, il est très difficile de couper un joueur à gros contrat.

Pour illustrer la complexité de la situation, prenons l'exemple de Bradley Beal et des Phoenix Suns. Quand il est arrivé de Washington en 2023, Beal a embarqué avec lui une clause no-trade complète au sein de son contrat, une rareté en NBA. Les Suns ne peuvent pas l’échanger sans son consentement explicite. Alors pourquoi ne pas tout simplement le couper ? Parce que là encore, Beal a un bouclier : la stretch provision ne peut pas s’appliquer sans son feu vert. Et Phoenix a déjà grillé une partie de sa marge en “stretchant” Nassir Little et EJ Liddell.

Pour “stretcher” Beal légalement, les Suns doivent d’abord négocier un buyout. Et Beal devrait accepter de renoncer à… 14 millions de dollars. Pendant ce temps, les Bucks ont tourné la page Lillard en douceur, étalant ses 113 M$ sur 5 ans, et signant Myles Turner dans la foulée.

Une simple clause, signée dans une autre ville, à une autre époque, transforme aujourd’hui les Suns en spectateurs d’eux-mêmes. Le basketball moderne ne se joue plus que sur le parquet : il se négocie dans les bureaux, ligne après ligne, virgule après virgule.

Les mécanismes financiers : Stretch Provision et Buyout

Heureusement, le dernier accord ratifié entre le syndicat des joueurs et la NBA a permis d’apporter un peu de souplesse : désormais, les franchises peuvent étaler le montant restant du contrat d’un joueur coupé sur plusieurs saisons (deux fois la durée du contrat, plus une saison). Petit exemple : si une équipe coupe un joueur à qui il restait 40 millions de dollars sur 4 ans, elle peut donc répartir cette somme sur 9 ans (4×2 + 1), ce qui correspond à 4,5 millions par an.

Stretch Provision : Les franchises peuvent étaler le montant restant du contrat d'un joueur coupé sur plusieurs saisons (deux fois la durée du contrat, plus une saison).

À la différence du cut (joueur coupé), le buyout est négocié entre les deux parties (joueur et franchise). Très souvent, le joueur est à l’origine de la demande. Cette rupture de contrat consiste au rachat d’une partie du salaire du joueur, et en échange celui-ci devient libre de signer où il veut.

Buyout : Rupture de contrat négociée où le joueur renonce à une partie de son salaire pour devenir agent libre.

Cette manœuvre dérange beaucoup d’équipes, car des prétendants au titre signent des joueurs, qui ont négocié un buyout avec leur ancienne franchise, à un prix réduit.

Le concept est simple: il s’agit d’étaler sur plusieurs années la somme des rémunérations d’un contrat par trop gênant. Le but est in fine d’éviter d’avoir des franchises qui se retrouvent complètement bloquées à cause de mauvais contrats et n’arrivent plus à remonter la pente.

On en arrive au fameux « argent mort ». Cette partie des développement est commune aux deux ligues. En NFL comme en NBA, il est un sujet de préoccupation relativement important pour les front offices. La dead money est l’argent dû aux joueurs qui ne sont plus dans l’effectif.

Le tableau ci-dessous reporte les montants du Salary Cap, du Hard Cap et du Minimum Level pour chaque saison, de 1999 à 2006. Le Hard Cap est calculé comme 160% du Salary Cap, arrondi au million d’euros supérieur.

La Draft NBA, comment ça marche ? - Basket - NBA

Saison Salary Cap Hard Cap Minimum Level
1999-2000 $35,500,000 $56,800,000 N/A
2000-2001 $40,271,000 $64,433,600 N/A
2001-2002 $42,200,000 $67,520,000 N/A
2002-2003 $40,271,000 $64,433,600 N/A
2003-2004 $43,840,000 $70,144,000 N/A
2004-2005 $49,500,000 $79,200,000 N/A
2005-2006 $49,500,000 $79,200,000 N/A

Les subtilités du CBA et les exceptions contractuelles

Le CBA, accord collectif régissant la NBA, est complexe. Le lire n’est pas toujours suffisant pour comprendre toutes ses subtilités, son vocabulaire riche et ses nuances. Pour X ou Y raison, il arrive parfois qu’une des parties, généralement la franchise, souhaite sortir du contrat. Le cas du cut est très simple : le joueur sort de l’effectif moyennant paiement de toutes les sommes garanties par son contrat, après quoi sa place dans le roster est libérée. Le joueur coupé est alors placé dans la période dite des « waivers », c’est à dire que durant 48h, n’importe quelle équipe peut reprendre son contrat. Dans cette hypothèse, son salaire disparaît alors du salary cap de l’équipe qui l’a coupé.

Si une autre équipe est intéressée, elle devra alors se mettre d’accord avec le joueur sur les termes d’un nouveau contrat. Il est donc tout à fait possible pour un joueur un peu rancunier de faire exprès d’attendre la fin de ce délai pour signer ailleurs pour mettre son ex équipe dans l’embarras.

Le CBA 2011 permettait d’insérer ce qu’on appelait une amnesty clause, une clause permettant d’effacer le salaire d’un seul et unique joueur du salary cap moyennant paiement à ce dernier de l’intégralité des sommes prévues par son contrat.

Les différents types d'options

Les contrats NBA sont divers et nombreux. Il peut être assez difficile de s’y retrouver. La player option est une option présente dans le contrat d’un joueur qui lui permet d’avoir le choix d’honorer ou non la dernière année de son contrat. Si la player option offre le pouvoir au joueur, la team option donne le pouvoir de décision à la franchise qui détient le joueur. Son fonctionnement est similaire à celui de la player option.

Il existe plusieurs contrats NBA particuliers comme les contrats two-ways. Parus à l’été 2017, il s’agit de contrats hybrides entre la NBA et la ligue de développement, la G-League. En clair, un joueur qui signe un contrat two-way peut jouer à la fois en NBA et en G-League.

Agents libres

Un joueur libre de tout contrat à la fin d’une saison est libre de signer où il veut dès le 1er juillet suivant, date d’ouverture de la Free Agency. Un agent libre restreint est un agent libre qui dépend encore de sa franchise parce qu’elle est prioritaire sur la signature d’un joueur. Les contrats rookies sont donnés à toutes les personnes qui réalisent leur première saison en NBA. Cela concerne bien sûr les joueurs issus de la Draft, mais pas que.

Bird Rights

Chaque franchise peut proposer ces "Bird Rights" pour re-signer un joueur sans se soucier du salary cap. Toutefois, elle ne peut proposer ce contrat que si son joueur a passé au moins trois saisons consécutives dans son équipe.

Tanking et stratégies de reconstruction

J’ai lu sur The Athletic un papier que j’ai trouvé plutôt intéressant sur le problème du tanking en NBA. Malgré l’intérêt que génèrent la bataille pour la 6e place et celle pour la qualif’ au play-in, la fin de saison est immanquablement marquée par la course au first pick. Cette saison, il y a six équipes qui font tout pour perdre. Un cinquième des équipes...

En 2019, la NBA a mis en place le système actuel : les trois pires équipes ont le même pourcentage d’obtenir le 1er choix, alors que pour les suivantes, le pourcentage de chances est fonction du classement. Concrètement, la pire équipe de la ligue ne peut pas avoir pire que le 5e choix (contre le 4e avant 2019).

La vraie difficulté serait évidemment pour les petits marchés. Pour avoir une grosse chance, il faudrait s’engager dans un tanking sur plusieurs années. On peut penser que beaucoup moins d’équipes et de proprios iraient dans cette direction.

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