L'histoire du handball féminin français est intimement liée à celle de clubs comme l'ASPTT Metz, devenu plus tard Metz Handball. Ces clubs ont non seulement dominé la scène nationale, mais ont aussi contribué à l'émergence de l'équipe de France féminine sur la scène mondiale. Cet article explore l'histoire et le palmarès de ces clubs, ainsi que l'impact de figures emblématiques comme Olivier Krumbholz.

L'Épopée Messine et l'Ascension de l'Équipe de France
Dans les années 90, l'histoire des Messines est intimement liée à l'accession des tricolores aux meilleures places mondiales. Le premier titre de championnes de France en 1989 est gagné notamment grâce à Corinne Zvunka, l'épouse d'Olivier Krumbholz. Ce dernier arrache un premier trophée, suivi de quatre autres jusqu'en 1995. Olivier Krumbholz a quitté l'ASPTT Metz pour se consacrer à l'équipe de France junior, puis à l'équipe senior en 1998 et les résultats ont suivi la courbe de progression de Metz.
À l'entame de la finale mondiale France-Norvège le 12 décembre 1999, la première de l'histoire du handball féminine tricolore, une seule joueuse sur le parquet n'est pas licenciée à Metz : Valérie Nicolas, la gardienne de but. Si la première finale est perdue 25-24 face aux nordiques, l'histoire retiendra que la médaille d'argent des mondiaux 99 est la première d'une série de quatorze à ce jour pour l'équipe de France.
Domination Nationale et Défis Continentaux
Au début des années 2000, alors que ses cadres partent tenter leur chance à l'étranger, l'ASPTT réussit à maintenir son niveau et au coude à coude avec Besançon, engrange de nouveaux titres : entre 1999 et 2009, les Messines n'en laissent échapper que deux. À leur tête, un autre messin, Bertrand François, qui a pris la suite d'Olivier Krumbholz sur le banc mosellan. Hormis une parenthèse en 2003, Bertrand François poursuit la moisson de titres jusqu'en 2010. Devenu Metz Handball la même année, le club remercie Bertrand François qu'il estime responsable de nombreux échecs à l'échelle continentale.
L'équipe de France traverse une décennie difficile : en dehors du titre de champion du monde en 2003, la France ne ramène que du bronze et de l'argent de ses campagnes européennes et mondiales. Le handball continental moderne se déplace progressivement vers l'Est.
Renaissance et Succès Récents
En 2017, la dynamique collective est relancée : Metz enchaine les titres de championnes de France, et conforte sa place parmi les meilleurs clubs européens. L'équipe de France devient presque invincible : titres mondiaux en 2017 et 2023, européen en 2018 et olympique en 2021.
La belle histoire entre le Metz Handball et l'équipe de France se poursuit, puisque l'équipe actuelle mosellane compte cinq internationales françaises dans son collectif.
Olivier Krumbholz : Un Entraîneur d'Exception
Olivier Krumbholz, entraîneur et sélectionneur de l'équipe de France féminine de handball, né à Longeville-lès-Metz, est une figure emblématique du handball français. Sa popularité est due à un palmarès décoiffant, un franc-parler et une éthique du coaching. Il veille scrupuleusement aux rapports humains au sein de l'équipe sportive.
On lui a reproché une forme d'autoritarisme, qui lui aurait valu la perte du poste de sélectionneur en 2013 : « Le courant ne passait plus avec les cadres de l'équipe, qui ne supportaient plus ses méthodes autoritaires. La blessure fut profonde et Olivier Krumbholz a mis longtemps à cicatriser », assure Jérôme Porier. Ce sont les joueuses qui militent alors pour son retour, acté en 2016.
Olivier Krumbholz : « Je suis revenu en courant. Plusieurs joueuses m'avaient demandé si j'accepterais de revenir les entraîner et du tac au tac, j'avais répondu : je traverserais tous les océans à la nage pour revenir vous entraîner. Ça les a convaincues que j'avais envie, que j'avais encore la patate. Un entraîneur doit être lui-même. À partir du moment où il se théâtralise, il perd toute authenticité et ne peut pas, par exemple, développer de charisme. Il faut rester soi-même tout en apprenant à évoluer. Je le dis souvent : on ne change jamais mais on évolue. Moi, je suis un colérique terrible mais j'ai appris à me discipliner, sans me travestir. Il y a des choses qu'on peut dire avec colère, mais toujours avec respect.
🎙️ "On apportera la preuve définitive que le handball a une place dans le cœur des Français" 🇫🇷
En visitant son parcours, où le sport et le hand s'imposent dès l'enfance, on reçoit dix sur dix la puissance des vibrations et des émotions de sa vie, celle d'un joueur, puis entraîneur de hand désormais auréolé : « L'entraîneur lorrain laissera une trace indélébile dans l'histoire du sport français », écrit Jérôme Poirier. On comprend d'autant mieux à l'énoncé de son éthique du coaching.
Olivier Krumbholz : « Si on ne regarde pas les choses de manière un peu philosophique, on ne peut pas tenir dans ce genre de métier, la pression est trop forte et les événements difficiles seraient insupportables à vivre. C'est pour cela que je ne considère pas qu'un grand sportif gagne tout le temps ; ceux qui gagnent tout le temps sont ceux qui dominent de manière outrageuse au travers de qualités physiques exceptionnelles. Ils dominent souvent grâce à un potentiel supérieur, plus que par rapport à un savoir-faire.

Un état d'esprit cicatrisant plus vite la blessure d'une finale perdue à Lille contre la Norvège aux JO de Paris ? « Je ne dirais pas que cette défaite a été blessante parce que rien ne nous est dû et rien ne nous est acquis. On a perdu contre notre plus bel adversaire, qui a été nettement plus performant que nous sur ce match. On fera bien sûr une analyse de l'échec mais il faut aussi rester raisonnable, beaucoup auraient aimé avoir cette médaille d'argent, et moi je la prends de bon cœur ».
D'autant qu'il rentre des JO le cœur ému, bercé par une « ovation extraordinaire quand on est montés sur la deuxième marche du podium. C'est d'ailleurs ça, la plus belle évolution du hand féminin [depuis qu'il pratique à l'ASPTT Metz en 1986, ndla], c'est le respect qu'on a obtenu de la part des Français au fil des années. Ces JO, d'une manière générale, c'était une fête extraordinaire. Il y aura beaucoup à débriefer sur la vie dans le Village olympique, parce qu'il y avait des choses extra mais d'autres qui n'ont pas suivi [il cite plusieurs défaillances d'ordre technique ou d'organisation, ndla], après, ce ne sont que des détails, on finira par s'en foutre, on retiendra surtout l'émotion et le partage avec le public. Ce qui était extraordinaire, c'est le remplissage et l'ambiance dans les salles.
Avec les multiples victoires internationales d'Olivier Krumbholz à la tête des Bleues (championnes d'Europe 2018, championnes du monde 2003, 2017 et 2023, championnes olympiques en 2021…) et son parcours hors-norme d'entraîneur « le plus titré de l'histoire », on ne note même plus les sous-titres, les vice-podiums, les succès en Coupe de France, lorsque Olivier Krumbholz entraînait le club de Metz, ni ses sélections en tant que joueur en équipe de France dans les années 80, en « solide arrière-gauche » (2). Époque lointaine et fondatrice.
Formation et Parcours Lorrain
La force forgeant ce palmarès, il l'a en partie puisée à Metz. Né à Longeville-lès-Metz en 1958, d'un père mosellan, d'une mère marnaise, il est écolier à Montigny-lès-Metz, « J'avais intérêt à me tenir à carreau parce que mon père étant professeur d'éducation physique dans cette école, il savait dans la journée toutes les bêtises que je faisais », puis collège Barbot, à Metz. « Je suis ensuite parti à Bar-le-Duc, en 1974, quand je suis rentré en seconde. C'était l'époque de la création des sections sport-études et la Lorraine avait choisi non pas Metz mais Bar-le-Duc. Les deux tiers des étudiants étaient des Messins, exilés à Bar-le-Duc. Je suis ensuite venu étudier à Nancy ».
Sport et hand, il en rêve très tôt, « déjà à l'école primaire, je commençais à jouer. Quand j'étais au collège, je pensais plus au handball qu'aux cours. Je n'étais pas un élève très sérieux, ni brillant, j'aimais bien m'asseoir près des fenêtres pour regarder dans la cour les matchs de foot des copains ».
Le sport, chez les Krumbholz, c'est d'abord messin, mosellan… et familial. Olivier Krumholz, avant d'entraîner, joue au SMEC (Stade messin étudiants club) avec ses frères, on parle alors du « trio Krumbholz », faisant écho à un autre trio de la même région (du côté de Ban-Saint-Martin), celui des frères Zvunka, célèbres footballeurs. L'un d'eux, Georges est le père de Corinne Zvunka épouse Krumbholz, elle aussi figure du hand et capitaine de l'équipe de France dans les années 90.