Le trophée de Most Valuable Player (MVP) est l'une des distinctions individuelles les plus prestigieuses en NBA. Mais qu'est-ce qu'un MVP exactement ? Quels critères sont pris en compte pour attribuer ce titre tant convoité ?
Même si on parle très bien anglais, traduire Most Valuable Player n’est pas tâche facile. Et les critères d’attribution ne sont pas listés de manière précise dans un PDF sur le site de la NBA. Pour être MVP il faut certes être très fort au basket. Gagner pas mal des matchs ça aide aussi. Mais ensuite ? Quels détails vont départager deux saisons de mastodontes ? On sait qu’historiquement, être déjà double MVP en titre, avoir trop de coéquipiers All-Stars ou être considéré trop jeune, ça peut - par exemple - jouer contre un bon dossier.
La NBA, peut-être plus encore que le basketball européen ou les autres sports, est faite de multiples poncifs. Ces grandes phrases, que l’on répète à qui veut bien les entendre, à qui veut bien les croire.

LeBron James, multiple fois MVP de la NBA.
Histoire du Trophée MVP
En premier lieu, le trophée de MVP n’existe pas depuis 1947 et la création de la NBA. En effet, il faut remonter à 1956 (fin de la saison 1955-56) pour y trouver la première trace, avec le premier des deux sacres de Bob Pettit.
Il est important de noter que le fait de décerner les trophées de saison régulière au beau milieu de la campagne de playoffs, lorsque plus personne ne s’y intéresse, est une sacrée mauvaise idée.
Les Critères d'Attribution
La notion de « Valuable » peut paraître un peu floue parfois, ou tout du moins difficile à quantifier. Chaque année, le MVP ne récompense pas le meilleur joueur, mais le plus “valuable”. C'est pour ça que Chamberlain, Jordan ou LeBron n'ont pas remporté le trophée tous les ans, et c'est pour la même raison que Steve Nash a remporté deux fois le trophée, contre une fois à Kobe Bryant.
Le joueur le plus “valuable”, c'est celui qui compile des stats impressionnantes, fait gagner son équipe, mais aussi qui rend ses coéquipiers meilleurs. Tourner à 30 points et 10 rebonds de moyenne dans une franchise non qualifiée pour les playoffs vous exclut de la course au MVP.
Avec les statistiques dites avancées désormais disponibles, on trouve aussi toutes sortes de formules destinées à évaluer l’impact d’un joueur. Bref, depuis le fameux PER de John Hollinger, les statistiques avancées n’ont cessé de proliférer et pour évaluer un joueur, les stats brutes, aussi impressionnantes soient-elles, ne suffisent plus. Il faut, aujourd'hui, prendre en compte le côté “valuable” d'un joueur, à la fois sur l'impact de son équipe (l'équipe domine-t-elle lorsqu'il est sur le terrain) mais aussi sur ces coéquipiers (les met-il en valeur ? Cependant, on a beau chercher et inventer toutes les formules imaginables pour mesurer l’impact qu’un joueur a sur son équipe et ses coéquipiers, les victoires restent finalement un révélateur très significatif.
Dans le cas de la NBA, c’est le terme « valuable » qui porte souvent à confusion. Notre confrère s’est « amusé » à calculer toutes les moyennes des joueurs ayant reçu ce trophée afin de nous donner une sorte de MVP type. Au contraire, il est même de plus en plus rare des voir des joueurs de moins de 25 être nommés MVP. Ça, c’est pour la forme.
Evidemment, être un bon défenseur vous aide à gagner des points pour le trophée de MVP.
RUSSELL WESTBROOK MVP : LA SAISON DE TOUS LES RECORDS - LE FLASHBACK #25
Résultats Collectifs et Parcours en Playoffs
Le MVP de saison régulière peut connaître, ces dernières années à tout le moins, six résultats collectifs distincts : une non-qualification en playoffs, tout d’abord. Ce n’est pas forcément instinctif eu égard aux critères des votants pour attribuer le trophée, mais il se peut que l’équipe du MVP termine au-delà de la 10ème place de sa conférence, ou que son passage au play-in tournament ne soit pas couronné de succès. Au-delà, il peut connaître une défaite au premier tour des playoffs (0 série remportée, comme les Nuggets de 2022), en demi-finale de conférence (1 série remportée, comme les Nuggets en 2024), en finale de conférence (2 séries remportées, comme les Bucks en 2019) ou en finale NBA (3 séries remportées, comme les Warriors en 2016).
À entendre les gens gueuler comme des ânes lorsqu’un 6ème de conférence est sacré MVP, on comprend bien qu’il est quasiment impossible, de nos jours, que le meilleur joueur des 82 premiers matchs de la saison ne dispute pas les playoffs. Ironie de la chose, le MVP en question est l’un des trois joueurs qui est le plus fréquemment cité dans la si pénible course du GOAT : Kareem Abdul-Jabbar. Le pivot aux lunettes détient le record du nombre de « trophée Michael Jordan » remportés, puisqu’il a été nommé MVP à 6 reprises. En l’espace de 10 années, on parle bel et bien d’une dictature. En 1975-76, le colosse change de crémerie ; il quitte Milwaukee pour rejoindre Los Angeles. Les Lakers ne sont pas qualifiés pour les playoffs, à l’inverse des Bucks et des Pistons, qui ont respectivement remporté… 38 et 36 rencontres.
Une occurrence en 69 ans, cela signifie que le MVP de la saison régulière ne rate les playoffs que 1,45 % du temps.
Si l’on s’en tient à la définition que nous lui donnons aujourd’hui, le MVP s’est ramassé d’entrée de jeu en playoffs à 5 reprises. On se souvient, par exemple, que Dirk Nowitzki a récupéré son trophée de meilleur joueur de la saison 2006-07 en tongs (littéralement), après l’élimination des Mavericks au premier tour face aux Warriors version We Believe, 8ème de la conférence ouest. C’est d’ailleurs, pour l’anecdote, la seule et unique fois de l’histoire qu’un MVP, doté de surcroît du meilleur bilan de la Ligue en saison régulière (pas seulement de sa conférence, Dallas avait remporté 67 matchs), prend la porte dès le premier tour. Et ce alors même que le MVP a également eu le meilleur bilan collectif de toute la NBA à 42 reprises, soit 60,8 % du temps.
L’ailier-fort de Dallas n’est toutefois pas le seul MVP à n’avoir remporté aucune série de playoffs la même année. Cela a été le cas, en 2022, pour les Nuggets de Nikola Jokic, défaits 4-1 ensuite par les Warriors. Toutefois, l’élimination pouvait se sentir, puisque Denver n’avait alors que le 9ème bilan de la Ligue.
Dans le format « premier tour, demi-finale, finale de conférence, finale NBA », le MVP s’est donc pris les pieds dans le tapis dès le premier tour à 5 reprises, soit 7,25 % du temps.
On trouve ce résultat dans quasiment toutes les décennies, hormis 1960 et 1990 (si l’on excepte 1950, qui est bien écourtée). Sachez que dans d’autres formats de playoffs, plus anciens, il est arrivé à 4 autres reprises que le meilleur joueur de la régulière soit éliminé à la première série, qu’il s’agisse de ce qui était alors appelé la demi-finale de conférence (Bob McAdoo en 1975, Wes Unseld en 1969, Wilt Chamberlain en 1966) ou la finale de conférence (Bob Pettit en 1959).
Au final, ce sont 14 MVP qui ont échoué en demi-finale de conférence, soit 20,29 % d’entre eux.
La finale de conférence constitue le palier absolu de certaines légendes, comme Steve Nash par exemple, qui s’y est arrêté à deux reprises en tant que MVP de saison régulière en 2005 et 2006. James Harden - en tant que franchise player - ne dit pas mieux, lui qui était à deux doigts de vaincre les Warriors en 2018 en finale de conférence.
Parmi tous les résultats collectifs que nous avons cités depuis le début de cet article, le stade des finales de conférence est celui qui est, pour l’heure, le plus représenté : 17 fois, soit 24,64 % du temps. Encore une fois, cette élimination en finale de conférence est d’une récurrence métronomique, puisqu’on la retrouve chaque décennie, hormis celle en cours. On la rencontre tout particulièrement en 21ème siècle : 9 fois sur 17.
En somme, depuis 2001, le MVP arrête sa campagne printanière en finale de conférence 37,5 % du temps, contre seulement 17,7 % du temps au siècle dernier.
Parmi les campagnes marquantes qui se sont achevées à ce stade, citons également celle de David Robinson, qui a pris la musique par Hakeem Olajuwon en 1995. On y trouve aussi quelques MVP « oubliés », tels que Julius Erving (1980), Dave Cowens (1973) ou Oscar Robertson (1964).
1,45 + 7,25 + 20,29 + 24,64 = 53,64. Vous l’avez compris, cela signifie que près de la moitié des saisons, le MVP de saison régulière a rallié la finale NBA.
À l’inverse de la catégorie précédente, aucune disparité notable ne peut être effectuée en fonction des siècles. Au 21ème, trois MVP se sont inclinés en finale NBA (soit 12,5 %) : Allen Iverson en 2001, face aux imbattables Lakers de Shaq et Kobe, ce même Kobe Bryant en 2008, face au rival de Boston et, bien sûr, Stephen Curry en 2016, à l’issue de l’incroyable remontada des Cavaliers.
Au 20ème, le résultat est quasi-identique : 13,33% des saisons de MVP se terminent par une défaite cruelle en finale NBA, soit 6 occurrences. Karl Malone (1997) et Charles Barkley (1993) se sont heurtés aux Bulls de Michael Jordan.
Au final, cette défaite en finale NBA se retrouve 13,04 % du temps.
Le MVP et le Titre NBA : Mythe ou Réalité ?
La plus forte probabilité est la suivante : le MVP de saison régulière remporte, dans la foulée, le titre NBA. Les calculs sont simples. Si l’on cumule les hypothèses d’élimination en demi-finale de conférence et en finale NBA, on tombe sur le même ratio que le nombre de victoire finale. Il en va de même si l’on additionne les défaites au premier tour, en finale de conférence et le cas de la non-qualification.
Déjà, il est à noter que lorsque le MVP se hisse jusqu’en finale NBA, il l’emporte 71,88 % du temps.
Ensuite, à nouveau, on retrouve des Most Valuable Player bagués la même saison à toutes les époques : Bob Cousy et les Celtics en 1956, Bill Russell (3x) et Wilt Chamberlain entre 1961 et 1963, puis en 1967, Willis Reed et Kareem Abdul-Jabbar pour ouvrir les seventies, le même KAJ (1980), bien accompagné par Moses Malone (1983), Larry Bird (1984, 1986) et Magic Johnson (1987) dans les années 1980, Michael Jordan (1991, 1992, 1996, 1998) et Hakeem Olajuwon (1995) lors de la décennie suivante, Shaquille O’Neal (2000) et Tim Duncan (2003) pour ouvrir le siècle et, enfin, LeBron James (2012, 2013) et Stephen Curry (2015) il y a une grosse dizaine d’années.
Cette victoire collective du MVP reste donc rare de nos jours. On la retrouve bien plus fréquemment au cours des 50 premières années de la Ligue (42,22 % du temps) que depuis le changement de millénaire (16,67 %). Il faut dire que certaines locomotives, telles que Bill Russell, Michael Jordan ou Kareem Abdul-Jabbar, ont fait grossir les chiffres.
Remarquons également que, le plus souvent, les joueurs à n’avoir été qu’une seule fois MVP dans leur carrière n’ont pas, la même saison, remporté le titre NBA. C’est le cas d’Oscar Robertson, Wes Unseld, Dave Cowens, Bob McAdoo, Bill Walton, Julius Erving, Charles Barkley, David Robinson, Allen Iverson, Kevin Garnett, Dirk Nowitzki, Derrick Rose, Kevin Durant, Russell Westbrook, James Harden et Joël Embiid.
Il y a là une forme de logique, puisque plus on est MVP, plus on multiplie la possibilité d’être, la même saison, champion NBA. Au final, seuls Bob Cousy (1957, avec les Celtics), Willis Reed (1970, avec les Knicks), Hakeem Olajuwon (1995, avec les Rockets) et Shaquille O’Neal ont réussi ce tour de force.
Bob Feerick, meilleur scoreur de la meilleur équipe de la Ligue, très largement, mais aussi scoreur le plus précis de la saison, pourrait être notre MVP de 1947. Avec son équipe de Washington, il s’est incliné en demi-finale de conférence. Joe Fulks, première gâchette de la Grande Ligue, lui succéderait en 1948, pour une défaite en finale NBA.
En une formule comme en 2 771 mots (pour l’instant) : historiquement, le MVP remporte fréquemment le titre NBA la même année mais, récemment, l’hypothèse est rare, voire inexistante.
Nos explications demeureront dans le champ de l’intuition, de l’impression, bien que nous tenteront de corréler tout cela avec les éléments factuels que sont les chiffres.
Sur les 78 saisons de l’histoire (en tenant compte des 9 MVP officieux), le MVP de l’exercice régulier a possédé l’un des trois meilleurs bilans de la Ligue à 64 reprises, soit 82,05 % du temps. D’ailleurs, il est à noter que parmi les MVP qui ont gagné le titre la même saison, seul LeBron James 2012 n’avait pas l’un des deux meilleurs bilans de NBA (4ème). En somme, lorsqu’un tel scénario se réalise, il peut le plus souvent être anticipé.
Par exemple, malgré l’inexpérience globale de l’équipe, personne ne serait véritablement surpris si Shai Gilgeous-Alexander - probable MVP 2025 - venait à remporter le titre NBA en juin prochain.
Au-delà, l’on s’aperçoit que les « MVP / champion la même année » appartiennent le plus souvent à une équipe bien spécifique : une dynastie.
En réalité, parmi les 25 occurrences (en comptabilisant 1949 et 1950 de manière officieuse), on pourrait décompter 6 MVP qui ont également été champion NBA dans une équipe non dynastique : Wilt Chamberlain en 1967, Willis Reed en 1970, Kareem Abdul-Jabbar en 1971, Moses Malone en 1983, Hakeem Olajuwon en 1994 et Tim Duncan en 2003. À côté ? Uniquement des dynasties.
Parfois, le titre collectif remporté par le MVP de saison régulière est d’ailleurs celui qui lance la dynastie en question.
En somme, si la probabilité la plus forte, pour le MVP de saison régulière, est de remporter le titre NBA, il y a deux raisons majeures : le bilan collectif l’année considérée, qui l’a aidé à être MVP et qui démontre qu’il évolue dans une équipe très compétitive et, en sus, le fait qu’il soit très fréquemment la tête de gondole d’une équipe historique.
| Résultat en Playoffs | Nombre d'Occurrences | Pourcentage |
|---|---|---|
| Non-qualification en playoffs | 1 | 1.45% |
| Défaite au premier tour | 5 | 7.25% |
| Défaite en demi-finale de conférence | 14 | 20.29% |
| Défaite en finale de conférence | 17 | 24.64% |
| Défaite en finale NBA | 9 | 13.04% |
| Victoire en finale NBA | 23 | 33.33% |
Tableau récapitulatif des résultats des MVP en playoffs.
Il est euphémistique de dire que les critères retenus par les votants... La notion de « Valuable » peut paraître un peu floue parfois, ou tout du moins difficile à quantifier.
Pour la petite histoire, sachez que Magic Johnson (1988-89) possède la meilleure moyenne de passes pour un MVP avec 12.8 caviars distribués par match auxquels il faut ajouter 22.5 points et 7.9 rebonds. Cette moyenne de passes relativement faible contraste avec le grand nombre de rebonds mais s’explique notamment par le fait que les intérieurs ont glané 35 trophées depuis 1956.
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