PSG-OM 1992: La Boucherie du Parc des Princes

Le 18 décembre 1992, le Paris Saint-Germain accueillait l'Olympique de Marseille au Parc des Princes, un match qui allait marquer l'histoire de la rivalité entre les deux clubs. C'était il y a 30 ans, une époque où le PSG et l'OM étaient au sommet du football français, se disputant les titres nationaux et cherchant à briller sur la scène européenne.

Cette rivalité, savamment orchestrée, alimentait les tensions entre les joueurs des deux camps. Ce match au Parc des Princes, marqué par 55 fautes et de nombreux gestes dangereux, est resté dans les mémoires sous le nom de "La Boucherie".

Contexte d'une rivalité explosive

Au début des années 90, l'OM était au sommet de sa gloire. Le club de Bernard Tapie enchaînait les titres de champion de France, et la saison 1992-1993 était destinée à se conclure en apothéose avec la conquête de la Ligue des Champions. De l'autre côté, le PSG, soutenu par Canal + et dirigé par Michel Denisot, était un club en pleine ascension.

La provocation d'Artur Jorge

Avant la réception de Marseille, Artur Jorge, l'entraîneur du PSG, avait annoncé la couleur dans une interview à L'Equipe, titrée "L'OM va vivre l'enfer". Ces propos n'avaient fait qu'attiser la motivation des joueurs marseillais. Le 18 décembre 1992, en entrant dans leur vestiaire au Parc des Princes, les joueurs de l'OM avaient découvert, affichés en grand format, les déclarations du coach parisien. La technique du "Boss" avait fonctionné à merveille.

PSG-OM 1992 : le jour où Bernard Tapie motive ses joueurs en affichant L'Equipe dans les vestiaires

"Tapie est venu à côté de moi en me disant que Ginola avait dit qu'il me ferait deux petits ponts", se souvenait Basile Boli dans un documentaire pour Canal +. "C'était devenu une bête".

Le match de la haine

Ce match est la quintessence de la haine entre les deux clubs. L'atmosphère était électrique, et les joueurs étaient prêts à tout pour défendre les couleurs de leur équipe.

Boli contre Ginola: Un duel sans merci

Action, réaction : Boli fracasse Ginola qui débordait côté gauche de l'attaque parisienne. "S'il me casse la jambe, c'est pareil, se souvenait le Magnifico dans ce même documentaire. Je ne l'avais même pas vu arriver donc s'il me fait une double fracture péroné-tibia, c'est la même chose. C'était devenu une bête, comme si on l'avait conditionné pour ce match-là pour casser du Ginola".

Boli explique : "on s'était dit que si on les laissait jouer, on était mort. Donc : marquons un but, on ferme la porte, on balance les clefs et on casse le rythme toutes les trois minutes".

Di Meco contre Fournier: Règlement de comptes entre anciens coéquipiers

Le meilleur "partner in crime" de Boli ce soir-là s'appelait Eric di Meco. Le latéral gauche avait trouvé sa victime expiatoire en la personne de Laurent Fournier, un ancien coéquipier. Lors du mercato d'été, Laurent Fournier avait rejoint le Paris Saint-Germain en provenance de l'Olympique de Marseille.

Fournier chicore le premier. De quoi aiguiser les crampons de Di Meco, jamais avare d'une intervention musclée. D'abord, le Marseillais tamponne épaule en avant le Parisien dans un duel aérien au milieu du terrain. Ensuite, il le sèche par derrière à 70 mètres des cages de Fabien Barthez. S'il reçoit un carton jaune pour ce tacle d'un autre monde, l'Avignonnais ne se calme pas pour autant. Fournier déborde, Di Meco ressort le sécateur. En 2e période, nouveau tacle, le deuxième carton jaune est proche mais... l'arbitre signifie une touche !

Une pluie de fautes

Au bout de 21 minutes, l'arbitre avait déjà sifflé 16 fautes. C'est à la suite d'un contact de Patrick Coletter sur Jocelyn Angloma que l'OM avait ouvert le score, par l'intermédiaire d'Alen Boksic, auteur de son 12e but toutes compétitions confondues, son 7e en Division 1 (21e).

La pelouse du Parc était un champ de bataille. En face, ce n'était pas mal non plus : Ricardo monte au duel et termine avec les genoux dans la tête de Pelé.

A la pause, 33 fautes avaient été commises : 14 côté PSG dont un carton jaune (Fournier), 19 côté OM dont 4 avertissements (Di Meco, Boli, Casoni, Sauzée) ! Avec "seulement" 22 fautes lors des 45 minutes suivantes, la deuxième période paraissait tranquille en comparaison.

Boksic et Ginola semblaient être les seuls à vouloir marquer et à proposer autre chose que des tacles. Le Croate est proche du doublé mais Bernard Lama parvient à lui chiper le ballon au sol d'un geste magnifique. De l'autre côté du terrain, Boli sèche le Magnifico dans la surface mais l'arbitre ne siffle pas penalty. Alain Roche, passé par l'OM en 1989-1990, trouve la faille de la tête mais Fabien Barthez, à peine 20 ans à l'époque, sauve son camp... du nez.

Pour revenir à l'essentiel, Jocelyn Angloma se paye Daniel Bravo qui, lui, sera Marseillais en 1998-1999.

Paradoxe et conséquences

De nombreux joueurs ont évolué dans les deux clubs et certains d'entre eux étaient amis. "J'ai passé des vacances avec Bernard Lama le lendemain, racontait Boli On ne s'était pas parlé dans le tunnel mais ce n'était pas la guerre. C'était de l'intimidation".

"Nous sommes partis avec Basile, Abedi Pelé et Marcel Desailly pour un match de bienfaisance à Dakar. Quand je les ai regardés, que j'ai rigolé en leur disant "vous avez déconné hier" et qu'ils me disent qu'ils ont déconné, je sais que je suis dans le vrai".

Cette animosité entre clubs s'est-elle répercutée en Equipe de France ? Pour beaucoup, la rivalité OM-PSG a contribué à l'épilogue de France-Bulgarie en novembre 1993 qui a privé les Bleus de la Coupe du Monde aux États-Unis.

La rivalité orchestrée par les dirigeants a eu des conséquences collatérales. Mais c'est assurrément la dernière saison où cette bipolarité a revêtu un caractère sportif si important.

Bilan et héritage

Depuis 1975, le Paris Saint-Germain et l'Olympique de Marseille se sont affrontés à 30 reprises en championnat au Parc des Princes. Malgré la série d'invincibilité marseillaise à Paris, qui dure depuis 2004, les Parisiens dominent toujours des débats malgré tout assez équilibrés, avec 12 victoires, pour 10 matches nuls et 8 succès phocéens, ainsi qu'une différence de buts positive (+7, 40 buts marqués pour 33 encaissés). A Marseille, le bilan est par contre largement en faveur des Phocéens (19 victoires, 6 nuls, 5 défaites, 46 buts marqués, 26 encaissés).

Le match du 18 décembre 1992 reste un moment clé dans l'histoire de la rivalité entre le PSG et l'OM, un match qui a marqué les esprits par sa violence et son intensité.

Tableau des confrontations PSG-OM au Parc des Princes (depuis 1975)

Compétition Matchs joués Victoires PSG Matchs nuls Victoires OM Buts pour PSG Buts pour OM
Championnat 30 12 10 8 40 33

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