La 66ème finale de Coupe de France, qui a opposé le Paris Saint-Germain au FC Nantes, reste gravée dans les mémoires comme l'une des plus belles de l'histoire de cette compétition. Cette rencontre au sommet, disputée le 11 juin 1983 au Parc des Princes, a tenu toutes ses promesses et a offert un spectacle inoubliable aux 46 023 spectateurs présents.

José Touré lors de la finale de la Coupe de France 1983
Finale Coupe de France 1983 : Paris SG-Nantes (3-2)
Un Contexte Particulier
Resituons tout d'abord cette finale dans son contexte :
- Les Nantais venaient de conquérir leur 6ème titre de champion de France, en terminant 10 points devant les Girondins de Bordeaux, avec en prime la meilleure attaque et la meilleure défense !
- Vahid Halilhodzic avait finit meilleur buteur de la saison 1982/83 avec 27 buts.
- Côté Parisien, le PSG avait achevé le Championnat à la 3ème place, un petit point derrière Bordeaux.
C'est donc une affiche de haut niveau qui compose cette finale de la Coupe de France : le champion en titre (qui pour arriver en finale avait notamment éliminé Bordeaux en 1/8, le RC Paris en 1/4, le LOSC en 1/2) contre le 3ème.
Un 3ème qui se trouve être en plus tenant du titre puisque le Paris Saint-Germain avait remporté pour la première fois le Trophée Charles Simon en 1982 en venant à bout de l'AS Saint-Etienne de Platini, Rep et autres Paganelli lors de la séance de tirs aux buts : 6 à 5. (Les deux équipes n'avaient pu se départager après les 90 minutes réglementaires, 1-1, ni après les prolongations, 2 partout).
Pour Nantes, il s'agissait de la 5ème finale dans une compétition qui n'avait jusqu'alors guère porté chance aux Canaris avec une seule victoire en 4 tentatives : celle de 1979, après prolongations, face à une AJ Auxerre, pas encore pensionnaire de l'élite, 4 buts à 1.
Le FCN avait même par deux fois raté le doublé en 1966 (défaite 1-0 face à Strasbourg) et en 1973 (défaite 2-1 face à Lyon).
La finale de 1966 avait d'ailleurs marquée directement ou indirectement pas mal des acteurs de cette finale 1983 : Jean-Claude Suaudeau, entraîneur en 1983, était sur le terrain lors de la défaite de 1966, tout comme Ramon Muller et Bassidiki Touré, respectivement pères de ...
Feuille de Match
Voici les détails de la rencontre :
- Paris Saint-Germain - FC Nantes 3-2
- Buts :
- Paris SG : Pascal Zaremba (3ème), Safet Susic (66ème), Toko (81ème).
- Nantes : Bruno Baronchelli (17ème), José Touré (41ème).
- Lieu : Paris, Parc des Princes
- Date : 11 Juin 1983
- Arbitre : Michel Vautrot
- Affluence : 46 203 spectateurs
Composition des équipes :
- Paris SG : Dominique Baratelli - Franck Tanasi, Jean Marc Pilorget, Dominique Bathenay (Mustapha Dahleb, 50ème), Jean Claude Lemoult - Pascal Zaremba, Luis Fernandez, Safet Susic - Toko, Dominique Rocheteau, Michel N'Gom. Entr: Georges Peyroche.
- FC Nantes : Jean Paul Bertrand-Demanes - William Ayache, Patrice Rio, Maxime Bossis, Michel Bibard (Fabrice Picot, 83ème) - Seth Adonkor, Thierry Tusseau (Oscar Muller, 73ème), José Touré - Bruno Baronchelli, Vahid Halilhodzic, Loïc Amisse.
Le Film du Match
Le match démarre tambour battant. Dès la 3ème minute, un coup franc vicieux de Zaremba donne l'avantage au PSG (1-0). Les protégés de Suaudeau recollent peu après le quart d'heure de jeu grâce à Bruno Baronchelli :
"Ayache me lance, témoigne Baronchelli, l'auteur du but égalisateur, j'éliminé Bathenay grâce à un beau contrôle. Après je cours, je cours... J'arrive devant Baratelli et je le lobe d'une petite pichenette. J'adore cette action. C'est un de mes buts préférés. Il est en plus très important."
Les Nantais, dominateurs et sûrs d'eux, prennent alors les choses en main. Et juste avant la mi-temps arrive le chef d'œuvre, le joyau de cette finale.
Contrôle de la poitrine, double jonglage du pied droit devant Lemoult et Tanasi. Reprise de volée du pied gauche dans un angle fermé qui trompe Baratelli. En quelques secondes, José Touré vient d'obtenir la nationalité brésilienne. Il est comparé dans l'instant à Pelé, Zico, Socrates et aux autres génies auriverdes.
Ce geste permettait surtout dans l'instant aux Nantais de prendre l'avantage juste avant la pause. A ce moment-là, la Coupe semble loin, très loin de Paris. Pourtant Georges Peyroche, pense sur son banc que tout n'est pas si noir. "C'est une bonne chose qu'ils aient marqué ce second but juste avant la mi-temps. Ca a permis de remettre de l'ordre chez nous."
Dans le vestiaire d'à côté, pourtant, l'atmosphère est déjà très joyeuse. "Coco" Suaudeau est même obligé de calmer les joueurs, tellement ils sont excités.
La seconde période reprend avec une large domination des Nantais qui ratent néanmoins à plusieurs reprises l'occasion de se mettre à l'abri. Vahid Halilhodzic, meilleur buteur de D1 en 1982/83, se souvient très bien avoir raté le break d'un rien : "J'ai une occasion en or. Je dois la mettre. Je ne sais ce qui s'est passé. Je me sens coupable ! Si je marque, le score passe à 3-1, et on peut embrasser la coupe ! Jouer une finale ne se présente par tous les jours... Je n'ai pas d'excuses."
A la 66ème minute, le match bascule. Le PSG égalise grâce à un chef-d’œuvre de Safet Susic, qui mystifie Adonkor et Tusseau avant de rendre fou Bertrand-Demanes d'une frappe pleine lucarne. Quelques instants plus tard, Dahleb transporte le Parc au paradis. Le funambule efface sept Nantais, dont Bertrand-Demanes, dans une chevauchée épique. Bibard sauvera sur la ligne. Un avertissement sans frais...
Mais à la 81ème minute, Susic dépose une offrande à Toko qui tire et touche le Graal (3-2). "J'ai surtout eu la chance que Nambatingue soit très rapide. Je n'y suis pas pour grand-chose", confesse aujourd'hui l'humble Bosniaque.
Dans les dernières secondes du match, Seth Adonkor est expulsé après avoir reçu un second carton jaune.
Reste qu'une nouvelle fois, la Coupe s'est dérobée aux yeux des Nantais : cruelle habitude au cours d'une histoire d'amour vache entre les Canaris et la plus exaltante des compétitions hexagonales...
Hommage
Impossible d'évoquer cette finale brésilienne, sans avoir une pensée émue pour Seth Adonkor comme le confirme José Touré. "Evoquer la finale 1983 me fait immédiatement penser à Seth Adonkor. On était de grands amis, raconte le héros malchanceux de cette finale, la voix grave. L'amitié, ça ne s'explique pas. Elle se vite. Il y a un courant qui passe, des sentiments qu'on partage, des liens sacrés. Sur le but que je marque ce jour-là à Baratelli, c'est Seth qui me fait la passe décisive, qui me fait un beau cadeau. Il n'est plus de ce monde, mais il est encore vivant dans tant de cœurs. Il y avait aussi Michel N'Gom..."
Le Parisien Michel N'Gom et le Nantais Seth Adonkor ont respectivement trouvé la mort le 12 août et le 18 novembre 1984, dans des accidents de voiture.
Luis Fernandez rend également hommage à son ancien coéquipier N'Gom. "Parler de cette finale de Coupe de France 1983, c'est à chaque fois le ressusciter. On était trop proches. On avait longtemps habité dans le même immeuble. Il a beaucoup compté dans mon adolescence et mes premières années au PSG. Je n'oublierai jamais son sourire."
Un Match Inoubliable
Tous les acteurs de cette finale (comme du reste les observateurs) s'accordent sur le fait qu'elle fut l'une des plus belles, des plus palpitantes.
"Je me rappelle une orgie de jeu, glisse Maxime Bossis, alors immuable libero des Canaris. Ce fut un rencontre colorée, magique. Nous avions gagné le Championnat avec dix points d'avance sur Bordeaux, en ayant la meilleure attaque et la meilleure défense. On pratiquait un football léché, gouleyant. Nous formions, je crois, la meilleure équipe de l'histoire de Nantes. En finale, pendant une heure, on s'est régalés, on a offert un grand spectacle. On menait 2-1, on ne pensait jamais perdre. Malheureusement, on est tombés dans l'euphorie. (...) A 2-1, on a voulu plier l'affaire. On s'est procuré un paquet d'occasions. J'en ai une grosse. Je me retrouve avant-centre, je tire mais Baratelli s'interpose. Le PSG a profité de nos largesses défensives pour nous cueillir. On est vraiment tombés de haut. Mais c'est beau de perdre comme ça !"

Equipe du PSG lors du match contre Nantes
Faits Marquants des Matchs PSG - Nantes
Les rencontres entre le Paris Saint-Germain et le FC Nantes ont souvent donné lieu à de grands matches. Voici une table avec quelques faits marquants :
| Date | Événement | Description |
|---|---|---|
| 11 juin 1983 | Finale Coupe de France | Le FC Nantes affronte le PSG chez lui, au Parc des Princes. Les deux équipes sont rapidement à égalité 1 à 1 quand, à la 41e minute, survient cette passe lumineuse de Seth Adonkor. La suite ? Un José Touré aérien et une balle en lévitation pour un but de génie. |
| 19 août 1994 | Ligue 1 | Le FC Nantes reçoit le PSG pour la 5e journée de Ligue 1. À la 18e minute, la paire Reynald Pedros - Patrice Loko se la joue Olive et Tom et signe un but de légende. |
| 11 janvier 1995 | Ligue 1 | Patrice Loko et le FC Nantes s'imposent 3 à 0 sur le terrain du PSG de Bernard Lama et s'envole vers le titre de champion de France. |
| 4 février 2014 | Coupe de la Ligue | Après un quart de finale de folie à la Beaujoire face à Nice (4-3 pour Nantes), les Nantais reçoivent les stars du PSG en demi-finale de coupe de la Ligue. Après un bijou à 25 m d’Ibrahimović, sur une erreur de relance du gardien Rémy Riou, Nantes égalise à la 81e. |
| 14 mai 2016 | Ligue 1 | Pour son dernier match au Parc des Princes, Ibrahimovic inscrit un doublé (dont un but de la poitrine), et dépasse Carlos Bianchi comme meilleur buteur du PSG sur une saison de ligue 1, avec 38 buts. |
Le But de José Touré en Détail
José Touré réalise un enchaînement technique de grande classe. En suivant ce ballon des yeux, Touré entre dans la surface, légèrement décalé sur la gauche. Il est suivi par deux défenseurs parisiens, Tanasi l’arrière droit et Lemoult l’arrière gauche. Le Nantais s’envole, ouvre les bras et accueille le ballon sur sa poitrine - il dit souvent que c’est son geste préféré.
Revenu au sol, il ne laisse pas rebondir le ballon. Il le maintient en l’air d’un petit contrôle, puis lui fait décrire un arc de cercle au dessus le lui-même, échappant ainsi à ses deux adversaires tout en s’ouvrant la voie du but. Et sans attendre, Touré frappe le ballon de volée du pied gauche. Il est un peu excentré, mais il frappe juste.
C’est une explosion de plaisir qui secoue le Parc des Princes. Le public applaudit à tout rompre cet enchaînement d’une audace folle. Le banc de touche nantais s’émoustille tandis que le parisien reste béat. Les journalistes cherchent le superlatif qui correspond le mieux à cette arabesque.
« José était un véritable artiste, un immense joueur, mais qui n’a pas réalisé la carrière qu’il aurait pu espérer. Il a manqué de régularité pour être l’un des meilleurs joueurs du monde de son époque alors qu’il en avait toutes les qualités. Touré était doté de très grandes qualités techniques, d’une détente phénoménale et d’un excellent jeu de tête.
« Le Brésilien » du FC Nantes car c’était un joueur qui avait des possibilités énormes » explique Marius Trésor, « mais il est dommage qu’il ait été blessé contre l’Inter. « Il a éprouvé des difficultés à retrouver tout le potentiel qu’il avait avant cette blessure qui a freiné sérieusement sa carrière. Au summum de sa forme, il avait techniquement quelque chose de plus que les autres. Il était vraiment extraordinaire.
Malgré cette trajectoire inachevée et certains épisodes extra-footballistiques de sa vie qu’il a lui-même évoqués dans son livre « Prolongations d’enfer » paru en 1994 José Touré restera comme un joueur hors norme qui a été champion olympique en 1984, champion de France 1980 et 1983 avec Nantes, puis en 1987 avec Bordeaux où il a également remporté la Coupe de France la même année.