L'Affaire de la Banderole PSG-Lens au Stade de France : Histoire d'une Polémique

Le 29 mars 2008, lors de la mi-temps de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le Paris Saint-Germain (PSG) au Racing Club de Lens (RC Lens) au Stade de France, un événement allait marquer les esprits et raviver des tensions latentes. Des supporters parisiens ont déployé une banderole dont le contenu insultant a suscité l'indignation et déclenché une polémique nationale.

« Pédophile, Chômeur, Consanguin : Bienvenue chez les Ch’tis ». Tels étaient les mots inscrits sur cette banderole, ciblant les supporters lensois et, au-delà, les habitants du Nord-Pas-de-Calais. Ces « insultes » étaient loin d’être anodines, associant des accusations de dégénérescence à une réalité économique difficile, celle du chômage, dans une région marquée par la désindustrialisation. Cet incident est survenu en pleine « Ch’ti mania », une période où le film de Dany Boon connaissait un succès retentissant, mettant en lumière la culture et l’identité du Nord. La banderole des supporters parisiens a alors été perçue comme une attaque directe contre cette France populaire.

La banderole incriminée déployée lors de la finale de la Coupe de la Ligue 2008.

Réactions et Conséquences

L’affaire a rapidement pris une ampleur politique, remontant jusqu’au président de la République. Derrière le supporter lensois, derrière le « Cht’i », c’est toute la France populaire qui s'est sentie insultée. Le procès de cinq supporters du PSG, soupçonnés d'avoir déployé cette banderole injurieuse, s'est ouvert à Bobigny. Ces hommes, âgés de 22 à 32 ans, étaient jugés pour "provocation à la haine ou à la violence lors d'une manifestation sportive". Ils encouraient une peine d'un an de prison, 15 000 euros d'amende et une interdiction de stade de cinq ans.

Les supporters parisiens ont plaidé la mauvaise blague. Selon eux, il s'agissait d'une tentative d'humour, une référence au film de Dany Boon. Ils ont affirmé qu'ils voulaient "faire rire et non choquer" et qu'ils ne pensaient pas que leur action était illégale. Ils ont également mis en cause les responsables du PSG, suggérant qu'ils étaient au courant de la préparation de la banderole. Le PSG, partie civile dans l'affaire, a demandé une réparation financière de 135 000 euros pour les frais de justice liés à l'affaire.

Un Contexte de Préjugés et de Désindustrialisation

Cette affaire ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un contexte de clichés et de préjugés tenaces sur les habitants du Nord de la France, dont l’image a été dégradée au fil des décennies, notamment en raison de la désindustrialisation massive de la région. Les supporters parisiens viennent frapper là où il ne faut pas, car elle repose sur 50 ans de clichés sur les gens du Nord dont l’image n’a cessé d’être dégradée, diabolisée, au fil d’une des plus terribles histoires de désindustrialisation que la France ait connu. Ne reste pour espérer et garder la tête haute, que les victoires du club de football des gueules noires : les sang et or du RC Lens.

Pour comprendre les enjeux de cette affaire, il est essentiel de se pencher sur l’histoire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, plongé dans un marasme économique depuis 50 ans. Les mines de charbon, qui ont fait la richesse de la région, ont fermé les unes après les autres, laissant derrière elles des milliers de chômeurs et un sentiment d’abandon. Dans ce contexte difficile, le RC Lens, club de football emblématique de la région, est devenu un symbole de fierté et d’espoir pour les « gueules noires ».

Supporters du RC Lens : une passion et une histoire de famille

Tensions Récentes et Accueil des Supporters Lensois

Les tensions entre supporters du PSG et de Lens ne se sont pas apaisées avec le temps. Récemment, lors d'un match de Ligue 1 au Parc des Princes, l'accueil des supporters lensois a suscité une vive polémique. Le principal groupe ultra du club, les Red Tigers 1994, a dénoncé une organisation « honteuse » et « provocatrice », affirmant que des centaines de supporters ont été bloqués dans leurs bus, escortés sous haute surveillance et traités comme des suspects plutôt que comme des spectateurs.

Les Red Tigers ont pointé du doigt un « dispositif humiliant », une montée des tensions prévisibles et des incidents qu’ils estiment directement liés aux choix policiers. Ils ont également accusé la BRAV-M d’avoir fait un usage excessif de la force, causant des blessés parmi leurs membres. L'avocat de l'Association nationale des supporters, a dénoncé des fouilles intégrales « façon carcérale » et l'utilisation de gaz lacrymogène contre des supporters qui demandaient à aller aux toilettes.

Les supporters lensois ont dénoncé un accueil inacceptable au Parc des Princes.

Les Red Tigers décrivent une arrivée sous haute tension au Parc des Princes : « Deuxième déplacement de la saison au Parc des Princes… et déjà une organisation honteuse, catastrophique, volontairement provocatrice. On se demande vraiment ce qu’il faut faire pour que la machine administrative et sécuritaire autour du football cesse d’osciller entre l’amateurisme le plus insultant et la mise en scène sécuritaire la plus ridicule. »

Le Stade de France : Un Lieu de Discorde

Le Stade de France a également été le théâtre d'incidents impliquant des supporters du PSG lors d'un match contre Lens. À l’occasion de la 10e journée de Ligue 1 entre Lens et le PSG, le Stade de France est joliment garni. Pourtant, l’affluence réelle était amputée de centaines de supporters parisiens contestataires, auxquels il faut ajouter de nombreux autres supporters, dont des pères de famille avec enfants venus voir de près les stars du PSG, qui n’ont pas pu entrer dans l’enceinte.

Au lieu d’être accompagnés par les forces de l’ordre au pied du stade, les supporters du PSG ont la surprise de se voir bloqués dans une petite rue adjacente au Stade de France. Les raisons invoquées ? Elles divergent selon les sources. Certains policiers ont expliqué aux supporters que leur rassemblement était une manifestation non planifiée, et donc, de fait, interdite. D’autres en revanche ont simplement expliqué que les ordres venaient « du PSG ».

Finalement à 20h30 (l’heure du début de la rencontre), rien n’évolue. Le mécontentement montant, les policiers décident finalement de libérer les supporters par petits groupes, après une dernière vérification des billets et des cartes d’identité. Mais arrivé devant le stade les portes sont fermées et les stewards du Paris Saint-Germain et ceux du Stade de France ont refusé de nous laisser entrer. Remontés par les évènements précédents, certains supporters ont eu du mal à contrôler leurs nerfs. En possession de billets valides, ceux-ci eurent un peu de mal à comprendre pourquoi les forces de l’ordre avaient déployé tant d’ardeur à leur refuser l’accès au stade. « Les CRS se sont mis à avancer vers nous, une lacrimo fut même lâchée, témoigne Bastien. J’ai alors vu une femme touchée et deux jeunes hommes. L’un des deux pleurait, commençait à péter un plomb, à taper dans un mur. Trois autres personnes ont dû le calmer. Les gens déchiraient leur place, les brûlaient et partaient petit à petit. »

Tableau Récapitulatif des Incidents

Date Événement Lieu Conséquences
29 mars 2008 Déploiement de la banderole injurieuse Stade de France Indignation générale, procès des supporters du PSG
Match récent de Ligue 1 Accueil controversé des supporters lensois Parc des Princes Dénonciations des Red Tigers, accusations de violences policières
10e journée de Ligue 1 Blocage des supporters parisiens Stade de France Refus d'accès au stade, tensions avec les forces de l'ordre

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