Le football est une formidable machine à raconter des histoires, en particulier les plus inattendues, les plus spectaculaires ou les plus rocambolesques, à l’image de l’incroyable retournement de situation au terme de Barcelone-PSG. Il ne faut cependant pas attribuer à ses scénaristes (les « dieux du football » ?) de trop grandes vertus.
Déjà parce que dans cet exercice, force est de constater qu’ils proposent une écrasante majorité de récits ennuyeux, convenus et répétitifs - même si le sel de ce sport réside justement dans sa capacité à offrir inopinément des récits exceptionnels.
On a tendance, s’agissant d’expliquer un résultat, à essentialiser le score dans une sorte d’inversion de la causalité : le score final fournirait une sorte de vérité immanente (ce qui n’est pas complètement infondé, le score faisant autorité sur le plan de la compétition) à partir de laquelle on produit rétroactivement le sens d’un match, on reconstitue les causalités et on désigne les responsabilités.
Cela revient souvent à oublier qu’un match propose une succession d’aléas, de points de basculement qui éliminent des scénarios alternatifs qui auraient pourtant tout à fait pu advenir… C’est ce qu’exprime l’idée uchronique qu’un même match rejoué dix fois pourrait déboucher sur des issues très différentes.
Dans le cas de Barcelone-PSG, le résultat est si cuisant qu’il sera difficile de dissuader les supporters de voir des coupables partout, de l’entraîneur aux joueurs en passant par les dirigeants.
Au-delà de cette dernière, l’exploit du 4-0 semblait marquer le tant attendu changement de statut européen, tout en confortant le projet des dirigeants. Mais leurs adversaires ont encore bénéficié d’un penalty plutôt moins évident que celui refusé pour une faute de Mascherano sur Di Maria quelques minutes auparavant.
La question est de savoir si les propriétaires du club considéreront cet échec (qui renoue avec ses avanies historiques) comme une raison suffisante pour remettre en cause leurs propres choix - d’entraîneur, voire de président -, selon la logique de court terme qui avait précipité le départ de Carlo Ancelotti en 2013. Ou bien s’ils verront au-delà et laisseront à Emery l’autorité et le temps d’installer un projet qui nécessite plus d’une saison et devrait survivre au désastre du Camp Nou.
Un usage inconsidéré des statistiques a conduit à estimer que, puisqu’une telle inversion du score ne s’était jamais produite, elle avait « 0% » de chances de se produire.
Soit l'exercice de communication était parfaitement rôdé soit le constant était criant de vérité. A l'heure d'analyser la flamboyante victoire, de décortiquer la déculottée, les joueurs du PSG ont presque tous eu le même réflexe. De Matuidi à Verratti, de Meunier à Marquinhos, tous ont insisté sur le travail en amont. Celui du staff d'Unai Emery qui avait préparé le 8e de finale face au Barça avec minutie et application.
Dans le même temps, Sergio Busquets affirmait chez nos confrères espagnols que le Barça n'avait pas suffisamment bien appréhendé le choc en terme d'intensité et de tactique. Autant dire que cette victoire est avant tout celle d'Unai Emery. Elle donne une toute autre perspective à ses débuts à Paris. Comme si ses six premiers mois n'avaient qu'une destination : les soirées européennes sans retour, celles des matches couperets. Comme si les tâtonnements, les hésitations, les brouillons de l'automne servaient les ambitions du printemps.
Longtemps nous nous sommes interrogés sur ses intentions. Où voulait-il en venir ? Pourquoi s'obstiner à chercher la verticalité alors que l'ADN des derniers succès parisiens reposait sur un jeu de possession ?
Sauf que c'est bien cette verticalité, ce jeu direct vers l'avant, ces vagues incessantes qui ont noyé la défense catalane. Si le Barça ne fut que l'ombre de lui-même, c'est aussi parce que le PSG a suivi les préceptes de son coach à savoir infliger un pressing constant et une intensité énorme. C'est bien la nouvelle identité de ce PSG qui a fait vaciller les Catalans.
Le PSG a recruté Emery et ses trois titres en Ligue Europa pour des soirées comme celle-ci. Pour arrêter de trébucher quand la pente s'élève, pour regarder dans le blanc des yeux ceux qui se disputent les lauriers en mai. Bien sûr, pour valider une quelconque progression, Paris doit intégrer ce fichu dernier carré qui se refuse à lui depuis 2012. Mais sa démonstration de mardi lui donne une autre épaisseur et valide sa mutation à la sauce Emery.
Malheureusement, nous n’avons pas pu envoyer cet article. Le Paris Saint-Germain se déplaçait sur la pelouse du FC Barcelone ce mardi, lors du match retour des 8es de finale de la Ligue des champions. Vainqueurs 4-0 à l’aller, les Parisiens ont réussi l’exploit d’être éliminés. Une première malheureusement historique.
Seul un miracle semblait donc éviter au Barça une élimination à ce stade de la compétition. Barcelone attaque pied au plancher son match et profite de la passivité parisienne pour ouvrir le score après seulement trois minutes de jeu par Suarez, de la tête (1-0). Les Parisiens parviennent néanmoins à sortir de leur camp et se créent quelques situations mais le Barça résiste.
Dès le retour des vestiaires, Barcelone creuse l’écart par Messi. L’Argentin transforme un penalty après une faute discutable de Meunier sur Neymar (3-1). L'improbable scénario tant redouté semble alors se dessiner.
Mais suite à un ballon mal dégagé par la défense barcelonaise, "El Matador" Edinson Cavani arme une frappe surpuissante du droit qui trompe Ter Stegen (3-1). Un bol d’air frais énorme pour des joueurs parisiens jusqu’alors étouffés.
Les joueurs du PSG sont hagards... C'EST FINI, c'est invraisemblable. C'est Sergi Roberto qui a marqué sur un centre de Neymar... 95'. 94'. Le PSG enchaîne les fautes. Le FCB peut réaliser un exceptionnel exploit.
Umtiti : "on s'est bien préparé, il nous restait du temps. Le PSG manque la qualification pour les quarts pour la 4e fois de suite... C'est absolument historique ce que nous avons vécu... Le PSG ne peut s'en prendre qu'à lui même. Insuffisant en fin de match, ils se sont vu en quarts de finale trop tôt. Cruel mais finalement logique.
Au pied du mur, les hommes de Luis Enrique ont maintenu le pressing haut et ont continué les assauts, dont celui de Barcola qui a provoqué l'expulsion barcelonaise.
Chronologie des Buts
| Minute | Équipe | Buteur | Score |
|---|---|---|---|
| 3' | Barcelone | Suarez | 1-0 |
| 40' | Barcelone | Kurzawa (csc) | 2-0 |
| 50' | Barcelone | Messi (pen) | 3-0 |
| 62' | PSG | Cavani | 3-1 |
| 88' | Barcelone | Neymar | 4-1 |
| 90+1' | Barcelone | Neymar (pen) | 5-1 |
| 90+5' | Barcelone | Sergi Roberto | 6-1 |
Barcelone vs PSG : le plan tactique du football moderne
Si la liste des joueurs absents est grande (Raphinha et le gardien Joan Garcia côté Barça, le trio d'attaque Désiré Doué-Ousmane Dembélé-Khvicha Kvaratskhelia et le capitaine Marquinhos a minima côté PSG), l'affiche reste alléchante.
Mais pour qu'une rivalité existe, il faut qu'elle soit mutuelle. "Après le match, la rivalité était surtout parisienne. Mais c'est surtout le transfert de Neymar pour plus de 200 millions d'euros qui a fait tout basculer. Il y a eu un avant et un après au niveau des relations entre les deux clubs", retrace Laura Aparicio, journaliste pour Mundo Deportivo, qui travaillait à TV Barça à l'époque.
"Ce que les supporters barcelonais détestent le plus chez le PSG, c'est qu'ils le considèrent comme un club-Etat. Un club qui achète des stars mais qui n'a pas de projet sportif, même si avec Luis Enrique, le modus operandi du PSG a changé. C'est un club avec des ressources financières énormes venant de l'étranger.
Les relations se sont réchauffées dernièrement entre Joan Laporta et Nasser al-Khelaïfi. Le Barça sait valoriser le bon foot et reconnaître la très bonne saison du PSG et de Dembélé".
Mercredi, le résultat du match ne redéfinira ni la rivalité, ni le rapport de force, faute de caractère éliminatoire. Mais le Barça aimerait bien stopper l'hémorragie, voire soigner son ego.
