La NBA (National Basketball Association) célèbre le Martin Luther King Day en programmant des rencontres à travers les États-Unis. Aucune ligue sportive ne marque autant ce jour férié que la NBA, qui doit beaucoup à sa culture afro-américaine.

Martin Luther King Jr.
Ce jour férié aux États-Unis est un rendez-vous très important dans la saison NBA, sur et en dehors des parquets. Plus de 70 % des joueurs de NBA sont d’origine afro-américaine.
Les Racines Afro-Américaines du Basket-Ball
Le basket n’était pourtant pas un sport 100 % blanc à l’époque. Beaucoup de noirs le pratiquaient déjà puisque la discipline avait été introduite dans les quartiers en 1904. Les leaders des communautés noires urbaines ont vite compris que le basket pouvait contribuer au développement de la jeunesse, car c’était déjà un tremplin vers les universités.
Mais surtout, son succès fut scellé par son association avec le blues et le jazz, qui ont explosé à la même époque, dans les années 1900-1930. De grandes salles de bal et concert furent construites. Cela tombait bien, il y avait un parquet (la piste de danse). Donc des promoteurs noirs du basket, qui n’avaient pas de salles dédiées, ont eu l’idée d’associer les deux.
Dans le jeu, les Black Fives ont développé un sens tactique et de la passe qui n’existait pas auparavant. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est John Wooden, le coach universitaire le plus titré de l’histoire. Il était plein d’admiration pour une équipe en particulier : les Harlem Renaissance. Celle-ci remporta d’ailleurs le premier championnat du monde entre des équipes blanches et noires, en 1939. C’est une équipe légendaire.
Les Black Fives : Pionniers du Basket-Ball Afro-Américain
Avant 1950, les joueurs noirs n’étaient pas admis en NBA. Mais où étaient-ils ? Ils étaient bien sur les parquets. De 1904 à 1950, ils évoluaient dans ce qu’on appelle désormais les Black Fives.
Au départ, ce n’était pas organisé. De bons joueurs ont émergé. Ils avaient l’occasion de gagner de l’argent en disputant des matches ou des tournois exhibition, mais ils changeaient souvent d’équipes, qui elles-mêmes pouvaient être très éphémères. Cependant, il y avait des clubs locaux, certains sont devenus très bons et ont recruté des joueurs.
D’autres équipes furent montées de toutes pièces, comme les Harlem Globetrotters, qui étaient en fait de Chicago ! Mais Harlem sonnait mieux… C’était du business, il y avait des entrepreneurs derrière, des contrats et même des paris. Les équipes qui marchaient le mieux s’achetaient un bus, puis partaient à travers le pays, comme en tournée ! S’ils jouaient contre une équipe blanche, il ne fallait pas qu’ils les battent de trop, c’est pour cela qu’ils faisaient beaucoup de passes.
La ségrégation restait de mise au niveau des équipes, mais il y avait des rencontres mixtes. Ceci dit, les arbitres et le public étaient blancs, et le climat était parfois tendu. Mais cela a contribué à casser des barrières, car vous aviez un public blanc qui venait voire jouer des joueurs noirs.
Ce sont un peu les oubliés de l’histoire du basket américain.
Diversité et Inclusion en NBA Aujourd'hui
Si, aujourd'hui, la NBA compte 77% de joueurs noirs, à l'époque, la proportion était inversée. La ligue de basket américaine est extrêmement sourcilleuse sur les questions de discrimination. Elle s'enorgueillit dans un rapport annuel du taux record de joueurs afro-américains dans ses rangs, comme du nombre de femmes dans les instances dirigeantes des clubs. Et ce sans appliquer aucun quota, contrairement au football américain.
Dans les années 90, l'image de la NBA s'est considérablement améliorée, grâce au phénomène Michael Jordan. Le spectateur aussi s'est transformé : les équipes qui ont le plus de joueurs blancs attirent autant le public que celles à forte majorité noire, que ce soit dans les tribunes ou à la télévision, souligne une autre étude.
Michael Jordan dominerait-il ENCORE la NBA aujourd’hui ?

Michael Jordan
Là où la NBA prête le flanc à la critique, c'est que sur les trente équipes, une seule est dirigée par un noir : Michael Jordan, aux Charlotte Bobcats.
Le nombre d'entraîneurs de couleur reste faible en NFL, en MLS et en NBA. Et le constat est d'autant plus alarmant dans les sphères dirigeantes, avec au total 14 managers généraux, trois propriétaires seulement - dont Michael Jordan à Charlotte - et un PDG de franchise, Alex Leitão (Orlando) en MLS*.
Le Rôle Socio-Économique et Culturel du Basket
Pourquoi les Noirs, minoritaires au sein de la population américaine (12%), sont-ils surreprésentés en NBA (74,3%) et en NFL (69,7%) ? D'abord parce que le basket et le foot US «sont généralement financés par les écoles et/ou les mairies, qui offrent ainsi aux enfants les plus pauvres un accès gratuit» à ces disciplines, note Gary Sailes, professeur de sociologie du sport et consultant pour quatre ligues majeures (NBA, NFL, MLB et NCAA).
Et le basket, devenu au fil du temps un moyen d'expression privilégié pour la population afro-américaine, réclame un faible investissement économique. Il suffit d'un ballon, d'un terrain goudronné et d'un panier pour pratiquer ce que l'on considère comme le city game (le jeu de la ville), par opposition au national pastime qu'est (ou que fut) le baseball, aujourd'hui en perte de vitesse.
Au même titre que le hip-hop, il est un espace dans lequel les Noirs ont rapidement excellé, pu exprimer des choses et être reconnus positivement au sein de la société américaine, développe le sociologue français David Sudre. Le basket est un outil de reconnaissance symbolique et culturelle et un sport facilement pratiquable dans les zones urbaines défavorisées, dans les quartiers.
Inégalités et Accès à la NBA
Pourtant, LeBron, Giannis et les autres, restent des exceptions : un enfant Africain-Américain venant des classes populaires a 37% de chances en moins de devenir joueur NBA que son équivalent venant des classes moyennes ou supérieurs, c’est la conclusion d’une enquête* menée au milieu des années 2000 sur 155 joueurs.
Pour un million d’homme Africain-Américain faisant partie des 20% les plus pauvres de la population américaine, 42 accéderont à la NBA. Pour le même échantillon parmi les 20% les plus riches, 67 deviendront joueurs NBA. Autrement dit, si vous êtes Africain-Américain, vous aurez environ 60% de chance en plus d’arriver dans la ligue si vous venez d’un milieu favorisé par rapport à un milieu populaire.
Le simple fait d'aller à l'université serait lui aussi perçu comme un «comportement de Blanc».
Si l’on compare aux autres sports majeurs américains, la NBA reste d’assez loin la ligue qui offre le plus de chances d’accès aux enfants des classes populaires. Mais comme partout, dans le sport ou ailleurs, la probabilité d’accéder au plus haut niveau est conditionnée à la naissance.

LeBron James
Tableau Récapitulatif : Représentation Ethnique dans les Sports Américains
| Sport | Pourcentage de joueurs blancs | Pourcentage de joueurs afro-américains | Pourcentage de joueurs latinos |
|---|---|---|---|
| MLB (Baseball) | 59.07% | 8.3% | 28.5% |
| NBA (Basket-ball) | - | 74.3% | - |
| NFL (Football Américain) | - | 69.7% | - |
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