Le 7 août 2024, un événement tragique a frappé le monde du rugby français. Medhi Narjissi, jeune et prometteur rugbyman de l'équipe de France des moins de 18 ans, a été emporté par l'océan lors d'une séance de récupération sur la plage de Dias Beach, en Afrique du Sud. Cet incident a soulevé de nombreuses questions sur les circonstances de sa disparition et les responsabilités potentielles.
Cet article revient sur les événements qui ont conduit à ce drame, les témoignages des personnes impliquées et les enquêtes en cours pour faire la lumière sur cette tragédie.

Les faits : Une journée de récupération qui tourne au drame
Les U18, emmenés par leur capitaine Medhi Narjissi, étaient en Afrique du Sud pour y disputer les International Series. Le 7 août 2024, vers 15h15, le jeune rugbyman de l’équipe de France des moins de 18 ans est emporté par l’océan lors d’une séance de récupération en eau froide sur une plage dangereuse, en Afrique du Sud. Quelques jours plus tard, après avoir disputé un premier match (le 5 août), les Bleuets et leur staff se rendent au Cap de Bonne Espérance.
Dans un premier temps, un pique-nique y est organisé sur une plage. Après le déjeuner, ils repartent en car et en début d'après-midi se garent sur un parking en aplomb de Dias Beach. À la suite au déjeuner, le groupe se rend donc en direction du phare de Bonne Espérance. Là-bas, la décision est prise de scinder le groupe des joueurs en deux car le passage est trop étroit pour que l’ensemble des Bleuets puissent visiter en même temps le site historique. Et alors que certains se rendent au phare, l’autre moitié du groupe descend sur la fameuse plage de Dias Beach située quelques dizaines de mètres plus loin.
Ce jour-là, dédié à la récupération, était à la charge des préparateurs physiques. Mais c'est bien l'ensemble de la délégation française, les 28 joueurs et 12 membres du staff, qui a fait une excursion. "Il n'y avait pas d'exercice particulier, c'était complètement ludique", rapporte l'un d'eux. Le prépa physique se contentait "de faire la police" quand certains allaient trop loin. Le Toulousain y va visiblement seul.
Un de ses équipiers a tenté en vain de le secourir Alors qu'ils effectuaient leur ronde, les gardes forestiers du parc national de la Montagne de la table furent témoins de cet incident depuis leur poste d'observation, qui surplombe à presque 200 mètres de hauteur le petit banc de sable de Dias Beach. Ils donnèrent immédiatement l'alerte à 15h16 après avoir vu « deux baigneurs en détresse », précisent-ils, dans ce qu'on appelle ici « des courants d'arrachement (rip currents) », sortes de baïnes géantes formées à cette extrémité du continent africain par la rencontre de vagues puissantes et croisées.
Il s'agissait de Medhi Narjissi et d'un de ses coéquipiers qui, après avoir tenté en vain de sauver le Toulousain, a finalement pu regagner la plage sain et sauf. Le demi de mêlée des U18, lui, a « disparu dans l'eau », constateront les gardes forestiers.
L'Institut national de secours en mer (NSRI) a immédiatement mobilisé tous ses moyens logistiques disponibles pour tenter de retrouver Medhi Narjissi, aidé en cela par les autorités de sauvetage du Cap, de Hout Bay et de Simonstown, tandis que la police et les services hospitaliers arrivaient rapidement sur place auprès des membres du staff et des joueurs de l'équipe de France juniors.
Après de longues recherches interrompues par la nuit et qui reprirent jeudi, l'évidence semblait s'imposer, à savoir que le corps du jeune demi de mêlée (17 ans) était porté disparu. Sans attendre l'arrivée au Cap des parents de l'international tricolore, la Fédération sud-africaine, dans un communiqué publié jeudi, exprima « ses condoléances », avant même que ne cessent les recherches en mer et sur le littoral, assurant « le rugby français et les parents de Medhi Narjissi de son soutien ».
Le témoignage d'Oscar Boutez, le coéquipier héroïque
Oscar Boutez, joueur de La Rochelle de 17 ans, a été le seul à tenter de secourir Medhi Narjissi alors qu’il était pris dans les vagues, au large du cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud. Très bon nageur, le Rochelais a été le seul à venir en aide à Medhi, alors que ce dernier se débattait pour survivre. "Aucun adulte n’est intervenu, ils sont tous restés sur la plage parce qu’ils ont eu peur. Lui aussi aurait pu perdre son fils ce jour-là, alors que des vagues plus grandes les unes que les autres déferlaient sur les rugbymen, qui venaient de participer à une séance de récupération dans l’eau.
Au bout de deux ou trois minutes, ils sont sortis et c’est là, alors qu’il allait rejoindre la plage, qu’Oscar a aperçu Medhi qui se débattait au large. Il a foncé, a nagé comme il sait le faire, il a pris son copain sur son dos. Mais les vagues étaient impressionnantes. La quatrième, c’était un mur de 5m de haut. Il s’est retrouvé à moitié assommé au fond de l’eau. Medhi avait disparu.
Pour Oscar, il s’agissait alors de surmonter ce traumatisme, une chose impensable lorsqu’on n’a même pas 17 ans. Suivi par une psychologue, Oscar Boutez a été entendu dans l’enquête judiciaire, qui est encore en cours. Désormais, il tente de se reconstruire dans le rugby, en espérant que ce drame ne l’empêche pas d’exercer sa passion.
Ses parents, eux aussi évidemment perturbés, savent la chance qu’ils ont de l’avoir encore à leurs côtés : "Nous avons eu peur. Nous avons eu très peur. Mais maintenant, lui, il a besoin d’avancer.
Dias Beach : Un site dangereux, connu des locaux
Dias Beach, petite plage réputée pour ses vagues qui viennent frapper cette partie ouest du cap de Bonne-Espérance, est annoncée « dangereuse à la baignade », ainsi qu'indiqué sur un panneau planté au début du sentier, qui descend de façon abrupte des hautes falaises vers cette langue de sable.
Plusieurs témoignages de Sud-Africains vivant dans la région confirment la dangerosité du site. Simon Browne, qui a grandi à Simon’s Town, une ville proche de Dias Beach, affirme qu'il n'y a jamais nagé malgré sa qualité de nageur. Il décrit les courants comme étant d'une puissance extrême et les vagues comme étant dangereuses.
Martin Swanson, qui a vécu au Cap jusqu’à l’âge de 33 ans, confirme également la dangerosité de Dias Beach. Il explique que la rencontre de l'océan Atlantique et de l'océan Indien à cet endroit crée des courants d'arrachement comparables à de puissantes baïnes. Il ajoute qu'en hiver, les basses pressions venant de l'Antarctique génèrent de fortes houles et des vagues très puissantes.
Dias Beach, c’est magnifique, mais je n’y ai jamais nagé alors que je suis un très bon nageur. Une fois, je suis rentré dans l’eau jusqu’au genou. Les courants sont d’une telle puissance. Il y en a en permanence. Et des vagues aussi. C’est plus que dangereux. Tout le monde le sait, là-bas.
Ce qui m’agace dans cette histoire, c’est que Le Cap possède de nombreuses plages, et en tant qu’ancien surfeur, j’ai surfé dans la réserve naturelle de Cape Point, mais jamais je n’aurais pensé aller surfer sur cette plage-là. Parce que c’est dangereux, et c’est hostile. Il y a le danger des requins, mais aussi des courants d’arrachement qu’on peut comparer à de puissantes baïnes, produits par la rencontre à cet endroit de l’océan Atlantique et de l’océan Indien. Les courants sont également causés par le volume d’eau qui arrive sur la plage et repart. En hiver [ce qui est le cas actuellement, NDLR], le système de basse pression monte de l’Antarctique, et il se comporte de manière cyclonique, générant des vents du nord-ouest et amenant de fortes houles à de longs intervalles, des vagues très puissantes venant de l’Atlantique, du sud profond.
Même sentiment chez Simon Browne qui se demande bien pourquoi cette séance a été organisée à cet endroit alors que des plages destinées à la baignade se trouvent à proximité de Dias Beach. À cinq minutes de Dias Beach, il y a par exemple Buffels Bay Beach. Elle est clairement indiquée depuis la route. C’est du côté de False Bay où j’ai nagé toute ma vie.
Si les personnes responsables avaient eu un guide local [selon l’enquête interne, le voyagiste n’aurait pas été associé à la décision, NDLR], elles seraient allées ailleurs… il y a tant d’autres plages qui sont magnifiques et complètement sûres. À dix minutes de là, il a été construit des piscines artificielles. Ces bassins se remplissent d’eau avec la marée haute, et l’eau y est renouvelée à chaque marée, permettant de se baigner en toute sécurité, comme dans une piscine en béton, malgré la température glaciale. Ils auraient pu aussi aller se baigner contre une petite somme, à Boulder’s Beach, qui est sûre pour la baignade et protégée.

Responsabilités et Enquêtes
La famille Narjissi réclame que la FRR et Florian Grill soient poursuivis en justice, L'Équipe dévoile ce qu'il s'est passé sur la plage de Dias Beach le 7 août 2024. La conséquence de nombreuses négligences et de l’inconscience des encadrants.
Au-delà de la question de la pertinence d’une baignade de récupération après un pique-nique, d’autres interrogations émanent : pourquoi cette plage ? Pourquoi aucun des 8 membres de l’encadrement n’a jugé cette plage dangereuse malgré les nombreux panneaux et avertissements ? Mais ni le manager général, ni le docteur ne sont présents. Le premier n’est tout simplement pas au courant de ce qu’a décidé son staff. "Une initiative personnelle de Robin Ladauge", expliquera Stéphane Campos, le manager, dans sa déposition aux enquêteurs sud-africains. Le docteur, Pascal Pradier, est un habitué de ces voyages en Afrique du Sud et ne souhaite pas descendre la totalité des marches qui mènent à Dias Beach. "Ça aurait dû être sa place, il est docteur. Pour moi, il n’a rien à faire à aller se balader.
Quelques minutes après l’entrée des jeunes joueurs dans l’eau, leur manager débarque sur la plage. En regardant au loin, il voit qu’il y a un problème, deux silhouettes étaient en train de se débattre. Pendant ce temps-là, le jeune capitaine des U18 tente de se débattre dans un océan de vagues qui peuvent atteindre jusqu’à 5 mètres de haut.
Huit mois après la disparition de Medhi Narjissi, la justice s’intéresse à Stéphane Cambos. L’ex-manager de l’équipe de France de rugby des moins de 18 ans, qui encadrait le jeune joueur lors de sa disparition en mer en Afrique du Sud l’été dernier, a été placé ce mardi 15 avril en garde à vue dans l’enquête pour homicide involontaire.
Mi-septembre, la Fédération française de rugby (FFR) a mis en cause, dans un rapport d’enquête interne, l’encadrement des U18 présent lors du rassemblement. «La décision d’organiser une séance de récupération dans l’eau sur la plage de Dias Beach a été prise sans considérer la dangerosité du site», a-t-elle notamment estimé. Après ce drame, les conseillers techniques sportifs de l’équipe des U18 ont «été suspendus à titre conservatoire» par le ministère des Sports à la demande de la FFR.
La famille Narjissi, elle, veut "des coupables et des réponses", "qu’ils soient punis surtout". “Ils sont tous responsables. Il faut qu’ils parlent, qu’ils expliquent pourquoi ils n'ont pas réagi.
Une requête-plainte a donc été déposée, en début de semaine dernière, auprès du parquet d’Agen, lieu de résidence de Medhi Narjissi et de sa famille. “C’est la procédure en cas de disparition inquiétante lorsqu'on recherche les causes de la disparition”, indique Me Edouard Martial, l’avocat de la famille qui assure que le procureur d’Agen devrait rapidement se prononcer sur l’ouverture, attendue, d’une information judiciaire.
Tableau récapitulatif des faits et responsabilités potentielles
| Événement | Date | Lieu | Responsabilités potentielles |
|---|---|---|---|
| Séance de récupération à Dias Beach | 7 août 2024 | Dias Beach, Afrique du Sud | Préparateurs physiques, encadrement de l'équipe, FFR |
| Disparition de Medhi Narjissi | 7 août 2024 | Dias Beach, Afrique du Sud | Négligence, manque de connaissance des dangers du site |
| Enquête judiciaire | En cours | Agen, France | Homicide involontaire, responsabilités de l'encadrement |