L'histoire du rugby à Tonneins : Un récit en noir et blanc

Le rugby à XV a une longue et riche histoire à Tonneins, remontant au début du XXe siècle. Cet article explore les moments clés, les figures emblématiques et l'évolution de ce sport passionnant dans la région, illustrée par des photos en noir et blanc qui témoignent d'une époque révolue.

Les débuts du rugby à Tonneins

Si nous parcourons les journaux du début du XXème siècle, nous découvrons qu’en 1903 nos ancêtres Tonneinquais pratiquaient le Rugby à XV, ou plutôt comme le mentionne le journaliste du quotidien « L’Auto », le Stade Tonneinquais du Football Rugby. Les joueurs rencontrent sur l’ancien Hippodrome de Tonneins route d’Agen au lieudit Jeannac, le S.C.Agenais, le dimanche 31 octobre 1903.

Le 2 décembre 1915, nous assistons à la création du Sporting Club Tonneinquais, dont le siège social est au café Duprat. Ce club regroupe plusieurs disciplines sportives dont le Rugby à XV, les couleurs sont le rouge et le noir. L’hebdomadaire « Le Rugby » s’en fait l’écho et nous rapporte que le 23 décembre 1916, le S.C.Tonneins, bat le S.C.Aiguillonais, par 3 points à 0, et signale aussi, que les joueurs d’Aiguillon quittent le stade avant la fin du Match.

Le journal sportif ‘L’Athlète’ nous parle en avril 1922, de l’Amicale Sportive Tonneinquaise, qui regroupe là aussi plusieurs disciplines. En parcourant le journal officiel, nous apprenons la création (ou l’officialisation) le 15 mars 1928, de l’Amicale Sportive Tonneinquaise, qui stipule dans ses statues : « Rugby, sports, athlétisme, préparation militaire ». D’après Claudine et Michel Mole, dont leurs pères respectifs, André Mole et Pierre Duclos, jouaient au Rugby à XV, nous devons très certainement cette initiative au Général Marcel-Gaston Gautier, que nous retrouvons comme capitaine dans l’équipe sénior de la saison 1928. Et nous savons par ailleurs que le siège social est au Café de la Paix.

Dans les années 1920 les matchs se déroulaient au lieudit « Escoutet » à Tonneins. Ce n’est que par la suite, nous pensons après mai 1934, que les joueurs se retrouveront au café de la Gare ou Hôtel d’Isly (le 25 mai 1934 création de l’association « Sport Athlétique Tonneinquais » sous la houlette de Valmy Grand et Norbert Teyssier, nous assistons à la naissance du premier club amateur français de Rugby à XIII).

L'Amicale Sportive Tonneinquaise (AST XV)

Comme beaucoup de club sportif, l’AST XV rencontrera des difficultés et après une période de sommeil le club revoit le jour sous la houlette de Messieurs : Jean Bousquet, Jean-Yves Soreil, Oselino, Ragagnin, Serge Labat, Bégué (le fils deviendra un des dirigeants du S.U.Agenais). Le club comptera plusieurs entraineurs où nous retrouvons Messieurs : Bousquet, Soreil, mais aussi Jean Escouteloup, Jean-Claude Lanusse, Claude Duplan, Jean Dupuy, Michel Toussaint… notre liste n’est pas exhaustive.

Plusieurs présidents se sont succédés et notamment : Camille Fabre, François Lacassagne, Jean-Yves Soreil, Carpe, Jean-Pierre Ceret, Achille Grimaud, Jean-Pierre Darbord, le docteur Melka et le pharmacien Coq. Le club remportera plusieurs titres : champion du Périgord Agenais, la coupe Duthil pour la réserve. Les juniors ne sont pas en reste et seront finaliste du Périgord Agenais, mais aussi vainqueur de challenge.

Figures locales

Quelques figures locales feront les beaux jours des clubs de Marmande, Langon comme les frères Gallésio ou Christian Thermes. De par les aléas de la vie, beaucoup de nos jeunes sportifs sont partis vers d’autres contées, pour parfaire leur vie professionnelle et certains joueurs se retrouveront dans les clubs voisins. Faute de combattant, le club s’éteint dans les années 1986-1988.

Renaissance et mémoire du rugby à Tonneins

Le journal officiel nous signale que le 23 avril 1990, la création du Racing Cantonal Tonneinquais, vient d’être déclarée en Préfecture dont le but est : Vulgarisation et pratique du Rugby à XV, siège social à la Mairie de Tonneins. Certains passionnés, par ce rugby, vont dans un premier temps réunir les anciens joueurs qui le souhaitent autour d’une bonne table et de fil en aiguille, le 11 juin 2023 se créer l’Association des Anciens de l’AST XV, enregistrée le 18 juillet 2023, au journal officiel.

Les premiers responsables sont : Président Francis Laubie, Trésorier Jean-Pierre Dallamaria, secrétaire Christian Remazeilles. Le siège social est à Tonneins 5 impasse Roger Fouragnan, chez Partick Dulin. Outre les retrouvailles organisées une fois l’an les dirigeants souhaitent faire vivre la mémoire du Rugby à XV de Tonneins, en récupérant tous les documents liés à ce club Tonneinquais, photos, journaux etc, et en les mettant à la disposition du Musée numérique d’histoire de la ville de Tonneins, où les internautes peuvent les visualiser.

Nos sincères remerciements à :Mme Claudine Mole et Michel Mole.

Aristide Barraud : Du rugby à la photographie

"Ces attentats nous ont marqués au fer rouge" : Aristide Barraud

Au rugby, Aristide c’était le numéro 10. Il en parle encore avec émotion, sa voix posée résonne au niveau 5 du Centre Pompidou, au milieu des Klein. Un rêve de gosse grandi en banlieue sud entre Châtenay-Malabry et Massy, dans ces cages de béton gris, vantées par le modernisme à tout crin des trente glorieuses. Son père, retraité depuis peu, était urbaniste, sa mère éducatrice. Un couple qui offrait beaucoup aux autres, qui a transmis ce sens du don et du partage à ses trois enfants, dont Aristide, du grec aristos, le meilleur fils. Ni boum ni coca, ni bonbecs, trop sucrés, pendant l’adolescence, l’âge où normalement l’on s’ambiance - mais des bornes à avaler, des heures à répéter les mêmes gestes techniques sur le terrain, jusqu'à la nausée, pour accéder au meilleur niveau.

Une fois intégré le pôle espoirs au lycée Lakanal, l’un des centres de formation d’excellence de la fédé, à Sceaux, vient le temps des sorties culturelles à Paris ; des trajets en RER B, que le sportif fait le plus souvent seul, d’innombrables séances de cinéma, en compagnie de sa grand-mère, jadis ouvrière chez Peugeot, toujours en banlieue sud. Quant à Beaubourg, se souvient-il, il y entre pour la première fois à 15-16 ans ; « Une révélation. » Ses camarades de mêlée l’appellent le poète. « Comment pouvaient-ils savoir ? », feint-il de s’étonner.

Sa frangine Alice, plus jeune, brûle de la même intensité. Elle, c’est acrobate qu’elle se rêve. Tandis que lui laboure le terrain, elle veut s’arracher à la pesanteur. Entre ces deux-là, c’est fusionnel. Ensemble, on court, on s’entraîne, on s’épaule, on recommence tant qu’il faut. L’adolescent opiniâtre entame une carrière professionnelle en équipe de France chez les moins de 17 ans, puis les moins de 20 ans. Au Stade français ensuite, avant de partir jouer en Italie à 22 ans, en première div’. L’Italie… une promesse, Ascoli Piceno, ville jumelle de Massy - tous les ors du Cinquecento, si loin de l’Essonne. En parallèle, des études de cinéma à distance, l’envie de tourner des documentaires. D’amener, dans une ambiance de vestiaire, de la légèreté, de la poésie. Ses camarades de mêlée l’appellent le poète. « Comment pouvaient-ils savoir ? », feint-il de s’étonner.

Le 13 novembre 2015, c’est un vendredi - Aristide a 27 ans. Il rentre à Paris pour rendre visite à sa sœur Alice. Dans l’enfer des attentats, elle manque perdre son bras. Lui, plus gravement touché (il a fait écran de son corps), est en danger de mort pendant une semaine. Se reconstruire, retourner sur le terrain. Avancer coûte que coûte. C’est la même rage qui l’anime. En vain. Le corps ne veut pas ni l’esprit. La folie guette. C’est alors qu’il accepte de rencontrer une éditrice du Seuil ; « l’écriture, c’est là le vrai basculement ». Comme sur le terrain, c’est le moment de transformer, une nouvelle phase de jeu qui s’ouvre. En 2017 paraît Mais ne sombre pas, qui rencontre un important succès critique et public. C’est l’année où il rentre en France. Il a un petit pécule, aucune attache sérieuse ; il s’invente cuisinier et part sur les routes, dans une caravane, avec la troupe de sa sœur, forcée de réinventer sa pratique d’acrobate-voltigeuse.

« Après les attentats, il fallait que j’écrive deux ou trois pages tous les jours, et que je fasse dix à quinze photos, sinon je ne me sentais pas bien, confie le jeune homme, j’avais besoin de me remettre dans une discipline de sportif de haut niveau. » Au fond, rien n’a vraiment pu altérer sa force de caractère. Un seul changement notable : un visage qu’adoucissent dorénavant de belles boucles brunes en pagaille. « Je me suis toujours juré qu’après le rugby j’aurai les cheveux longs », plaisante-t-il. De son premier appareil, il se souvient encore : un jetable qu’il a eu pour ses 10 ans. Pour ses 18 ans, on lui offre un numérique, un Nikon (qu’il emporte lors de ses visites au Centre Pompidou). Peu avant les attentats, toute sa famille se cotise. Il a 25 ans, l’âge de son premier reflex. Il découvre Robert Doisneau, Willy Ronis… Il part d’un rire franc : « Je mettais mes photos en noir et blanc, ça faisait artiste ! » Qui ne l’a pas fait ?

L’ancien numéro 10 découvre la pellicule, arpente les toits de la capitale, il écrit beaucoup, toujours. Il faut dire qu’on lui a commandé un roman dont une moitié reste encore à livrer. Il commence à faire des collages et à écrire dans les rues de Paris et d’Île-de-France, à montrer ses photos, ce qui lui vaut d’être remarqué par JR, soutenu par son pote Oxmo Puccino, jusqu’à intégrer l'école Kourtrajmé en 2020. « C’est un chaudron humain là-bas. C’étaient des artistes. Je ne connaissais rien. Je me disais, dans neuf mois j’aurai tout bouffé. » L'occasion de se consacrer pleinement à ce qu'il faisait déjà depuis son plus jeune âge, inconsciemment : créer.

Puis arrive son projet « Bâtiment 5 // Courte Vie Pleine » portant sur la destruction du bâtiment 5 de la cité des Bosquets à Montfermeil. « Pendant la journée, je montais discrètement des canettes d’Oasis. On les buvait le soir, avec les habitants de là-bas, à quinze, vingt mètres de hauteur, en regardant le soleil se coucher. » Une belle idée de la simplicité et du partage. En redescendant, tout le monde découvrait le travail d’Aristide ; sur les murs mis à nu, des photos des gens qui avaient grandi dans ce bâtiment.

Pour Nuit blanche, dans le cadre d'une proposition des Ateliers Médicis avec le Centre Pompidou, Aristide investit la Piazza (la grande place pavée devant le bâtiment). Une phrase, sur les pavés, une pensée intime à laquelle chacun, chacune peut répondre : « Mais je serais qui si j’avais grandi ailleurs ? » Rien n’intéresse plus l’artiste que le destin, les échos et les signes. Celui-ci, par exemple : Renzo Piano, l’un des architectes du Centre Pompidou, qui lui envoie un catalogue après avoir lu dans son livre que l’ancien numéro 10 voyait, de sa chambre d’hôpital, s’élever dans le lointain le futur tribunal de grande instance, signé du maître italien. Ou celui-là encore : « Ma première Nuit blanche, j’avais fini sur la Piazza. À 14 ans, 15 ans. On a tapé un grand foot à 1 heure 30 du matin. C’était en 2004. »

Mais le rugby n’est jamais loin. Depuis cinq ans, c’est aux côtés d’une équipe burkinabée que s’implique l’artiste, avec son vieux pote Antoine, de la même banlieue sud. « Il se passe des trucs de dingue ! s’enthousiasme-t-il, avant de poursuivre, mélancolique. Leurs yeux, leur force, leur histoire me bouleverse. Moi je n’appartiens plus à ce milieu. J’ai sorti mon appareil, je me sentais bien. J’avais trouvé ma place. En fait c’est ça ta nouvelle vie Aristide ! Je veux saisir la force qui se dégage de ces garçons. » Comme une répétition avant de chroniquer et de faire les portraits des joueurs pour Le Monde lors de la prochaine coupe du monde de cet automne.

Puis Aristide de conclure cette rencontre, non sans une pointe de fatalisme, se passant la main dans les cheveux : « J’ai un destin chelou. Il m’arrive des trucs fous que je ne comprends pas bien. J’essaye toujours de transformer les choses en bien. »

La photographie sportive et l'étude du mouvement

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la photographie, en tant que pratique professionnelle ou de loisir, suscite un engouement considérable accru par les progrès techniques. Durant la IIIe République, elle atteint sa pleine maturité technique et pratique. Au même moment les activités physiques se développent et rencontrent un succès croissant. Les sociétés de gymnastique se multiplient (vers 1900, l’Union des sociétés de gymnastique de France, fondée en 1873, en compte plus de 800).

De même, le sport moderne devient un phénomène social (les associations scolaires sont progressivement remplacées par des clubs civils dont le nombre ne cesse d’augmenter jusqu’en 1914). Les compétitions de course à pied, de tennis, de rugby et de football se multiplient et deviennent de plus en plus populaires. Or, rapidement, ces pratiques intéressent les spécialistes de la prise de vue scientifique. Dès les années 1880, le grand physiologiste Etienne-Jules Marey utilise la photographie pour étudier le mouvement des athlètes, ses sujets expérimentaux. C’est le cas notamment des élèves de l’Ecole normale de gymnastique de Joinville-le-Pont, centre militaire de formation des moniteurs d’éducation physique qui a ouvert ses portes le 15 juillet 1852.

En fait, cette rencontre entre l’intérêt scientifique pour le sport et les valeurs dominantes de la Belle Époque s’explique facilement. Les deux premiers clichés sont des chronophotographies réalisées par Georges Demenÿ à l’École de Joinville. La première représente un départ de course de vitesse (tirage papier d’après plaque de verre, INSEP, 1902/1907). La seconde représente un saut à la perche (négatif sur plaque de verre de format 9 x 12, INSEP, 1902/1907). Dans les deux cas, les sujets, qui sont des moniteurs de l’École, sont simplement vêtus d’un cache-sexe et d’une paire de chaussures claires afin que les corps se détachent bien sur le fond noir devant lequel ils se déplacent.

On distingue nettement les différentes positions des deux athlètes (notamment, pour le perchiste, la course, l’impulsion, le franchissement de la barre et la réception) ainsi que le travail de leurs muscles pendant l’effort. Le document n° 3 (négatif sur verre de format 9 x 12, INSEP, 1902/1907) est un autre type de chronophotographie, dite graphique ou géométrique. Le procédé consiste à recourir à un sujet portant une cagoule ainsi qu’une combinaison de velours noir munie de boutons et de cordons blancs (ou de tiges métalliques) le long des membres. Il s’agit ici d’un escrimeur (le maître d’armes Bazin) effectuant un coup droit avec fente avant. On peut noter les ondulations du fleuret pendant le mouvement, qui forment une sorte d’entrelacs. Le nombre d’images obtenues est supérieur à celui de la chronophotographie classique.

Inventée par le physiologiste Etienne-Jules Marey en 1882, la chronophotographie est un instrument d’observation scientifique. A l’aide d’une chambre photographique équipée d’un grand obturateur tournant, elle permet d’enregistrer une série d’images successives sur un même support photosensible (soit sur des plaques de verre de format 9 x 12 ou 13 x 18, soit, dès 1888, sur une bande mobile en celluloïd), à partir d’un point de vue unique et à des intervalles de temps égaux. Ces images, prises à une fraction de millième de seconde, restituent avec une troublante perfection l’intégralité du déplacement d’un sujet devant un fond noir.

Dès lors, en visualisant de façon précise la décomposition et la variation des mouvements, il est possible d’en comprendre le fonctionnement. Georges Demenÿ, passionné de gymnastique, s’intéressant lui aussi à l’analyse de la locomotion humaine et à la façon dont on peut l’améliorer par la pratique d’exercices physiques, a été l’assistant de Marey à la Station physiologique du Parc des Princes entre 1881 et 1894. Lorsqu’en 1902 il est nommé professeur de physiologie à l’École normale de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont, il y installe à son tour un studio dans lequel il va prendre de nombreuses chronophotographies d’athlètes, notamment ces trois documents.

Ces images d’une inépuisable richesse formelle constituent, avec d’autres, une véritable anthologie visuelle des techniques sportives accomplies en parfaite synthèse dans le temps et dans l’espace. Elles permettent l’étude de la force, de la vitesse, de l’adresse et de la souplesse des athlètes en action et ont conduit Demenÿ à donner une base scientifique à l’enseignement de l’éducation physique et à établir les fondements de ce qu’on appellera plus tard la biomécanique. Il faut signaler également les indéniables qualités plastiques de ces documents, qui présentent un intérêt exceptionnel au regard de l’histoire esthétique de la photographie.

Marcel Cerdan et l'Équipe : Une histoire en noir et blanc

Au premier coup d'oeil, on ne voit que lui. Un homme massif et triomphant acclamé par la foule : ce 1er octobre 1948, Marcel Cerdan, sacré champion du monde des poids moyens face à Tony Zale dix jours plus tôt au Roosevelt Stadium de Jersey City, arrive en décapotable devant les locaux historiques de « L'Équipe », 10, rue du Faubourg-Montmartre, où il est accueilli comme un dieu.

« Une des images les plus puissantes de nos archives » Emblème d'une époque où toutes les stars de la planète convergeaient vers le siège de notre journal, ce n'est pas un hasard si ce cliché en noir et blanc illustre la couverture du magnifique ouvrage « 10 Faubourg-Montmartre » (publié en 2021 aux éditions en exergue, et réédité aujourd'hui à l'occasion des 80 ans de « L'Equipe »), retraçant l'histoire de la « vigie du monde du sport ».

Marcel Cerdan au milieu de la foule en 1948

Pas étonnant non plus que cette photo mythique soit si chère au coeur de François Gille, responsable du service photo à « L'Equipe ». Sauf que l'objet de sa fascination se trouve au second plan : « C'est l'une des images les plus puissantes de nos archives, confie celui qui veille avec ses collègues sur un fonds de plus de 13 millions d'images. Mais ce qui m'a toujours fasciné, c'est une silhouette minuscule, presque invisible au milieu de la scène : une petite fille en robe blanche, debout sous le porche, spectatrice muette de ce moment d'histoire. »

Curieux d'en savoir plus sur elle et sur sa destinée, François Gille a fait fonctionner son réseau de glorieux anciens pour retrouver sa trace. Et découvre alors que cette photo de 1948 « ne racontait pas seulement l'accueil triomphal d'un champion du monde, mais aussi le début d'une saga familiale sur trois générations, indissociable de celle de notre journal. Pour cette petite fille, L'Equipe n'était pas seulement un titre de presse, c'était sa maison. »

« J'avais 6 ans sur la photo, je me souviens encore de la foule... Il y avait tellement de monde dans la rue que je n'étais pas très rassurée. Les gens couraient partout comme des fous » Et c'est d'ailleurs rue du Faubourg Montmartre, où elle vit depuis la fameuse photo, que Michèle Risset, 84 ans, nous a reçus, heureuse qu'on l'ait retrouvée. « J'avais 6 ans sur la photo, sourit-elle. Je me trouvais dans l'immeuble parce que mes parents travaillaient à L'Equipe. Habituellement, je jouais dans la cour du journal mais ce jour-là, tout d'un coup, j'entends des cris, des applaudissements, et je m'avance sous le porche pour regarder ce qui se passe. Je me souviens encore de la foule... Il y avait tellement de monde dans la rue que je n'étais pas très rassurée. Là, je vois une belle voiture avec le grand boxeur Marcel Cerdan à l'intérieur. Je me souviens juste qu'en me regardant un photographe a dit : ''On va demander à Cerdan qu'il mette la petite sur ses épaules !'' Mais les gens se sont soudain engouffrés sous la voûte... Ils couraient partout comme des fous ! Le photographe a eu juste le temps de m'enlever de là et de me faire rentrer ! »

Fille de la gardienne et d'un employé du service économat qui ont travaillé à L'Equipe pendant plus de trente ans - « Je me souviens du jour où mon père a décroché la lettre A de L'Auto de la façade pour mettre à la place l'enseigne de L'Equipe » - Michèle Risset vit toujours dans cette rue, depuis soixante-dix-sept ans ! « Aujourd'hui, le journal a 80 ans, et moi bientôt 84. Ça me fait drôle, dit-elle. Mon enfance fut joyeuse dans cette ambiance où tout le monde se parlait et riait. C'était comme une famille. Petite, j'allais souvent jouer dans le beau bureau de Jacques Goddet (directeur emblématique du journal de 1946 à 1984). Quand j'ai fait ma communion, il m'a offert un bracelet en perles de culture. »

Mascotte du journal, elle faisait réparer ses poupées par les ouvriers du livre, et, au fond de la cour, noircissait ses culottes sur le toboggan des Imprimeries Parisiennes Réunies, d'où sortaient les journaux fraichement imprimés. « A l'époque tous les sportifs venaient au journal, c'était fabuleux !, poursuit-elle. Quand les coureurs du Tour de France venaient chercher leur accréditation, la police fermait la rue, en haut des Grands Boulevards, et tous les cyclistes montaient aux étages par le magnifique escalier classé. Souvent, ils me pinçaient les joues ou me tiraient les nattes en passant. J'ai même des photos où je suis assise sur les genoux de Roger Lapébie (vainqueur du Tour de France 1937) dans la loge. Je ne me rendais pas compte que c'était une star. Une autre fois, j'étais dans le bureau de monsieur Goddet quand Jacques Anquetil (vainqueur de cinq éditions du Tour) est arrivé. Les boxeurs venaient aussi à la rédaction pour la pesée, et se mettaient tous en caleçon (rires) ! On entendait tout le monde rigoler de partout. Il y avait toujours une ambiance folle. Mon préféré, c'était Fangio (pilote automobile argentin) ! Quand, à 18 ans, j'ai passé mon permis de conduire, le moniteur, qui trouvait que j'allais trop vite, m'a dit : ''Oh là, oh là, doucement, vous n'êtes pas Fangio !'' J'étais trop fière de lui répondre que j'adorais la vitesse parce que je l'avais vu au journal ! »

Michèle Risset deviendra elle-même gardienne de la loge de L'Équipe, de 1980 à 1987, année où le journal a quitté le Faubourg pour Issy-les-Moulineaux, puis employée à la direction commerciale. « Et mon fils, Stéphane (décédé en 2015), a repris le flambeau en travaillant comme garçon d'étage puis au service courrier. Ça fait trois générations ! L'Équipe, c'est un peu ma maison. En y pensant, je ressens à la fois du bonheur et de la nostalgie. »

Le jour de notre rencontre, pour bâtir le long format L'Équipe explore qui a recueilli la parole d'anonymes qui se sont retrouvés en photo dans L'Équipe, on lui a offert cette fameuse photo encadrée. « Je vais enfin pouvoir l'accrocher au mur pour me remémorer tous ces souvenirs. Dans les commerces de la rue, quand on disait aux gens qu'on travaillait à L'Équipe, tout le monde était impressionné... C'est un honneur d'en avoir fait partie.

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