Philippe Boucher a écrit un chapitre important de sa vie à la tête de son club de cœur, le Stade Montois. Cependant, le club de Tyrosse aura toujours une place particulière dans son cœur.

Supporters du Stade Montois Rugby.
Il y a connu ses premières expériences, lui, l’ailier filiforme. Il avait une vélocité redoutable, illustrée par son record de 10’‘80 au 100 mètres et une demi-finale mondiale vétérans au 60 mètres en 2012. Christian Laclau, son entraîneur de l’époque, aujourd’hui co-président de l’UST, se souvient : « Il avait une volonté et un mental féroce. Ce n’était pas le meilleur joueur mais c’était un gros défenseur qui allait très vite, un guerrier ». Guy Accoceberry, l’ex-international français, qui a débuté à ses côtés chez les jeunes Tyrossais, abonde : « Il avait le tempérament et l’envie d’un deuxième ou d’un troisième ligne ».
Le Rêve du GIGN
« Je devais être le plus mauvais de cette génération-là, je ne me voyais pas comme un grand joueur », assure modestement Patrick Milhet, qui n’a jamais fait d’une carrière au haut niveau un objectif. Il en a pourtant eu l’opportunité, en 1989 à Montchanin, alors champion de France de Groupe B, et surtout en 1993, lorsqu’il est courtisé par Bayonne et Biarritz. Son ambition était ailleurs : intégrer la gendarmerie, comme son père avant lui. « J’avais refusé, car je voulais donner priorité à ma profession. » Le rugby restera avant tout un plaisir.

Le GIGN, une ambition de toujours pour Philippe Boucher.
Après trois mois à Beyrouth pour assurer la sécurité de l’ambassade, l’adjudant Milhet pose ses valises à Mont-de-Marsan et intègre l’équipe militaire de la ville, la tête tournée vers le GIGN. L’objectif de toute une vie, son équipe de France à lui. Mais trois jours avant les tests d’admission, ratés de peu l’année passée, tout s’effondre. Lors d’un match important, son vis-à-vis le plaque, et il ressent une grosse douleur à la cheville. Opéré du lisfranc, il voit son « rêve de gamin » s’envoler.
Julien Cabannes, l’historique ailier des jaune et noir, avoue : « C’est un sujet qu’il évoque peu, une cicatrice qu’il a encore ». Après 14 ans en charge de la préparation physique, Patrick Milhet a pris les rênes du Stade Montois en 2020.
Comment devenir préparateur physique 1/2
Une Épreuve en Guyane
Adieu la gendarmerie d’élite… et le rugby, pour de bon pense-t-il. Le natif d’Orthez poursuit sa profession au gré de ses affectations, jusque dans la jungle guyanaise, en 1995, où sa vie est à deux doigts de basculer lors d’une opération anti-orpaillage. Il croise la route d’un déséquilibré qui lui arrache le bras droit avec un tesson de bouteille. « Il était en lambeaux. Sur le coup, j’ai dit à mes collègues que j’étais en train de caner. J’ai été évacué quatre heures après par hélicoptère, j’ai perdu deux litres de sang. »
Inscrit au livre d’or de la gendarmerie, Patrick Milhet est resté marqué dans sa chair, à vie. « J’avais le bras gris, mort. On m’a parlé d’amputation. Mais je ne me voyais pas le perdre à 25 ans. » Il n’a jamais retrouvé la sensibilité de son avant-bras, est devenu gaucher, sans jamais s’apitoyer sur son sort. « Quand tu es rugbyman ou gendarme, tu as un risque permanent. »
Retour sur les Terrains
Retour donc sur les terrains de rugby : Saint-Jean-de-Marsacq, qu’il prend en main en Quatrième série, la fusion Linxe-Castets en Fédérale 3, puis Saint-Pierre-du-Mont au début des années 2000. Dans le même temps, il passe les diplômes de préparateur physique au Creps de Toulouse. « Je suis parti depuis le bas de l’échelle jusqu’au DES… Je peux parler Quatrième série et Top 14 ! »
L’entraîneur du Stade Montois, Bruno Lom, le sollicite pour prendre en charge la préparation physique du centre de formation. « Je ne voulais pas venir dans cette grosse machine. » C’est pourtant chose faite lors de la saison 2005-2006, avant de découvrir l’élite la saison suivante après un appel de Philippe Berbizier, futur coach des professionnels.
Paternaliste et Protecteur
Il devient « Patoche » le prépa, le confident, adoubé par le duo Prosper - Dal Maso. L’entraîneur des avants montois, Julien Tastet, explique : « Il a toujours eu ce côté paternaliste, protecteur », jusqu’à prendre une place prépondérante auprès du groupe. « Quand des joueurs arrivaient de l’extérieur, ça pouvait surprendre que ça soit le préparateur qui fasse le dernier discours avant d’entrer sur le terrain… », reprend Tastet, alors capitaine.
À l’issue d’une saison difficile et le départ du duo Auradou - Darricarère, Patrick Milhet devient manager après 14 saisons à la prépa. Sa relation de proximité avec les joueurs évolue, avec regret. « Ça me manque, je sais que je ne suis plus le confident, regrette-t-il. Je suis passé de “Patoche” au rôle de père Fouettard. Mais je suis le premier malheureux lorsque je ne mets pas un joueur sur la feuille. » Car l’homme est un sensible, presque pudique, avec ses protégés comme avec ses proches.
Sa compagne Marie et ses quatre enfants sont très importants pour lui. « Ils sont conciliants, reconnaît le manager montois. Je ne suis pas quelqu’un qui s’exprime énormément mais j’aime les avoir autour de moi. J’ai beaucoup de mal à dire les choses, je ne suis pas quelqu’un qui se confie. » En bon père de famille, le Tyrossais de 55 ans veille sur sa petite tribu comme il protège ses joueurs, avec bienveillance, respect, affection… et la volonté de garder le contrôle.
Stéphane Prosper souligne : « Son passé de gendarme fait qu’il fonctionne avec énormément de principes et de rigueur ». Au Stade Montois, personne n’affirmera le contraire. En fin de contrat la saison prochaine, le manager se voit difficilement ailleurs que dans les Landes. « De toute façon, aucun club ne voudra d’un tel fonctionnement ! Et j’arrive à un âge où tout peut basculer, j’ai besoin de consacrer du temps à ma famille. »