Affaire Auradou-Jegou : Histoire d'une accusation de viol dans le monde du rugby

L'affaire impliquant Hugo Auradou et Oscar Jegou, deux rugbymen français accusés de viol aggravé en Argentine, a connu de nombreux rebondissements judiciaires et médiatiques. Retour sur les faits et les différentes étapes de cette affaire.

Les faits et l'enquête initiale

Les faits présumés se sont déroulés dans la nuit du 6 au 7 juillet dans un hôtel de Mendoza, en Argentine, où le XV de France venait de jouer un match. Les deux hommes, âgés de 21 ans à l'époque, étaient accusés de viol aggravé sur une femme de 39 ans rencontrée dans une boîte de nuit.

La plaignante a affirmé avoir été battue et violée à plusieurs reprises. Selon Me Natacha Romano, son avocate, sa cliente est rentrée à l’hôtel avec Hugo Auradou et se serait rendu compte que l'invitation à boire un verre était un piège. Elle lui aurait alors demandé d'aller aux toilettes. Toujours d’après Me Romano, "il l’attrape immédiatement, la jette sur le lit, commence à la déshabiller et se met à la frapper sauvagement d’un coup de poing, dont l’hématome est visible sur le visage de la victime.

Selon la procureure générale de Mendoza Daniela Chaler, "la déposition de la plaignante était assez longue, complète, détaillée et correspondait, pour l’heure, aux conclusions médico-légales".

De leur côté, les deux joueurs ont affirmé que les relations sexuelles étaient consenties et sans violence. Ils avaient passé plus d’une semaine en détention préventive, puis ils avaient été assignés à résidence pendant près d’un mois.

Au début de l’affaire, ils avaient passé plus d’une semaine en détention préventive, puis ils avaient été assignés à résidence pendant près d’un mois.

Décision de non-lieu et appel

Après cinq mois de procédure, la justice argentine s’est prononcée pour un non-lieu dans l’enquête visant Hugo Auradou et Oscar Jegou. Un communiqué du pôle judiciaire de Mendoza a précisé que « l’acte enquêté ne constitue pas un délit », donc qu’il n’y avait pas eu de viol.

Me Antoine Vey, l’avocat parisien des joueurs, s’est félicité de cette décision : « La réhabilitation judiciaire est acquise, les deux joueurs ont été victimes de fausses accusations. »

Cependant, l’avocate de la plaignante, Natacha Romano, a fait appel de cette décision. « La plaignante n’arrive pas à se remettre » de la décision du non-lieu, a-t-elle déclaré, évoquant une décision « néfaste, incomplète, infondée ».

Elle avait déploré une audience passée à « accuser une victime de mentir », au lieu « d’évaluer ce qui s’[était] passé entre [les] quatre murs » de la chambre d’hôtel cette nuit-là. Me Romano, qui a accusé à plusieurs reprises la justice provinciale de Mendoza de « partialité », avait tenté de faire récuser les deux procureurs chargés de l’enquête, puis la juge Arenas.

« Il est regrettable de voir comment ce type de décision est un recul pour les droits des femmes et même pour les droits humains. J’espère que cela n’affectera pas, n’intimidera pas des femmes qui souhaitent porter plainte (…) », a déclaré également l’avocate, qui répète que sa cliente a été « tabassée » et n’a jamais accordé son consentement.

L'avocate de la plaignante a dénoncé, en revanche, un viol commis avec une « violence terrible », dans une affaire qui a vu s’opposer deux versions radicalement opposées des faits, hormis une convergence quant à la réalité d’actes sexuels ayant eu lieu dans la chambre, dans un contexte alcoolisé.

Il y a deux semaines, la juge Arenas avait entendu les arguments pour et contre le non-lieu, lors d’audiences étalées sur deux demi-journées.

Le parquet avait plaidé en faveur de l’abandon des poursuites, comme il l’avait annoncé au début d’octobre à l’issue de l’instruction.

Puis les avocats des joueurs avaient à leur tour plaidé pour un non-lieu, qu’ils réclament depuis août. Pour eux, « tout a été dit » dans un dossier où « le délit n’a pas existé », en raison de « l’existence de consentement ».

Et cette affaire est selon eux celle d’une « dénonciation scandaleuse (…) avec visées financières » d’indemnisation.

Plaidant après eux, Me Natacha Romano avait demandé « le rejet total » du non-lieu et réclamé que l’enquête se poursuive avec un nouveau procureur.

Ces démarches, ainsi que plusieurs recours procéduraux successifs, ont fait monter le ton entre les avocats argentins, avec des menaces croisées de plaintes ultérieures, de demandes de dommages et intérêts.

Retour en France et reprise de la compétition

Oscar Jegou et Hugo Auradou, pour leur part, ont repris en France le rugby professionnel : depuis octobre pour Auradou, avec Pau ; en novembre pour Jegou, avec La Rochelle. Ils étaient revenus en France au début de septembre, après l’aval de la justice argentine, qui estimait alors que « l’accusation initiale [avait] perdu de sa force ».

Si la Fédération française de rugby avait rappelé que les deux hommes ne pouvaient pas être convoqués en équipe de France tant qu’ils étaient mis en examen, ils ont fait leur retour au sein du XV de France à l’occasion du Tournoi des Six Nations.

Le deuxième ligne et le troisième ligne ont été remplaçants lors de la victoire contre le pays de Galles (43-0) fin janvier et lors de la défaite (26-25) en Angleterre il y a dix jours.

Voici un tableau récapitulatif des principaux acteurs et de leurs rôles dans cette affaire :

Acteur Rôle
Hugo Auradou Rugbyman accusé
Oscar Jegou Rugbyman accusé
Natacha Romano Avocate de la plaignante
Antoine Vey Avocat des joueurs
Eleonora Arenas Juge en charge de l'affaire à Mendoza

Rejet de l'appel et perspectives

On a appris ce mardi que dans l’affaire de Mendoza, le recours de la plaignante avait aujourd’hui été rejeté par la chambre d’appel de Mendoza. La cour d’appel de Mendoza a rejeté, mardi, l’appel de la plaignante, qui accuse les deux rugbymen de l’avoir violée cet été lors de la tournée d’été du XV de France en Amérique du Sud, contre le non-lieu prononcé en décembre par la juge Eleonora Arenas.

« J’espère que c’est maintenant définitivement l’épilogue de cette phase judiciaire, souligne auprès du Parisien-Aujourd’hui en France, Me Antoine Vey, avocat des deux joueurs. Cette décision a confirmé qu’ils étaient innocents. Ce n’est pas une décision au bénéfice du doute, elle est motivée. Les joueurs bénéficient d’un non-lieu définitif, ils ne peuvent plus être poursuivis par la justice argentine. »

Dans leur résolution de neuf pages à laquelle nous avons eu accès, les trois juges arrivent à la conclusion que « devant le manque d’éléments permettant de maintenir une mise en examen sérieuse (d’Auradou et Jegou), il convient de confirmer le non-lieu prononcé en première instance ».

Les magistrats considèrent même qu’il s’agit de « la seule solution possible au regard des preuves réunies » au cours de l’instruction et soulignent les « inconsistances (de la plaignante) dans ses diverses déclarations » à la justice.

« S’il est évident que la plaignante a traversé, depuis son dépôt de plainte jusqu’à aujourd’hui, diverses situations ayant affecté sa santé physique et mentale, il n’est pas possible d’attribuer la responsabilité de ces souffrances aux accusés », soulignent les trois juges, qui se sont prononcés à l’unanimité en faveur du non-lieu.

Il reste encore des voies de recours à la plaignante. Celle-ci peut, si elle le souhaite, saisir la Cour suprême de Mendoza puis en dernier recours la Cour suprême nationale ou la Cour interaméricaine des droits de l’homme.

« Ce n’est pas un verdict définitif contrairement à ce que prétend le camp de la défense. L’affaire n’est pas finie. Nous allons désormais porter l’affaire devant la Cour suprême de Mendoza », a confirmé Natacha Romano, l’avocate de la plaignante.

« L’accusatrice peut toujours tenter de saisir la cour panaméricaine, et les réseaux médiatiques, mais en droit, l’affaire est définitivement clôturée. On ne peut pas espérer une décision de justice contraire quand on apporte aucun élément nouveau, cingle Antoine Vey. J’espère qu’ils pourront maintenant retrouver un équilibre personnel et que leur image ne sera plus troublée. Qu’on arrête d’agiter cette affaire comme si c’était la marque d’un déshonneur. »

Fabien Galthié et son staff ont donc décidé de rappeler Oscar Jegou et Hugo Auradou, malgré la polémique.

Quatorze mois après l'affaire qui a lourdement secoué le rugby, le flanker du XV de France Oscar Jegou a évoqué pour la première fois publiquement l'affaire de Mendoza.

Selon une étude Odoxa réalisée pour Winamax et RTL, 65% des Français estiment qu'il faut tourner la page sur l'affaire Jegou-Auradou.

Affaire Jegou-Auradou : les poursuites pour viol contre les 2 rugbymen abandonnées|TF1 INFO

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