Le Sénégal, pays vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations en février 2022, continue de développer son infrastructure footballistique. Plusieurs initiatives récentes témoignent de cet engagement, allant de la création de nouvelles académies à l'expansion de programmes existants.

L'United Académie de Moussa Sissoko
Pour rendre ce que le football lui a donné, Moussa Sissoko a ouvert un centre de formation de football au Sénégal, la United Académie. Pour être accompagné dans cette opération, il a choisi la start-up nantaise, 4theSTART, fondé par Laurent Chébaut, entrepreneur nantais multi casquettes, dirigeant notamment du Club Nec, une start-up de la finance.
"Grâce à mes années dans le football professionnel, j’ai pu constater l’importance d’un accompagnement adapté pour les jeunes joueurs. United Académie est une chance pour ces jeunes de développer leur potentiel, que ce soit sur un terrain de football ou dans leur parcours de vie. Je suis extrêmement reconnaissant envers mes amis et collègues sportifs qui ont répondu présents pour soutenir cette cause. Cette levée de fonds permettra à l’United Académie de se développer, mais lui offrira aussi une visibilité importante.
L’ambition du projet est de lever entre 100 000 et un million d'euros. Cette somme pourrait être une cible atteignable, tant les récompenses sont uniques. Pour cela, la start-up 4theSTART a imaginé un dispositif innovant. Dès le 24 mars, un peu à la manière d’une tombola, chaque participant peut en effet acheter un ou plusieurs tickets à partir de 10 euros sur la plateforme de financement participatif Ulule.
Kylian Mbappé, Erling Haaland, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Ousmane Dembélé, Zinédine Zidane, Wendie Renard, mais aussi d’autres stars du sport, dont les basketteurs Steve Nash, Stephen Curry et Victor Wembanyama. Quant à Teddy Riner, il a donné un kimono.
"Chez 4theSTART, nous avons à cœur d’accompagner les porteurs de projets ambitieux ayant un véritable impact social et économique, souligne Laurent Chébaut, à la tête d'une équipe d'une petite dizaine de collaborateurs. L’initiative de Moussa Sissoko est un parfait exemple de la manière dont le sport peut fédérer des talents et mettre en avant des valeurs de solidarité. Les sportifs de haut niveau sont fortement sollicités, mais ils ont su répondre présent pour soutenir ce projet original et porteur de sens.
"Nous avons traduit notre communication en huit langues, précise Laurent Chébaut. Cette levée de fonds a une dimension internationale inédite, qui concerne en particulier les fans des grands championnats.
Académie Génération Foot
L’académie Génération Foot, située dans le village de Déni Biram Ndao, à 40 kilomètres au nord de Dakar, a vu passer les grandes stars de l’équipe nationale : Sadio Mané, Habib Diallo, Pape Matar Sarr ou Ismaïla Sarr, l’auteur du but décisif contre l’Equateur, qui a envoyé le Sénégal en huitièmes de finale du Mondial au Qatar. Les Lions de la Teranga, vainqueurs de la Coupe d’Afrique des nations en février, joueront contre l’Angleterre le dimanche 4 décembre.
Partout dans les locaux de l’académie créée en 2000 sont affichés les portraits de ces grands footballeurs qui font rêver les 117 jeunes actuellement en formation. A l’origine du projet, Mady Touré qui a voulu créer un centre « pour fournir de grands footballeurs au Sénégal ». Pari réussi : avec dix-huit joueurs sélectionnés en équipe nationale, le président de Génération Foot, à la fois centre de formation et club professionnel, se targue d’être l’un des « pourvoyeurs du football sénégalais ».
Les grands joueurs de l’équipe nationale comme Sadio Mané ou Ismaïla Sarr sont passés par cette formation avant de continuer leur carrière en Europe.
Partenariat avec les clubs de Nancy et de Metz Après plus de vingt ans de travail, le club professionnel évolue maintenant en ligue 1 du championnat sénégalais et le centre de formation s’étend sur dix-huit hectares, avec deux grands terrains de foot, un troisième synthétique en construction, un internat et un lycée. Ici, les joueurs sont pris en charge gratuitement.
Pour financer ce projet, Mady Touré a dès le début compté sur un partenariat, d’abord noué avec le club de Nancy puis avec le FC Metz, qui l’accompagne encore aujourd’hui. « Puisque la FIFA a instauré une réglementation qui interdit les transferts de mineurs, j’ai pensé qu’il fallait un centre au Sénégal où les joueurs font leur préformation. Puis les plus talentueux continuent leur carrière au FC Metz quand ils ont plus de 18 ans », explique M. Touré.
Le club français, lui, fait son choix en fonction de ses besoins. Le partenariat est « gagnant-gagnant » selon l’homme d’affaires : d’un côté, l’académie sénégalaise bénéficie des financements messins pour offrir une formation dans de bonnes conditions. Et, de l’autre, le club français récupère chaque année deux à quatre joueurs, dont beaucoup ont ensuite été « bien vendus ».
Certains ont même été transférés très rapidement après leur arrivée au FC Metz, comme Ismaïla Sarr qui est parti à Rennes au bout d’un an pour 17 millions d’euros.
Tous les joueurs, ici, ne rêvent que d’Europe Recruté à Génération Foot en 2016, Abdoulaye Fall Beye, aujourd’hui 20 ans, rêve de reproduire le parcours de ses modèles. « J’espère décrocher un contrat en Europe pour être bien payé et bénéficier de meilleures structures », explique le défenseur axial de l’équipe professionnelle, qui travaille dur. Tous les jours, il fait une à deux séances d’entraînement, sans compter la musculation, la préparation physique et l’analyse vidéo des équipes adverses.
Le jeune joueur reste tout de même réaliste sur les difficultés à faire carrière. « La sélection pour le FC Metz est corsée. Je suis ouvert à aller dans d’autres clubs, mais pas au Sénégal », continue-t-il. Car tous les joueurs, ici, ne rêvent que d’Europe.
« Je veux aller là-bas pour progresser, gagner en compétences et en performances afin d’intégrer l’équipe nationale de Guinée et gagner la Coupe d’Afrique des nations », vise Mohamed Camara, milieu de terrain guinéen de l’équipe professionnelle, recruté par Génération Foot en octobre. « Je joue aussi pour ma famille qui n’a pas beaucoup de moyens », témoigne le jeune homme, qui est payé 75 000 francs CFA (quelque 115 euros) par mois, sans compter les primes de matchs.
Mady Touré s’est résigné à cette fuite des talents africains vers l’Europe. « Nous avons envoyé des joueurs jusqu’en Chine, au Maroc ou en Guinée. Si la porte est ouverte à tous, nous avons une préférence pour le marché européen, concède l’homme d’affaires. Nous n’avons pas les moyens de payer suffisamment les joueurs de qualité pour les garder au Sénégal », se justifie M. Touré, qui appelle les autorités à subventionner les clubs pour maintenir les footballeurs prometteurs au pays.
Un rythme de travail intense Pour donner un maximum de chances à ses jeunes, l’académie a adopté un programme afin que les joueurs montent en compétences. « Ils doivent gagner en vitesse et avoir des qualités techniques car le football est devenu très rapide », explique Bassouaré Diaby, directeur du centre de formation depuis trois ans. Un autre aspect touche aussi au mental, afin de s’assurer que les footballeurs pourront « jouer sous pression et ne jamais lâcher quand c’est dur ».
Fadilou Mbaye a donc très vite compris que le rythme de travail serait intense. « Je cours vite et je suis très technique, mais je dois travailler le physique car je ne suis pas très costaud. Je m’entraîne alors dans la salle de musculation avant d’aller sur le terrain », explique le jeune garçon, qui est en parallèle en classe de troisième et prépare le brevet de fin d’études moyennes.
Car moins de 5 % des jeunes de l’académie vont réussir à construire une véritable carrière professionnelle selon Mady Touré. « Nous insistons sur les études afin qu’ils soient diplômés et instruits », explique-t-il. Dans le lycée, soixante-sept élèves suivent les cours de la sixième à la terminale, avec un taux de réussite de 100 % au baccalauréat en 2021. « Nous proposons aussi des formations professionnelles dans la communication par exemple, pour leur offrir des débouchés », continue Mady Touré.
Le défenseur Abdoulaye Fall Beye, lui, s’est lancé dans des études de commerce international en ligne : « J’ai eu mon bac ici et je voulais continuer mes études car il n’y a pas que le foot, qui est un métier très concurrentiel et aléatoire. »
Académie de Football | Lac Rose | Sénégal
La Paris Saint-Germain Academy au Sénégal
Le PSG s’exporte à nouveau sur le sol africain. Après le Maroc, une antenne pour jeunes footballeurs va s’installer à partir de l’été prochain à une heure de Dakar, sur les installations modernes du complexe Bruno Metsu. Avec comme parrain de renom, un certain Blaise Matuidi, passé par la capitale de 2011 à 2017.
Selon le communiqué du PSG, le centre « proposera dans un premier temps des programmes à l’année pour des joueurs de différents niveaux de U7 à U19 (NDLR : 6-18 ans). Dans un second temps, un programme Elite en pension complète alliant entraînements intensifs et cours scolaires rassemblera 50 joueurs en provenance de toute l’Afrique. » Les premières détections doivent avoir lieu le dernier week-end de mai tandis que le programme annuel sera lancé au mois d’août.
Une nouvelle étape dans la stratégie de développement Ravy Truchot, PDG de la société Paris Football LLC et fondateur du projet, a tenu à remercier Viviane et Hervé Renard, les responsables du complexe flambant neuf. Viviane avait été à l’initiative de sa construction après la mort en 2013 de son premier mari Bruno Metsu, une icône au Sénégal après son parcours historique en tant que sélectionneur lors du Mondial 2002. Les Lions de la Teranga avaient alors atteint les quarts de finale. Le centre possède un terrain synthétique offert par la Fédération marocaine de football.
La Paris Saint-Germain Academy a déjà attiré plus 20 000 jeunes footballeurs en Amérique du Nord et du Sud, en Asie, en Afrique, et dans divers pays européens dont la France, l’Allemagne, le Portugal, le Royaume-Uni et la Russie. Le club y transmet son ADN et recrute (peut-être) les joueurs et (à coup sûr) les supporteurs de demain.
« C’est le développement souhaité par le président Nasser Al-Khelaïfi dès son arrivée à Paris en 2011, confiait en 2018 au Parisien Fabien Allègre, directeur du développement de la marque et du merchandising. À la base, c’était un moyen pour nous de déployer la marque, de conquérir ou reconquérir une certaine base de fans. L‘international est la véritable vitrine du club et de son développement.

Autres Initiatives Locales
Outre les académies de renom, plusieurs clubs locaux contribuent également au développement du football sénégalais :
- AS Dakar Sacré-Cœur: Un club qui forme des jeunes talents et les prépare pour des carrières professionnelles. Idrissa Camara, joueur formé à Dakar Sacré-Coeur, s’est officiellement engagé pour deux saisons (+ une en option) avec le Dijon FCO en provenance du club turc d’Ümraniyespor.
- Complexe DSC: Lieu d'événements sportifs et communautaires, comme la Rencontre des Challengers Leaders Entrepreneurs.
Ces initiatives montrent l'engagement continu du Sénégal envers le développement du football à tous les niveaux.