Ulysse « Junior » Bridgeman, ancien joueur de NBA, est décédé le 11 mars à l’âge de 71 ans, des suites d’une crise cardiaque lors d’un événement public. Son parcours est celui d'un athlète qui a su transformer son succès sportif en un empire commercial, devenant une figure emblématique de la réussite afro-américaine.

Une Carrière NBA Remarquable
Arrière-ailier, Junior Bridgeman a été drafté par les Lakers de Los Angeles il y a 50 ans avant d’être envoyé le jour même dans le Wisconsin. Les Lakers ont échangé ce joueur de 21 ans né dans l’Indiana contre un certain Kareem Abdul-Jabbar. Ce ne fut pas une mauvaise opération pour les Californiens. Il fut un ancien très bon joueur de NBA entre 1975 et 1987. Son nom n’a pourtant pas franchi l’Atlantique.
Il a passé la majeure partie de sa carrière avec les Bucks de Milwaukee, jouant à une époque où la NBA était encore un ovni pour la France. Il reste de ce côté-ci un joueur inconnu. Son fait de gloire est quand même de détenir, encore aujourd’hui, le record du nombre de matchs joués pour les Bucks : 711.
Sixième homme reconnu, recordman (en son temps) du nombre de matchs disputés avec la franchise du Wisconsin (711), Bridgeman avait d'ailleurs vu son numéro 2 y être retiré en 1988. Junior Bridgeman fut un bon 6e homme au palmarès toutefois épais comme une feuille de cigarette. Il est tombé à son époque dans une franchise qui ne rivalisait pas avec les meilleures.
Un Redoutable Homme d'Affaires
À l’apogée de sa carrière, Bridgeman n’a jamais gagné plus de 350 000 dollars par saison pour un total d’un peu plus de 3 millions et l’équivalent en euros au total. Seulement, l’ancien passeur fut un redoutable homme d’affaires qui a pris des cours de management et de finances entre deux entraînements. Il a toujours eu l’esprit d’entreprise.
C’est après avoir rangé le ballon qu’il a construit une fortune colossale. L’ancien basketteur possédait plusieurs chaînes de restauration rapide. Aux États-Unis, il a régné sur un empire de 500 franchisés sous les bannières de Wendy’s, Chili’s ou Pizza Hut. Il a tout vendu en 2016 pour un montant de 250 millions de dollars avec une idée derrière la tête : il a racheté une entreprise d’embouteillage des bouteilles de Coca-Cola.
Un an plus tard, plus aucune bouteille de Coca sur une grande partie du territoire américain ne pouvait sortir sans passer par lui. En huit ans, depuis sa fondation, la Heartland Coca-Cola Bottling Company est passée d’un chiffre d’affaires de quelques centaines de millions de dollars à plus d’un milliard, assurant ainsi sa fortune. En 2020, l’ancien basketteur est également devenu propriétaire du magazine Ebony, une référence pour la communauté afro-américaine, et d’un jet pour un montant de 14 millions de dollars.
La fin d'une carrière, le début d'un empire. Car si, selon ESPN, Junior Bridgeman avait amassé 2,95 millions de dollars (2,70 millions d'euros) en carrière, ce dernier les a ensuite bien fait fructifier... Devenu patron de plus de 450 fast-foods sur le territoire américain, l'ex-basketteur a tout revendu en 2016 pour 250 millions de dollars, en partie réinvestis dans un projet qui l'a propulsé sur une autre planète: une entreprise d'embouteillage et de distribution de Coca-Cola.
Grâce un quasi-monopole sur trois États américains dans ce secteur, et un triplement du chiffre d'affaires en huit ans, Junior Bridgeman avait ainsi vu sa fortune grimper, selon les estimations de Forbes en février, à... 1,4 milliard de dollars, soit 1,28 milliard d'euros. Faisant de lui, aux yeux du grand public, l'un des quatre seuls basketteurs milliardaires de l'histoire, avec Michael Jordan (le seul plus riche que lui), LeBron James et Magic Johnson.
Décès de Junior Bridgeman : De Star NBA à Milliardaire Inspirant
Un Modèle de Réussite
En septembre dernier, il était devenu actionnaire minoritaire des Bucks, « sa » franchise. « Je suis dévasté d’apprendre la mort soudaine de Junior Bridgeman. Junior était l’entrepreneur ultime, qui s’est appuyé sur l’impact de sa carrière NBA de douze ans pour devenir un chef d’entreprise très respecté et prospère. Le profil de Junior Bridgeman était très atypique, un immense modèle américain de réussite par le sport (et pas que).
« Il n’a pas perdu son temps à ne penser qu’au basketball. Il a toujours eu l’esprit d’entreprise. Il est évident qu’il aimait le jeu. Mais il a ensuite utilisé toutes les ressources, tous les débouchés, toutes les connexions à son avantage et il s’est construit un portefeuille incroyable », a assuré LeBron James un jour à Forbes.
Au moment de son décès, le magazine Forbes évalue sa fortune personnelle à 1,4 milliard de dollars (environ 1,28 milliard d’euros), soit plus que celles de Magic (1,2) et de LeBron (1,2). Jordan, avec ses 3 milliards sur son compte en banque grâce à sa marque Jordan Brand, reste bien au-dessus.

L'ancien basketteur américain, méconnu de ce côté de l'Atlantique, avait réussi l'exploit, selon les classements des médias spécialisés, de devenir le deuxième joueur le plus riche de l'histoire, derrière Michael Jordan. Né en 1953, Junior Bridgeman n’a jamais été une superstar NBA. À l’époque où le natif de East Chicago joue, la NBA ne ressemble pas du tout à celle que nous voyons aujourd’hui. La médiatisation est encore embryonnaire et les contrats ne sont pas aussi lucratifs.
Lors de sa saison la mieux rémunérée (en 86 avec les Clippers), l’ailier gagne 350 000 dollars (inflation calculée, cela représente 750 000 dollars d’aujourd’hui). Bien sûr, Bridgeman sait qu’après sa retraite, il jouira d’un bon petit pécule mais c’est loin d’être suffisant pour pouvoir se reposer ses lauriers. Il décide donc de retrousser ses manches alors même que sa carrière n’est pas terminée.
En 1987, année de sa retraite, le joueur en déjà acquis deux autres. Puis rapidement, le chiffre monte et Junior Bridgeman créée sa société Bridgeman Foods Inc, lui permettant une expansion plus massive. Selon CelebrityNetWorth, Junior Bridgeman est désormais assis sur une fortune de 400 millions de dollars. Il possède 270 restaurants aux États-Unis, générant plus de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Son compte en banque est 20 fois plus rempli que celui de Kareem Abdul-Jabbar.
Parmi ses admirateurs, l’homme d’affaires compte notamment Chauncey Billups, lequel a récemment investi quelques billes dans la compagnie. Désormais au conseil d’administration du PGA, la ligue de golf, l’ex-Buck est un homme comblé, dont la trajectoire tranche avec certains anciens joueurs.
Hommages et Héritage
Adam Silver, le grand patron de la NBA, est "dévasté" : "Il a servi de mentor à des générations de joueurs NBA et d'athlètes d'autres sports, qui voulaient profiter de ses conseils pour réussir dans le monde des affaires." Doc Rivers, le coach de l'équipe désormais menée par ses leaders Giannis Antetokounmpo ou Damian Lillard, lui a rendu un vibrant hommage en marge du match chez les Indiana Pacers (115-114) dans la nuit de mardi à mercredi : "C'est une dure journée.
Pensez à l'évolution du gamin qui rêvait juste d'être un joueur NBA et qui est devenu propriétaire de franchise... Quand je réfléchis à ma carrière, j'ai gagné des titres en tant que coach et tout ça, mais ce qu'on veut vraiment, c'est rester comme lui. Il est le modèle exact que la NBA devrait utiliser pour parler aux jeunes. Je ne pouvais pas anticiper qu'il reviendrait à Milwaukee, et quand on a retrouvé cette relation récemment, on parlait notamment de la manière avec laquelle il pourrait guider ces jeunes. C'était notre dernier échange.
"J'ai appris avec tristesse le décès de mon ami Junior Bridgeman", a réagi Magic Johnson sur les réseaux sociaux. "J'ai eu le privilège de jouer contre lui, et je n'oublierai jamais qu'il avait l'un des plus beaux jump shots de la NBA. Mais c'est surtout son caractère, sa gentillesse et son âme douce qui m'ont marqué. Il était l'un des hommes les plus gentils que l'on puisse rencontrer. Ce que les gens ne réalisent pas, c'est que Junior n'a pas fait fortune en tant que joueur, mais qu'il a transformé ce qu'il a gagné en quelque chose d'extraordinaire, devenant un homme d'affaires afro-américain milliardaire dans ce pays."
Pour Doc Rivers, le coach (noir) des Milwaukee Bucks, Junior Bridgeman était ainsi "le modèle exact dont la NBA devrait se servir chaque jour lorsqu'elle s'adresse aux jeunes joueurs". Soucieux de partager sa réussite, l'ancien arrière allait d'ailleurs chaque année sensibiliser les nouveaux arrivants dans la ligue à l'importance d'avoir une éducation financière, pour ne pas finir ruiné, escroqué, et s'émanciper. "Junior était l'entrepreneur par excellence", a réagi de son côté Adam Silver, le patron de la NBA, dans un communiqué.