Musique et Football au Brésil: Une Passion Nationale

Le Brésil a deux passions : la musique et le football. Nombreux sont les compositeurs et chanteurs brésiliens qui ont rendu hommage aux joueurs et aux matchs restés dans la mémoire du pays : Jorge Ben, Caetono Veloso, Choco Buarque...

Jorge Ben Jor, un des artistes brésiliens qui a rendu hommage au football.

Si une nationalité de joueur est particulièrement connotée pour une appartenance à un genre musical particulier, c’est la nationalité brésilienne. L’archétype du joueur brésilien veut que celui-ci soit sensible à un genre musical tout à fait particulier, la samba. Et, c’est vrai, la samba est un genre musical d’une ampleur inégalée au Brésil. Au sein de toutes les classes sociales, dans à peu près toutes les régions du Brésil, mais quand même principalement dans les régions côtières, la samba est un art de vivre.

On retrouve ainsi des « sambodromes » à Rio de Janeiro, à São Paulo (il y en a même deux), à Florianópolis ou bien à Belém. Mais c’est à Salvador, dans l'état de Bahia, cette ville parfois abusivement nommée « Salvador de Bahia » en français, que la Samba prend toute son âme.

Mais cette immigration forcée a créé un melting-pot culturel absolument formidable. Les cultures d’Afrique de l’Ouest se sont mêlées, afin de donner naissance à une culture afro-brésilienne. Dans ce mélange aux formes diverses, la religion afro-brésilienne, le candomblé, est née.

Ce creuset, c’est aussi la naissance de la capoeira, cette danse, cet art martial, cette musique. Et c’est elle, véritablement, qui a influencé le football, avec cet art du corps. Les parades, les sauts, les petits déplacements… tout cela a profondément influencé le football brésilien. C’est aussi dans la capoeira que sont nés les surnoms propres aux joueurs brésiliens. Car les capoeiristas gagnent une certaine notoriété en gagnant un surnom de la part de leurs pairs.

Tout cela, c’est le football « à l’ancienne ». Mais voilà, tout cela s’est un peu envolé, et la musique propre au football brésilien en même temps. Les surnoms des joueurs de football se font de plus en plus rare, et le joga bonito à la brésilienne ne semble plus qu’être une illusion.

Pourquoi ? Parce que la samba, la capoeira et tout cet univers a perdu de son influence dans la culture brésilienne, notamment chez les jeunes. Au profit du funk, né dans les morros - les favelas - de Rio de Janeiro et de São Paulo. Les deux villes se disputent d’ailleurs la paternité du funk, mais il semble quand même que Rio soit un petit peu mieux placé : au Brésil, on n’hésite pas à appeler cela le funk carioca.

Non, le funk s’est fait connaître notamment grâce à deux choses : l’éloge des gangs et du sexe. Et ce sont deux choses qui, présentées d’une manière très particulière, renvoie à un individualisme fondamental. Mais, non content de perdre la mention collective à la chose, on perd également le beau au profit de l’efficace. Les douces harmonies se perdent en bruits métalliques et violents.

Et, logiquement, on arrive à la même chose sur le football brésilien. Petit à petit, l’art du jeu pour rire n’existe plus. La musique brésilienne a changé, et avec elle, le championnat brésilien s’est effondré.

Au Brésil, la musique est omniprésente autour des stades, avec l’élégante bossa nova et la samba permanente au Maracana Rio de Sao Paulo. La vision et l’approche grand public, formate l’ambiance des stades, et pas uniquement au football.

Des hymnes diffusés à fonds en surfant sur les modes du moment de manière assez artificielle, sont repris par les foules encouragés par les speakers (le poooooo po-po-po-po poo poooo Seven Nation Army des White Stripes, repris dans tous les stades comme un gimmick mais tournant un peu à vide, le Go West des Pet Shop Boys et aussi l’horrible We are the champions de Queen).

On le voit à longueur de retransmissions télévisées, en ce moment : le football sans le public et la passion n’est rien. Certes, pendant la pandémie le spectacle sportif continue mais les matchs nous proposent juste un ersatz de ce qu’est le football.

Au-delà du sport en lui-même, qu’on peut aimer ou détester, c’est entendu, un mépris longtemps omniprésent, affichés par les élites intellectuelles française (sport de beauf imbibés, violents, etc…) inhiberait les éventuelles volontés des aficionados. En France est d’ailleurs né le concept de Footix. Ce n’est sans doute pas là non plus un hasard.

Citons cependant Miossec et le stade Brestois avec son touchant Evoluer en 3ème division ou son Stade Brestoa ; le Kraftmen Club qui résonne au Stade de France pour l’En Avant Guingamp. À Marseille, la passion populaire s’avère plus forte. L’OM draine des foules conséquentes.

On y retrouve cette ferveur, cette communion bouillonnante, et toute méditerranéenne équivalente à celle de Naples, Madrid ou d’Amérique du Sud. Et les groupes de rap forcement, venus des quartiers nords de Marseille, clament à travers leurs morceaux leur amour pour l’OM. IAM (Le feu), Soprano, Jul, tous ont vécu les matchs des virages du stade Vélodrome (rebaptisé aujourd’hui, signe des temps, Orange Vélodrome)… Le club vient même de créer un label consacré aux musiques urbaines.

Si l’aura de joueurs hors du commun ont enflammé les imaginations d’artistes et de musiciens par leur talent, leur élégance sur le terrain, leur poésie du driblé ou de la passe, comme Johan Cruyff, Pélé, ou récemment, Zidane pour le groupe écossais Mogwai, seuls des personnalités fantasques ou en marge du système ont vraiment été adoptées par les musiciens pop.

Cantona et Best à Manchester, mais surtout Diego Maradona, icone pop, rock star du foot issue des bidonvilles argentins et défenseur du peuple et des pauvres, engagé politiquement. Manu Chao, Emir Kusturica, notamment, ont chanté ses louanges, ont lancé des incantations au Dieu du foot, mais des dizaines d’autres ont chanté Maradona. Et avec qui il se trouva des atomes crochus chez les ennemis anglais ?

Le 31 mars 1983 est une date clé dans l'histoire du Brésil. À l'extrême est du pays, dans la ville portuaire d'Abreu e Lima (située dans l'État du Pernambouc), a lieu la première manifestation du mouvement «Diretas Já» réclamant des élections libres (le nom du mouvement signifie «des élections directes maintenant» en portugais). Cet élan populaire, massif, aura la particularité de mobiliser un grand nombre de personnalités artistiques, politiques, religieuses et également sportives.

Aux avant-postes, il y a déjà un futur président de la République (entre 2003 et 2011 et depuis 2023), Lula, le futur président de la Chambre des députés (entre 1985 et 1989), Ulysses Guimarães, mais également des sportifs comme le footballeur Sócrates ou des musiciens, tels que Caetano Veloso, Chico Buarque ou Alceu Valença.

Sócrates demeure très certainement le personnage le plus fameux, hors politique, de «Diretas Já». Capitaine de la sélection brésilienne, adepte d'un jeu porté sur l'offensive et le collectif, il est également le joueur emblématique des Corinthians, l'un des clubs phares de São Paulo, qui vit pourtant des heures difficiles au début des années 1980.

Ses joueurs, emmenés par Sócrates, Wladimir et Walter Casagrande Júnior, décident d'un nouveau fonctionnement basé sur l'autogestion, sur un pouvoir réparti entre les différents acteurs de la structure et qui concerne aussi bien la tactique sur le terrain que la vie en dehors des stades. Chaque décision importante est désormais soumise à un vote, que ce soit le choix du coach, les horaires des entraînements, leurs aménagements, le transport des joueurs, les mises au vert, etc.

Dès 1982, les footballeurs et désormais acteurs politiques diffusent des messages incitant la population à aller voter lors des élections du gouverneur de São Paulo en novembre. En parallèle, le mouvement «Diretas Já» prend forme à des centaines de kilomètres de là, à Abreu e Lima, et gagne en ampleur dans tout le pays. Naturellement, Sócrates et ses coéquipiers se mêlent aux contestataires.

Pour comprendre l'investissement des musiciens brésiliens dans cette grande réclamation d'élections libres, il faut remonter à la fin des années 1960, aux premières années de la dictature militaire (1964-1985). S'y joignent notamment Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Jorge Ben, Tom Zé, le groupe Os Mutantes emmené par la chanteuse Rita Lee, ou encore Gal Costa.

Caetano Veloso et Gilberto Gil, entre autres, seront même emprisonnés quelques mois. Quinze ans plus tard, alors que «Diretas Já» grandit, ces icônes passées, mais encore très actuelles, rejoignent cette continuité politique qu'ils avaient participé à initier.

Le 21 janvier 1984, l'un des plus grands rassemblements liés à «Diretas Já» a lieu dans la ville de Salvador de Bahia (sur la côte centre-est du Brésil). Durant les nombreuses manifestations et prises de parole, plusieurs personnalités plus singulières, moins connues en nos contrées, donnent de la voix.

Xuxa, par exemple, est une jeune mannequin devenue présentatrice à la télévision locale de Rio de Janeiro, qui deviendra plus tard une célébrité versatile. Il y a également le chanteur Djavan, l'un des plus populaires du pays, qui collaborera avec Stevie Wonder, Carmen McRae ou Al Jarreau dans une carrière ponctuée par un magnifique album, Lilás, paru en 1984.

Le 10 avril 1984, la plus grande ville du pays, São Paulo, est le théâtre d'une manifestation monstre réunissant près d'un million de personnes. Quelques jours plus tard, soumis à des pressions et des arrangements, le Congrès brésilien rejette l'amendement, provoquant en partie le départ de Sócrates en Italie, dans le club de la Fiorentina.

Un échec cuisant pour «Diretas Já». L'anthropologue brésilien Roberto Da Matta a dit: «Le plus grand professeur de démocratie que le Brésil n'ait jamais eu, c'est le football.» Il aurait pu, peut-être, ajouter la musique, tant les fers de lance de la MPB (música popular brasileira), la musique populaire brésilienne, ont eu des répercussions sur la culture contestataire et permis le rayonnement de «Diretas Já».

Le football brésilien, lui, est désormais bien éloigné de l'idéal de Sócrates. De nombreux grands joueurs ont récemment et ouvertement apporté leur soutien à Jair Bolsonaro, président du pays entre 2019 et 2023, candidat malheureux à sa réélection, nostalgique de la junte militaire défaite en 1985.

Quelques Chansons Brésiliennes Célèbres :

  1. "Taj Mahal" de Jorge Ben: Date de 1969, et a même influencé Rod Stewart pour son tube "Do Ya Think I'm Sexy ?".
  2. "Essa Moça Tá Diferente" de Chico Buarque: Chico Buarque est né le 19 juin 1944 à Rio de Jainero. D'abord poète puis étudiant en architecture, il est très engagé en politique et souvent censuré pour ses textes. Son style est fondu dans la plus douce des bossa nova.
  3. "The Girl from Ipanema" de Astrud Gilberto: Pour se reposer entre les matches, l'hymne lumineux de Bossa Nova The Girl From Ipanema (Garota de Ipanema). Il date de 1963.

Football et musique... Le mélange des genres est souvent pénible. Youri Djorkaeff, Emmanuel Petit, Franz Beckenbauer ou plus récemment Jesé - l'erreur de casting du PSG - s'y sont emmêles les pinceaux. A l'heure du Mondial 2018, c'est au défenseur convalescent du PSG Dani Alves, grand absent de la Seleçao, de pousser la chansonnette.

Le latéral a publié vendredi le clip « Suave » (traduire : lisse), un son entre reggaeton et pop latino dont il est l'interprète principal aux côtés de Pinto « Wahin » - l'ancien gardien du FC Barcelone avec qui il a joué - et Thiago Matheus. Déhanchés en boîte de nuit, regard de crooner, lunette de soleil au bord d'une piscine remplie de femmes en bikini... Même si l'ensemble ne devrait pas marquer l'histoire de la musique, on dirait que Dani Alves a fait ça toute sa vie.

Succès très relatif en revanche sur le net. Seulement 170 000 personnes ont visionné ce clip en 48 heures. Parmi eux, sans doute les 23 joueurs brésiliens, qui lancent leur Coupe du monde dimanche soir face à la Suisse.

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

La capoeira - émanation de l'identité culturelle brésilienne

tags: #musique #brazil #football