L'année 1991 reste gravée dans l'histoire de l'Olympique de Marseille, oscillant entre espoir et tristesse. Si elle est synonyme de désillusion avec la finale de Coupe d'Europe des clubs champions perdue à Bari contre l'Étoile Rouge de Belgrade, elle évoque également des moments de passion intense, notamment un quart de finale retour inoubliable face à l'AC Milan.
𝗖𝗵𝗿𝗶𝘀 𝗪𝗮𝗱𝗱𝗹𝗲 🇬🇧 | 𝗟𝗲 𝗽𝘂𝗿 𝗴𝗮𝘂𝗰𝗵𝗲𝗿
Un Quart de Finale Héroïque Contre l'AC Milan
Avant de se hisser en finale, l'Olympique de Marseille a dû surmonter un défi de taille : l'AC Milan, double champion d'Europe en titre. Après avoir éliminé facilement le Dinamo Tirana et le Lech Poznan, les Marseillais héritent du gros lot en quarts de finale de la C1 : ils se retrouvent face à l’AC Milan, double tenant du titre.
Le match aller, à San Siro, est très encourageant pour l’OM, qui revient avec un match nul (1-1, ouverture du score de Ruud Gullit, égalisation de Jean-Pierre Papin). Pour le match retour, le 20 mars 1991 dans la cité phocéenne, Marseille répond au défi des Milanais.
Le match retour, disputé dans un stade Vélodrome en fusion, restera dans les annales. Au terme d'un match retour de folie, marqué par un Chris Waddle magique et une panne de courant, le bluff des Milanais a failli éliminer les Phocéens. Le match est rude. Les Rossoneri doivent marquer à tout prix et Carlo Ancelotti, Frank Rijkaard, Franco Baresi & cie mènent la vie dure aux hommes de Raymond Goethals.
Chris Waddle n’est pas épargné. L’Anglais est intenable et reçoit beaucoup de coups. Il finit par tomber KO sur un énième coup de coude de Paolo Maldini. Le n°8 se relève sans avoir retrouvé tous ses esprits. Et c’est tant mieux. Car à la 72e minute, le Marseillais, dans un état second, va faire chavirer le Vélodrome.
Abedi Pelé centre pour Jean-Pierre Papin, qui dévie de la tête vers Chris Waddle, dans le coin droit de la surface. Et là, sans contrôle, l’Anglais reprend de volée… du droit. Oui, du droit, lui le spécialiste gaucher! "Normalement, s’il est dans son état normal, jamais Waddle ne fait ça", rigole Bernard Tapie, interrogé par Canal+. Le tir de l’Olympien termine sa course dans le petit filet de Sebastiano Rossi. Marseille mène 1-0 à un quart d’heure de la fin du match.
L’AC Milan est au bord de l’asphyxie et de l'élimination. Il ne reste que quelques minutes et la rencontre bascule dans la folie. 88e: l’OM contre-attaque à quatre contre trois et Chris Waddle élimine tous les Milanais, y compris Rossi, avant de perdre l’équilibre et de rater le cadre. C'eut été un nouveau but de folie pour l'Anglais. Et juste après… la luminosité baisse drastiquement sur la pelouse. Deux projecteurs viennent de tomber en panne.
La tension monte. Les dirigeants italiens sont furieux et demandent à leurs joueurs de quitter le terrain. "Tout le monde a été surpris par la réaction des Milanais", confiera plus tard Bo Karlsson, l’arbitre suédois du match, à L’Equipe. Tout le monde, sauf Bernard Tapie peut-être, qui n’a pas oublié qu’en 1988, une histoire similaire a permis à l’AC Milan de se sortir d’un mauvais pas.
Retour à Marseille, trois ans plus tard: les Milanais, éliminés à 1-0 et avec seulement quelques instants à jouer encore, font tout pour que le match ne reprenne pas après la panne de courant. Le précédent de Belgrade plane. Car si ce problème n’est pas réglé, l’OM risque la défaite. Le technicien s’affaire et ramène la lumière. Ce n’est pas parfait, mais ça suffit pour Bo Karlsson: "Comme le pylône défaillant avait retrouvé la moitié de son intensité, j'ai estimé qu'avec trois projecteurs et demi, la visibilité était suffisante pour les trois minutes qui restaient."
Le sifflet suédois décide de la reprise du match. Mais les Milanais refusent de revenir. Ils restent à l’entrée des vestiaires, conformément aux ordres de leurs dirigeants. L'arbitre va déposer le ballon à leurs six mètres, car rappelons-le, Waddle a manqué le cadre avant la panne. Bo Karlsson ordonne aux Rossoneri de revenir; nouveau refus. L'Anglais a marqué d'une volée superbe, mais il a aussi pris très cher. Durant l'après-match, Waddle est pris de maux de tête et de vomissements. Il finira la nuit aux urgences et ne rejouera que deux semaines plus tard.
La suite du match coûtera cher à l’AC Milan. Finalement, l’OM est déclaré vainqueur sur tapis vert 3-0. Et pour leur attitude, la sanction tombe pour les Milanais: ils sont tout bonnement exclus de la prochaine édition de la C1. "J'ai été étonné que les dirigeants d'un club comme l'AC Milan, le plus grand club du monde à l'époque, s'engouffrent là-dedans. Daniele Massaro (ancien attaquant milanais, ndlr) m'a dit qu'ils n'étaient pas très fiers de cette histoire. Ils n'ont pas été grands seigneurs", confie Eric Di Meco...
Les Rossoneri ne reviendront qu’en 1992-1993, pour s’incliner en finale contre… l’Olympique de Marseille.

La Finale de Bari : Une Désillusion Cruelle
En finale, l'OM affronte l'Étoile Rouge de Belgrade. Après un match nul et vierge, la séance de tirs au but tourne à l'avantage des Yougoslaves (0-0, 5 t.a.b. à 3). La désillusion est immense, et les images de Basile Boli en larmes restent gravées dans les mémoires. Regrets éternels pour cette équipe de Marseille qui a su se faire aimer de tout un pays et n’a jamais ou presque failli à sa tâche ainsi qu’à son rôle d’ambassadeur itinérant du foot français.
Le 30 mai 1991, au lendemain du match, la désillusion est forcément immense. Au moins proportionnelle à la hauteur des espérances. Un coquin de sort, sous la forme perfide d’une séance de tirs au but favorable à l’Étoile rouge de Belgrade (0-0, 5 t.a.b. à 3), avive les remords après avoir fait pleurer nos déceptions.
« Merci quand même » titre sobrement en Une notre journal avec la photo explicite de Papin assis sur la pelouse levant les bras en signe ostensible de dépit. Le futur Ballon d'or Jean-Pierre Papin. En pages 2, 3, 4 et 5, les titres résument le sentiment d‘abattement général : « La fin d’un rêve », « La malédiction s’acharne sur la France », « On a perdu », « Ah, Bonne Mère ! Tu nous as abandonnés », « Marseille n’ira pas au paradis ».
Dans un édito plein de compassion, Gérard Ejnès explique : « Ils ont perdu et nous nous sentons quand même marseillais, frères de cœur, frères de larmes. » L’image la plus poignante demeure celle de Basile Boli, en pleurs sur la pelouse. D’ordinaire incarnation de la force, le roc est accablé. Dévasté. Inconsolable. « Ça faisait peine à voir. Cette défaite était injuste, elle nous a un peu fendu le cœur, se souvient, encore, Élie Barth. On avait envie de compatir avec les joueurs. En tribune de presse, on s’est dit : l’OM aura-t-il droit à une seconde chance ? »
Dans les rangs phocéens, Pascal Olmeta, le gardien funambule, grande gueule et cœur en or, n’a rien oublié. « J’en ai presque pleuré. Perdre une finale aux tirs au but est encore plus cruel pour un gardien. Même trente-trois ans après, la cicatrice n’est pas refermée, jure-t-il. C’est carrément l’un des plus gros traumatismes de ma carrière. Qu’on le veuille ou non, tous les regards se sont ensuite tournés vers moi. Combien de fois ai-je entendu ensuite : Tu n’en as pas arrêté un seul. Je me sentais ciblé. Quand j’ai regagné mon domicile, je suis resté cloîtré chez moi pendant deux jours. On a tous en tête les larmes de Base (Boli) sur le terrain. Dans le vestiaire, on était abasourdis. »
Le lendemain, la désillusion est grande mais notre journal salue le beau parcours des Phocéens. Le ciel leur était tombé sur la tête. En tribune, Jean-Paul Belmondo, Richard Anconina ou encore Yves Montand sont tout aussi contrits. Incrédules. « Tu en viens à te demander si un deuil familial t’aurait rendu aussi malheureux, embraye Olmeta. On ne comprenait pas pourquoi ça s’était achevé ainsi. Notre erreur était sans doute d’avoir joué le match avant. On avait la conviction de le gagner. Le sentiment d’avoir fait le plus dur en éliminant à la régulière l’AC Milan et rien ne semblait devoir entraver notre marche vers la gloire. Ça n’était pas notre soir. Le football est ainsi fait. Cruel et beau à la fois. Toute la France était derrière nous. Les marques de soutien affluaient de toutes parts. On recevait de très nombreuses lettres d’encouragement. Il y en avait quelques-unes plus négatives, mais elles étaient marginales.

L'Étoile Rouge de Belgrade : Vainqueur Surprise
L'année 1991 a été marquée par le sacre de l'Étoile Rouge de Belgrade en Coupe d'Europe des clubs champions, une compétition qui allait devenir la Ligue des Champions de l'UEFA. Ce fut un moment historique pour le club yougoslave, qui a gravé son nom dans les annales du football européen. L'Étoile Rouge de Belgrade a réalisé un parcours impressionnant pour remporter le titre. Le club a su déjouer les pronostics et vaincre des adversaires redoutables.
De Bari à Munich : Le Chemin vers la Rédemption en 1993
Le 26 mai 1993, l’Olympique de Marseille devenait le premier club français à remporter la Ligue des champions en battant l’AC Milan en finale. Comment cet échec a-t-il permis le succès de 1993 ? Pour les joueurs aussi, les larmes de Bari ont compté dans la préparation de l’acte II de leur conquête européenne.
« Contre Belgrade, on était les favoris, on partait avec une pancarte dans le dos. Là, Milan était la meilleure équipe du monde, cela nous a enlevé un certain poids, confie Bernard Casoni, présent dans le groupe marseillais lors des deux finales. L’approche a donc été différente. » Avec une décontraction assumée.
« Les semaines avant le match, on était tous très détendus, ça n’avait rien à voir avec 1991. Jean-Christophe Thomas n’était pas encore au club lors de la première finale, mais il a vécu de l’intérieur le changement de stratégie opéré par le club. « À Bari, le mot d’ordre était de se préserver, se protéger, d’être très concentré. Ça n’avait pas forcément bien fonctionné, donc on a fait l’inverse », explique l’ancien milieu de terrain. Il se souvient d’une mise au vert particulièrement agitée avant la finale.
« On était dans un endroit un peu perdu dans la campagne. Mais il y avait beaucoup de monde dans l’hôtel, des dirigeants, les kinés, même des journalistes. RÉCIT. « Une partie de foot géante à Munich ! Une légèreté qui a accompagné les joueurs jusqu’au stade Olympique de Munich ce 26 mai 1993. « Dans le vestiaire avant le match, il n’y avait pas de pression, assure Pascal Olmeta, gardien impuissant de la séance de tirs au but à Bari devenu doublure de Fabien Barthez deux ans plus tard. Moi, j’étais là pour mettre l’ambiance. On était là pour gagner, tout le monde était souriant. LIRE AUSSI. ENTRETIEN.
Tableau des Vainqueurs de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (jusqu'en 1992)
| Année | Vainqueur |
|---|---|
| 1956 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1957 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1958 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1959 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1960 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1961 | Benfica Lisbonne (Portugal) |
| 1962 | Benfica Lisbonne (Portugal) |
| 1963 | AC Milan (Italie) |
| 1964 | FC Inter Milan (Italie) |
| 1965 | FC Inter Milan (Italie) |
| 1966 | Real Madrid CF (Espagne) |
| 1967 | Celtic Glasgow FC (Écosse) |
| 1968 | Manchester United FC (Angleterre) |
| 1969 | AC Milan (Italie) |
| 1970 | Feyenoord Rotterdam (Pays-Bas) |
| 1971 | Ajax Amsterdam (Pays-Bas) |
| 1972 | Ajax Amsterdam (Pays-Bas) |
| 1973 | Ajax Amsterdam (Pays-Bas) |
| 1974 | FC Bayern Munich (Allemagne) |
| 1975 | FC Bayern Munich (Allemagne) |
| 1976 | Bayern Munich (Allemagne) |
| 1977 | Liverpool FC (Angleterre) |
| 1978 | Liverpool FC (Angleterre) |
| 1979 | Nottingham Forest FC (Angleterre) |
| 1980 | Nottingham Forest FC (Angleterre) |
| 1981 | Liverpool FC (Angleterre) |
| 1982 | Aston Villa FC (Angleterre) |
| 1983 | Hambourg SV (Allemagne) |
| 1984 | Liverpool FC (Angleterre) |
| 1985 | Juventus Turin FC (Italie) |
| 1986 | FC Steaua Bucarest (Roumanie) |
| 1987 | FC Porto (Portugal) |
| 1988 | PSV Eindhoven (Pays-Bas) |
| 1989 | AC Milan (Italie) |
| 1990 | AC Milan (Italie) |
| 1991 | Étoile Rouge de Belgrade (Yougoslavie) |
| 1992 | FC Barcelone (Espagne) |