Le livre "Histoire populaire du football" de Mickaël Correia offre une perspective unique sur le football, le présentant non seulement comme un sport, mais aussi comme un phénomène profondément enraciné dans l'histoire sociale, politique et économique. Loin des projecteurs de la télévision et des médias traditionnels, Correia explore le football dans toute sa splendeur, révélant une histoire riche et complexe.

Mickaël Correia est journaliste au Monde Diplomatique, à Mediapart, à la Revue dessinée et à la Revue du Crieur, spécialiste des questions climatiques. Il a publié un ouvrage éponyme en 2018 puis cette BD. En publiant un ouvrage éponyme en 2018 puis cette BD, Mikaël Correia sort des questions climatiques qu’il traite au quotidien. C’est plutôt dans son vécu avec la communauté portugaise de Roubaix (Nord) qu’il a puisé son inspiration.
Le livre examine comment le football s'est développé depuis le Moyen Âge, mettant en lumière sa naissance parmi les ouvriers et sa lutte contre l'opposition et le mépris des classes dominantes. Il est toujours utile de revenir à l’origine des choses. Le livre met parfaitement en perspective la naissance du football parmi les ouvriers, contre l’opposition et le mépris des classes dominantes.
Le football comme résistance et vecteur de changement
Le livre explore comment le football a toujours été une poche de résistance libertaire contre les institutions qui cherchaient à utiliser sa popularité. Le livre le dit dans son titre, c’est une histoire « populaire » du football. On pourrait même presque dire « subversive » tant l’auteur s’attache au pouvoir du football en tant que support et vecteur des grands mouvements contestataires. Il est toujours utile de revenir à l’origine des choses.
L'auteur porte un regard panoramique sur cette culture alternative, aux antipodes du foot business. Le football est universel. L’auteur, grâce à une documentation exceptionnelle, remonte le cours du temps et des événements. Il porte un regard panoramique sur cette culture alternative, aux antipodes du foot business.
Bien avant de devenir trop souvent une vitrine du mauvais goût et de comportements douteux, le football fut, et demeure encore, une passion commune qui rassemble et unit autour de causes partagées, de combats ambitieux, d’espoirs et de rêves impossibles qui finalement se réalisent. Le football a toujours été une poche de résistance libertaire contre les institutions qui cherchaient à utiliser sa popularité.
Correia met en évidence le rôle du football en tant que support et vecteur des grands mouvements contestataires. En choisissant de mettre de côté l’importance du résultat, de la performance collective et l’euphorie de la victoire, autant que de la douleur de la défaite, il limite un peu son propos. Si vous aimez le foot à la fois en tant que sport, mais aussi dans sa dimension sociologique, sociétale ou tout simplement historique, vous allez vous régaler.
Football et politique

Exemples historiques et anecdotes révélatrices
Le livre regorge d'exemples historiques et d'anecdotes qui illustrent le rôle du football dans les luttes sociales et politiques. Voici un exemple concret:
Avant le coup d’envoi des rencontres du club de foot brésilien de Fluminense, les fans lancent en l’air de la poudre de riz. Le panache de fumée blanche ainsi formé se veut un hommage à Carlos Alberto. Dans le Brésil du début du 20e siècle, élitiste et raciste, il est le premier joueur métis à évoluer au Fluminense, à une condition : se grimer en joueur blanc, à l’aide de cette fameuse poudre. C’est aussi lui qui inventa le dribble, pour esquiver l’hostilité des autres joueurs blancs et la tendance des arbitres à ne pas dégainer le sifflet en dépit des fautes qu’il subissait.
Cette histoire loin d’être anecdotique fait partie d’un football qui s’est écrit contre les pouvoirs et dominations de toutes natures. Elle est racontée par Mikaël Correia, journaliste à Mediapart, avec Jean-Christophe Deveney et Lelio Bonaccorso, dans leur Histoire du football populaire (La Découverte).
Le football en Palestine : un exemple de lutte identitaire
Un autre exemple frappant est celui du football en Palestine, où le sport est devenu un moyen d'affirmer l'identité nationale et de résister à l'oppression. « Dès 1931, les dirigeants juifs sont majoritaires au sein du conseil d’administration de l’instance footballistique palestinienne. L’hébreu est imposé comme langue officielle, les couleurs israéliennes sont incorporées au logo de la fédération et seul l’hymne britannique (God save the Queen) et celui du mouvement sioniste (Hatikvah) sont interprétés au début des rencontres officielles. A partir de 1934, les clubs arabes n’avaient déjà plus leur mot à dire sur le fonctionnement de la fédération, alors que les Arabes constituaient plus des trois quarts de la population palestinienne ».