L’annonce du décès de l’ancien capitaine de Rouen au mois de mars a été un choc. Au moment même où l’équipe de Rouen venait d’être écartée des demi-finales de la Ligue Synerglace Magnus pour la première fois depuis dix ans et que le tandem formé par le président Thierry Chaix et le manager Guy Fournier a confirmé son départ, c’est une annonce beaucoup plus douloureuse qui a plongé les Dragons de la Seine-Maritime dans une infinie tristesse.
Si l’on devait établir un classement des meilleurs joueurs de hockey étrangers ayant évolué en France, Claude Verret figurerait sans aucun doute parmi les premiers. Ce renfort canadien très talentueux a profondément marqué les esprits lors de son passage en France. Chose rare, les supporters adverses applaudissaient souvent ses actions de jeu spectaculaires pour saluer les prouesses d’un véritable artiste.
Effectivement, l’annonce de la disparition de Claude Verret a suscité un émoi unanime parmi les anciens hockeyeurs français de sa génération qui l’ont côtoyé ou affronté, car ils avaient un grand respect et de l’admiration pour le célèbre numéro 11 des Dragons de Rouen. Ce fut l’occasion pour Claude Verret de continuer à s’illustrer (avant de prendre sa retraite en 2000) au milieu d’un superbe trio de « mercenaires » composé de l’ex-défenseur tricolore Serge Poudrier et de l’attaquant russe Slava Bykov.

Mais avant son départ en Suisse, Claude Verret a donc joué pendant six saisons consécutives à Rouen où son talent éclata au grand jour au point d’être rapidement surnommé « Magic » par ses admirateurs. C’était le début de la grande épopée du club de Rouen dans l’élite du hockey français.
Par ailleurs, Claude Verret remporta à titre individuel le trophée du meilleur compteur de la Ligue Magnus en 1993, mais aussi le trophée du joueur le plus fair-play à quatre reprises (1990, 1991, 1992, 1993) car ce dernier avait un comportement exemplaire. Ce fut un crève-cœur également pour son coéquipier et grand ami Franck Pajonkowski avec qui il continua à entretenir après son départ une fidèle et étroite relation amicale.
Claude Verret confia en 2011 : « Avec mon épouse, nous sommes parrain et marraine de Tom, le fils de Franck et Sylvie, car nos deux amis sont vraiment de très bonnes personnes. L’ancien journaliste-reporter du Paris-Normandie Roger Biot, émerveillé par les prouesses de ce renfort canadien à l’accent québécois de Beauport, me parlait très souvent des performances de Claude Verret lors de nos conversations téléphoniques.
Guy Fournier, le manager général de Rouen, qui a décidé de se retirer après 26 ans de loyaux services, m’avait confié à l’époque dans mon livre : « Claude Verret, c’était le talent pur. Il avait une personnalité discrète mais il était aussi un pince-sans-rire. Ce fut un gars irréprochable et très travailleur. En tant que capitaine, il ne s’est jamais énervé envers les arbitres. De plus, il était toujours à l’heure et très aimable.
Et puis, pendant les matchs, il nous donnait souvent des « caviars ». Lorsqu’il avait le palet, il arrivait à le faire passer comme par magie entre les crosses et les poteaux. Je me souviens aussi d’un truc marrant : Claude réussissait toujours la même feinte dans la lucarne droite lorsqu’il effectuait un break où lorsqu’il tirait un penalty. Curieusement, il trompait à chaque fois les gardiens adverses avec le même coup ! »
Larry Huras, qui fut son coéquipier et entraîneur pendant son séjour en France, me fit également l’éloge de son joker canadien lors de l’écriture de sa biographie : « Claude Verret était pour moi un porte-bonheur. Tous les titres que j’ai gagnés comme coach, en France ou en Suisse, l’ont été alors que Claude était présent dans mon équipe. Claude Verret était un vrai professionnel. C’était aussi un ami. J’ai joué avec lui, je l’ai dirigé, et il n’a jamais cessé de m’étonner !
Extrait Claude Verret
Avant un tournoi final du club de Zurich, alors que ça faisait un mois et demi que Claude jouait uniquement pour le plaisir dans une ligue de garage au Québec, il a accepté de revenir en Suisse à ma demande. C’est la marque d’un génie que d’accepter un tel challenge. Au bout de dix jours seulement, jouer à ce niveau-là, ce fut incroyable ! J’avais beaucoup de respect pour lui car malgré ses 37 ans, j’ai pu l’utiliser souvent durant le carré final. J’ai coaché certains joueurs qui étaient déjà vieux à 24 ans ! En revanche Claude a su rester jeune d’esprit, se maintenir en forme et s’entraîner comme un vrai professionnel. Il a eu l’opportunité de venir avec nous pour faire cet extra et il a bien fait puisque nous avons gagné avec lui la Coupe Continentale ! »
Dans l’équipe rouennaise qui fut sacrée championne de France pour la première fois de son histoire en 1990, Claude Verret avait des équipiers qui formaient un savant mélange de sang neuf et de joueurs expérimentés avec notamment le gardien Petri Ylonen, les défenseurs Denis Perez, Eric Calder, Larry Huras, Steve Woodburn et Dave Randall, ainsi que les attaquants Thierry Chaix, Guy Fournier, Benoît Laporte, Franck Pajonkowski, Patrice Fleutot, Patrick Daley, Erik Damy ou encore Luc Tardif, le président actuel de l’IIHF qui était revenu après une courte escapade à Caen.
Comme on l’imagine, tous les célèbres hockeyeurs que je viens de citer ont été très choqués et bouleversés en apprenant le décès inattendu de Claude Verret car c’était un coéquipier modèle qu’ils admiraient.
Pour l’anecdote, au mois de novembre 1993, après son élimination en Coupe d’Europe, le club de Rouen fit sensation en acceptant de prêter momentanément Claude Veret, son célèbre numéro 11, au club de Lausanne en Suisse car les « Lions » helvétiques cherchaient à ce moment-là un joker susceptible de les aider à accéder dans la Ligue Nationale A. L’avocat du club de Rouen mit cependant comme condition expresse à ce « dépannage » que Claude Verret soit de retour rapidement en France pour disputer les séries finales du championnat. Ainsi, le club normand fit-il pendant ce laps de temps l’économie d’un salaire important tandis que « Magic » y trouva lui aussi son compte…en francs suisses.
Les dirigeants de Lausanne ne regrettèrent pas cette « location » momentanée qui fut très médiatisée puisque Claude Verret aida l’équipe entraînée par Jean Lussier à se qualifier pour les play-offs et elle n’échoua que de très peu pour le titre de la Ligue Nationale B.
Il faut savoir que Claude Verret n’était pas un inconnu avant son arrivée en France. En effet, il fut repêché en 1980 par les Draveurs de Trois-Rivières dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Durant la saison suivante (1981-1982), il remporta aussi le championnat des compteurs, ce qui lui valut de recevoir le « Trophée Jean-Béliveau ».
L’ancien défenseur des Remparts de Québec Jean Gagnon, qui fit ensuite une longue carrière en Suisse (Fribourg, Martigny, Lausanne, Genève, Sierre, Villars) s’entraînait avec Claude Verret durant l’été pendant plusieurs années au Canada. C’est Jean Gagnon qui l’avait convaincu, pendant son séjour en Suisse de rallier les rangs du club de Lausanne.
Il joua quelques matchs dans la Ligue Nationale de Hockey avec les « Sabres », une franchise située dans l’état de New York mais il passa le plus clair de son début de carrière dans la Ligue américaine de hockey avec le club réserve des « Americans de Rochester » situé dans l'ouest de cet état.
Après son retour définitif d’Europe, Claude Verret a été par ailleurs intronisé au Temple de la Renommée de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ) en 2005. Le Tournoi international (M11-M13) de Beauport a été aussi rebaptisé à son nom.
Quant à son fils, Anthony Verret (32 ans aujourd’hui), il fut un ancien membre du « Blizzard » du Séminaire Saint-François, des « Huskies » de Rouyn-Noranda, du « Phoenix » de Sherbrooke et des « Remparts » de Québec dans le junior canadien. Il a évolué également pendant quelques saisons avec les « Patriotes » de l’Université de Trois-Rivières.
Je vais clôturer cette Tribune en forme d’hommage avec d’abord ce communiqué du club suisse de Genève-Servette qui pleure également la disparition de son ancien joueur en expliquant : « Claude Verret était le rayon de lumière qui traversait la pénombre des saisons difficiles du GSHC à cette époque. L’équipe avait dû passer par le tour de relégation et notre renfort canadien avait été l’un des grands artisans du sauvetage. Son ancien coéquipier, Beat Kindler a souligné également la classe du personnage : « Claude Verret, c’était le Canadien gentleman. Il était toujours calme et avait une efficacité folle devant les buts. C’était un magicien de la glace. Dans le vestiaire, il était discret. Mais quand il disait quelque chose, les autres l’écoutaient. Son avis comptait beaucoup.
Après l’annonce de la disparition de Claude Verret le journal suisse Le Matin publia un compte-rendu d’un match dans lequel l’annonce de la mort de Claude Verret a provoqué un événement très émouvant à la vingt-huitième minute de jeu (l’ancien numéro 28 de Verret) pour saluer la mémoire du disparu : « A ce moment du premier acte des quarts de finale des play-offs de National League entre le Lausanne HC et les Langnau Tigers (4-3), tout à coup les chants cessent. Les spectateurs des places assises de la Vaudoise aréna se lèvent et l'ensemble du public s'unit pour rendre un vibrant hommage à Claude Verret. Les applaudissements se prolongent durant de longues secondes, le visage du Canadien apparaît sur le grand tableau d’affichage suspendu au plafond de la patinoire lausannoise et les supporters de la Section Ouest déploient une banderole à l'attention de son ancien chouchou alors porteur du numéro 28 avec ces mots : « Étoile éternelle du chaudron de Malley, repose en paix Claudinho ! «
Il restera à jamais dans la mémoire du club en ayant été le premier capitaine rouennais à soulever la Coupe Magnus, c'était lors de la saison 1989-1990 à Grenoble. Son élégance, son talent, sa vision du jeu, sa gentillesse resteront gravées dans ma mémoire, moi qui l'ai connu, qui l'ai vu jouer et qui était du voyage lors de ce premier titre historique. Il avait toujours un mot aimable pour les supporters, toujours disponible pour répondre à nos questions. Claude, tu resteras à tout jamais le premier.
Le site Hockey Hebdo et moi-même pensons très fort à sa famille, à ses proches ainsi qu’à tous ses amis amoureux du hockey sur glace. Adieu Claude Verret, comment pourrait-on t’oublier ?
Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori.

Comment conter l’histoire d’une rencontre de Coupe de France entre les Ducs et les Corsaires, sans évoquer l’empreinte laissée par les frères Martin et Simon Lacroix ? Ce dernier, aujourd’hui manager du club d’Angers (ville qu’il n’a plus quittée depuis 2004), aime à se replonger dans les souvenirs d’enfance : « Nous sommes sept frères et avons tous joué au hockey. Seuls Martin et moi-même avons eu une carrière professionnelle, mais Michel notre frère aîné, est un commentateur reconnu de la chaîne RDS au Québec (l’équivalent d’Eurosport en France).
Daniel Cabanel a travaillé chez Airbus, Bernard Faucher dans le groupe Schlumberger, José-Marie Louis chez Air France, Yvan Courouble était ingénieur en génie électrique chez Alstom, General Electric et JA Delmas, Pierre Bouchet-Lannat vient du Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine, tandis que le président actuel, Michel Bergeron, exerçait à Bordeaux Métropole en tant qu’ingénieur en chef territorial.
Michel Bergeron évoque un cas qui l’a touché : « Une dame, seule avec un fils de 15 ans, venait de perdre son mari dans des circonstances tragiques. Il était architecte. Elle faisait toute sa comptabilité et l’assistance administrative. On l’a aidée à retrouver une stabilité psychologique, puis on a fait le point sur ses compétences. Elle qui pensait ne plus jamais retrouver de boulot a intéressé un employeur. »
Il se souvient aussi d’une Nigérienne venue à Bordeaux avec un enfant gravement malade. Aujourd’hui, elle occupe un poste en vue chez Orano, autrefois Areva. « Un cerveau », dit-il.