Le monde du hockey féminin est en constante évolution, marqué par des compétitions de haut niveau et l'émergence de nouvelles ligues professionnelles. Cet article explore le paysage actuel du hockey féminin, en mettant en lumière les meilleures joueuses, les compétitions majeures et les défis rencontrés.

Championnat du Monde Féminin : Une Compétition Phare
Le Championnat du monde élite féminin est un événement majeur dans le calendrier du hockey féminin. L'édition 2021 a connu de nombreux rebondissements, étant initialement prévue en avril-mai, puis annulée en raison de la pandémie de COVID-19. Cette annulation a provoqué un choc émotionnel pour les hockeyeuses, mais l'IIHF a finalement réussi à organiser un Mondial estival à Calgary.
À la rentrée, l’IIHF soumettra aux votes la possibilité d’organiser un championnat du monde féminin les années olympiques, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Ce Mondial élite, deuxième édition à dix nations, conserve la même formule. Le groupe A regroupe les cinq meilleures nations, les cinq autres étant dans le groupe B. Le fait que les cinq équipes du groupe A soient assurées de jouer les quarts de finale - et exemptées de relégation - demeurait un point litigieux.
Étant donné que les Mondiaux des divisions inférieures ont été annulés, il n’y aura aucune relégation. C’est donc « tout bénef » pour les promus, le Danemark et la Hongrie, respectivement 11e et 12 nation mondiale au classement IIHF. La France est 10e nation mondiale, mais vu l’écart minime, cela signifie que les Bleues, sans même avoir leur mot à dire et se battre sur la glace, verront les Danoises et les Hongroises leur passer sous les nez, quel que soit le résultat de ces dernières, assurées de jouer deux Mondiaux élite consécutifs.
Les États-Unis : Nation Dominante
Quand bien même la pandémie a brouillé les pistes, une certitude demeure : les États-Unis restent - sur le papier - la meilleure nation de hockey féminin. Quintuples championnes du monde en titre et championnes olympiques en titre, les Américaines remettent leur titre en jeu. Il semble bien que le « residency program » fonctionne à merveille, un programme instauré en 2010 qui voit 27 joueuses s’entraîner et jouer pendant des mois. Un programme qui doit aussi permettre de faciliter le renouvellement de l’effectif.
Quinze joueuses championnes du monde 2019 garnissent tout de même les rangs américains, dont évidemment les stars Hilary Knight, Amanda Kessel, Kendall Coyne Schoffield, Brianna Decker, Megan Keller, Lee Stecklein, etc. Mais aussi Alex Rigsby Cavallini, remarquable devant les filets américains à Espoo (95,3%). La gardienne de 29 ans originaire du Wisconsin est d’ailleurs une option gagnante aux Championnats du monde avec un bilan de 11 victoires… pour aucune défaite.
En revanche, l’arrière Megan Bozek et la centre Alex Carpenter, qui jouent en ensemble dans le club chinois du Kunlun Red Star engagé dans le championnat russe ZhHL, font un retour remarqué en sélection, elles qui avaient joué les JO 2014 de Sotchi avant d’être écartées. Bozek et Carpenter sont finalement assurées de jouer le Mondial de Calgary et les JO de Pékin, une chance quand on sait la concurrence au sein d’un groupe avec des joueuses, comme Cayla Barnes ou Abby Roque, amenées à devenir à court terme leaders.
Le Canada : En Quête de Rédemption
2014 à Sotchi. Cette médaille d’or olympique constitue le dernier sacre de l’équipe féminine du Canada qui a fini quatre fois en argent aux Mondiaux entre 2013 et 2017. Pire, battues par la Finlande chez elle à Espoo en 2019, les Canadiennes ont été écartées pour la première fois de leur histoire de la finale d’une compétition internationale.
Face à l’hégémonie américaine sur la scène internationale, le Canada se doit donc de rectifier le tir, et ce Mondial de Calgary ne constitue qu’une première étape. Championne olympique à Turin et Vancouver, la directrice générale de la sélection Gina Kingsbury - qui a également occupé le poste de mentor pour l’équipe de France avec France St-Louis et Danielle Sauvageau il y a huit ans - et son staff ont désormais établi un plan à long terme, avec notamment des camps de détection en vue des Jeux olympiques… 2026.
Pour ce nouveau cycle, la sélection, qui a eu neuf entraîneurs différents depuis 2010 (!), a été confiée à Troy Ryan, présent dans le staff canadien depuis 2016. Ryan est d’ailleurs assisté par deux anciennes joueuses, Vicky Sunohara et Kori Cheverie. Étant donné le contexte sanitaire, la saison écoulée ne s’est évidemment pas déroulée comme prévue, et les Canadiennes ont dû faire face à des restrictions encore plus importantes qu’aux États-Unis.
Et dans la plus grande ville de l’Alberta, une joueuse s’est particulièrement illustrée en démontrant qu’elle était toujours, à 30 ans, la patronne de l’équipe du Canada. Marie-Philip Poulin était rentrée dans la légende olympique en inscrivant le doublé gagnant en finale des JO de Vancouver en 2010, avant de marquer le « golden goal » en prolongation quatre ans plus tard à Sotchi. Très impliquée dans les unités spéciales, totalement affûtée, le retour en forme de celle qui est potentiellement la meilleure du monde est un motif de satisfaction pour l’équipe du Canada.
En plus de Poulin, le Canada a évidemment bon nombre d’arguments en attaque, en particulier Mélodie Daoust et Sarah Nurse qui ont respectivement explosé aux JO 2018 et au Mondial 2019. Un an sans activité a vu toutefois l’émergence de nouveaux talents qui se sont illustrés lors de l’évènement PWHPA, la gardienne Kristen Campbell en tête, de quoi remettre en cause les certitudes du passé.
Il s’agit du 13e titre mondial du Canada, son troisième en quatre ans (2021, 2022, 2024). Les Canadiennes ont remporté les championnats du monde grâce à un but en prolongations de Danielle Serdachny.
La Finlande : Un Outsider Dangereux
En 2019 chez elles, les Finlandaises étaient à un souffle de les battre en finale du Mondial, elles avaient même un temps célébré le premier titre mondial de leur histoire - pendant quelques minutes - après le but en prolongation de Petra Nieminen… finalement refusé pour une interférence de sa coéquipière Hiirikoski, percutant la gardienne Rigsby qui était pourtant en dehors de sa zone. La suite, on la connaît, les Américaines, tellement proches de perdre une finale pour la première fois depuis 2014, l’ont finalement remporté en fusillade.
Privé de Räty et de plusieurs cadres d’Espoo qui ont mis fin à leur carrière internationale (Annina Rajahuhta, Venla Hovi, Riikka Sallinen), Pasi Mustonen a dû piocher dans le réservoir. Huit joueuses feront leurs débuts en équipe nationale. Parmi elles, l’attaquante Sanni Vanhanen est passée en quelques mois du camp préparatoire au Mondial… à 15 ans.
De jeunes talents ont émergé, à l’image d’Elisa Holopainen qui a survolé les compteurs de Naisten Liiga pour la deuxième année de suite à seulement 19 ans. Mais cette équipe, rajeunie, aura-t-elle le cran pour perturber les Américaines et les Canadiennes ? Mustonen, en poste depuis 2014 et qui laissera la main après les Jeux olympiques de Pékin, a mis cinq ans pour faire d’une sélection habituée à la médaille de bronze une équipe capable de s’approprier le titre.
Highlights from Canada vs. United States at the 2024 IIHF Women’s World Championship
La PWHL : Une Nouvelle Ère pour le Hockey Féminin Professionnel
La PWHL, la grande ligue pro féminine, a fait des débuts remarqués. Le lancement de la PWHL a littéralement propulsé le hockey féminin dans une autre dimension, avec une visibilité jamais vue jusqu’alors. Le public a mordu à l’hameçon, et plusieurs records se sont succédés.
Dans un premier temps, le record d’affluence pour un match d’une ligue féminine a été mis au crédit d’Ottawa (8 318 personnes) puis à St. Paul (13 316). Le record absolu pour le hockey féminin datait de 2013 et des Championnats du monde à Ottawa, la marque avait atteint 18 014 personnes. Pour mettre tout le monde d’accord, Toronto a emboîté le pas en organisant le 16 février dernier un match à la Scotiabank Arena, l’arène des Maple Leafs. Les places pour « The Battle on Bay Street » se sont écoulées en quelques heures : 19 285 personnes ont assisté à la rencontre Toronto - Montréal, nouveau record d’affluence pour un match de hockey féminin.
Car évidemment, Montréal va tenter de battre le record décroché par le rival, fort de la plus grande capacité d’Amérique du Nord. La rumeur de ces derniers jours avait enflé, et la nouvelle a été officialisée mardi : Montréal défiera, et c’était une évidence, Toronto le 20 avril pour un choc nommé le « Duel au sommet ».
Deux autres matchs sont prévus dans des arènes NHL ce week-end. Ce samedi, Ottawa affrontera Boston à la Little Caesars Arena de Détroit. Dimanche, Montréal et Toronto évolueront à la PPG Paints Arena de Pittsburgh. Le record d’affluence pour un match de hockey sur le sol américain est de 14 551, c’était en 2021 à Seattle à l’occasion d’un Canada - États-Unis.
Faire jouer l’équipe de New York dans un autre État présageait d’un manque de cohérence, alors que plusieurs records sont tombés de la part des autres équipes. Alterner entre l’UBS Arena et la délocalisation à plus d’une heure et demi en voiture sème une grande confusion, cela affecte la fidélisation du public et la création de la « fanbase ». D’autant plus au Connecticut qui a connu des difficultés pour attirer les fans de hockey, que ce soit l’équipe AHL de Bridgeport ou l’équipe féminine PHF du Connecticut Whale.
Sur les 49 rencontres disputées jusqu’à maintenant, 23 se sont terminées par un but d’écart, dont 12 en prolongation, et 3 à l’issue de la séance des tirs au but.
Quelques Chiffres Clés de la PWHL
- 18: Le nombre de points marqués jusqu’à maintenant par Alex Carpenter, assise sur le fauteuil de meilleure marqueuse de la PWHL depuis le début de la saison.
- 12: Le nombre de buts inscrits par Natalie Spooner, en 16 matchs.
- 12: Ella Shelton avait marqué l’histoire au 1er janvier 2024 en devenant la première buteuse de l’histoire de la PWHL.
- 19 285: Le nouveau record d’affluence pour un match de hockey féminin, établi lors du match Toronto - Montréal à la Scotiabank Arena.
Les Joueuses en Vue
Plusieurs joueuses se sont particulièrement distinguées dans la PWHL :
- Alex Carpenter: Meilleure marqueuse de la ligue.
- Natalie Spooner: Attaquante de Toronto, revenue en force après avoir accouché.
- Ella Shelton: Première buteuse de l'histoire de la PWHL et meilleure marqueuse chez les défenseures.
- Kristen Campbell: Gardienne de Toronto, dont les performances se sont améliorées au fil de la saison.
- Hilary Knight: Malgré des difficultés en matière d'efficacité, reste une figure emblématique.
- Chloé Aurard: L'attaquante de l'équipe de France a inscrit son premier but en PWHL le 28 février dernier.
Enfin, sur les six équipes en lice, les quatre meilleures seront qualifiées pour les playoffs. Règle originale : la meilleure équipe de la saison régulière pourra choisir son adversaire des demi-finales. 5 : lot de consolation pour la cinquième équipe du classement et non des moindres, malgré son absence des playoffs : elle sera assurée d’obtenir le premier choix du prochain repêchage.
Estelle Duvin : Meilleure Joueuse du Championnat Suisse
Déjà élue meilleure joueuse du Championnat suisse en 2023-2024, l'internationale française Estelle Duvin a une nouvelle fois été récompensée lors des Swiss Ice Hockey Awards ce jeudi. Championne de Suisse avec le CP Berne, la Française (28 ans) a, pour la deuxième année consécutive, été désignée meilleure joueuse de la PostFinance Women's League (PFWL).
L'attaquante internationale française a une nouvelle fois été la meilleure marqueuse du Championnat, aussi bien lors de la saison régulière (54 points*) qu'en play-offs (12). (*) : Les points représentent l'addition des buts et passes décisives.
« La Women's League est devenue l'un des meilleurs Championnats d'Europe, confiait-elle auprès de Blick quelques mois plus tôt. De plus en plus de joueuses veulent y venir, et elle est devenue plus compétitive et plus passionnante au fur et à mesure des années », ajoute-t-elle. Cette évolution est probablement à l'origine de la baisse de son total de réalisations cette saison, en comparaison avec la précédente (75 points, saison régulière et play-offs fusionnés), bien qu'elle demeure la première du pays dans cet exercice.
