L'Attentat de la Rue des Rosiers : Archives d'une Tragédie Antisémite à Paris

Le 9 août 1982, Paris était le théâtre d'un acte terroriste odieux qui a marqué les esprits et laissé une cicatrice profonde dans le quartier juif historique. L'attentat de la rue des Rosiers, perpétré contre le restaurant Jo Goldenberg, a coûté la vie à six personnes et en a blessé 22 autres.

Cet événement tragique a non seulement endeuillé des familles, mais a également ravivé les tensions et les craintes liées à l'antisémitisme en France. Quarante-trois ans après les faits, ce dossier connaît une nouvelle étape judiciaire avec des accusés qui contestent leur renvoi en procès.

Mémorial de l'attentat de la rue des Rosiers

Contexte et Déroulement de l'Attentat

En plein cœur du vieux quartier juif, le restaurant-charcuterie de Jo Goldenberg était bien plus qu'un simple établissement. Il était le poumon de ce quartier, un lieu de passage obligé pour de nombreux touristes israélites venant à Paris, où l'on pouvait déguster des plats traditionnels tels que la carpe farcie et l'apfelstrudel.

Attentat de la rue des rosiers : "Nous nous battons pour que justice soit rendue"

C'est ce lieu-symbole de la vie communautaire juive à Paris que le commando de tueurs avait décidé de frapper. D'après les témoignages vérifiés et recoupés avec les informations en possession des enquêteurs, voici le scénario de l’attentat :

  • 13 h 10 : Un commando fort de quatre à cinq hommes arrive rue des Rosiers en deux groupes.
  • Un premier groupe se rend dans la rue Ferdinand-Duval où il jette, à travers les fenêtres de Jo Goldenberg, une grenade, dont la cuiller était de marque tchèque.
  • À ce moment, le second groupe pénètre dans l’établissement et ouvre le feu avec des pistolets-mitrailleurs. Immédiatement, six personnes s’écroulent fauchées par les rafales et tuées sur le coup.

Une des seules rescapées de l’attentat, Natali Tvaourl, née en 1950 en U.R.S.S., serveuse chez Jo Goldenberg, raconte :

« Je venais de monter un plat au premier étage du restaurant lorsque, en redescendant dans la salle du rez-de-chaussée, j’ai entendu une très forte explosion. En arrivant en bas, j’ai vu un des terroristes. Il mesurait environ 1,80 m, avait des cheveux noirs ondulés et portait une veste bleu clair mouchetée de blanc. Il était âgé d’une trentaine d’années. L’homme mitraillait tous les consommateurs Je me suis précipitée vers le fond de la salle dont les fenêtres donnent sur la rue Ferdinand-Duval. À ce moment-là, l’homme m’a vue et m’a poursuivie en tirant dans ma direction. J’ai cependant eu le temps d’ouvrir une des fenêtres en verre fumé et de m’échapper dans la rue. Je venais à peine de sortir que la vitre derrière moi éclatait sous les impacts de balles. »

Les familles des victimes réclament justice

Panique et Indignation

Immédiatement après, les hommes du commando remontent en courant la rue des Rosiers, se dirigeant vers la rue Vieille-du-Temple. Plusieurs ont l’arme à la bretelle, tandis que d’autres font feu sur toute personne se trouvant à cette heure dans cette rue très achalandée et la plus animée de ce quartier Israélite. Stupéfaits, ils cherchent désespérément un refuge pour se protéger des tueurs.

Les gens hurlent et courent dans tous les sens. Un peu, partout, des corps ensanglantés gisent sur les trottoirs et sur la chaussée. Au passage, un des membres du commando tire plusieurs rafales contre la réserve du restaurant « Goldenberg », située au numéro 17.

Dans l’horrible confusion de cet attentat sans précédent à Paris, un policier en civil qui se trouvait dans la rue, est sérieusement blessé par des chevrotines tirées, pense-t-on, par le fils du restaurateur. Ce policier qui, d’après ses collègues, se trouvait là par hasard, était devant le restaurant Goldenberg. Peut-être y avait-il été envoyé pour assurer la protection du restaurateur qui avait reçu, ces derniers jours, des menaces de mort par téléphone. Une heure encore avant l’attentat, un homme l’avait menacé au téléphone, concluant la conversation en déclarant : « Palestine vaincra ».

Le commando de tueurs, poursuivi de loin par les premiers policiers arrivés sur place, qui tente de les ajuster sans y parvenir, s’échappe. Finalement, à droite dans la rue Vieille-du-Temple puis, tout de suite à gauche, dans la rue des Blancs-Manteaux, où les policiers perdent sa trace.

Immédiatement après, c’est d’abord un grand silence après le crépitement des armes automatiques. Puis, peu à peu, le quartier de la rue des Rosiers, encore hébété, prend conscience - cadavres et flaques de sang à l’appui - de l’effroyable tuerie qui vient de s’y dérouler. Les policiers ont alors beaucoup de mal à faire face aux scènes d’hystérie provoquées par des parents ou des familiers des victimes. continuent à soigner des blessés dans la cour de l’immeuble situé au 14, rue des Rosiers, où a été installé un mini-hôpital improvisé. C’est là également, sous de grandes bâches en plastique, que sont alignés les six morts de cet attentat.

En France, l’indignation est générale. Le chef de l’État, François Mitterrand, a personnellement assisté, aux côtés de Gaston Defferre, à un service religieux célébré hier soir dans la synagogue de la rue Pavée, non loin de la rue des Rosiers.

Le président de la République a été accueilli aux cris de « Mitterrand - trahison ! » par quelques centaines de manifestants regroupés derrière des barrages de police, à une quinzaine de mètres de l’entrée de la synagogue, et qui avaient déjà conspué Gaston Defferre lors de l’arrivée de ce dernier. À sa sortie de la synagogue, le chef de l’État a fait une brève déclaration : « J’ai toujours été et je suis l’ami de la communauté juive de France et je suis venu m’associer à sa douleur comme je l’ai toujours fait. Aujourd’hui, un nouvel attentat commis par des lâches vient d’ensanglanter cette communauté. Comme vous le faites vous-mêmes, je m’incline devant les victimes et je dis que ce fanatisme-là, comme tous les fanatismes, me trouvera devant lui. ».

Tous les grands partis politiques (P.S., P.C.F., P.S.U., P.R.G., L.C.R. pour la gauche ; R.P.R., U.D.F., pour la droite), les centrales syndicales (C.G.T., C.F.D.T., F, 0., C.F.T.C. et F.E.N.), la Ligue des Droits de l’homme et les multiples organisations de la communauté juive ont condamné l’attentat.

Le conseil représentatif des institutions juives de France (C.R.I.J.F.) a appelé, hier soir, à un rassemblement silencieux demain à partir de 20 heures, au mémorial du martyr juif inconnu. Ce rassemblement « se prolongera jusqu’à 24 heures par une veillée au cours de laquelle diverses personnalités prendront la parole ».

De son côté, le ministre israélien des affaires étrangères a mis en cause « l’atmosphère anti-israélienne qui règne en France depuis le début de la guerre du Liban ». De son côté, l’ambassade d’Israël à Paris a rejeté sur l’Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.), « cerveau du terrorisme international », la responsabilité de l’attentat. Une accusation catégoriquement rejetée par le représentant de l’O.L.P.

Enquêtes et Procédures Judiciaires

L'attentat avait rapidement été attribué au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d'Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). La France avait émis en 2015 un mandat d'arrêt international contre Abou Zayed, un Palestinien né en 1958 en Cisjordanie et naturalisé norvégien en 1997.

Abou Zayed, suspect clé dans l'attentat

Dans cette dernière, à la fin de juillet, des juges d’instruction antiterroristes ont ordonné un procès devant la cour d’assises spéciale contre six hommes suspectés d’être impliqués dans cet attentat qui avait fait six morts rue des Rosiers à Paris en 1982, dont Walid Abdulrahman Abou Zayed, principal suspect entre les mains de la justice, aujourd’hui sexagénaire.

Outre Abou Zayed, Norvégien d’origine palestinienne, considéré comme l’un des tireurs et détenu en France depuis 2020, il y a un autre mis en examen, Hazza Taha, soupçonné d’avoir caché des armes à l’époque, sous contrôle judiciaire. Tous deux contestent les faits et ont fait appel.

Les avocats de M. Zayed - Romain Ruiz, Raphaël Kempf et Bruno Gendrin - ont fait savoir à l’AFP qu’ils avaient plaidé qu’« aucun élément » n’était venu étayer les indices, cinq ans après une mise en examen « contestable ». Et d’affirmer que l’accusation repose sur « la base » de « trois témoignages fragiles et particulièrement contradictoires ».

Ces avocats soulignent que leur client n’a pu « contredire efficacement » l’accusation, faute d’« écrits » que M. Zayed « n’a jamais eus en main pour n’avoir jamais été un “cadre” du groupe Abou Nidal ». M. Zayed a admis son appartenance passée à ce groupe palestinien dissident de l’Organisation de libération de la Palestine, mais nie les faits dont on l’accuse.

Suspect Rôle présumé Statut
Walid Abdulrahman Abou Zayed Tireur Détenu en France, conteste les faits
Hazza Taha Caché des armes Sous contrôle judiciaire, conteste les faits
Mahmoud Abed Adra (Hicham Harb) Superviseur allégué Arrêté par les autorités palestiniennes

Yassine Bouzrou, avocat de M. Taha, a fait savoir à l’AFP qu’il avait dénoncé devant la cour des « déclarations évolutives, fluctuantes et contradictoires » de témoins. Il a pointé des « notes de renseignement caviardées » qui « ne démontrent ni l’appartenance d’Hazza Taha au mouvement Abou Nidal ni son implication dans les armes ayant servi à l’attentat ».

Ce dossier a été marqué par de nombreux rebondissements. Le Palestinien Mahmoud Abed Adra, dit Hicham Harb, superviseur allégué de l’attentat, a été arrêté par les autorités palestiniennes, comme confirmé à la mi-septembre par le Parquet national antiterroriste (PNAT), informé par Interpol.

Les parties se demandent également si cette nouveauté majeure pourrait repousser la tenue d’un procès ou si une première audience va se tenir, y compris en l’absence d’un protagoniste majeur.

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