L'histoire des matchs de l'Étoile Rouge de Belgrade: Du triomphe européen aux défis contemporains

L'Étoile Rouge de Belgrade, club mythique de la capitale serbe, a une histoire riche et complexe, intimement liée à celle de la Yougoslavie et de la Serbie. Fondé en 1945 par une ligue antifasciste, le club est rapidement devenu l'un des plus grands clubs omnisports du pays, avec des sections dans divers sports tels que le football, le basket-ball, le water-polo, l'athlétisme, le handball et le boulingrin.

Avec vingt-quatre coupes et vingt-cinq titres nationaux, une coupe d'Europe contre Marseille en 1991 puis une Coupe intercontinentale dans la foulée, le club a le palmarès le plus riche du pays. C'est aussi le plus populaire: près de la moitié du pays est derrière l’Étoile Rouge.

Les racines du club et son ascension

À la chute du régime et la création de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1945, les anciens clubs de football jugés « collabos » furent dissous et remplacés par des « nouveaux » clubs, basés sur les anciennes entités qui avaient disparu. Le SK Jugoslavija fut l’une des plus importantes victimes. L’Étoile rouge gagne le championnat serbe en 1946, lui permettant d’accéder à la première division yougoslave dès son retour pour la saison 1946-1947.

La première saison du club à l’échelle nationale est bonne, les Crveno-beli (les rouges et blancs) finissent troisièmes, mais loin derrière l’intouchable Partizan de Stjepan Bobek. Le club gagne enfin le titre, après plusieurs saisons dans les places d’honneur, en 1951, grâce à un meilleur goal-average que le Dinamo Zagreb.

Au milieu de la décennie, Dušan Blagojević devient président, Slobodan Ćosić agit en tant que secrétaire général et Aca Obradović devient quant à lui le directeur technique et sportif du club. Ensemble, ils ouvrent la voie à une génération glorieuse : le gardien de but Vladimir Beara, les défenseurs Vladimir Durković et Branko Stanković, les milieux de terrain Vladica Popović et Dragoslav Šekularac et les attaquants Rajko Mitić et Bora Kostić. Cette équipe fait la loi dans le championnat yougoslave, devenant championne en 1956, 1957, 1959 et 1960.

L'âge d'or et le triomphe européen

Des changements importants ont lieu au club en 1986. Dragan Džajić, devenu directeur technique et sportif du club, commence à construire une équipe qui pourrait rivaliser avec les plus grosses écuries européennes de l’époque. Un plan quinquennal est mis en place en 1987 avec l’objectif d’être champion d’Europe d’ici 1992.

L’Étoile rouge recrute Dragan Stojković et Robert Prosinečki, deux jeunes joueurs yougoslaves en provenance des clubs rivaux. Entre 1987 et 1992, le club remporte le championnat à quatre reprises. A la fin de la saison 1989-1990, l’Étoile rouge devient champion avec une avance de 11 points sur le dauphin zagrébois, battant le record de 1976.

Le club continue sa politique de recrutement des meilleurs joueurs du championnat en achetant Darko Pančev, Dejan Savićević, Siniša Mihajlović et en faisant monter en équipe première deux jeunes espoirs du centre de formation : Stevan Stojanović et Vladimir Jugović. Cette équipe, avec l’arrivée du transfuge roumain Miodrag Belodedici, gagne la Coupe des clubs champions européens en 1991 en battant tour à tour le Grasshopper Club Zurich, les Glasgow Rangers, le Dynamo Dresde, le Bayern Munich puis l’Olympique de Marseille en finale à Bari. Ils remportent ensuite la Coupe Intercontinentale 1991, (qui opposait le vainqueur de la C1 au vainqueur de la Copa Libertadores), en battant Colo-Colo sur le score de 3 buts à 0.

L'Étoile Rouge de Belgrade, vainqueur de la Coupe des Clubs Champions Européens en 1991.

Les Delije: Supporters et acteurs de l'histoire

Dans les années 80, un groupe de supporters est créé, et Zoran Timic en devient l'un des chefs, enflammant les tribunes pendant de nombreuses années. En 1989, une centaine de cadres, issus de différentes unités, dont Zoran, décident de s'unir en formant le Delije ("héros" ou "braves"). Cette année-là, le communisme s'écroule, les tensions nationalistes s'exacerbent et notamment au coeur du stade.

Le 13 mai 1990, une semaine après les élections post-communistes, l’Étoile Rouge et le Delije se déplacent à Zagreb pour y affronter le Dynamo. Dans le sillage de leur équipe, 3.000 membres du Delije font le trajet en train pour rencontrer les Bad Blue Boys (BBB). Une fois dans le stade Maksimir les heurts, diffusés à la télévision, continuent et augmentent même en violence. Les chants nationalistes résonnent, des sièges volent, des panneaux publicitaires sont arrachés. En plein match, les Serbes se ruent sur les supporters croates. La partie est arrêtée, le championnat yougoslave supprimé. Plus qu'un simple fait divers, ce jour est considéré par certains comme l'étincelle qui alluma la guerre.

Depuis la création du Delije, Slobodan Miloševic a très vite compris la potentielle dangerosité des hooligans et surtout l'influence que ces derniers pourraient avoir sur le reste de la société. Il décide donc de placer Željko Ražnatovic, dit Arkan, un braqueur recherché à l'époque par Interpol, à la tête du groupe. Arkan va prendre son rôle très au sérieux en recrutant de nombreux membres du Delije pour constituer, parmi d'autres, la Garde des volontaires serbes, mieux connue sous le nom Les tigres d'Arkan. Cette milice va ainsi participer activement aux épurations ethniques pendant la guerre en Bosnie et en Croatie, comme à Vukovar où de nombreux civils ont été tués en novembre 1991.

Slobodan Miloševic avait utilisé le Delije, le groupe sera également à l'origine de son effondrement comme l'écrit Jonathan Wilson dans son ouvrage Behind the curtain: football in eastern europe. Durant un match, les ultras vont scander des chants réclamant la tête du leader serbe. Après ce match, la dissidence s'est propagée aux autres stades. Tous les matches devenaient des manifestations anti-Miloševic.

Aujourd'hui encore, la tribune Nord du Marakana reste le théâtre de revendications nationalistes, notamment en ce qui concerne le Kosovo. Durant les matches, les supporters scandent des chants, brandissent des banderoles, des drapeaux prônant le rattachement de la région à la Serbie.

Supporters de l'Étoile Rouge de Belgrade brandissant un drapeau.

Le derby éternel et l'ambiance des stades serbes

Belgrade, la capitale de la Serbie, est le théâtre de certaines des rivalités les plus intenses et des derbies les plus attendus dans le monde du football. Le derby éternel de Belgrade entre l’Étoile rouge de Belgrade (Crvena Zvezda) et le Partizan de Belgrade est l’un des matchs les plus célèbres et les plus chauds du football européen. Les supporters de l’Étoile Rouge, dont les fameux les « Delije », et ceux du Partizan, dont les « Grobari », sont connus pour leur ferveur et leur dévouement sans faille envers leurs équipes respectives. Chaque derby est une bataille sur le terrain et dans les tribunes, créant une atmosphère électrique que vous n’oublierez jamais.

Les stades de football serbes sont connus pour être très animés avec des supporters qui vivent chaque match avec une intensité folle et un enthousiasme exacerbé. Les supporters chantent, agitent des drapeaux et autres fumigènes quand vient l’heure du derby ce qui donne lieu à des ambiances XXL. En vous rendant à Belgrade vous aurez aussi la possibilité de découvrir d’autres clubs plus rustiques comme l’OFK Beograd, le FK Rad ou encore le FK Voždovac et son stade installé sur le toit d’un centre commercial.

Ambiance survoltée lors du derby éternel de Belgrade.

Défis contemporains et perspectives d'avenir

Néanmoins, la période suivant la mort du Maréchal Tito voit également la montée des extrémismes ethniques au sein d’une Yougoslavie de plus en plus morcelée en l’absence de sa figure totémique. Les sanctions des Nations Unies, l’inflation et la guerre civile font beaucoup de mal au club qui voit partir tous les joueurs ayant gagné la Coupe d’Europe en 1991.

Entre 2005 et 2014, 16 entraîneurs et cinq présidents se succèdent à la tête du club. En début d’année 2010, la situation économique du club est telle que l’Etoile rouge doit demander des donations par téléphone allant dans un fond pour essayer de rester à flot. Malgré le titre de 2014, le club ne peut participer à la Ligue des Champions 2014-2015 à cause d’un mauvais bilan financier.

Après avoir gagné le titre en 2016, c’est en 2017-2018 que l’Etoile rouge revient en Europe, en atteignant les phases de poules de l’Europa League pour la première fois depuis 10 ans. L’Étoile rouge remporte à nouveau le championnat en 2018 puis 2019 mais ne passe pas la phase de groupes de la Ligue des Champions.

Aujourd'hui, l’Étoile Rouge, comme d'autres clubs du pays, reste très lié aux milieux politiques. Aleksandar Vucic, premier vice-président du gouvernement de Serbie est, par exemple, proche de l’Étoile Rouge.

Regarder un match de football en Serbie va bien au-delà des limites du terrain : c’est une véritable expérience ! Si vous êtes un amateur de football en quête d’émotions fortes, Belgrade est une destination incontournable. Plongez dans l’univers passionné du football serbe en passant un weekend à Belgrade.

L'ascension et la chute choquantes de l'Étoile rouge de Belgrade

Joueurs emblématiques de l'Étoile Rouge de Belgrade

L'Étoile Rouge de Belgrade a vu passer de nombreux joueurs talentueux au fil des ans. Voici quelques-uns des plus marquants :

  • Dragan Dzajic (1962-1975)
  • Robert Prosinecki (1987-1991)
  • Darko Pancev (1988-1992)
  • Dejan Savicevic (1988-1992, 1999)
  • Sinisa Mihajlovic (1990-1992)
  • Vladimir Jugovic (1989-1992)
  • Dejan Stankovic (1994-1998)
  • Nemanja Vidic (2000-2004)

Palmarès de l'Étoile Rouge de Belgrade

Voici un aperçu des principaux titres remportés par l'Étoile Rouge de Belgrade :

CompétitionNombre de titres
Championnat de Yougoslavie19
Coupe de Yougoslavie12
Championnat de Serbie7
Coupe de Serbie4
Ligue des Champions1 (1991)
Coupe Intercontinentale1 (1991)

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