Saint-Philbert-de-Grand-Lieu : Une Histoire Riche et Mouvementée

Saint-Philbert (ou Philibert ou Filibert) est né en 616 à Eauze (Gers), capitale de l’Aquitaine, au temps du roi franc Dagobert. Élevé à la cour du roi à Clichy, Philbert est d’abord destiné à une carrière administrative. Ami des futurs saint Wandrille et saint Ouen, il entre à vingt ans à l’abbaye de Rebais (Seine-et-Marne) fondée par ce dernier.

Après une révolte des moines, il se met à voyager d’une abbaye à l’autre en France, en Suisse, en Italie, et fait provision d’expériences. Philbert fonde lui-même en 654 une abbaye dans une boucle de la Seine : Jumièges. En 675, en conflit avec Ebroïn, maire du palais (équivalent de premier ministre), il est emprisonné à Rouen. Libéré mais interdit de séjour à Jumièges, il trouve asile auprès de l’évêque de Poitiers, Ansoald.

Il existait déjà une communauté chrétienne comme l’attestent les ruines d’un édifice dédié à saint Hilaire (ⴕ 367) près du village du Vieil. Philbert s’applique à l’évangélisation de l’île et des régions voisines.

Ebroïn étant mort, Philbert retourne à Jumièges vers 684 avant de revenir à Noirmoutier où il meurt le 20 août 685 (ou 690 ?). Son corps est déposé dans un lourd sarcophage. Un culte se développe et une première biographie du saint est écrite rapidement.

Abbaye de Tournus, où les reliques de Saint-Philbert ont été conservées.

Le Transfert des Reliques et la Fondation de Déas

En 836, par peur des incursions des Normands (les Vikings), le sarcophage est transféré sur le continent, à Déas (aujourd’hui Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, en Loire-Atlantique), fondation de Noirmoutier qui devient alors le siège du monastère. La vénération pour saint Philbert grandit dans la région. Au début du 9e siècle, vers 819, l’existence de l’abbaye de Déas est attestée dans une charte signée de Louis le Pieux, fils de Charlemagne.

À cette époque, les Vikings ravagent la côte de Loire-Atlantique, et c’est dans ce contexte que les moines de Noirmoutier décident de faire de Déas un lieu de refuge en y édifiant un monastère. Pendant presque vingt-cinq ans, la communauté se déplace au fil des saisons entre Noirmoutier et Déas. Puis en 836, les moines font le choix de s’y installer de façon permanente. Ils entreprennent alors le projet de transfert du sarcophage contenant le corps de Saint Philibert (615-675).

C’est en tout cas la légende rapportée par le moine Ermentaire, dans son texte Miracula Filiberti. Un périple de quatre jours, pendant lequel le tombeau aurait été transporté à dos de moines et de prêtres. « Mais il pesait deux tonnes ! On estime qu’il aurait fallu douze moines tous les 100 mètres pour se relayer et le porter.

Malgré sa notoriété, et en raison de la menace Viking toujours présente, l’abbé de l’époque conduit ses moines à Cunault, près de Saumur, dès 845. En 847, les Vikings atteignent Déas et une partie de l’abbaye est probablement incendiée, mais le sarcophage reste caché. En 858, les moines récupèrent les reliques qu’ils emportent à Cunault.

Une vingtaine d’années plus tard, la menace normande s’accroît. Devant le danger, en 858, les moines ôtent les ossements du sarcophage (resté sur place depuis) et les transportent à Cunault, non loin de Saumur, puis à Messais en Poitou. La pérégrination des reliques continue, s’arrêtent un temps à Saint-Pourcain-sur-Sioule (Allier) et sont accueillies en 875 au monastère Saint-Valérien, à Tournus en Bourgogne. La vénération pour saint Philbert se déploie et une somptueuse église abbatiale est édifiée à partir du XIe siècle. Elle deviendra paroissiale en 1802.

Le tombeau de Saint-Philbert, qui ne contient plus son corps, se trouve dans l’abbatiale depuis juin 836. En quittant les lieux à cause des Vikings, les moines ont caché le sarcophage dans l’abbatiale. Une dizaine d’années plus tard, ils reviennent en catimini récupérer les reliques, qu’ils emmèneront ensuite à Tournus. Il restera caché pendant mille ans… Avant d’être redécouvert lors d’une campagne de fouilles archéologiques, au XIXe siècle.

Vue intérieure de l'abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.

Évolution Architecturale et Historique de l'Abbatiale

C’est l’un des monuments les plus anciens de Loire-Atlantique. Ces terres, qui leur appartenaient, étaient auparavant cultivées pour faire du vin. Les moines y construisent donc un monastère, dans une zone en partie marécageuse. « Le lieu choisi est près du cours d’eau de la Boulogne.

Jusqu’au XIXe siècle, des remaniements vont faire évoluer la physionomie du bâtiment, mais sans jamais effacer son style architectural d’origine. Jusqu’au 19e siècle, l’ancienne abbaye subit de nombreux remaniements faisant évoluer sa physionomie sans effacer ses origines carolingiennes. Du 14e au 16e siècle, les guerres de religion lui font subir des dégradations.

Les bâtiments sont vendus comme biens nationaux pendant la Révolution Française et l’église est alors utilisée comme entrepôt à fourrage. Après la révolution, elle retrouvera sa fonction paroissiale jusqu’en 1869, date où la nouvelle église néo-gothique est édifiée à proximité du bourg.

En 1896, l’abbatiale est classée Monument historique, et d’importants travaux sont engagés jusqu’aux années 1906 environ. Puis le marché reprend jusqu’à son arrêt définitif en 1936.

Des morceaux de fresques religieuses peintes au XVe siècle sont encore visibles au sein de l’abbatiale. Des cérémonies religieuses s’y tiennent de temps en temps, notamment le 20 août, pour la Saint-Philibert.

Saint-Philbert-de-Grand-Lieu Aujourd'hui

Aujourd’hui nommé « site de l’abbatiale-Déas », il accueille visiteurs, événements et spectacles. Des visites guidées de l’abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu sont proposées tout l’été.

Informations pratiques pour les visites estivales :

Jusqu’au vendredi 1er septembre, visites guidées tous les jeudis, vendredis et dimanches, à 14 h 30 ; visites nocturnes les mardis 25 juillet, 8 et 22 août, à 21 h, sur les légendes autour de Saint-Philibert. Tarifs : 7 € ; réduit, 5 €. Pendant les vacances scolaires, le site est également accessible à la visite libre, du mardi au dimanche, de 14 h à 17 h 30.

L’association locale est très active, avec des :

  • Expositions (environ une par an : crèches du monde, 14-18, 1200 ans de l’Abbatiale)
  • Conférences (une ou deux par an)
  • Diffusion d’une revue annuelle REGARDS
  • Participation à l’Office de Tourisme
  • Participation aux Comités de pilotage et d’une façon générale aux animations culturelles de la Ville, etc.

Deux fois par an (en général juin et septembre), l'association organise des sorties d’une journée dans un rayon moyen de 80 km, soit pour 2,5 jours dans un rayon de 500 km.

L’association a organisé une exposition philatélique les 14-15-16 juin 2019 à l’occasion de la première mondiale, le « premier jour », d’un timbre dédié à l’Abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. L’évènement sera accompagné d’une exposition philatélique comportant deux thèmes : « Les Abbayes et cathédrales de France et d’Europe par les timbres », « Les sites, monuments et éléments historiques de Loire-Atlantique ».

L'association publie aussi "REGARDS", une magnifique revue annuelle, et propose des articles sur le site internet.

Il existe une cellule de quatre membres dédiée à la recherche historique.

L'association possède plusieurs centaines de photos d’une famille de notables de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu de 1880 à 1914.

L.A pépite d'Elise : l'abbatiale de Saint-Philbert

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