Pierre Mauroy, figure emblématique de la vie politique française, a marqué l'histoire du socialisme pendant plus de cinquante ans. Son parcours, depuis ses débuts militants jusqu'à son rôle de Premier ministre, témoigne d'un engagement profond envers la justice sociale et le progrès pour tous.

Jeunesse et Formation
Né à Cartignies (Nord) le 5 juillet 1928, Pierre Mauroy est le fils d'un instituteur laïc. Petit-fils de bûcheron, il est l’aîné d'une famille de sept enfants. Après des études à l'École normale nationale d'apprentissage de Cachan, il devient professeur de l'enseignement technique à Colombes, dans la banlieue parisienne, en 1952. Il enseigne ensuite les lettres et l'histoire.
En 1945, « entré en socialisme comme on entre en religion », selon ses propres mots, il rejoint les Jeunesses socialistes. En 1950, il en est le secrétaire national jusqu'en 1958. Le respect qu'il voue à la culture catholique entraîne l'hostilité à son égard de la minorité trotskyste. Il expliquera avoir ainsi compris la nécessité de lier le socialisme à un humanisme non-dogmatique.
Engagements et Ascensions Politiques
Pierre Mauroy avait adhéré à la S.F.I.O. dès l'âge de dix-huit ans. En 1951, il cofonde la Fédération des foyers Léo-Lagrange, l'un des plus importants mouvements français d'éducation populaire. En 1955, il est élu secrétaire général du syndicat des collèges de l'enseignement technique de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN).
Sa carrière au sein de la S.F.I.O. ne cesse de s'affirmer dans le bastion socialiste du Nord. Il gravit les échelons de la SFIO : secrétaire de la fédération du Nord en 1961, il rejoint le bureau national et le comité directeur en 1963. Pierre Mauroy devient secrétaire fédéral du Nord en 1961, entre au bureau du parti en 1963, est élu secrétaire général adjoint du parti en 1966. Pendant les trois ans d'existence de celle-ci, il est membre du comité exécutif de la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (1965-1968).
Lors de la création du Parti socialiste, il assume les fonctions de premier secrétaire par intérim en 1969. Lors de l’élection du premier secrétaire, Pierre Mauroy est battu d’une voix par Alain Savary qui bénéficie du soutien de Guy Mollet. Deux ans plus tard, en juin 1971, lors du congrès d’Épinay, Pierre Mauroy apporte le soutien de la fédération du Nord à François Mitterrand dont la formation rejoint la nouvelle formation socialiste.
Soucieux de mener jusqu’à son terme le mouvement de rassemblement des divers courants socialistes, Pierre Mauroy entreprend, en 1974, de jeter des ponts vers le Parti Socialiste Unifié (PSU) de Michel Rocard. En 1979, à la suite de l’échec des discussions sur l’actualisation du programme commun de gouvernement de la gauche, le congrès de Metz voit s’opposer au texte du premier secrétaire une motion déposée par Pierre Mauroy, en compagnie d’Alain Savary.
En mai 1988, au début du second mandat présidentiel de François Mitterrand, François Mitterrand souhaite faire élire Pierre Mauroy à la présidence de l’Assemblée nationale. Membre des instances de la Fédération du Nord et du bureau national de 1995 à 2013, Pierre Mauroy a soutenu Lionel Jospin lors des élections présidentielles de 1995 et 2002, puis Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007.
Maire de Lille et Élu du Nord
Conseiller municipal de Cachan entre 1965 et 1971, Pierre Mauroy est appelé à Lille par Augustin Laurent, maire de Lille, pour occuper le poste de premier adjoint et de vice-président de la communauté urbaine de Lille après les élections municipales de mars 1971. Devenu maire de Lille en janvier 1973, il sera réélu quatre fois en 1977, 1983, 1989 et 1995, laissant la place à Martine Aubry en 2001. Il marque les destinées lilloises et s'investit dans le développement de sa ville.
Élu député de la 2e circonscription du Nord en mars 1973, Pierre Mauroy est réélu lors des élections législatives de 1978, 1981 et 1986. Il devient député de la 1ére circonscription en 1988, poste qu’il abandonne en 1992 pour devenir sénateur.
Conseiller général du Cateau-Cambrésis depuis 1967 puis vice-président du conseil général du Nord depuis 1970, Pierre Mauroy est élu, en janvier 1974, président de l’établissement public régional du Nord-Pas-de-Calais. Il marque cette fonction, qu’il occupe jusqu’en 1981, par une volonté de liberté d’action vis-à-vis du pouvoir exécutif national.
Président de la FMVJ (Fédération mondiale des villes jumelées) entre 1984 et 1988 puis de la Fnesr (Fédération nationale des élus socialistes et républicains) entre 1987 et 1990, il devient en 1989 président de la communauté urbaine de Lille (aujourd’hui Lille Métropole) où il est réélu en 1995 et 2001.
Premier Ministre de François Mitterrand (1981-1984)
Nommé le 21 mai 1981 Premier ministre, suite de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, Pierre Mauroy forme un premier gouvernement. Confrontés pour la première fois à cette question de l'alignement entre président et majorité parlementaire, les citoyens font le choix de la cohérence et donnent au président une majorité pour réaliser son programme.
Il met en œuvre le programme de François Mitterrand : Pierre Mauroy se félicitait d'avoir accompli 96 des 110 propositions du candidat Mitterrand. Les proches du président occupent des postes clés de l'exécutif (Laurent Fabius, Edith Cresson, Jack Lang, Pierre Bérégovoy).
Le Premier ministre met en avant le retour historique de la gauche au pouvoir : « Le 10 mai, François Mitterrand avait rendez-vous avec l’Histoire ». La priorité du gouvernement est l'action contre le chômage. Pour être efficace elle doit se faire dans « la rigueur budgétaire » et contre l'inflation. Le Premier ministre dresse ensuite la liste des réformes qui doivent assurer une plus grande cohérence à la République et une plus grande liberté aux citoyens : décentralisation, réforme de l'audiovisuel, création d'un service unifié de l'enseignement, etc.
Parmi les réformes engagées par cette nouvelle équipe gouvernementale figure l’unification du service public d’éducation. Le texte résultant des négociations menées avec l’enseignement privé par le ministre de l’Education nationale, Alain Savary, est l’objet d’une manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes à Paris le 24 juin 1984.
Lors d’une allocution télévisée le 12 juillet, François Mitterrand annonce un referendum destiné à élargir la procédure référendaire aux questions touchant les libertés publiques. Le 15 juillet, Pierre Mauroy fait porter une lettre à François Mitterrand dans laquelle il explique que, pour que le Président ait les mains libres, il convient que le Premier ministre se retire. Le 17 juillet 1984, Pierre Mauroy remet officiellement sa démission au président François Mitterrand.

François Mitterrand et Pierre Mauroy
Hommage à Pierre Mauroy: réactions au PS
Autres Mandats et Fonctions
- 1984-1988 : Président de la FMVJ (Fédération mondiale des villes jumelées)
- 1987-1990 : Président de la Fnesr (Fédération nationale des élus socialistes et républicains)
- 1989-2008 : Maire de Lille
Fin de Vie et Hommages
En 1992, Pierre Mauroy crée la première fondation politique de France, la Fondation Jean-Jaurès, un organisme de réflexion sur les problèmes politiques. Hospitalisé à la suite à une tumeur cancéreuse du poumon, Pierre Mauroy meurt d’un malaise lié au traitement de sa maladie.
Le 11 juin, un hommage national lui est rendu à l’hôtel des Invalides en présence de François Hollande, président de la République. Le président François Hollande déclara : « Il a servi son pays sans jamais occulter ses valeurs fondamentales. Pierre Mauroy, il était socialiste et il voulait que la justice sociale puisse inspirer tous ses actes. Il ne mentait pas, il allait jusqu'au bout de ses convictions en prenant la réalité telle qu'elle était. »