Deux ans après la terrible désillusion du quart de finale de la Coupe du monde 2023, le XV de France s’est une nouvelle fois incliné face à l’Afrique du Sud ce samedi (17-32). C’était le match de l’année. Certes, il n’offrait aucun trophée officiel, si ce n’est celui honorifique du vainqueur entre la meilleure équipe de l’hémisphère nord et celle de l’hémisphère sud. Mais la réalité était en fait ailleurs.
En ces retrouvailles tant attendues depuis deux ans, aussi fantasmées que redoutées, il fallait que les Bleus l’emportent au Stade de France, là même où ces satanés Springboks avaient brisé leurs rêves, pour que le rugby tricolore regarde définitivement devant lui. Alors, ce samedi soir, l’électricité était partout, dans les travées de l’enceinte dionysienne, autant que sur sa pelouse, dans chaque percussion sud-africaine, autant sur tous les plaquages français.
Parce que, lorsqu’on affronte les doubles champions du monde en titre, lesquels ont bâti leur domination sur le défi physique qu’ils imposent à leurs adversaires, l’ambiance devient soudainement brutale, bestiale même. Les hommes de Fabien Galthié, dont certains ont la mémoire dans la peau, étaient prévenus. Cette entame automnale était bien plus qu’un rendez-vous. Ce n’était plus simplement du rugby. C’était un combat, dans lequel ils se sont jetés à corps perdus dès la première minute. Et que ne faut-il pas faire, face à ce terrifiant rival, pour influencer ce fichu tableau d’affichage ?
Le pire ? Aussi héroïques soient-ils, les Bleus n’ont rejoint les vestiaires du « SDF » à la pause qu’avec une minuscule longueur d’avance (14-13). Mais il était écrit, comme ce fut le cas lors du funeste quart de 2023, que cette rencontre serait truffée de péripéties. Et le deuxième ligne Lood De Jager, auteur d’un attentat sur Ramos, avait ainsi vu rouge dès la 40e minute. Le truc ? C’est qu’à quinze, à quatorze ou même moins, ces Sud-Africains sont décidément faits d’un autre bois.
Les Tricolores l’ont constaté, eux qui squattaient la moitié de terrain ennemie dans l’entame du deuxième acte, se procurant une multitude d’occasions sans pour autant mettre fin au suspense mais se contenant d’une pénalité de Ramos (59e, 17-13). Ils ne bougeraient plus. Siya Kolisi, sorti dès la pause et visiblement plus actif pour haranguer ses coéquipiers que quand il était entre les quatre lignes, le savait forcément. Son équipe était en mode survie et c’est peut-être là qu’elle est la plus redoutable. Il lui suffisait d’un signe, d’un exploit ou d’une erreur. Elle est venue d’un plaquage haut presque anodin de Penaud.
Une faute, une touche, un carton jaune pour Louis Bielle-Biarrey, un ballon porté et un essai (65e). Ce fut aussi clinique que terrible. En un rien de temps, le cours de l’histoire avait changé. Encore une fois. Et, sept minutes plus tard, Grant Williams anéantissait les espoirs bleus en allant inscrire un nouvel essai sud-africain (25-17). L’épilogue virant même à la déroute quand Feinberg-Mngomezulu éteignait à son tour le stade (77e, 32-17). Comme si, lorsque la fête promet d’être belle, la France du rugby en était réduite à revivre le même cauchemar. Comme si, malgré les plus puissantes croyances, une forme de logique était malheureusement respectée.
Même en infériorité numérique, l’Afrique du Sud était juste la plus forte à Saint-Denis.
Historique des France-Afrique du Sud à Bordeaux
Voici un aperçu des matchs qui se sont déroulés à Bordeaux entre la France et l'Afrique du Sud, ainsi que d'autres rencontres notables :
- 1913 : France 5 - 38 Afrique du Sud : Pour le premier France-Afrique du Sud de l'histoire, les Bleus reçoivent les Springboks au Bouscat.
- 1968 : France 9 - 12 Afrique du Sud : Dans le sillage de Walter Spanghero, les Bleus échouent de nouveau face aux Springboks au parc Lescure.
- 1996 : France 12 - 22 Afrique du Sud : Les Springboks reviennent jouer un sale tour aux Bleus. Après 1913 et 1968, ils s'imposent une troisième fois à Bordeaux.
Outre ces confrontations directes, Bordeaux a également été le théâtre d'autres matchs importants pour l'équipe de France :
- 1957 : France 39 - 0 Roumanie : Pour leur grande première au parc Lescure, les Bleus font le spectacle et s'offrent un large succès.
- 1973 : France 30 - 18 Japon : C'est la toute première fois que les Bleus affrontent le Japon, un adversaire dont ils ignorent alors tout.
- 1975 : France 36 - 12 Roumanie : Deux ans avant le Grand Chelem de 1977, l'équipe de France cornaquée par Jacques Fouroux prend forme.
- 1976 : France 18 - 15 Australie : Les Bleus régalent de nouveau le public bordelais face à un adversaire plus prestigieux encore, l'Australie.
- 1993 : France 16 - 13 Australie : Contre le cours du jeu, l'équipe de Pierre Berbizier s'impose grâce à un essai d'Aubin Hueber et deux drops, signés Alain Penaud et Jean-Luc Sadourny.
- 1999 : France 47 - 13 Namibie : À l'occasion de la Coupe du monde 1999, les Bleus s'imposent sans peine face à la Namibie devant le public du parc Lescure.
- 2011 : France 19 - 12 Irlande : Avant de briller à l'autre bout du monde, Vincent Clerc aplatit l'unique essai de la rencontre pour offrir un minimum de confiance aux Français.
- 2021 : France 40 - 15 Géorgie : Les Français inscrivent six essais dont un doublé de Damian Penaud.
Bordeaux réussit plutôt bien aux Bleus :
- Matches disputés : 11
- Victoires : 8
- Défaites : 3
- Score moyen : 25-15
- Equipes affrontées : Afrique du Sud (3 fois), Australie (2), Roumanie (2), Irlande (1), Japon (1), Géorgie (1), Namibie (1).
Tableau récapitulatif des rencontres à Bordeaux :
| Année | Match | Résultat |
|---|---|---|
| 1913 | France - Afrique du Sud | France 5 - 38 Afrique du Sud |
| 1957 | France - Roumanie | France 39 - 0 Roumanie |
| 1968 | France - Afrique du Sud | France 9 - 12 Afrique du Sud |
| 1973 | France - Japon | France 30 - 18 Japon |
| 1975 | France - Roumanie | France 36 - 12 Roumanie |
| 1976 | France - Australie | France 18 - 15 Australie |
| 1993 | France - Australie | France 16 - 13 Australie |
| 1996 | France - Afrique du Sud | France 12 - 22 Afrique du Sud |
| 1999 | France - Namibie | France 47 - 13 Namibie |
| 2011 | France - Irlande | France 19 - 12 Irlande |
| 2021 | France - Géorgie | France 40 - 15 Géorgie |

Le Stade de France, lieu de nombreuses confrontations mémorables.
L’équipe de France s’est inclinée contre les Springboks (17-32), deux ans après avoir été battue par les mêmes Boks en quart de finale du Mondial. Alors qu’ils souhaitaient prendre leur revanche, les Bleus ont été balayés après le repos par des Sud-Africains qui étaient en infériorité numérique depuis la pause. Avec cette nouvelle défaite, les hommes de Fabien Galthié comptent désormais neuf défaites sur leurs dix derniers matchs face à l’Afrique du Sud.
Oubliez la bienséance et les valeurs du rugby, les 80.000 spectateurs de l’arène dyonisienne avaient un compte à régler avec l’ennemi public n° 1 sud-africain. Celui-là même qui les a privés de continuer leur rêve vers un premier titre mondial à la maison il y a deux ans. Alors, pour faire payer l’hérétique, tous les moyens étaient bons : annonce de la composition de l’équipe sud-africaine huée, chaque passage d’Eben Etzebeth (le Jacques Mesrine du Cap) sur l’écran géant conspué, même chose pour toutes les tentatives au pied de l’imprononçable Sacha Feinberg-Mngomezulu.
Après la joue gauche en 2023, le XV de France a tendu la droite pour se faire fesser à domicile (17-32) et enchaîner une quatrième défaite d’affilée. Une revanche, quelle revanche ? Le XV de France est reparti vers Marcoussis les valises pleines et des maux de tête par milliers.
Pourtant, tout avait bien commencé avec un essai de Damian Penaud (auteur d’un doublé), devenu meilleur marqueur d’essais de l’histoire de l’équipe de France, quelques minutes seulement après une merveilleuse Marseillaise chantée a capella, une présence pas si catastrophique sous les ballons hauts, des avants qui tiennent plutôt le coup face aux buffles sud-africains. C’était écrit, les Bleus tenaient leur match référence face aux doubles champions du monde.
Mieux, lorsque les Bleus ont rejoint les vestiaires à la mi-temps avec un petit point d’avance mais avec un homme en plus (expulsion directe de Lood De Jager pour tentative de meurtre sur Thomas Ramos), tout le monde pensait que c’était dans la poche et que le titre de champion du monde par intérim allait revenir aux Bleus. Las. De 17-13 en milieu de seconde période, le score est passé à 17-32 en l’espace de quelques minutes. Alors, comment expliquer ce 19-0 ?
Des occasions ratées, avec des percées de Bielle-Biarrey ou Cramont : « Autour de la 60e, on a trois temps forts trois temps forts, où on doit, pour continuer à mener le match, marquer », estimait Fabien Galthié en conférence de presse après la défaite.
Le carton jaune de Louis Bielle-Biarrey (64e) : Après avoir martyrisé les avants français, les Boks envoient au large, LBB tente une interception, en avant-volontaire, carton jaune, les Bleus dans le dur.
Pénalités, pénaltouches, mauls : Les Sud-Africains n’hésitent pas à répéter les choses qui fonctionnent. Et, en fin de deuxième période ont enchaîné les touches et les mauls près de la ligne française, le tout à 14. « On sent qu’après la 60e, sur des pénalités qu’ils récupèrent au milieu du terrain, ils envahissent notre ligne d’essai, ils y restent, ils concrétisent leurs temps forts, explique le sélectionneur français. Ils reprennent le contrôle du jeu avec efficacité. »
« Je pense que dans l’engagement, on y était, résume le talonneur Julien Marchand, auteur d’un énorme match. On a rivalisé aussi. On s’attendait vraiment à un gros défi et c’est ce qui s’est passé. Après, petit à petit, je pense qu’on a cédé un peu aussi dans la tête. Du coup, le score est lourd à la fin. C’est une défaite qui est assez cohérente au vu de leur match. Eux, ils ont fait ces 80 minutes et nous, je pense qu’on a lâché un petit peu avant. »
En 2023, après la défaite d’un point en quart de finale du Mondial, tous les regards s’étaient portés sur l’arbitre Ben O’Keefe, coupable de quelques décisions très litigieuses (pour être gentil). Cette fois, l’homme en noir australien Angus Gardner ne peut pas être tenu responsable de la claque reçue par les Bleus (même si ce grattage de Malcolm Marx à 17-18 avant le troisième essai des Boks, hein, bon…).
Des Sud-Africains à 14 pendant quarante minutes, dans une ambiance incandescente, ça doit se terminer par une victoire. « Quand tu joues contre eux, même à 14, tu ne vois pas forcément de différence, déplore Marchand. Parce qu’ils ont quand même un gros groupe. Donc, on n’a pas forcément trouvé la faille, même à 14. Ça prouve que c’est une grosse équipe. La défaite, elle est logique. » Et dans l’ordre des choses.
Avec cette nouvelle déconvenue, les Bleus comptent désormais neuf défaites lors de leurs dix derniers affrontements face aux Springboks, dont cinq à la maison. Ça commence à faire beaucoup. Et à ce rythme, on ne peut même plus parler de revanche. Les Boks ont l’avantage du passé, les Bleus celui du terrain. La France et l'Afrique du Sud se sont affrontées à 45 reprises depuis 1913.
La dernière rencontre entre les deux équipes a eu lieu au Vélodrome de Marseille, lors de la tournée d'automne le 12 novembre 2022 : victoire des Bleus 30 à 26. Avant ce match, la France n'avait plus battu l'Afrique du Sud depuis novembre 2009 et une victoire 20-13 au Stadium de Toulouse.
Les Bleus, et leurs supporters avec, ont chuté de très haut samedi soir au Stade de France. Ils brûlaient, deux ans après la désillusion du quart de finale (27-28) de démontrer qu’ils étaient en fait supérieurs aux doubles champions du monde sud-africains. La réponse n’est pas probante ; Au contraire. Une fois encore, une fois de plus, les Sud-Africains ont confirmé qu’ils étaient supérieurs aux Bleus. Et que le Stade de France était leur jardin.
Depuis un succès du Xv de France le 26 novembre… 2005 (26-20) Springboks ont piétiné le gazon dyonisien et l’orgueil des Bleus à cinq reprises : 2013, 2017, 2018, 2023 et désormais 2025. Vingt ans de disette. Et presque autant tous lieux du crime confondus.
Quelques Bleus avaient réfuté le terme de revanche. Avec un manque de conviction appuyé par ceux qui, au contraire, brûlaient de faire payer aux Springboks le quart de finale de la Coupe du monde 2023 perdu d’un petit point au même endroit. Et vu l’engagement, l’intensité, la hargne mis dans chaque ruck par les avants tricolores, la volonté de vaincre était claire. Malheureusement pour l’équipe de France, si la bataille du jeu au sol était à leur avantage, celle des ballons hauts s’est avérée un désastre complet. Depuis deux semaines, les trois-quarts s’y entraînaient avec des frites en mousse de bébés-nageurs à Marcoussis. Visiblement, ça ne remplaçait pas la science aérienne des Springboks qui se sont gavés.
Thomas Ramos, pas le moins revanchard, avait cependant allumé la première mèche dès la 4e minute, évitant deux plaquages avant d’adresser une petite diagonale au pied en direction de Damian Penaud. Dans un Stade de France en fusion, l’ailier de l’UBB inscrivait son 39e essai en bleu, dépossédant Serge Blanco de son record (38). Mais les Bleus, indisciplinés entre hors-jeu défensif et mêlées éventrées, concédaient quatre pénalités d’affilée. 7-6 à la 25e minute, le moment choisi par le capitaine du XV de France, Gaël Fickou, de renoncer crânement à 3 points de pénalité faciles pour privilégier la pénaltouche. L’action se terminait sur l’aile opposée par un nouvel essai de Penaud, désormais à 40 ballons aplatis en 57 sélections (14-6, 26e). Mais la première ligne tricolore et ses deux piliers, Erdocio et Montagne, à deux sélections chacun, continuait subir.
Le rugueux deuxième-ligne De Lager infligeait un grand coup d’épaule dans la tête de Ramos. Après un long, très long visionnage, l’arbitre australien, Angus Gardner, finissait par sortir le rouge. Les Sud-Africains allaient disputer toute la seconde période en infériorité numérique. Ce qui ne se concrétisait pas sur le terrain.
Un ballon gratté par Oscar Jegou permettait cependant à Thomas Ramos, le meilleur réalisateur de l’histoire du XV de France, d’ajouter trois points supplémentaires (17-13, 59e). Le pécule restait cependant mince. Il ne sera plus alimenté. À la 63e minute, Louis Bielle-Biarrey écope d’un carton jaune justifié pour un en-avant volontaire. Sur la pénaltouche, les Boks inscrivent, en force, leur 3e essai par leur… centre Estherhuizen, un véritable bœuf repositionné au centre de la troisième-ligne (17-18). Désormais, les Bleus n’existent plus. Les vagues blanches reviennent sans cesse. Nouveau passage en force à la 70e minute, Grant Williams aplatissant derrière un maul (17-25). Ils ont refait le coup.
Ce samedi 8 novembre, les joueurs de rugby de l’Afrique du Sud ont (encore) battu les Bleus au Stade de France. Cette fois-ci, la défaite laissera peut-être un peu moins de regrets aux Tricolores. Il y a deux ans, ils avaient perdu d’1 point (29-28), après un scénario très tendu. Les Bleus semblaient plutôt maîtriser les choses jusqu’à l’heure de jeu. Ils menaient alors 14-13. Mais à la 64e, Louis Bielle-Biarrey a pris un carton jaune pour un en-avant volontaire. Pourtant, à ce moment du match, les Boks évoluaient… en infériorité numérique ! Et ce, depuis la toute fin de la première période, quand Lood De Jager a plaqué de manière illicite Thomas Ramos et a reçu un carton rouge direct. Les Bleus ont donc évolué plusieurs minutes à 15 contre 14.
L’emblématique et très populaire capitaine Springbok Siya Kolisi en a révélé la raison, à l’issue de la victoire des siens, révélant la mise en place d’une préparation peu banale : "On savait que ce genre de chose pouvait arriver. Conséquence : on s’est préparés toute la semaine comme si on allait recevoir un carton rouge pendant le match. On savait que c’était possible vu l’intensité et le jeu physique. On s’est dit : 'Et alors ? Si ça doit arriver, tant pis'."
Le DÉBRIEF de France-Afrique du Sud ! Toutes les raisons de la défaite...

Le XV de France face à l'Afrique du Sud lors d'un match précédent.