L'Histoire Captivante de Jeanne et Serge : Un Manga de Volley-Ball Inoubliable

« Jeanne et Serge, coup de foudre au match de volley-ball ! Jeanne et Serge, amour dès le premier regard ! » Pour tous les amateurs de volley et même au-delà, les paroles reviennent dès l'écoute des premières notes du générique de Jeanne et Serge.

Trente-huit ans après sa première diffusion en France, la série est restée dans les mémoires d'un paquet de générations de téléspectateurs, au point de se faire une place dans des situations inattendues.

Avec Olive et Tom, Jeanne et Serge est sans doute la série animée sportive la plus mythique de la télé française. Diffusées pour la première fois en 1987 sur La Cinq, les aventures de Jeanne, jeune ado qui déménage à Tokyo et entre dans un nouveau lycée, ont séduit immédiatement.

Comme toutes les séries animées japonaises, Jeanne et Serge est issue d'un manga, Attacker YOU !, de Jun Makimura et Shizuo Koizumi, dont les trois tomes sont publiés au milieu des années 1980. L'oeuvre est pourtant loin d'être la seule consacrée au volley à une époque où la discipline est au sommet au Japon.

Dès 1968, Chikako Urano publie le premier des douze volumes d'Attack No.1, série notamment produite par une entreprise nippone de ballons de volley. Un an plus tard, le manga Sign wa V ! paraît en neuf tomes et est quasi instantanément adapté à la télé japonaise.

« Jeanne et Serge » est un énième succès de ce type de série, destinée à un jeune public féminin, mettant en scène une équipe de volley, raconte Bounthavy Suvilay, maître de conférences à l'université de Lille et autrice de Le Sport animé ! 50 ans de séries sportives au Japon (éd. Ynnis, 2021).

Arrivée tardivement, Jeanne et Serge s'impose pourtant instantanément en France, sur La Cinq d'abord, avant d'être diffusée jusqu'en 2010 sur Antenne 2, TF1, TMC, RTL9, France 5 ou Gulli.

« C'est une question de timing. En France, on avait très peu de séries pour enfants. Et, soudain, on avait une ou deux heures de dessins animés par jour. Tous les gars voulaient être Olive et toutes les filles voulaient être Jeanne. »

Question timing, Jeanne a surtout eu la bonne idée de se lancer à la télé française un an avant Les Attaquantes, adaptation animée du manga Attack No.1 qui avait vu le jour beaucoup plus tôt mais dont seulement 52 des 104 épisodes ont été traduits en français.

« L'adaptation animée d'Attack No. 1 est plus vieille donc moins réussie visuellement. C'est vu comme une pâle copie de Jeanne et Serge par le public français alors que, dans la réalité, c'est la toute première série et elle a cartonné au Japon. »

Le parcours plein de rebondissements de Jeanne, de débutante talentueuse mais naïve à joueuse confirmée, est une autre clé du succès de l'animé. « Cette dramaturgie sportive accroît l'intensité même de l'animé et du suspense. Tout le monde se demande si elle va faire partie de l'équipe ou si ce sera Peggy, la méchante. Il y a plein de trucs autour, plus un peu d'histoire d'amour, résume Bounthavy Suvilay. Tout est fait pour que toutes les filles aient des conversations autour du personnage. »

L'engouement réside aussi dans la façon très imagée d'aborder le sport, avec le mélange d'une mise en scène réaliste du volley et de ses principes avec des scènes bien plus improbables de certaines actions. Cette tendance, quitte à en exagérer la dimension, très présente dans les mangas, colle parfaitement au récit sportif.

« Il y a une métaphorisation de l'attaque, de la défense, qui correspond totalement à ce que permet le style japonais. Ça rend mythique ce qui se passe sur le terrain, explique le mangaka français Tony Valente. Dans le manga, ça se fait en images là où le commentateur sportif le fait par les mots. »

À noter qu'en France, les téléspectateurs ont accès à une version édulcorée. Certaines scènes violentes à l'entraînement, le coach M. Daimon giflant ou frappant à coups de bâton certaines joueuses, ont disparu des versions européennes.

En France, Jeanne et Serge peut se targuer aussi d'une popularité nettement supérieure à celle du Japon. Et son impact sur la pratique de la discipline dans l'Hexagone est démesuré.

De 71 398 licenciés en 1986-1987, la FFVB grimpe à 97 152 en 1989-1990. La tendance est surtout visible chez les filles en benjamines, poussins et pupilles. En trois ans, le nombre de jeunes joueuses fait plus que quadrupler (de 3 059 à 12 838). De quoi réduire l'écart hommes-femmes de près de 14 000 en 1986-1987 à tout juste 1 000 en 1990 en termes de licenciés.

Jeune volleyeur au moment du lancement de la série à la télé, Éric Tanguy se souvient de cette vague d'enthousiasme. « Beaucoup de jeunes venaient au club après l'avoir vue. »

Et le dirigeant estime majeur le rôle de la série dans le développement du volley français. « Jeanne et Serge a une longévité exceptionnelle, on en parle depuis plus de trente ans. C'est quelque chose qui a changé le volley-ball. »

Aujourd'hui, la FFVB compte presque 250 000 licenciés, l'équipe de France masculine est double championne olympique en titre et l'équipe de France féminine a fait son grand retour au Championnat du monde en août dernier. « Il y a un avant-après Jeanne et Serge en France », renchérit le président de la Fédération.

Si la suite de Jeanne et Serge n'a jamais été traduite pour se faire une place à la télé française, le volley-ball a, lui, continué à inspirer mangakas et studios d'animation. Après la publication du premier de ses 45 tomes en 2012 (deux ans plus tard en France), le manga Haikyu !! et son adaptation animée (quatre saisons complétées de deux films d'animation) rencontrent un succès fou chez les Japonais.

« La série a créé un phénomène d'inscription des jeunes dans les clubs », confirme Bounthavy Suvilay, maître de conférences à l'université de Lille et autrice de Le Sport animé ! 50 ans de séries sportives au Japon .

Trente ans après l'effet Jeanne et Serge, l'histoire du jeune Shoyo Hinata et de son équipe en a un comparable sur la pratique du volley. « Chez les jeunes, quand on leur demande comment ils ont connu le volley, la réponse est bien plus souvent Haikyu !! que le premier titre olympique aux Jeux de Tokyo, affirme Éric Tanguy, président de la Fédération française.

La saison dernière, les deux tiers des licenciés de la FFVB avaient 20 ans ou moins, contre 58 % dix ans plus tôt. « Chez nous, tous les gars nés entre 2006 et 2010, connaissent Haikyu !!, partage Jocelyn Trillon, entraîneur au Centre national de volley-ball dans l'Hérault. Sur les vingt joueurs, sept ont regardé la série. »

Impact et Héritage Culturel

Président de la Fédération française de volley-ball (FFVB), Éric Tanguy reste marqué par les obsèques de Jean-Paul Dubier, ancien vice-président de la Fédération, décédé l'an dernier à 68 ans, peu avant les Jeux de Paris 2024. « Il avait demandé que la sortie du cercueil se fasse sur la musique du générique. Sa fille nous avait prévenus qu'on reconnaîtrait l'esprit de son papa, mais on ne s'y attendait pas. Les gens se sont mis à chanter. Cette belle histoire démontre l'importance de la série. »

Extravertie et casse-cou, l'héroïne défie l'autorité et n'a pas peur de s'en prendre aux hommes qu'elle ridiculise régulièrement. Dans le viseur de l'entraîneur de l'équipe féminine de volley-ball pour ses qualités athlétiques hors normes, elle s'y engage pour se rapprocher de Serge, capitaine de l'équipe masculine, dont elle tombe amoureuse dès le premier épisode.

Cette trame romantique accompagne la progression sportive fulgurante de Jeanne qui, au fil des 58 épisodes, franchit tous les paliers jusqu'à l'équipe nationale olympique des Jeux de Séoul 1988.

Alors ado, l'actuel président de la FFVB était un peu plus âgé que le coeur de cible. « À part quelques épisodes, je ne l'ai pas regardée. Mais ma soeur, qui a sept ans de moins, regardait évidemment. Ce programme s'adressait autant aux garçons qu'aux filles alors que les dessins animés de l'époque type Goldorak étaient beaucoup pour les garçons. »

« Pour que les résultats sportifs aient un effet, les gens doivent déjà s'intéresser au sport... Et à Tokyo, les matches étaient à des horaires où seuls les passionnés se levaient. »

Tableau Récapitulatif des Licenciés à la FFVB

Voici un tableau illustrant l'impact de Jeanne et Serge sur le nombre de licenciés à la Fédération Française de Volley-Ball :

AnnéeNombre de LicenciésÉvolution
1986-198771 398-
1989-199097 152+25 754

Personnages Principaux

  • Jeanne Hazuki (You Hazuki): Jeune fille énergique, passionnée de volley-ball.
  • Peggy Hayase (Nami Hayase): Rivale de Jeanne, mais aussi une amie proche.
  • Serge Takiki (Sô Takiki): Capitaine de l'équipe de volley-ball masculine et source de motivation pour Jeanne.
  • Marie Takigawa (Eri Takigawa): Joueuse talentueuse et rivale respectée de Jeanne.
  • Sunny: Le jeune frère adoptif de Jeanne, fan de volley-ball.
  • Toshiko Hazuki (Toshihiko Hazuki): Le père de Jeanne, photographe sportif.
  • Kyushi Tajima (Kanako Tajima): Une ancienne championne internationale de volley-ball.

Jeanne et Serge by Tat et Jean-Phi

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