Si beaucoup ont tendance à ne pas voir plus loin que le bout de l’Angleterre quand ils pensent au football, certains sont là pour leur rappeler qu’au-delà de Newcastle et de Carlisle s’étend une vaste terre animée par l’amour du ballon rond, qu’on appelle communément l’Écosse. Là-bas, sur les vieilles terres de l’Alba, deux clubs ont longtemps régné sans conteste sur le championnat. Ces frères ennemis résident tous les deux à Glasgow et se battront sans doute à jamais pour le contrôle de la ville. En ce moment, et grâce à un petit peu d’aide, ce sont les Bhoys du Celtic qui dominent le football écossais.
Le football moderne est né en Angleterre, mais a très vite pris pied en Écosse, en particulier dans la région de Glasgow. D’ailleurs la Scottish Football Association, fondée en 1873, est la deuxième plus ancienne du monde derrière la fédération anglaise. Mais le football était déjà joué en Écosse depuis quelques années et l’Écosse avait déjà participé à un événement historique le 30 novembre 1872 à Glasgow : la première rencontre officielle de l’histoire du football face à l’Angleterre (0-0). L’Écosse dominera d’ailleurs les cinq premières décennies du football, y compris devant l’Angleterre. Elle ne perd en particulier que 2 de ses 43 premières rencontres !
La principale compétition écossaise est le championnat qui existe depuis 1890. Il est aujourd’hui organisé en 4 divisions qui sont dans l’ordre hiérarchique la Scottish Premiership, la Scottish Championship, la Scottish League One et la Scottish League Two. Ces divisions rassemblent 41 clubs professionnels (un chiffre incroyable pour un pays d’un peu plus de 5 millions d’habitants !) … et un unique club amateur, Queen’s Park, le doyen des clubs écossais.
Le football écossais est dominé de manière écrasante par deux clubs qui figurent parmi les plus prestigieux du monde : les Glasgow Rangers et le Celtic Glasgow. Ce sont les Rangers qui ont remporté le plus de titres (55, le dernier en 2021) devant le Celtic (55 également, tenant du titre 2025), même si l’histoire récente est très largement favorable au Celtic. Preuve de l’écrasante domination des deux clubs de Glasgow, le troisième club le plus titré est Aberdeen avec seulement 4 titres ! Aberdeen est d’ailleurs le dernier club autre que les Rangers ou le Celtic à avoir été sacré champion. C’était en 1985, il y a presque 35 ans !
L’autre grande compétition écossaise est la Scottish Cup, doyenne des compétitions dans le monde (1873). Elle est ouverte à tous les clubs, professionnels et amateurs. Là encore les deux clubs de Glasgow écrasent le palmarès avec 42 victoires pour le Celtic et 34 pour les Rangers. Reste que le palmarès est plus ouvert et laisse un peu de place à d’autres clubs comme Queen’s Park (10 titres mais le dernier en … 1893 !), Heart of Midlothian (8) ou Aberdeen (7).
Il fut pourtant un temps où les clubs écossais étaient redoutés en Coupe d’Europe. Le Celtic Glasgow fut même le premier club britannique à remporter la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1967, avant même les clubs anglais. Les Glasgow Rangers remportèrent eux la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe en 1972, imités en 1983 par Aberdeen. Outre ces 3 titres, les clubs écossais ont joué quelques finales européennes. Le Celtic perdit une finale de C1 en 1970 (établissant au passage un record d’affluence pour une compétition UEFA avec 136 505 spectateurs pour la demi-finale face à Leeds United à Hampden Park) et une finale de C3 en 2003. Les Rangers perdirent deux finales de C2 en 1961 et 1967 ainsi qu’une finale de C3 en 2008 et en 2022.
Les Couleurs et le Symbole de l'Écosse
Le chardon est le symbole de l’Ecosse depuis qu’il a permis de repousser certaines invasions. Plusieurs versions existent. La première dit que les Romains auraient renoncé à poursuivre leur offensive sur le nord de la Grande-Bretagne et construit le mur d’Hadrien pour ne pas avoir à marcher avec leurs sandales dans les chardons. Une autre dit que des Vikings (les dates et les noms changent selon les versions de l’histoire) auraient tenté d’attaquer de nuit les Ecossais en enlevant leurs armures pour le ne pas faire de bruit. Mais la traversée d’un champ de chardons leur a fait pousser des cris de douleur qui ont alerté les Ecossais.
Les rugbymen portent ce symbole depuis le XIXe siècle. Le XV du chardon reste très classique en comparaison des Manchots. La tenue traditionnelle est bleu foncé, la seconde blanche. C’est toutefois l’équipe hôte, comme c’était le cas dans le football auparavant, qui change de couleur. C’est donc en blanc que les Français accueillent les Ecossais qui évoluent en bleu foncé.
Que se passe-t-il quand deux équipes évoluant en bleu se rencontrent ? L’une des deux change de tenue. Les rencontres entre ces deux nations contraignent donc toujours l’une des équipes à utiliser sa tenue de rechange. Le France Ecosse de ce 17 octobre sera le 17e de l’histoire. Il faut savoir que jusqu’aux années 1960, c’était l’équipe hôte qui changeait ses couleurs.
Cette association de couleurs été utilisée pour la première fois en 1881. Lors de la seule opposition entre la France et l’Ecosse en coupe du monde, en 1958, ce sont les Français qui conservent leurs couleurs tandis que les Ecossais se rabattent sur une tenue blanche on ne peut plus sobre. Les Français alternent entre bleu à domicile et blanc à l’extérieur tandis les Ecossais continuent à proposer en déplacement un caléidoscope de couleurs assez impressionnant.
Si la tenue portée à domicile reste classique (bleu marine), les Ecossais innovent avec du rouge en 1984 ou une tenue assez réussie en 2007, blanche ornée de la croix de Saint-André bleu ciel sur la poitrine. L’Ecosse est sans doute l’adversaire contre lequel la France a évolué qui présente le panel de couleurs le plus large. Les tenues écossaises sont passées par le rouge, le rose, le blanc, le jaune, le bleu ciel et le bleu foncé. Le design n’est pas en reste.
En résumé, les Français ont joué face à leur adversaire de cette fin de semaine huit fois en bleu, cinq fois en blanc et trois en rouge. La France a toutefois échappé au pire. Entre 1994 et 1996, la tenue principale était tartan (un hommage à la tartan army, les supporters écossais) avec des manches bleu sombre et la tenue extérieur rose striée de fines bandes violettes.
Avec une telle affluence on imagine aisément pourquoi les chants des supporters écossais (la fameuse « Tartan Army ») avaient la réputation d’intimider les adversaires !
Tout à fait en accord avec son histoire moderne, l'Ecosse pouvait battre les meilleurs du monde pendant les bons jours alors que dans leurs mauvais jours, ils pouvaient perdre contre les pires. Une nation qui pouvait recruter des joueurs de classe mondiale à volonté parmi les meilleurs clubs anglais, une équipe de Celtic gagnante en Coupe d'Europe et une solide équipe de Rangers peinait encore à rassembler le travail d'équipe et la constance nécessaires pour se qualifier pour les tournois majeurs.
MEILLEURS buts de la Coupe du monde de l'histoire
Celtic Football Club: Un Chapitre Spécial dans l'Histoire du Football Écossais
Aujourd’hui, focus sur le Celtic Football Club, qui affronte son rival des Rangers ce samedi 8 avril (13 h 30). C’est LE rendez-vous du championnat écossais. Ce samedi 8 avril, se tiendra le 434e « Old Firm » de l’histoire entre le Celtic Football Club et les Rangers (13 h 30). Un duel entre les deux clubs de Glasgow qui fait partie des plus grandes rivalités de l’histoire du football, le premier derby ayant eu lieu en 1888.
Pour comprendre le choix de cette tenue, il faut remonter au 6 novembre 1887. Ce jour-là, le Celtic Football Club voit le jour grâce à un religieux, le frère mariste Walfrid, originaire de Ballymote en Irlande. L’ecclésiastique prend exemple sur l’Hibernian Football Club, fondé à Édimbourg douze ans plus tôt par d’autres immigrés irlandais.
Le frère Walfrid nomme alors son club « Celtic », avec l’idée de réunir les deux pays celtes que sont l’Irlande et l’Écosse, à l’inverse du club d’Édimbourg, dont le nom « Hibernian » signifie « Irlande » en latin.

Logo du Celtic FC
Lors de sa fondation, les buts du Celtic FC sont clairs. Les ecclésiastiques qui composent son conseil d’administration veulent lever des fonds pour venir en aide à la population pauvre de l’east end de Glasgow. Très rapidement, cette annonce est suivie de faits et le Celtic FC organise de nombreux matchs amicaux. Un club de la capitale, les Edinburgh Hibernians, viennent en aide au Celtic en acceptant de jouer de nombreux matchs.
Le frère Walfrid a la situation en main, et son club prospère lentement pendant un temps. Jusqu’à ce qu’il perde le contrôle sur ses propres joueurs et que ces derniers causent la destruction des Edinburgh Hibernians. John Glass, un ouvrier, et Pat Welsh, un couturier irlandais, et pas du tout gallois comme le laisse penser son nom de famille, voient d’un œil envieux le football anglais se développer et se professionnaliser.
Persuadé que le football écossais a en lui le même potentiel, et attiré par les perspectives financières que pourrait dégager un club comme le Celtic FC, qui pourrait attirer 250 000 supporters potentiels, les deux compères décident de prendre les choses en main. En août 1888, dans le dos du frère Walfrid et du comité directeur, ils font signer des contrats à huit joueurs des Edinburgh Hibernians.
Moyennant quelques versements en liquide, les joueurs acceptent de signer leurs contrats et, par la même occasion, la destruction de leur club d’origine. En moins de trois ans, les Edinburgh Hibernians se retrouvent au bord d’un précipice dont ils se relèveront bien plus tard, pour devenir le club qu’ils sont aujourd’hui.
La suite de l’histoire, tout le monde la connaît. Saison après saison, les Bhoys promènent leurs rayures vertes et blanches dans toute l’Écosse et garnissent leur armoire à trophées : une coupe d’Écosse en 1892, 1899 et 1900 et des titres de champions en 1893, 1894, 1896 et 1898. Les rayures, qui étaient jusqu’alors verticales, deviennent horizontales le 15 août 1903 lors d’un match face à Partick Thistle.
Le tout premier était blanc, le second blanc et vert à rayures verticales et le dernier, celui que les joueurs portent encore aujourd’hui, est donc blanc et vert à rayures horizontales. Avec ces nouvelles rayures, les Bhoys raflent six titres de champions entre 1905 et 1910, ainsi que la modique somme de quatre coupes d’Écosse. Rebelote entre 1914 et 1917, avec quatre nouveaux titres de champions, avant que les Rangers ne prennent le contrôle de la ville un moment.
S’il est aujourd’hui difficile d’imaginer le club de Glasgow dépasser la phase de poules d’une Ligue des champions, il fait pourtant partie du club très fermé de ceux qui ont soulevé le trophée le plus prestigieux d’Europe. C’était le 25 mai 1967, après une finale remportée à Lisbonne face à l’Inter Milan (2-1).
Ce soir-là, les Bhoys ne l’avait pas volé : 49 tirs, deux sur la barre transversale, 17 déviés, etc. Dans leur tenue simple (des rayures horizontales blanches et vertes, un short blanc floqué d’un numéro vert et des chaussettes blanches), les joueurs de Glasgow réussissent, en plus de gagner la C1, une année parfaite. Ils remportent tous les titres possibles : la Coupe d’Écosse, la Coupe de la Ligue écossaise, le championnat d’Écosse, et la Coupe de Glasgow. Largement de quoi faire de cette année la plus belle du club.
À partir de 1970, les joueurs sont tout de même contraints d’adopter une nouvelle couleur, le jaune. Au fil des ans, le noir deviendra lui aussi une couleur privilégiée à l’extérieur. Les rayures blanches et vertes horizontales ne bougent évidemment pas, mais le blason est lui repensé pour ressembler aux premiers écus.
Le trèfle est repoussé en bas du blason par une grande croix celtique elle-même entourée des années 1888/1988 et de la mention « Celtic Football Club ». Le sponsor de l’époque, CRSMITH, reste assez imposant, mais plutôt discret, imprimé en noir sur le ventre.
De nombreux clubs autour du monde utilisent les couleurs du Celtic Football Club. Seulement, ils puisent plus leur inspiration dans leurs origines irlandaises que dans le CFC lui-même.
Par la suite, la tenue des « Bhoys » se pare de rayures verticales vertes et blanches à partir de 1889. Dans ces couleurs, le Celtic remportera 48 titres de champion d’Écosse, 37 coupes nationales et 21 Coupes de la Ligue.
Dans les années 1970 et 1980, les « Bhoys » portaient alors leurs numéros sur le short uniquement. L’arrivée des différents équipementiers du Celtic n’y changera rien et la tenue restera fidèle aux rayures horizontales blanches et vertes, au short blanc et aux chaussettes blanches.
Le Déclin et les Difficultés Financières
Depuis de nombreuses années le football écossais subit d’importantes difficultés financières. La faillite du diffuseur TV Setanta en 2009 a en particulier mis en difficulté de nombreux clubs. Et parmi les victimes de grands noms du football écossais. Ainsi les Glasgow Rangers déposèrent le bilan en 2011, relégation administrative à la clé. Repartis du plus bas niveau du football professionnel écossais en 2012, les Rangers retrouvent l’élite pour la saison 2016 / 2017 et retrouvent le titre de champion d’Écosse en 2021, mais sans avoir totalement résolu leurs problèmes financiers. Les deux clubs de Édimbourg, Hibernian et Heart of Midlothian, ont subi un sort semblable.
Joueurs Écossais Légendaires
Malgré son passé prestigieux le football écossais a donné très peu de grands joueurs qui ont marqué l’histoire du football.
- John William Madden, né en 1865 à Dumbarton, fut footballeur professionnel de 1886 à 1898, en particulier au poste d’attaquant au Celtic Glasgow. Il participe d’ailleurs au premier match officiel de l’histoire du Celtic face … aux Rangers ! Mais il est surtout connu pour sa brillante carrière d’entraîneur menée de 1905 à 1930 au Slavia Prague en Tchécoslovaquie. Il met en place un style novateur inspiré du football de son Écosse natale, donnant naissance au « football danubien ». Il a laissé une telle trace dans le football tchèque qu’il est souvent qualifié de « père du football tchèque ».
- Matt Busby, né en 1909, connut une belle carrière professionnelle au poste d’ailier droit dans l’entre deux guerres pour Manchester City et Liverpool. Mais c’est en tant qu’entraîneur de Manchester United qu’il est devenu une légende du football. Pendant ses 25 saisons à la tête des Red Devils il remporte 13 trophées dont 5 championnats et une Coupe d’Europe des Clubs Champions. Seul Alex Ferguson (voir plus loin) dépassera ces statistiques !
- Bill Shankly, né en 1913, connut une belle carrière de joueur dans le club anglais de Preston North End. Mais il est surtout entré dans la légende en tant qu’entraîneur de Liverpool entre 1959 et 1974. Il récupère un club mal en point en deuxième division et le ramène au sommet du football anglais avec 3 championnats remportés, deux Cups et une coupe de l’UEFA.
- John « Jock » Stein, né en 1922, connut une carrière de joueur en particulier au Celtic. Mais il fut surtout l’entraîneur mythique du Celtic entre 1965 et 1978. Sous ses ordres le Celtic collectionne les trophées : 10 titres de champion, 8 Scottish Cups, mais surtout la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1967 avec les « Lisbon Lions », un groupe de joueurs tous formés à Glasgow.
- Denis Law, né en 1940, fit partie du grand Manchester United des années 60 et 70 aux côtés de joueurs comme Bobby Charlton et George Best. Sous les couleurs de MU il remporte 2 championnats, une coupe d’Angleterre et une Coupe d’Europe des Clubs Champions. Il est encore aujourd’hui le troisième meilleur buteur de l’histoire du club mancunien. Il reçoit le Ballon d’Or en 1964 et reste à ce jour l’unique écossais à l’avoir gagné.
- Alex Ferguson, né en 1941, fut après une modeste carrière de joueur dans des clubs écossais un des plus grands entraîneurs de l’histoire du football. Sa carrière d’entraîneur décolle à Aberdeen avec qui il obtient 3 titres de champion d’Écosse et une Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe. Mais c’est en rejoignant Manchester United qu’il va entrer dans la légende. Après des débuts compliqués, il règne pendant 27 ans à la tête des Red Devils et pulvérise tous les records : 1500 matchs, un palmarès comptant entre autres 13 championnats d’Angleterre, 5 coupes d’Angleterre et 2 Ligues des Champions, et la révélation de grands noms du football (Éric Cantona, Ryan Giggs, David Beckham, Cristiano Ronaldo, …) !
- Kenny Dalglish, né en 1951, est sans doute le plus grand joueur de l’histoire du football écossais. Le magazine de référence Four Four Two l’a même désigné comme le plus grand attaquant britannique de l’après-guerre ! Il connut seulement deux clubs dans sa carrière : le Celtic Glasgow de 1969 à 1977 (4 titres de champion d’Écosse à la clé) puis Liverpool jusqu’en 1990. Sur les bords de la Mersey il participe activement à la période la plus faste de l’histoire du club, remportant en particulier 6 championnats et 3 Coupes d’Europe des Clubs Champions. Il est par ailleurs détenteur du record du nombre de sélections (102) et de buts (30) pour l’équipe d’Écosse. Sa carrière d’entraîneur sera elle aussi couronnée de succès. Il remporte en particulier 4 championnats d’Angleterre (3 avec Liverpool et un avec les Blackburn Rovers).