L'histoire d'Éric Maxim Choupo-Moting au PSG: D'inattendu à héros

La carrière d'Éric Maxim Choupo-Moting est une fable moderne du football, un récit où la persévérance et l'humilité triomphent des obstacles et des préjugés. Son parcours, atypique et semé d'embûches, l'a mené des terrains modestes aux plus grandes scènes européennes, où il a su marquer les esprits par son talent et son état d'esprit irréprochable.

Les débuts et l'appel du Cameroun

La scène se déroule à la fin du printemps 2010. Éric Maxim Choupo-Moting, alors âgé de 21 ans, reçoit sa première convocation en équipe nationale du Cameroun par Paul Le Guen. Le sélectionneur des Lions Indomptables prépare la Coupe du monde et a convoqué l'attaquant né à Hambourg (d'un père camerounais et d'une mère allemande) pour le stage précédant le tournoi planétaire.

Samuel Eto'o rejoint la bande sur la fin de la préparation, après avoir disputé la finale de la Ligue des champions avec l'Inter. À son arrivée, la star vient voir le nouveau venu, inconnu à l'époque : « Tout le monde me dit que tu es un joueur formidable. J'ai hâte de voir ça à l'entraînement. » Stéphane Mbia, autre témoin des premiers pas de « Choupo » avec les Lions, confirme : « Il avait fait forte impression par son attitude positive et par ce qu'il montrait. Il était très technique, rapide, très fort dos au jeu et dans les un contre un. On s'est tous dit : "C'est du bon, il ira loin, lui." »

Après des débuts au Hambourg SV, il passe par Nuremberg, Mayence, Schalke 04 et Stoke. Choupo-Moting attendra d'avoir 29 ans pour rallier un des meilleurs clubs d'Europe, le Paris-SG (en 2018), et deux ans de plus pour forcer la reconnaissance d'un milieu impitoyable.

« Choupo » a joué dans les sélections allemandes de jeunes, mais c'est avec le Cameroun qu'il est devenu international A, aux côtés d'Eto'o, ici en 2014.

L'aventure parisienne: Entre ombre et lumière

Eric Maxim Choupo-Moting est arrivé au PSG en 2018, en provenance de Stoke City. Lucide, il a toujours été conscient de ses limites, à commencer par une irrégularité chronique qui l'a empêché de viser plus haut (meilleure saison en club : 11 buts avec Mayence en 2013-2014) et lui a valu cette carrière imparfaite, spasmodique. Mais au gré d'une solide expérience dans des clubs de second plan européen, il se sait aussi capable de fulgurances, comme cet enchaînement un soir de L1 devant Toulouse (4-0, le 25 août 2019), dribble au milieu de trois adversaires, roulette, frappe du gauche en pivot, but.

Réduit à une réputation d'« ambianceur » de vestiaire Cantonné à un rôle de doublure des stars lors de ses deux années parisiennes, le Germano-Camerounais a rempli sa fonction au-delà de toutes les espérances. Ravi de s'entraîner au contact de Neymar ou d'Angel Di Maria et persuadé qu'il progresserait à leurs côtés. Au fond de lui, il a toujours attendu qu'une telle opportunité se présente à lui et quand elle est arrivée, il l'a saisie sans complexe.

Pourtant, derrière le bon gars apprécié de tous ses partenaires, Choupo n'a jamais cessé d'être un compétiteur, un exigeant, un accrocheur, fût-ce à temps partiel. « Dans tous les clubs où il est passé, il a toujours dû se battre pour jouer et il a toujours fini par avoir du temps de jeu, glisse un proche. Dans la bataille, il fait front, il ne se cache pas. »

Depuis son arrivée à Paris, il a toujours accepté de jouer les seconds rôles. Même quand son aventure parisienne commença à tourner marron à cause d'une scène de bêtisier qui le vit stopper sur la ligne de but adverse la frappe d'un coéquipier (le 7 avril 2019, 2-2 contre Strasbourg), il n'a pas lâché. Raillé, dévalorisé, réduit à une réputation d'« ambianceur » de vestiaire, il a fait profil bas et attendu son heure pour apporter la seule réplique qui vaille.

Dans ces moments-là, il se souvient des mots de Samuel Eto'o, idole d'enfance dont il avait le poster sur les murs de sa chambre et au côté duquel il fut titularisé pour sa première sélection à l'été 2010. De Matthias Sammer qui, à la même époque, s'efforça de le convaincre de rejoindre la Mannschaft puisque Choupo avait été international allemand dans toutes les équipes de jeunes. De sa médaille d'argent Fritz-Walter, décernée en 2007 au titre de deuxième meilleur joueur allemand des moins de 18 ans, un palmarès où il côtoie Neuer, Kroos, Götze ou Draxler. De Timothée Atouba qui, pendant son passage à Hambourg (2005-2009), fut le premier à alerter les instances camerounaises sur l'existence de ce jeune talent prometteur.

Mais il se souvient aussi des terrains bosselés et râpés d'Afrique où son père l'emmenait, à partir de ses 6 ans, pour lui inculquer la relativité des choses. Ancien basketteur, Just Choupo-Moting organisait alors de petits tournois de foot pour permettre à son fils d'appréhender la diversité du monde et s'imprégner des racines paternelles. Son fils en a conservé une curiosité, une empathie, une joie de vivre en toutes circonstances.

On se souviendra d'Eric Maxim Choupo-Moting pour son but décisif en quart de finale de Ligue des Champions l'été dernier face à l'Atalanta. Un but précieux puisqu'il a permis au Paris Saint-Germain de s'imposer 2-1 dans les dernières secondes du match.

Eric Maxim Choupo Moting The Hero vs Atalanta

Le quart de finale face à l'Atalanta Bergame

12 août dernier, Lisbonne, quart de finale face à l'Atalanta Bergame. Mené au score depuis la demi-heure de jeu, Paris ne parvient pas à surprendre une équipe italienne qui plie mais résiste aux coups de boutoir de Neymar et Mbappé. Entré pour le dernier quart d'heure, Choupo va faire basculer la rencontre. Une ouverture pour Neymar qui amène l'égalisation à la 90e minute, puis un tacle rageur pour reprendre un centre de Mbappé et arracher la victoire dans le temps additionnel (90e+3) : en trois minutes, le massif attaquant a diligenté un miraculeux retournement de situation et s'est fait une place dans l'histoire du club.

Un scénario rocambolesque, improbable même. En janvier, le PSG voulait le céder et l'avait écarté de sa liste pour la C1 afin d'y inscrire un troisième gardien, Marcin Bulka. En juin, alors que son contrat prenait fin, il avait été informé par ses dirigeants qu'il ne serait pas conservé pour le « Final 8 » avant de se voir finalement proposer une rallonge de deux mois suite au désistement de Cavani...

Ce soir-là, après avoir été célébré par tous ses coéquipiers du stade à l'hôtel, sincèrement heureux pour lui, il n'a pu réprimer un doux sentiment de revanche en consultant les dizaines de messages de félicitations reçus sur son portable. Une fable à la morale bien à son image.

Le Bayern Munich et la reconnaissance

Quelques semaines après le miracle face à Bergame, le PSG lui a soumis une prolongation d'un an. Il s'est payé le luxe d'éconduire le vice-champion d'Europe pour s'engager avec... le grand club de son pays natal, le Bayern Munich, champion d'Europe, qui lui proposait le même statut de joueur de complément (une année + une seconde en option). Une inattendue consécration pour l'ancien attaquant de Mayence et Stoke.

Quelques jours plus tard, le PSG s'inclinait en finale contre le Bayern Munich (1-0). Eric Maxim Choupo-Moting s'est retrouvé libre juste après cette rencontre et se devait de trouver un autre point de chute. Finalement, le Camerounais a justement rejoint le Bayern Munich avec qui il s'est engagé un an.

Le club est issu de l'un des fleurons de la mode mondiale et ses tenues doivent être extravagantes et intéressantes. Le club a rendu hommage à des monuments célèbres, a recréé les illuminations de Paris et a collaboré avec certaines des marques les plus connues pour créer des kits vraiment emblématiques.

Souvent décrit en Allemagne comme un joueur de milieu de tableau avant son arrivée au Paris Saint-Germain, l'attaquant de 32 ans s'est facilement acclimaté à son rôle de doublure. Mieux, il est un élément important dans le vestiaire : «il s'entend bien avec tous les joueurs. C'est un gros plus pour lui. C'est une figure populaire dans le vestiaire et il est en partie responsable de la bonne ambiance.»

Comme un poisson dans l'eau, il a déjà pris part à 24 rencontres cette saison et a su permettre à Robert Lewandowski et Thomas Müller de souffler un peu. Il a même pris la place de ce dernier quand celui-ci était absent lors du mois de février.

S'il ne représente pas une alternative totalement fiable, Eric Maxim Choupo-Moting a su marquer en Ligue des Champions (2 buts) et n'a pas semblé totalement perdu sur le terrain. Ainsi, la possibilité qu'il débute le quart de finale aller de Ligue des Champions contre le Paris Saint-Germain a pris de l'importance depuis la blessure de Robert Lewandowski.

Titulaire en pointe lors de la victoire contre le RB Leipzig (0-1), il a livré une prestation intéressante notamment dans les efforts. «Robert est un joueur important. Nous devons faire face à la situation et nous avons des joueurs qui peuvent jouer dans cette position. C’est un défi pour nous tous. Il est toujours difficile de dire avec des détails quand le joueur sera de retour d’une blessure. Choupo a montré ses qualités et est définitivement une option. Je ne révélerai pas comment nous allons nous aligner maintenant» avait notamment expliqué son coach Hans-Dieter Flick après le match.

Eric Maxim Choupo-Moting ne continuera pas son aventure au Paris Saint-Germain, comme annoncé par RMC Sport ce jeudi. L’attaquant camerounais quittera la capitale à l’issue de son contrat, le 30 juin prochain, sans même accompagner la formation parisienne dans les échéances importantes du mois d’août (finales de la Coupe de France et de la Coupe de la Ligue, reprise de la Ligue des Champions). Il sera resté deux saisons au PSG, connaissant parfois d’improbables péripéties.

Chronologie des moments clés au PSG

Date Événement
31 août 2018 Signature surprise au PSG
26 février 2019 Chouchou du Parc, et chanson à sa gloire
7 avril 2019 L’incroyable raté face à Strasbourg
25 août 2019 Festival contre le TFC
4 février 2020 Non-inscription sur la liste de la Ligue des champions

L'amour des supporters parisiens

« La-lalalala-la… Chouuuuu-po-Moting ! » Un chant qui, mardi, relevait encore du domaine de la parodie, mais le lendemain soir, ces mots embrassaient bel et bien les lèvres de tous les supporters parisiens. Une ferveur particulièrement vive sur le parvis du Parc des Princes, où s’étaient rassemblés les fans du club, parmi lesquels le Collectif Ultras Paris.

« Les supporters sont très spéciaux, ils sont vraiment toujours là pour moi, reconnaissait l’intéressé dans le So Foot n°167. Cette ferveur, je l’adore. Je ne dis pas ça parce que j’ai signé à Paris. Les supporters de Stoke étaient pas mal aussi, c’était cool, mais le PSG, c’est autre chose. » Une affection que le Camerounais explique par son caractère, lui qui donne toujours le maximum sur le pré : « Partout où je vais, j’essaie d’être vrai, correct et sincère avec le public. Je veux toujours montrer aux supporters qu’ils sont importants.(…)Après, je ne peux pas vraiment expliquer l’affection qu’ils ont à mon égard.

Merci #ChoupoMoting ! L’épisode de Bergame n’est pas le premier rendez-vous galant entre Choupo et le public parisien. Dès sa première saison sur les bords de Seine, il profite des blessures en deuxième partie d’exercice pour fouler la pelouse du Parc et se faire acclamer par un stade conquis, malgré son manque d’efficacité devant les cages. Le début de saison suivante est cataclysmique pour Paname : Neymar est écarté du groupe non pas pour aller souffler les bougies en famille, mais pour des rumeurs de transfert à Barcelone. De leur côté, Mbappé et Cavani se blessent contre Toulouse. Heureusement, « un Choupo-Moting paie toujours ses dettes » et l’affection monte encore d’un cran quand celui-ci décide de rendre l’amour que lui porte le public parisien, en claquant trois buts en deux matchs.

Le PSG peut lancer sa saison sur d’excellents rails, et sans ses stars. Entre ce fait d’arme et le match de l’Atalanta, Choupo joue peu et travaille dans l’ombre, isolé des tabloïds qui préfèrent côtoyer ses partenaires. Mais un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse et pendant que les caméras sont focalisées sur Mbappé, Neymar et Wanda Nara, Choupo prépare son plus gros coup en tant qu’avant-centre : Bergame en fut la victime. Dès lors, l’amour porté par le public parisien est justifié, tant le cap passé par le PSG se faisait attendre.

Un homme apprécié de tous

Partout où il passe, Eric Maxim laisse de chaleureux souvenirs, ceux d’un homme solaire qui prône la joie de vivre et le travail. Ce n’est en tout cas pas au bord de l’Elbe qu’on vous dira le contraire. Lors de ses années de formation au club d’Altona, l’un des quartiers de Hambourg, Choupo se lie d’amitié avec beaucoup de monde, et notamment le fils de son entraîneur. Vers ses quatorze ans, le Camerounais passe beaucoup de temps avec Benny House : des heures consacrées au tennis-ballon sur une table de ping-pong. La simplicité d’un petit garçon qui veut jouer au football, peu importent l’environnement et les outils mis à disposition.

Mickaël Tavares, son coéquipier à Hambourg et Nuremberg, se souvient d’un homme qui se démarque par sa gentillesse, à défaut de le faire par des appels en profondeur. « Humainement, c’est quelqu’un de naturellement gentil et agréable, donc il n’a aucun problème à s’intégrer, souligne son pote de toujours. Nous sommes encore en contact, l’année dernière on est allés à Disneyland ensemble, c’est quelqu’un de vraiment vraiment cool De son côté, Florian Zenger, rédacteur pour le journal du FC Nuremberg (Clubsfans United), constate une certaine évolution chez le grand Maxim. « Il a toujours été quelqu’un de gentil, accessible, mais il n’était pas vraiment cette icône de la gentillesse comme aujourd’hui. Choupo-Moting a-t-il toujours été ce gars aimé de tous, duquel les supporters s’amourachent, indépendamment de ses prestations sur le pré ? Pas sûr.

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