Le monde du football est riche en histoires et rivalités, et la région du Nord de la France ne fait pas exception. Des figures emblématiques aux derbies passionnés, plongeons au cœur de l'histoire du football à Loison-sous-Lens et de la légendaire confrontation entre le LOSC et le RC Lens.
Les origines du Racing Club de Lens
Le Racing Club de Lens doit une part essentielle de son existence à un homme souvent oublié.
Tous les connaisseurs de l’histoire du club ont entendu parler de la place Verte, berceau des premiers pas du football lensois au début du XXe siècle, où de jeunes étudiants se rassemblent pour improviser leurs premières parties.
Toutefois, afin de transformer ces rassemblements spontanés en véritable club, il faut des hommes pour structurer le mouvement.
C’est ainsi que Henri Douterlungne et Jules Joseph Van den Weghe, créateurs du Club cyclo-pédestre de Lens trois ans auparavant, décident d’ajouter en 1903 une section football.
Si les débuts sont marqués par un enthousiasme débordant, le besoin d’une organisation se fait rapidement ressentir.
Pendant que les joueurs disputent leurs rencontres dans la pâture Mercier, située dans le secteur du marais, autrement dit à la sortie de la ville en direction de Loison, un certain Justin Guilbert est sollicité pour endosser le rôle de secrétaire.
À l’âge de 19 ans seulement, il rédige les premiers statuts du club, qui sont déposés en sous-préfecture de Béthune le 18 octobre 1907, marquant ainsi la date officielle de la création du Racing Club lensois.
Les statuts du Racing Club lensois définissent clairement son organisation et ses règles internes. Ils établissent des fonctions précises pour chaque membre du club : président, vice-président, secrétaire et trésorier.
On remarque également que les règles mises en place sont très détaillées. Par exemple, concernant le rôle de secrétaire-trésorier, ce responsable des finances du club doit toujours porter sur lui une somme de 5 francs lors des réunions pour parer aux imprévus.
L’article 8 prévoit qu’un membre du conseil absent à trois réunions consécutives sans justification valable est considéré comme démissionnaire.
Les missions du capitaine et du lieutenant sont également établis : « Ils sont responsables de la formation et de l’alignement de l’équipe, et tout refus d’obéissance peut entraîner une amende de 10 centimes ».
Les prétendants au rôle d’arbitre ont eux aussi droit à un rappel : « L’arbitre doit respecter scrupuleusement les règles du jeu et appliquer les sanctions nécessaires ».
Quant aux membres de l’association, ils ont des droits, mais surtout des devoirs. Ils doivent s’acquitter d’une cotisation mensuelle de 50 centimes, et le port de l’insigne du club sous l’effet de l’ivresse ou dans un état d’inconscience entraîne une révocation immédiate.
Né le 26 décembre 1888 à Ranchicourt, Justin est le fils de Marie Dumortier et de Bertin Guilbert, maire de ce village et brasseur, puis juge de paix du canton Ouest de Lens.
Il grandit aux côtés de son frère aîné Albert, né huit ans plus tôt, qui travaille aux mines de Liévin en tant que chef de dépôt et mécanicien.
Alors qu’il entreprend des études de droit, Justin s’implique activement dans la structuration du Racing Club de Lens, contribuant de manière décisive à la mise en place juridique de l’association.
Ce n’est pas qu’un gratte-papier et un juriste précoce : outre ses fonctions administratives, il se distingue également par ses performances sur le terrain.
Le 6 avril 1911, il épouse Fernande Carpentier et s’installe avec elle à Lens, rue Eugène-Bar.
Le contrat de mariage est établi par le notaire béthunois Marcel Dormion, qui devient ensuite son employeur lorsque Justin intègre son cabinet comme clerc de notaire.
Il occupe également le poste de receveur municipal, agissant comme conseiller financier auprès du maire de Lens.
Pendant la guerre, il souffre d’une insuffisance musculaire et d’un grave rétrécissement aortique accompagné d’une dyspnée d’effort persistante (des difficultés respiratoires, en d’autres termes).
Durant cette période, ce poilu devient père de deux enfants : Albert, né en 1913, et Justine, née en 1915.
Il parvient à obtenir après le conflit des dommages de guerre, qui lui permettent de remettre en état le terrain du parc de la Glissoire, le rendant ainsi plus adapté à la pratique sportive que la pâture Tacquet.
Malheureusement, ses problèmes de santé finissent par avoir raison de lui.
Justin Guilbert a permis au Racing Club de Lens de se structurer efficacement et de perdurer dans le temps. Il a non seulement posé les bases d’une organisation administrative solide, mais également instauré un cadre disciplinaire exemplaire.
François Bourbotte : Un héros de Loison-sous-Lens
Né le 24 février 1913 à Loison-sous-Lens, François Bourbotte est une figure emblématique du football nordiste. Ce grand milieu récupérateur, dur sur l'homme, est le premier capitaine champion d'après-guerre, remportant le titre avec le LOSC en 1946.
Bourbotte échappe aux recruteurs lensois alors qu'il évolue chez les jeunes du club voisin de Bully-les-Mines. Avec les bullygeois, le jeune François remporte la Coupe de France juniors en 1932, ancêtre de la Gambardella.
Progressant peu à peu, il est repéré et rejoint les rangs du SC Fives en 1936 à l'âge de 23 ans, et s'impose très vite comme un titulaire indiscutable en tant que milieu défensif, au point de connaître sa première sélection un an plus tard.
International à 17 reprises, il participera d'ailleurs à la Coupe du Monde 1938, disputée en France, mais sans jouer à cause d'une blessure.
Pendant la guerre, il évoluera sous les couleurs de Lille-Flandres, disputant le championnat en zone interdite, dans une équipe composé des meilleurs éléments du nord de l'Hexagone comme son coéquipier René Bihel, le Lillois Jean Lechantre, le Roubaisien César Urbaniak ou le Valenciennois Jules Léglise.
À la Libération, il rejoindra le nouveau club, le Lille Olympique Sporting Club, fusion de l'Olympique lillois et du SC Fives. Il y connaîtra ses plus belles heures de gloire en remportant le doublé Coupe-Championnat en 1946 aux cotés de Jean Lechantre, Marceau Somerlinck et Jean Baratte.
En froid avec le club nordiste à cause d'une victoire trop arrosé au champagne dans un wagon, il s’en va terminer sa carrière de joueur à la JA Armentières.
Deux ans plus tard, il deviendra entraîneur de l'US Boulogne-sur-Mer, alors en Division d'honneur.
Après six années à la tête du club de la Côte d'Opale, il quitte définitivement le monde du football et revient vivre dans la région d'Arras où il décède en 1972, à l'âge de 59 ans.
Dans le Pas-de-Calais, à Beaurains, le stade municipal porte aujourd’hui son nom.
Mais son patronyme reste associé à un trophée symbolique: le bâton de Bourbotte, la version française du bâton de Nasazzi.
Le Bâton de Bourbotte
Le principe est simple: pour récupérer le Bâton, il suffit de battre le détenteur.
C'est comme pour José Nasazzi, le défenseur droit a été le premier champion du monde en tant que capitaine, c'était en 1930 avec l'Uruguay.
C'est donc le point de départ de la récompense et le premier propriétaire. Ainsi, le Brésil a récupéré le bâton en 1931 en battant l’Uruguay.
Ce trophée imaginaire circule virtuellement depuis des années au gré des matchs internationaux. Là, c'est la même chose.
Le premier vainqueur du championnat de l’élite d’après-guerre est Lille qui avait pour capitaine François. Le LOSC l’a conservé que cinq rencontres, battu à Roubaix dès la 5ème journée de la saison suivante.
Le Bâton de Bourbotte est désormais exposé à la Gaillette depuis sa victoire éclatante contre le LOSC (3-0). Un symbole, certes fictif, mais qui parle aux amateurs de traditions et d’histoires alternatives du football.
Le concept est simple : un club détient le bâton, et tant qu’il ne perd pas en Ligue 1, il le conserve. Le premier club à l’avoir « possédé » rétroactivement ? Le LOSC en août 1945 grâce à sa victoire sur le Red Star.
Un clin d’œil paradoxal, quand on connait la rivalité entre les deux clubs. Depuis 1945, le RC Lens a récupéré 37 fois la bâton et la gardé durant huit matchs, le record.
Le Bâton de Bourbotte est un trophée virtuel non officiel, mais le fait de l’avoir piqué dans la main des Lillois à ce « petit quelque chose » de savoureux.

La rivalité LOSC-RC Lens : Plus qu'un simple derby
Ah, le derby Lille-Lens, l’antagonisme Nord contre Pas-de-Calais, la capitale des Flandres contre celle de l’Artois… Suffisant pour faire du LOSC et du RCL des rivaux historiques ? Pas si sûr.
Et si la rivalité Lille-Lens n'avait pas toujours fait sens ? Au début du siècle dernier, les derbies du Nord désignaient davantage les confrontations entre l'Olympique Lillois, l’US Tourcoing, puis avec le RC Roubaix et l'Excelsior Roubaix jusqu'à la fin des années 1920.
Ce n’est que plus tard, quand le SC Fives, le VAFC et le RCL Lens sont sortis des divisions inférieures pour se frotter aux confrontations régionales au plus haut niveau qu’une rivalité a vu le jour.
Mais la toute première saison de professionnalisme dans l’histoire du football français (1932-1933) met surtout en exergue une opposition entre Lille et Fives.
En 1937-1938, 6 clubs de D1 sur 16 étaient nordistes !
Lors de la toute première saison d’après-guerre (1945-1946), la presse régionale regrette que le vieux stade Henri-Jooris ne puisse accueillir les 30 000 spectateurs qui se seraient volontiers déplacés pour ce sommet entre Lille et Lens, alors 2e et 3e du championnat.
Le marché noir et les failles de la sécurité conduiront à l'effondrement du toit d'une tribune durant le match, sans faire de victime heureusement.
Sur le terrain, les Dogues s'imposent 3-1, et la réserve posée par les Lensois n'y changera rien : Lens ne rattrapera plus son voisin, qui file vers son premier titre.

À l’aube des années 50, le LOSC, avec ses deux titres de champion et ses trois coupes de France peine à masquer une tendance de fond : le football nordiste est en déclin.
La disparition des rivaux historiques de la métropole lilloise fait émerger le RCL comme l’adversaire régional.
Comme s'il fallait combler un besoin : l'affiche LOSC-RCL se substitue ainsi aux autres.
Les désormais rivaux se retrouvent notamment en 1948, en finale de la Coupe de France.
La prospérité sportive du LOSC et son attractivité poussent le club à recruter quelques joueurs dans le bassin minier.
Le 25 mars 1951, le Lensois Ludwikowski porte la marque à 2-0 dans un derby que les Sang et Or remportent 2-1.
Espérons que les supporters artésiens d’alors aient bien profité de ce but, parce qu’il allait falloir attendre trois ans et demi, soit 602 minutes de jeu avant de revoir un but du Racing dans un derby (3-3, le 9 septembre 1954).
Entre temps, le LOSC s’est imposé à 5 reprises en 6 matchs.
Après de longues fluctuations voyant les deux clubs passer l’un et l’autre de l’élite à son antichambre dans les années 60 et 70 notamment, le RC Lens a, il est vrai, connu un ascendant sportif sur son concurrent au cours des années 90.
Mais malgré un RCL européen (1995-1996, 1996-1997), puis champion de France (1998) épanoui pendant que LOSC connaissait la relégation en 1997, les derbies n’ont jamais réellement tourné durablement à l’avantage des Sang et Or.
Sur les 12 confrontations disputées durant cette décennie 90, seuls 3 ont d’ailleurs été remportés par Lens.
Le LOSC en deuxième division ? Une anomalie très vite réparée grâce à la fantastique épopée des années 2000.
Le dimanche 24 septembre 2000, le derby et toute la passion qui l’accompagne, retrouve sa place parmi l’élite, près de 3 ans et demi après son dernier épisode.
Au Stadium, le RCL prend d’abord le dessus sur le promu lillois en ouvrant logiquement la marque par l’intermédiaire d’un Philippe Brunel pas encore Lillois (23’, 0-1).
Mais un Dogue ne lâche jamais sa proie, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Et si ce derby-là représentait l’illustration parfaite de ce que beaucoup nommaient alors « Le Vahid Time » ?
Grâce à deux entrants, Bakari et Peyrelade, le LOSC égalise (85’) et l’emporte (90’) dans les cinq dernières minutes. Une victoire aux forceps pour le retour du derby ?
Il n’en faut pas plus pour remuer les braises d’une rivalité devenue historique. Surtout quand les Dogues obtiennent la première qualification européenne de leur histoire dès leur retour en Ligue 1.
Propulsé en Champions League, le promu lillois, chouchou des Français pour l’exploit inédit qu’il vient de réaliser, s’en va disputer la plus prestigieuse des compétitions européennes "à domicile" au stade Felix Bollaert, pendant que l’habituel résident lensois ne dispute pas de compétition européenne cette saison-là (2001-2002).
13 aout 2006 : Le LOSC domine le RCL 4-0 au Stadium. Mais le mieux placé pour résumer cette douce après-midi est certainement Peter Odemwingie, triple buteur ce jour-là.
« Je me souviens très bien de ce derby. C’était la 2ème journée, nos retrouvailles avec le Stadium, notre public. On avait la Champions League en ligne de mire. Il flottait aussi dans l’air un petit goût de revanche, car on s’était incliné à Bollaert quelques mois plus tôt face aux Lensois (4-2). C’était donc le moment idéal pour jouer ce type de match à haute intensité. Ce jour-là, on était clairement la meilleure équipe sur le terrain.
10 mai 2008 : le contexte est explosif. Au Stadium, un LOSC qui peut encore espérer accrocher l’Europe accueille un RCL en pleine lutte pour le maintien… à deux journées du terme du championnat. Autant dire qu’il ne s’agit plus seulement d’une question de suprématie régionale, cette fois.
Sur le terrain, Cabaye, l’enfant du LOSC, (43’, 1-0), puis Pierre-Alain Frau, l’ancien Lensois (66’, 2-0) offrent aux Dogues la victoire malgré une réduction du score de Monterrubio en fin de match (69’, 2-1). Le Racing est contraint de réaliser l’exploit lors de la dernière journée s’il veut espérer se maintenir parmi l’élite.
Palmarès des deux clubs
Voici un aperçu des titres remportés par les deux clubs :
| Compétition | LOSC | RC Lens |
|---|---|---|
| Championnat de France | 4 (1946, 1954, 2011, 2021) | 1 (1998) |
| Coupe de France | 6 | 0 |
| Coupe de la Ligue | 0 | 1 (1999) |
La confrontation de ce soir sera la 121ᵉ de l'histoire entre les deux clubs. En championnat, ils se sont croisés 109 fois. Avantage à Lille avec 30 victoires contre 23 pour son rival. La première rencontre en championnat remonte à 1937. C'est l'équipe du bassin minier qui s'était imposée 2-1 face à l'Olympique lillois. À l’époque, le LOSC n'existait pas encore.
La route des deux clubs s'est croisée également en coupe de France. En 10 confrontations, Lille en a remporté six, trois pour Lens et un match nul. Sur le plan européen, c'est aussi Lille qui domine. Avec 135 matchs disputés dans les différentes compétitions de l'UEFA, dont 12 en Intertoto, le LOSC est désormais un habitué des joutes continentales. Lens a disputé 100 rencontres européennes, la première en 1975. Son meilleur parcours remonte à la saison 1999-2000. Les Lensois se hissent en demi-finale de la coupe UEFA (devenue Ligue Europa), la deuxième compétition européenne derrière la Ligue des champions.
Si, comme dans tous les derbys ou presque, c'est d'abord la rivalité qui est mise en avant, la proximité entre les deux clubs fait naître des histoires de grande fraternité. Lors de la saison 2001-2002, pour sa première qualification en Ligue des champions, Lille dont le stade n'est pas homologué par l'UEFA, joue ses matchs à domicile dans l'enceinte du RC Lens. Le LOSC évoluera à nouveau "à domicile" à Lens lors de sa campagne de Champions League 2006-2007.