L'Histoire de la Ligue des Flandres de Football: Des Débuts Difficiles à l'Essor

La "Belle Époque du sport" précède le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Avant 1914, une logique d’essaimage diffus et des modèles d’implantation et d’organisation souvent aléatoires président à la création des premiers clubs. Les associations d’étudiants ou d’anciens élèves des établissements secondaires de la région jouent un rôle souvent déterminant dans la création de sociétés sportives en adoptant un modèle anglais qui s’impose difficilement sur le Littoral, malgré une proximité géographique et culturelle, avant 1900. Les pratiques demeurent limitées à quelques matches amicaux, généralement conclus sous l’égide de l’USFSA. A partir de 1901, l’évolution du football nordiste est plus tangible : elle reproduit un phénomène observé à la même époque sur l’ensemble du territoire.

Au plan national, la fin du siècle correspond à l’organisation des instances du football français, sur un modèle de type concurrentiel : la vitalité du mouvement associatif et l’inflation des pratiques sportives provoquent une conjonction favorable au développement de clubs de football, et accentue le fossé qui séparant l’USFSA des autres structures. Cette « guerre des fédérations » aboutira à la création de la Fédération Française de Football Association (FFFA) le 7 avril 1919.

Jusqu’en 1906, date de la mise en place du CFI (Comité Français Interfédéral), l’hétérogénéité des compétitions demeure la règle : l’USFSA organise dès 1894 un premier championnat. Il réunit exclusivement des équipes parisiennes : sa formule s’apparente plus à une Coupe, dans la mesure où les clubs défaits sont éliminés. Il faudra attendre 1896 pour que l’on puisse véritablement parler d’un Championnat de France, regroupant une trentaine de clubs, tant à Paris qu’en province. Parallèlement au développement de matches officiels, les rencontres amicales se multiplient dans les régions, à mesure que le football association gagne du terrain, notamment au Nord de la France.

Avant 1900, les clubs pratiquant le football association dans la région Nord - Pas-de-Calais restent finalement en marge de compétitions parisiennes. A la veille de la première guerre mondiale, le paysage footballistique nordiste a considérablement évolué, tant sur le plan numérique (plus d’une vingtaine de clubs identifiés) que qualitatif : les équipes, en majorité affiliées à l’USFSA, disputent des challenges locaux qui viennent s’ajouter aux compétitions nationales : le Racing-Club de Roubaix, PUS Tourcoing puis l’Olympique Lillois deviennent des concurrents sérieux pour les équipes parisiennes et des grandes villes de province.

Le Racing-Club de Roubaix affiche un palmarès déjà conséquent : 5 titres de Champion de France USFSA de 1902 à 1909. Ces premiers succès accentuent la notoriété sportive des clubs et favorisent une implantation qui avant 1900 relevait majoritairement de l’initiative privée. Cette deuxième vague d’essaimage s’accompagne d’une première structuration administrative : les rencontres s’inscrivent désormais dans un cadre régional mieux agencé : groupes terrien et maritime, championnat de Ligue d’Artois dans le bassin minier...

L'hégémonie de l’USFSA est réelle au plan régional (22 clubs affiliés sur les 25 identifiés), et correspond à l’installation progressive d’une pyramide et d’une hiérarchie sportives entre les clubs. En adhérant à l’USFSA, les clubs de football du Nord et du Pas-de- Calais se voient légitimés et reconnus par une instance nationale, certes soumise à la concurrence, mais qui a su fédérer d’autres sociétés sportives. L’USFSA accorde aux comités régionaux une autonomie réelle, tout en assurant par ses règlements généraux une représentation de ces mêmes comités au sein du Conseil de l’USFSA.

Véritable interface sportive, le Nord - Pas-de-Calais permet la multiplication de ces rencontres, légitimées par l’adhésion à l’USFSA. L’USFSA aura finalement réussi son implantation dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais pour de multiples raisons : une importance numérique reconnue en dépit des écarts constatés, une capacité à promouvoir le développement de manifestations sportives, et surtout le mimétisme observé dans le fonctionnement des instances régionales et nationales.

Au lendemain de sa création, l’Olympique Lillois effectue ainsi ses premiers déplacements à l’étranger (rencontres contre le Slavia de Prague, l’équipe de Francfort, les équipes belges de Gand, Bruges et Bruxelles et le club anglais de Tunbridge Wells). Les contraintes de calendrier et les problèmes de déplacement contrarient cependant l’organisation des rencontres. Ils suscitent, de la part des dirigeants des clubs du Littoral, un sentiment de mécontentement renforcé par l’idée d’une injustice sportive, pénalisante pour des clubs dont les joueurs, soumis à de longs trajets en train, ne peuvent exprimer toutes leurs qualités physiques.

En juillet 1910, F. Destrée, secrétaire de l’USB, propose que l’ensemble des clubs engagés dans les compétitions officielles soient soumis aux mêmes règles. Le comité USFSA du Nord établit alors, sous l’autorité des autorités arbitrales, un calendrier sous la forme de matches « aller/retour », qui tient moins compte de la géographie régionale que d’un principe d’équité sportive supposée. L’alternance désormais classique entre matches à domicile et rencontres à l’extérieur est instituée.

La constitution de l’équipe des « Lions des Flandres », qui réunit à partir de 1912 les meilleurs joueurs des clubs de l’Olympique Lillois, du Racing-Stade de Roubaix et de l’US Tourcoing, est un autre signe manifeste de la vitalité du football nordiste. Cette création est une idée du Président Jooris, ardent défenseur d’un football régional susceptible d’attirer les foules. Elle peut aussi montrer que la notion d’équipe identifiée, qui défend les couleurs d’un club, d’une ville, voire d’un quartier, ne s’est pas encore totalement imposée, même si les derbies se développent.

L’équipe des « Lions des Flandres » victorieuse de la Ligue de Paris en 1914 (Ligue de Football Association) devient ainsi l’un des premiers symboles tangibles (sur le plan des résultats et du jeu) de la qualité du football nordiste, conséquence du succès de son enracinement. En dépit de leur nombre limité, les clubs du Nord et dans une moindre mesure du Pas-de-Calais ont su participer et s’intégrer aux compétitions organisées par les instances du football français, dépassant les divergences idéologiques qui affectent l’organisation de ces rencontres.

Le déclenchement annoncé de la première guerre mondiale va freiner les processus d’organisation et de développement du football nordiste, qui subit indirectement les conséquences de l’invasion et de l’occupation d’une partie du territoire. L’occupation allemande du département du Nord et du sud du département du Pas-de-Calais (le ligne de front s’étendant de Béthune à Bapaume, en passant par Lens et Arras), les offensives alliées lors des batailles d’Artois (décembre 1914, mai et septembre 1915, avril 1917), la présence de près de quatre millions de soldats sur les quatre années de guerre, les migrations de population dans la partie non occupée de la région... Autant d’éléments qui bouleversent l’économie et la vie quotidienne des populations du Nord - Pas-de-Calais et qui relèguent aux oubliettes toute forme de pratique sportive organisée.

Cette pause imposée par les opérations militaires et les rigueurs de l’occupation dans le Nord correspond paradoxalement à une sorte d’embellie du football au plan national et à une première phase visible de sa démocratisation. L’enlisement des offensives et la stabilisation des fronts, l’entrée dans une longue guerre de position après les échecs de la guerre de mouvement, vont finalement recréer à l’arrière les conditions d’une vie quotidienne d’avant-guerre, en accordant aux pratiques sportives de nouvelles dimensions : exutoire des temps difficiles, lieu de cristallisation d’un patriotisme nécessaire (sur le modèle des bataillons scolaires, sociétés de tir et de gymnastique d’avant guerre), les pratiques sportives sont exaltées et récupérées, et le football n’échappe pas au phénomène.

En introduisant la notion de poilu sportif, Alfred Wahl a démontré que le football n’est plus le simple lieu de divertissement des populations civiles et d’occupation de la jeunesse. Il devient également un instrument participant au « bourrage de crâne » caractéristique de la période. Les journaux sportifs se livrent désormais à de véritables hagiographies de ces soldats footballeurs, qui mettent leurs qualités physiques au service de la patrie, et n’hésitent pas, à l’occasion de permissions, à pratiquer leur sport lors de rencontres amicales où l’affluence est de moins en moins confidentielle : huit championnats ou compétitions sont ainsi organisés pendant la guerre, sans compter les rencontres amicales qui opposent équipes régimentaires françaises et alliées.

La présence de contingents de l’empire britannique sur le territoire français peut être considérée comme un facteur déterminant dans la diffusion et l’implantation du football en France, notamment dans les zones rurales. Les troupes anglaises assurent en quelque sorte une initiation sportive, qui contribue à ne plus faire du football une pratique exclusivement urbaine : les villes moyennes et les campagnes sont désormais touchées, l’extension du réseau ferré au lendemain de la guerre facilitant les déplacements régionaux. Dans le département du Pas-de-Calais, il reste délicat mais envisageable d’établir une corrélation entre l’implantation des camps britanniques et la création de clubs au lendemain de la guerre.

Si Coubertin souhaitait rebronzer la France par les pratiques sportives, il s’agit pour les Racingmen étaplois de régénérer une « race française » cruellement éprouvée par la guerre. Il faut aussi contribuer à la formation morale de l’individu par la transmission de vertus, constitutives d’une forme d’ascétisme sportif tout à fait compatible avec cette dimension hygiéniste des pratiques physiques.

En décembre 1921, la remise de la Coupe Gustave Leroux (président d’honneur du RCE) à l’issue d’une compétition de course à pied est l’occasion d’inaugurer une plaque commémorative en l’honneur des membres du RCE tombés au champ d’honneur. Cette frénésie commémorative constitue d’ailleurs l’un des particularismes observés dans le département. Propos patriotiques et annonciateurs d’un nationalisme sportif qui ne tardera pas à se décliner sous des formes variées dans l’Europe de l’entre deux guerres, au moment où les pratiques sportives s’institutionnalisent sur un mode de plus en plus compétitif.

Les critères cités allient cette fois de manière équitable paramètres physiques (force, agilité, souplesse) et comportementaux (endurance, abnégation, volonté). Publiés en 1921, les statuts du Racing-Club Etaplois donnent l’image d’une société sportive structurée et hiérarchisée, selon des principes communément répandus. Un comité central composé de 14 membres préside aux destinées des différentes sections sportives du club (éducation physique, préparation militaire et sports : football, basket-ball, cyclisme, athlétisme puis tennis à compter de 1923), et distribue des budgets de fonctionnement proportionnels à l’intérêt porté à chaque discipline et au nombre de pratiquants affiliés.

Sur le Littoral, à l’occasion d’une rencontre opposant l’équipe première du Racing-Club de Calais au Cox ’s Bank Athletic Football Club le 28 mars 1921 (les Maritimes s’inclinent 2/1 devant 800 spectateurs), la presse locale rappelle que la guerre a donné lieu à l’organisation de rencontres, ayant permis aux joueurs du RCC de se mesurer à des équipes supérieures sur le plan des individualités techniques, mais manquant visiblement de cohésion sur le plan du jeu, en raison d’une composition hétéroclite. La guerre nous a permis de rencontrer de nombreuses équipes anglaises.

Dans le bassin minier, l’augmentation numérique des clubs de football dans les années vingt a sans doute bénéficié de la présence britannique, à l’image d’un Racing-Club de Lens décimé au cours de la guerre, même si le rôle des Compagnies Minières aura également été déterminant. Particulièrement sinistré par la guerre, le département du Pas-de-Calais et le bassin minier, au lendemain de l’armistice de 1918, connaissent le temps de la reconstruction et de la remise en marche d’un potentiel économique anéanti. Au plan sportif, l’après-guerre se caractérise également par une difficile remise en état du football nordiste, éloigné pendant quatre années des compétitions et amputé de ses meilleurs joueurs.

Cette phase de recomposition régionale accompagne un processus décisif d’unification et d’autonomisation des instances sportives nationales, et correspond d’ailleurs à la phase de maturité du mouvement sportif, dont les pratiques connaissent, au lendemain de la guerre, une véritable sécularisation. L’unité retrouvée du football français, le 7 avril 1919, accélère le démembrement de l’USFSA et contribue à la création de fédérations unisports autonomes.

Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ne participent pas d’emblée à cette frénésie du rétablissement des compétitions sportives, tant les territoires sont marqués par la guerre et confrontés à l’urgence d’une remise à flot d’un potentiel économique détruit. Dans le bassin minier, qui constituait avant guerre l’un des lieux de forte concentration de la pratique du football, les ravages de l’occupation et la cicatrice de la ligne de front imposent d’abord la trilogie d’une reconstitution agricole/industrielle/minière, avant la remise en état de pratiques structurées.

Pour le Racing-Club de Lens, il s’agit également de « remettre en état » un football ayant connu quatre années de parenthèse forcée. Si le modèle anglais, sans être déterminant, avait contribué à la naissance du football nordiste, c’est cette fois-ci l’aide américaine qui assure le redémarrage du football lensois. Le directeur du Foyer du Comité de Secours Américain, installé rue de Lille, M. Laroche, outre sa mission de ravitaillement de la population lensoise, organise pour les jeunes des activités ludiques et de distraction. Lorsque ces derniers aménagent sommairement un terrain au milieu des ruines de la fosse 2, il leur procure l’indispensable ballon.

Anciens joueurs du Racing, Albert Guéant et Séverin Leleu, qui participent aux opérations de déblaiement de la cité, convainquent M. Laroche de les aider à obtenir un terrain de jeu plus convenable : la pâture Taquet, située dans le marais en contre bas de la route fera l’affaire et deviendra le premier stade d’un Racing-Club de Lens rebaptisé. Réglant la somme de 10 000 francs nécessaires aux travaux de viabilisation du terrain et de nivelage, M. Laroche exige que le Racing prenne une nouvelle appellation et devienne l’Union Sportive du Foyer Franco Américain (USFFA).

La Ligue du Nord-Pas-de-Calais de football est la première ligue sportive de la région. Créée le 30 août 1919, la Ligue est régie par la loi du 1er juillet 1901. Elle est présidée à sa création par Henri Jooris qui deviendra vice-président de la Fédération Française de Football. Elle réunit au départ les trois équipes les plus prestigieuses du moment : le Racing-club de Roubaix, l'Union sportive tourquenoise, l'Olympique Lillois (ces trois équipes forment en 1913 Le Lion des Flandres). La mise en place des ligues régionales permettent la prise en charge de l'organisation des championnats, coupes et rencontres locales.

Elle groupe les associations sportives affiliées à la Fédération française de football (FFF) et comprend des groupements sportifs dénommés « clubs » ayant pour objet principal ou accessoire la pratique du football. Elle comprend également des membres individuels, des membres d’honneur et des membres honoraires.

La Première Guerre mondiale : 1914-1918 (tous les épisodes)

Elle a pour objet :

  • l’organisation, la promotion, le développement, le contrôle de l’enseignement et la pratique du football sous toutes ses formes.
  • de créer et maintenir un lien entre ses membres individuels, les clubs affiliés, ses districts et les comités départementaux.
  • de défendre les intérêts moraux et matériels du football.

Le territoire d’activité de la ligue s’applique sur le département du Nord et du Pas-de-Calais et se subdivise en 5 districts :

  • sur le territoire du département du Nord : Escaut, Flandre, Maritime Nord.
  • sur le territoire du département du Pas-de-Calais : Artois, Côte d’Opale.

Les districts sont groupés en comités départementaux (l’un du Nord, l’autre du Pas-de-Calais). En 2003, la Ligue Nord-Pas-de-Calais de Football comptait 1161 clubs représentant 155 003 licenciés. La ligue Nord-Pas-de-Calais de football est de loin la 1ère ligue de la Région.

Tableau récapitulatif des clubs et licenciés en 2003

LigueNombre de clubsNombre de licenciés
Nord-Pas-de-Calais1161155 003

Clubs de football dans la région avant la Première Guerre mondiale :

  • Région de Lille/Roubaix/Tourcoing: RC Roubaix (1895), Stade Roubaisien (1896), US Tourcoing (1898), Iris-Club Lillois (1898), Sporting-Club Fivois (1901), Olympique Lillois (1902), Institut Industriel du Nord.
  • Littoral: US Boulogne (1898), Racing-Club de Calais (1902).
  • Bassin Minier: Racing-Club d’Arras (1901), Stade Bethunois (1902), Union Sportive de Bruay (1902), Racing-Club de Lens (1906), Stade Hénin Liétard, US Nœux-les-Mines (1909), Bully, Grenay, Douai.
  • Bassin de la Sambre: US Maubeuge (1902), Star-Club de Caudry (1903).

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