La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) est un parti politique français d'extrême gauche, section française de la IVe Internationale - Secrétariat unifié. Elle a d'abord été connue sous le nom de Ligue communiste (LC) de 1969 à 1973, puis de Front communiste révolutionnaire (FCR) en 1974, avant de devenir la LCR la même année.
La période qui suit Mai 1968 a permis, en France, à un groupe de militants se réclamant du trotskysme de sortir de la confidentialité. Dans un premier temps, ces militants sont apparus plus guévaristes que communistes. La dissolution de la Ligue communiste en 1973 semble mettre un terme aux tentations militaristes. Les militants tentent d'organiser le débat, par le biais des tendances, auxquelles ils se montrent très attachés. La LCR exerce finalement une faible attractivité sur les autres groupes se réclamant du trotskysme.
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) est issue du mouvement communiste trotskiste, anti-stalinien. Elle a succédé en 1974 à la Ligue communiste qui a rassemblé en 1969 des militants de deux entités déjà existantes : le Parti communiste internationaliste (PCI), créé en 1944, dirigé par Pierre Frank, et la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), également « frankiste », créée en 1966 à partir d'une scission, en 1965, de l'Union des étudiants communistes (UEC), à la suite du ralliement au PCI d'un certain nombre de ses militants de l'« opposition de gauche », en particulier Alain Krivine, Henri Weber, Charles Michaloux, Janette Habel.
L'activité de la JCR et du PCI pendant Mai 68 est arrêtée par leur dissolution par décret gouvernemental, le 12 juin 1968, dont sont également victimes dix autres organisations d'extrême-gauche, coïncidant avec la création d'un Comité pour la liberté et contre la répression. C'est cette dissolution qui donnera indirectement naissance à la Ligue communiste, lors d'un congrès clandestin début mai 1969 à Mannheim.
Une « commission très spéciale » (CTS) est « créée du temps de la JCR » par Henri Weber « se réunissant toujours en sa présence » comme une « petite armée privée ». Henri Weber explique avoir mis au point un système d'organisation de manifestations clandestines basé sur les « rendez-vous secondaires ». Pour déjouer l'intervention de la police, le lieu de rassemblement n'était communiqué qu'à nos militants qui ensuite le divulguaient aux autres à des « rendez-vous secondaires » convergeant ensuite vers la manifestation.
Mai 1968 a modifié les données de l'ensemble de l'échiquier politique en France, comme ailleurs dans le monde. Au congrès d'Épinay dit « de l'unification des socialistes » en juin 1971, François Mitterrand s'allie à Pierre Mauroy et au CERES de Jean-Pierre Chevènement pour proposer ce qu'ils appellent un « Front de classe », à savoir une alliance entre le Parti communiste français, le Parti socialiste et le Mouvement des radicaux de gauche à travers un Programme commun de gouvernement.
Bien que très orienté à gauche, la Ligue communiste considère que ce programme est « vidé de sa substance », le jugeant, certes, comme un programme radical, anticapitaliste, mais pas sur la question centrale qui détermine le reste : l'État. Elle considère également que c'est un programme de « collaboration de classe ».
À l'élection présidentielle de 1969, la Ligue communiste décide de présenter Alain Krivine, qui, après avoir été libéré de prison après l'été 1969, est en train de terminer son service militaire. Soutenu par certains mouvements d'extrême-gauche dont Lutte ouvrière et les maoïstes de Vive le communisme, il obtient près de 240 000 voix (1,06 %), Jacques Duclos (PCF) obtenant 21,3 % des suffrages.
Après sa fondation en avril 1969, par fusion des militants du Parti communiste internationaliste et de la Jeunesse communiste révolutionnaire à la suite de la dissolution des deux organisations par le gouvernement, la Ligue communiste devient la section française de la IVe Internationale. Deux ans plus tard, en mars 1971, le groupe Révolution ! (Isaac Johsua, Henri Maler et Christian Picquet) fait scission en contestant la ligne suivie par la LC au sein du Secours rouge (France), fondé à l'instigation de Jeannette Colombel.
Une partie des médias estime que la violence a démasqué des « fascistes de gauche » et réclame la dissolution tant de la Ligue communiste que d'Ordre nouveau, chez qui une tonne de barres de fer est ensuite saisie lors d'une perquisition. Le 13 mai 1971, une violente bagarre oppose 70 militants trotskistes armés et casqués venus de Paris au syndicat patronal CFT de Citroën Rennes, bagarre à l'issue de laquelle trois militants de la Ligue Communiste sont interpellés par les forces de l'ordre. Ils seront en janvier 1973 reconnus coupables de « violences aggravées » et condamnés à des peines de prison avec sursis.
Considérant que Mai 1968 avait été une « répétition générale » par analogie avec la révolution russe (1905/1917), la Ligue communiste cherche à intervenir sur tous les fronts de la lutte et à multiplier les secteurs d'intervention (« dialectique des secteurs d'intervention ») pour que s'en dégage le parti d'avant-garde qui mènera la révolution. Daniel Bensaïd soutient alors la « violence révolutionnaire » et critique l'« électoralisme stalinien », tandis que Gérard Filoche préconise le « travail syndical » et l'entrisme dans les partis ouvriers. Janette Habel et Pierre Rousset proposent quant à eux une position intermédiaire, entre activisme de rue et action syndicale et politique.
La ligne politique est finalement arrêtée dans Le Manifeste de la Ligue communiste, qui considère que la France est entrée dans la phase de « préparation à un affrontement généralisé pour la conquête du pouvoir », et qu'il faut donc créer une « organisation centralisée de la violence » pour guider le prolétariat. La Ligue communiste soutient alors certaines actions de guérillas, notamment celles de l'ERP en Argentine (Jean-Pierre Beauvais et Hubert Krivine alias Sandor se rendent sur place et participent à sa fondation), du FPLP-CG au Proche Orient ou de l'ETA en Espagne.
Contrairement au groupuscule pabliste de l'Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), qui a officialisé sa rupture avec la IVe Internationale en 1972, la Ligue communiste est alors relativement hermétique aux nouveaux mouvements sociaux, bien que Françoise Filoche monte dès le début des années 1970 une tendance révolutionnaire (« les pétroleuses») au sein du Mouvement de libération des femmes (MLF), et qui sera très active au sein du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) : elle critique en particulier le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), considérant qu'il fait le jeu de la bourgeoisie.
En juin 1972, la LCR publie dans son périodique Rouge : « Nous n'avons aucune hostilité de principe contre la lutte que mènent les homosexuels contre l'ostracisme dont les entoure la société bourgeoise, nous n'en trouvons que plus lamentables les grotesques exhibitions du FHAR, lors des dernières manifestations […]. Pas moins de trente unes de Rouge, le journal de la Ligue communiste, avaient été consacrées à l’Indochine entre septembre 1968 et août 1973 (sur un total de 218 numéros). La « main criminelle » des États-Unis est dénoncée. À deux reprises la une assimile les États-Unis à l’Allemagne nazie et Nixon à Hitler. Le 13 mai 1972 (no 157) un dessin emprunté à Siné figure une croix gammée dont les 4 branches correspondent aux membres d’un pantin coiffé d’un haut de forme aux couleurs américaines et tenant des missiles. Sur la une du numéro 186 (6 janvier 1973) apparaît la mention « Nixon, Hitler assassins » sur un charnier de victimes vietnamiennes.
Les groupes de gauche ont replacé leur action sur le contexte français, après les accords de Paris signant la fin de la Guerre du Viet Nam, précédés par le rapprochement sino-américain de 1972, qui coïncide avec un moindre activisme des maoïstes de la Gauche prolétarienne. Le 21 février 1972, Mao Zedong, président du Parti communiste chinois. accueille à Pékin le président des États-Unis Richard Nixon, pour une visite de huit jours.
Deux mois et demi après les Élections législatives françaises de 1973 des 4 et 11 mars 1973, qui ont vu l'Union de la Gauche gagner 5,5 points dans les urnes et l'extrême-gauche plafonner à 1,3 % a lieu le 21 juin 1973 au Quartier latin l'attaque d'un meeting du mouvement d'extrême-droite Ordre nouveau (mouvement) à la Mutualité, sur le thème de « l'immigration sauvage », le 21 juin 1973, par les militants de la Ligue communiste et ceux de la Gauche prolétarienne, armés de bâtons et de casques, qui vont au contact des policiers interposés entre les deux parties.
Dans ce climat politique tendu, la Ligue communiste juge la situation favorable pour affronter l'extrême droite (et « l'État qui la protège »). Le cortège de gauche aligne deux mille membres dont un millier est casqué et armé de matraques. Les jours précédents, les militants d’Ordre nouveau (mouvement) se sont promenés avec matraques et barres de fer dans le Quartier latin, provoquant des rixes. Henri Weber se porte en tête de la manifestation, avec Michel Recanati, lorsqu'elle commence, selon ses mémoires.
Privée de communication radios, la police est désorganisée, enfoncée à diverses reprises, soumise à une pluie de centaines de cocktails Molotov. Deux camions de Police Secours ont été pris d’assaut et incendiés, cinq cars de police endommagés. Environ trois cents militants sont surpris à attaquer l'un des cars de police, mais les meneurs de la manifestation protègent les policiers, arrêtent une voiture et font transporter le brûlé et le policier en difficulté cardiaque à l'hôpital Sainte-Anne, selon le rapport du commissaire de police du XIIe arrondissement. Un total de 76 policiers sont blessés, dont seize hospitalisés dans un état grave, 9 sérieusement brûlés, deux policiers gravement brûlés selon le compte-rendu de la réunion des chefs de service au ministère de l'Intérieur et un dans un état préoccupant. Le meeting se vide, le service d'ordre d’ON est accompagné jusqu’à son siège par les policiers.
La fouille du siège de la LC y dévoile « deux fusils de guerre avec des munitions, des revolvers et des pistolets d’alarme avec leurs munitions, vingt cocktails Molotov, une centaine de matraques et une centaine de casques, selon le rapport de Marcellin à Pompidou. 40 personnes ont été interpellées durant les événements ; dix-huit militants de gauche et six nationalistes sont inculpés, deux militants de gauche et cinq nationalistes sont condamnés. L'attaque avait été lancée sans que Gérard Filoche, qui siégeait pourtant au bureau national, n'en soit informé. Gérard Filoche, dans ses mémoires, déplora « une action minoritaire, étrangère, et incompréhensible pour des millions de gens ». De même, les responsables du « travail ouvrier », Jeannette Pienkny (Janette Habel) et André Grimaldi (Radot) critiquèrent dès le lendemain une action contradictoire, selon eux, avec le patient travail d’implantation dans les entreprises et les syndicats.
Le surlendemain, plusieurs cafés fréquentés par des immigrés sont attaqués au cocktail Molotov, par l'extrême droite, dans la nuit du 23 au 24 juin 1973, à Ivry, Vitry et dans le 15e arrondissement. Après ces incidents, le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, décide de procéder à la dissolution de la Ligue communiste et d'Ordre nouveau le 23 juin 1973, ce qui pousse ses militants à rentrer dans la clandestinité sous le nom de « Front communiste révolutionnaire » (FCR) à partir d'avril 1974. La Ligue communiste se reformera officiellement sous le nom de « Ligue communiste révolutionnaire » en décembre 1974. Alain Krivine, qui était dans le sud lors de la manifestation afin d'éviter de se faire incriminer en vertu de la loi « anti-casseurs » de 1970 est arrêté, après avoir posé devant les photographes en compagnie de François Mitterrand, Edmond Maire, Claude Estier et Charles Hernu, tandis que Michel Recanati s'enfuit en Belgique sur ordre de la Ligue communiste.
Selon l'historien François Dosse, en s'opposant ainsi par deux fois aux meeting d'Ordre nouveau, en 1971 et 1973, la LC a vécu « un moment de tentation militariste » et une « dérive militariste assumée » par Michel Recanati qui en subit les conséquences et purge une peine de plusieurs mois de prison à la Santé. De nombreux débats parcourent la Ligue communiste/FCR après cet événement, portant notamment sur la stratégie révolutionnaire, le rôle de la violence ou la notion d'« avant-garde ouvrière large », sévèrement critiquée par Gérard Filoche, Henri Weber et Janette Habel, qui prône un retour à l'usine.
Ces débats entraînent un changement de stratégie politique de la Ligue communiste/FCR et la fin de la période dite « gauchiste », d'autant plus qu'en 1974 le droit de tendance est accordé, à la demande de Gérard Filoche, chaque mouvance de la Ligue communiste/FCR ayant alors le droit de se réunir à part. Après le coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili contre Salvador Allende, Alain Krivine avait signé un article critiquant le réformisme et prônant l'armement du prolétariat (¡El pueblo armado jamás será vencido!). Mais la même année, sous l'influence du Socialist Workers Party américain, la IVe Internationale abandonne la ligne de soutien aux guérillas, constatant leur échec (mis à part en Argentine, qui sort d'une dictature en 1973 avec le retour de Perón, tous les pays du Cône Sud ont basculé sous des régimes dictatoriaux qui s'allient au sein de l'opération Condor).
Par ailleurs, réfléchissant sur la situation française, la Ligue communiste/FCR conclut que le temps de l'horizon insurrectionnel est mythique ; elle se réoriente alors vers le travail dans les usines, opérant un tournant « ouvriériste ». Progressivement la LCR s'éloigne du courant prôné par les anciens de la JCR Alain Krivine, Henri Weber, Daniel Bensaïd, etc. Pierre Rousset alias Sterne, Gérard de Verbizier la Treille alias Vergeat, Yves Salesse alias Boris, Charles Michaloux alias Garcin, Janette Habel alias Habel, François Sabado et d'autres recentrent la Ligue communiste vers des positions plus centrées sur le mouvement social (gauche de la CFDT notamment) qui laissent envisager à certains un éventuel rapprochement avec l'OCI lambertiste (voir par exemple les écrits d'Edwy Plenel, alias Krasny).
Lors de la campagne électorale de 1974, Alain Krivine se dit prêt à soutenir la candidature, dès le premier tour, du syndicaliste Charles Piaget, militant de la CFDT célèbre pour son activité à Lip, qui est membre du PSU et poussé par une partie des militants autogestionnaires du PSU. Mais le 7 avril 1974, un mois avant le premier tour, Michel Rocard convainc le PSU de soutenir Mitterrand. Alain Krivine se présente donc pour le « Front communiste révolutionnaire », obtenant 0,36 % des suffrages, trois fois moins qu'en 1969 et six fois moins qu'Arlette Laguiller (LO). L'année suivante, des négociations sont menées avec le Parti socialiste unifié (PSU) afin d'opérer une fusion, les rocardiens ayant quitté ce dernier après les Assises du socialisme. La fusion échoue cependant (en revanche, l'AMR, pabliste, fusionne dans le PSU).

Idéologie et Engagement de la LCR
En une petite centaine de pages, format standard des maîtrises désormais, voici un stimulant travail de sociologie politique. A contrario de bon nombre des présupposés sur l'homogénéité politique des militants d'extrême-gauche, l'auteur part du postulat d'une hétérogénéité de cette population, à partir de l'étude de cas empirique d'une cellule de la LCR. Vu les conditions de recrutement de cette organisation (l'adhésion s'y effectue sur des bases similaires aux partis de gauche traditionnels), il n'est pas vraiment étonnant que le constat de l'hétérogénéité idéologique y règne. Diversité qu'il constate à partir de quelques thèmes en débat (place et rôle d'Olivier Besancenot, rapport au trotskisme, appréciation de LO, identité communiste révolutionnaire) et dont les paroles des militant-e-s rapportées sont une manifestation.
Basé sur 16 entretiens (sur les 20 adhérents) de la structure, ce travail d'investigation s'appuie sur les notions de générations et de trajectoires pour essayer de comprendre pourquoi et comment des prises de position aussi dissemblables sont possibles. S'il est dommage que l'auteur s'appuie peu sur les travaux universitaires ou même journalistiques sur cette organisation, en revanche, ses pérégrinations sur le terrain sont tout à fait révélatrices d'une ambition politique portée par la Ligue : renouveler les formes de l'engagement militant. Bien entendu, il est trop tôt pour savoir si cette volonté se traduira dans la pratique. De ce point de vue, ce premier travail ne conduit pas l'auteur à développer quelques hypothèses pour essayer de tracer des scénarii d'évolution. De même son rapport à l'histoire est assez marqué par une forme de "présentéisme" dommageable à la compréhension des formes de l'engagement.
Comment comprendre la volonté de cette organisation de renouveler les formes du "parti" et du militantisme sans prendre en compte le bilan de 30 ans, au moins, de tentatives de construction d'un tel "parti révolutionnaire" ? Malgré ses remarques critiques, le lecteur trouvera dans ce travail les premiers éléments d'une réflexion finement menée et empiriquement fondée (les portraits de militant-e-s notamment constituent un apport précieux).
La LCR appartenait au courant « frankiste » du trotskisme français, opposé aux courants « lambertiste » et « pablistes », et en désaccord avec Lutte ouvrière (LO), qui s'était constituée de manière indépendante après la Seconde Guerre mondiale.
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