Ligue 1 en direct et gratuite : Telegram, le nouvel eldorado du piratage sportif

Pour suivre la Ligue 1 sans débourser un sou, de nombreux supporters contournent DAZN - nouvelle détentrice des droits de diffusion - et ses tarifs jugés trop élevés, en utilisant la messagerie cryptée Telegram. Une méthode, tout comme l’IPTV, qui est illégale.

Les tarifs prohibitifs pratiqués par le nouveau diffuseur du championnat français DAZN - 29,99 € par mois avec engagement d’un an ou 39,99 € mensuels sans engagement - poussent de nombreux fans de foot à se tourner vers l’illégalité.

Le phénomène Telegram : comment ça marche ?

Cette messagerie cryptée est devenue, ces dernières années, le nouvel eldorado du piratage sportif face à la hausse des prix des abonnements pour suivre la Ligue 1 et l’offre de streaming - diffusant les compétitions illégalement - qui se tarit.

Avant même le coup d’envoi du premier match de la saison, des dizaines de milliers de personnes étaient connectées sur des flux, dont 50 000 sur un seul et même compte ! Soit autant de personnes qui ont pu profiter de la rencontre sans débourser le moindre centime d’euro.

Pour le premier match de la saison, vendredi 16 août, qui n’avait rien d’une affiche - Le Havre-PSG -, plus de 200 000 personnes étaient connectées sur des flux de la messagerie cryptée Telegram.

Créé en 2014 par deux frères russes, Nikolaï et Pavel Dourov, Telegram est devenu le nouvel outil des streamers sportifs illégaux. Séduits par la sécurité et la protection des données offertes par l'application, ils y retransmettent gratuitement de nombreux événements (Ligue 1, MMA, NBA...).

« Les politiques de Telegram sont simples et nous permettent de diffuser illégalement sans être trop repérés », explique l'un d'entre eux, sous pseudo, qui compte 200 000 abonnés.

Comment rejoindre un canal privé de Telegram sans lien - Tutoriel Débutant

Les risques encourus par les utilisateurs

Suivre la saison de foot via des flux piratés sur Telegram est une pratique, sans surprise, illégale qui peut donner lieu à des sanctions. Ce que nous confirme Aurore Bonavia, avocate en propriété intellectuelle.

« La diffusion non autorisée de contenus protégés par des droits d’auteur, comme les matchs de football, peut exposer les utilisateurs à des sanctions civiles et pénales. En pratique, ceux qui regardent ces matchs via des plateformes non autorisées risquent une amende pour contrefaçon, qui peut atteindre plusieurs milliers d’euros, voire des dommages-intérêts en fonction des circonstances. »

Les personnes qui visionnent ou diffusent des contenus protégés sans autorisation sont passibles de 3 ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende (article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle).

En outre, les détenteurs de droits, comme les ligues de football ou les diffuseurs officiels, peuvent engager des actions civiles contre les utilisateurs pour obtenir réparation du préjudice économique subi. Cela peut inclure des demandes de dommages et intérêts proportionnels aux pertes subies.

Toutefois, ajoute Me Bonavia, l’identification et la sanction des utilisateurs finaux sont souvent plus complexes. « Les autorités et les titulaires des droits se concentrent en général sur les diffuseurs illégaux, mais cela ne signifie pas que les spectateurs soient totalement protégés.

L’ARCOM, le gendarme de l’audiovisuel, a également des pouvoirs de sanctions à l’égard des diffuseurs, mais aussi des utilisateurs qui consomment ces contenus illégaux. Elle dispose d’un système de riposte graduée, hérité d’HADOPI, rappelle l’avocate.

Si l’utilisateur récidive, un nouvel avertissement est envoyé. En cas de nouvelle récidive, l’affaire peut être transmise aux autorités judiciaires, qui peuvent infliger une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €.

La lutte de la LFP et des diffuseurs contre le piratage

Depuis plusieurs années, la Ligue de football (LFP) mène la fronde contre les diffusions non autorisées de match de football sur des sites pirates.

Cet été, elle a obtenu par le tribunal judiciaire de Paris une victoire : le blocage de sites de streaming en direct et de services d’IPTV qui diffusent sans autorisation les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2.

« Si cette décision est la quatrième injonction de blocage obtenue par la LFP depuis la création du dispositif de lutte contre le piratage sportif en janvier 2022, elle est la première à avoir été obtenue en amont du début d’une saison », se félicite la Ligue dans un communiqué.

Une victoire de façade, tant les fraudeurs sont habiles pour trouver la parade et échapper aux mesures de censure.

La lutte contre les flux Telegram est une autre paire de manches. Si certaines diffusions via cette messagerie ont pu être signalées, elles n’ont toutefois pas été coupées.

Telegram ne jouant pas le jeu de la modération rapide, indiquait la LFP à nos confrères du Parisien. « Sur Telegram, toutes les diffusions illicites sont notifiées par notre prestataire antipiratage Athletia.

Longtemps sourd aux demandes de retrait des liens, Telegram se plie depuis peu aux requêtes.

Mais, pour de nombreux diffuseurs, la fermeture de ces groupes reste encore insuffisante. « L'objectif principal est d'obtenir un retrait pendant l'événement. Malheureusement, Telegram ne répond pas toujours à nos notifications et lorsqu'ils le font, cela peut être jusqu'à vingt-quatre heures après », regrette Sarah d'Arifat, directrice juridique de beIN Sports.

Alternatives et contournements

Streaming, IPTV, VPN... Les fans de foot ne manquent pas de stratégies pour contourner les abonnements DAZN ou beIN sports. Pour payer moins cher, beaucoup recourent au streaming illégal, via des sites internet qui retransmettent les matchs avec des partages d'écran ou des versions étrangères de la rencontre, ou via les réseaux sociaux. A partir de cette plateforme, il est également possible de trouver des liens Telegram.

Les consommateurs peuvent aussi passer par un VPN (ou RPV en français, pour "réseau privé virtuel") qui leur permet de modifier leur localisation et ainsi profiter d'offres internationales plus économiques.

Autre pratique en vogue, l'usage d'un IPTV (Internet Protocol Television), qui consiste à regarder la télévision grâce à sa connexion internet. Ce dispositif permet d'accéder aux plateformes de VOD comme Netflix, Disney +, Prime Vidéo ou encore Canal +.

En ce qui concerne les services d'IPTV, ces derniers sont légaux si le fournisseur de l'IPTV paie une licence lui donnant le droit de diffuser du contenu qui ne lui appartient pas. Dans ce cas, le fournisseur fait souvent payer un abonnement à ses utilisateurs. En revanche, le système devient illégal lorsque les contenus diffusés par l'IPTV sont piratés.

Généralement, dans ce contexte, les utilisateurs paient un abonnement à un prix modéré (entre 20€ et 50€ par an) pour avoir un accès à l'ensemble des programmes TV, y compris ceux accessibles normalement grâce à un abonnement à part entière.

Sanctions et amendes

Sur le plan légal, un utilisateur regardant du foot via une IPTV diffusant du contenu piraté ou via des plateformes de streaming illégales (sites web, Telegram...) se rend coupable de recel de contrefaçon et risque donc cinq ans d’emprisonnement et 375 000€ d’amende (article 312-1 du Code pénal).

Depuis 2022, les auteurs des piratages encourent trois ans de prison et 300 000 € d'amende. Mais cette sanction est peu appliquée. Contactée, l'Arcom précise avoir envoyé, en 2022, au procureur de la République « 1 395 dossiers » pour du piratage de contenus sportifs dont « un tiers ont donné lieu à une sanction pécuniaire ».

Un business juteux pour les pirates

Avec l'application de la loi anti-streaming en janvier 2022, la fermeture massive des sites pirates sur internet (près de 1 200 liens en 2022) a également participé à l'essor de ces canaux Telegram.

Selon une étude de l'Arcom, l'audience globale des sites de streaming sportif aurait diminué de 49 % entre janvier et juin 2022, mais 46 % des internautes confrontés aux blocages se seraient alors tournés vers d'autres services illicites comme Telegram.

Pour assurer la diffusion, toute une organisation est mise en place chaque soir de match. Et un autre vérifie que le streaming marche pendant la diffusion », détaille Julien (*), dans le streaming sportif sur Telegram depuis deux mois, et qui compte déjà plus de 200 000 abonnés.

Pour lui, « impossible de gérer tout seul un streaming sans une équipe derrière ». Avec seulement un ordinateur, une bonne connexion internet et un VPN (réseau privé virtuel permettant de ne pas être géolocalisé), « tout le monde peut créer un lien de diffusion » sur l'application.

« C'est très simple techniquement de lancer un stream. Le plus compliqué, c'est l'organisation, et savoir se développer », répète celui qui opère depuis Dubaï, la Thaïlande ou Bali.

Car, si les diffusions restent gratuites, un business illégal mais juteux existe derrière ces canaux aux noms farfelus. Les soirs de match, des liens publicitaires pour des conseils en paris sportifs, de la falsification de documents officiels ou des comptes pornographiques fleurissent.

« L'illégalité des partenariats n'est pas notre problème. On n'enquête pas sur chaque mec qui nous demande de faire de la pub », admet Jules (*), un streamer lycéen de terminale (60 000 abonnés).

D'autres réalisent des collaborations avec des comptes de conseils en paris sportifs. « Je suis payé 7 centimes à l'abonné sur mon canal pour un post publicitaire, détaille Sébastien (*), 50 000 abonnés. Quand j'ai diffusé les combats de Cédric Doumbè, Benoît Saint-Denis et Francis Ngannou, j'ai gagné environ 20 000 € en trois jours. » Une somme ensuite versée via PayPal ou en cryptomonnaie pour « plus de sécurité ».

Exemple concret : PSG vs Newcastle

Le Paris Saint-Germain réceptionne Newcastle United ce mercredi 28 janvier à 21h au Parc des Princes pour la 8ème et dernière journée de la phase de ligue de Ligue des Champions. L’enjeu est important car seuls les huit premiers du classement se qualifient directement pour les huitièmes de finale, tandis que les équipes classées de 9 à 24 devront passer par des barrages.

Et, actuellement, pas moins de huit équipes totalisent exactement 13 points, rendant la différence de buts déterminante. Pour le PSG comme pour Newcastle, actuellement bien placés grâce à leur goal-average, une victoire assurerait quasi certainement le top 8, tandis qu’un match nul ou une défaite les enverrait probablement en barrages.

La chaîne suisse RTS a programmé la diffusion gratuite du match PSG Newcastle en streaming direct (HD), commenté en français. Vu qu’il s’agit d’une chaîne étrangère, vous serez confronté à un géo-blocage par défaut.

Actuellement, Cyberghost dispose d’une période d’essai de 45 jours, remboursable à 100% sans conditions.

On constate dans l’exemple ci-dessus que l’on a bien accès à la ligue des champions sur RTS, grâce à Cyberghost.

Tableau récapitulatif des risques et sanctions

Infraction Sanction
Diffusion non autorisée de contenus protégés Sanctions civiles et pénales
Visionnage de matchs via plateformes non autorisées Amende pour contrefaçon (plusieurs milliers d'euros)
Diffusion de contenus protégés sans autorisation 3 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle)
Recel de contrefaçon (IPTV, streaming illégal) 5 ans d'emprisonnement et 375 000€ d'amende (article 312-1 du Code pénal)
Récidive de consommation illégale après avertissements Amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €

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