Histoire et Impact de l'Ivoire Académie Football Club

Le football est une passion en Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens vivent et respirent FOOTBALL! Les jours de matchs, les villes du pays s’illuminent en Orange-Blanc-Vert, les maquis* sont bondés de monde, les ivoiriens sont omnibulés par l'événement du jour et c’est toute une nation qui retient son souffle pendant 90 min.

L’histoire du football en Côte d’Ivoire est riche et complexe, intimement liée à l’histoire du sport dans le pays, qui a débuté avec l’introduction du football pendant la période coloniale française. Parmi les clubs qui ont marqué cette histoire, l'Ivoire Académie Football Club se distingue par son rôle dans la formation de jeunes talents ivoiriens et africains.

En effet, depuis quelques jours, le centre de formation Ivoire Académie et le club catalan ont signé un partenariat en vue de co-construire et développer le talent des jeunes ivoiriens.

"Nous avons l'honneur d'accueillir nos partenaires du FC Barcelone ici à Abidjan pour le lancement d'une collaboration historique qui promet de transformer la formation des jeunes talents ivoiriens", peut-on on lire dans un communiqué publié par le centre. Pour inaugurer cette collaboration, un match amical qui a opposé l’équipe d’Ivoire Académie à l'Usca a été organisé. Les académiciens ont dominé la rencontre et l’ont emportée avec un score sans appel de 5 à 0 !

A Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, cet ancien attaquant qui n’a, de son propre aveu, « jamais percé », ne possède ni bureau, ni terrain, ni diplôme d’entraîneur. De toute façon, lâche-t-il d’un ton désinvolte, il n’est « pas vraiment là pour former des footballeurs ».

Depuis 2018, ce quadragénaire fort en gueule qui sillonne jour et nuit les communes d’Abidjan a d’autres objectifs : « Je “scoute” les talents et je sais comment les faire partir », dit-il. Comprendre : il repère les bons joueurs lors des tournois de quartier, promet aux meilleurs et à leurs parents un destin de star du ballon rond avant de les vendre, le plus rapidement, au plus offrant.

Fier des « fruits de [s]on travail », Ibrahima fait défiler sur son téléphone des photos des jeunes qu’il a détectés et qui évoluent désormais sous les couleurs d’équipes roumaines, tchèques, albanaises ou marocaines, la plupart en divisions inférieures. D’autres, moins chanceux, sont en Asie ou en Afrique de l’Est. Aucun ne joue dans un club majeur, la plupart galèrent, certains veulent rentrer et presque tous lui en veulent, estimant qu’il les a « trompés ».

Mais Ibrahima s’en moque, lui vit « très bien », aime-t-il répéter. Et ça n’est pas près de s’arrêter, car « la source est intarissable, poursuit-il, la Côte d’Ivoire est une terre de foot et tous ces jeunes ne rêvent que de partir ».

Jean-Aniel Assi, le jeune joyau ivoirien de l'Impact forgé à Québec

Les Débuts et l'Influence de Jean-Marc Guillou

L'ASEC Mimosas, l'un des clubs les plus emblématiques de Côte d'Ivoire, a joué un rôle crucial dans le développement du football local. L’ASEC Mimosas a remporté plus de 25 titres de champion de Côte d’Ivoire, ce qui en fait le club le plus titré du pays.

L’Asec a remporté la Ligue des champions de la CAF en 1998, ce qui est l’un des plus grands succès du club sur la scène africaine.

Dans ce contexte, Jean-Marc Guillou, un ami français, a joué un rôle essentiel. Il a mis en place une structure à son idée, dédiée à la formation de jeunes pousses. Des milliers de jeunes de la région défilent, mais seuls quelques-uns sont retenus.

Crée en 1994 par les investissements du groupe agro-industriel ivoirien SIFCA et la société de courtage d'assurances SIFCOM, avec l'impulsion et les méthodes du Français Jean-Marc Guillou, le centre de formation de l'ASEC Mimosas est le premier à voir le jour en Côte d'Ivoire.

La quantité de joueurs formés à Sol Béni donne le tournis : les fratries Touré (Yaya et Kolo) et Kalou (Salomon et Bonaventure), Didier Zokora, Gervinho ou encore Aruna Dindane, pour ne citer qu'eux. pour les années 2000-2010 Mais la productivité de l'académie traverse les générations, même après le départ de Jean-Marc Guillou en 2006 et sa reprise par les dirigeants de l'ASEC.

En effet, six champions d'Afrique 2024 ont éclos dans la pépinière : Ghislain Konan, Odilon Kossounou, Jean-Michaël Seri, Karim Konaté, Oumar Diakité et Folly Ayayi.

L'académie des Mimosas a été confiée lors de sa création en 1994 à un ancien footballeur international français, Jean-Marc Guillou qui l’a dirigée jusqu’en 2001. Il y a initié un système basé sur la valorisation des acquis du football de rue, pieds nus, et l’apprentissage du football de compétition. Cela peut être mis en parallèle avec ceux qui se fait dans le monde de la recherche et dans d’autres secteurs.

La formation comprend la scolarité et l’éducation sportive pour des pépites qui sont sélectionnées à 12 ans et qui en sortent à 17 ans. La prise en charge par le club est gratuite. Le modèle économique repose sur un pourcentage attribué au centre de formations à chaque transfert d’un joueur tout au long de sa carrière, suivant les règles de la FIFA.

En 2012, le centre de formation nommé « Académie des Mimosas » du club de l’ASEC d’Abidjan a obtenu un titre inédit pour le continent africain. L’ASEC est consacré « meilleur club formateur au monde » en cette année 2012, devant l’argentin Boca Juniors de Buenos Aires et le brésilien Flamengo de Rio de Janeiro.

Ce titre est attribué au club qui compte le plus grand nombre de joueurs formés en son sein et évoluant dans les plus grands championnats européens réunis sous le label de « Big Five » : Allemagne, Angleterre, France, Espagne, Italie. En 2012, 12 joueurs de l’Académie des Mimosas, tous nés en Côte d’Ivoire, faisaient les beaux jours du « Big Five », sans compter les dizaines d’autres jouant en Europe et ailleurs dans le monde.

L'académie basée à Dakar est précurseure d'un modèle à succès. Fondé en 2000 par l'ancien international guinéen Mady Touré, le centre a noué partenariat exclusif avec le FC Metz en 2003 sur un modèle alors peu répandu sur le continent. En échange d’une dotation financière et en équipements à l’académie, le club français a une priorité de sélection sur les joueurs qui y sont formés.

La réussite de Papiss Cissé (ex-Newcastle, Fribourg) et Fallou Diagne (ex-Rennes, Werder Brême) dès la fin des années 2000 annoncent un succès qui s'affirme au cours des années qui suivront. Diafra Sakho (ex-West Ham), Habib Diallo (Damac) et surtout Sadio Mané (Al-Nassr) font la fierté de la pépinière. D'autres, comme Ismaïla Sarr (Crystal Palace) et Pape Matar Sarr (Tottenham) sont aujourd'hui des cadres de l'équipe nationale.

Les dessous de cette réussite combinent formation technique de haut niveau et suivi éducatif, garantissant un développement complet des joueurs. Son équipe senior, qui évolue en Ligue 1 sénégalaise, est une vitrine pour les jeunes avant leur départ vers l’Europe.

Fondée en 1989 par la Société Anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC), c'est la première académie à voir le jour au Cameroun, et une des premières sur le continent.

L’académie repose sur une philosophie exigeante : discipline, technique et intelligence de jeu. Bien que basée à Douala, son système détecte, forme et révèle des talents originaires des quatre coins du pays, qui formeront l'ossature des Lions Indomptables des années 1990-2000 : Rigobert Song, Geremi Njitap, Alioum Saïdou, Salomon Olembe et même Samuel Eto’o, pré-formé à l'EFBC.

Par la suite, l'ancien lyonnais et marseillais Clinton Njie, l'enfant terrible Didier Lamkel Zé ou le taulier Vincent Aboubakar en sont également sortis.

Depuis 2008, l'EFBC a adopté un modèle façon sport-études avec les enfants logés sur place, et continue son activité sur les mêmes principes.

En bientôt quarante ans, l'académie s'est bâtie une réputation qui dépasse les frontières du pays.

L'institut Diambars est co-fondé en 2003 dans la ville balnéaire de Saly sur l'initiative de quatre hommes : l'investisseur sénégalais Saër Seck, l'ancien international béninois Jimmy Adjovi-Boco, l'ancien international français natif de Dakar Patrick Vieira et l'ancien gardien français d'origine guyanaise Bernard Lama.

Inspirée des centres de formation européens, l'académie place autant d’importance à la scolarité qu'à progression sportive, offrant aux jeunes un cadre structuré pour réussir sur et en dehors du terrain. Au fil des années, le centre a vu éclore plusieurs internationaux sénégalais, dont Idrissa Gana Gueye (Everton), Pape Souaré (ex-Lille, Crystal Palace) ou encore Mikayil Faye (Rennes) comme figures de proue.

Le club académique, qui évolue en Ligue 1 sénégalaise, sert aussi de tremplin pour les jeunes avant leur départ vers l’Europe. Diambars avait notamment signé un partenariat avec l'Olympique de Marseille (2019-2022) aux résultats contrastés, dont est tout de même sorti Bamba Dieng (Angers).

À Douala, L'EFBC n'est pas la seule institution qui rayonne. En 1995, Joseph Kadji Defosso (1923-2018), un des hommes d'affaires les plus influents du Cameroun, décide d'investir dans le football et fonde sa propre académie dans la capitale économique du pays.

Considérée comme l'une des meilleures structures du continent, elle est devenue célèbre au cours des années 2000, pour avoir formé de nombreux beaucoup de joueurs de la “génération dorée” camerounaise : Samuel Eto’o, passé par Kadji en plus de l'EFBC avant son départ vers l'Espagne, mais également l'iconique Carlos Kameni, Stéphane Mbia, Jean II Makoun, Benjamin Moukandjo ou encore Nicolas Nkoulou.

Bien que toujours fonctionnelle, la KSA semble aujourd’hui moins influente sur la scène nationale.

Ces académies pionnières ont bâti leur réputation au fil des décennies. Leur plus grand succès ? S’inspirer des modèles de formation européens tout en les adaptant aux réalités africaines, sans brider l’identité de jeu “locale” de leurs joueurs.

En 1998, l'équipe de l'ASEC Mimosas, composée en grande partie de jeunes joueurs formés à l'académie, a remporté la Ligue des Champions de la CAF. Cette victoire a marqué un tournant dans l'histoire du club et a mis en lumière le potentiel des jeunes talents ivoiriens.

Fullone remporte effectivement la C1 en décembre 98. La plupart des Ivoiriens considéraient cela comme un phénomène, rien de plus.

L'équipe, qui n'avait encore jamais disputé le moindre match officiel, a relevé le challenge. Cependant, ils ont quitté prématurément l’épreuve, se faisant contrer trois fois la plupart du temps.

La déception est grande dans le camp des Académiciens. Ils représentent la Côte-d’Ivoire, mais ils se font contrer trois fois la plupart du temps.

En 2015, les Éléphants participent à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Ils sont en finale contre les Black Stars du Ghana. Au bout d’une soirée à suspens, les deux équipes sont dos à dos et doivent se départager aux tirs aux buts. Le noyau dur de l’équipe est constitué d’anciens « Académiciens », du capitaine Yaya Touré au gardien Copa Barry.

La séance de tirs aux buts est épique et les deux équipes se neutralisent, tous les joueurs de champ se sont soumis à l’exercice périlleux du pénalty. Restent les deux gardiens de buts. Le portier ivoirien Barry repousse le tir du « goal keeper » ghanéen. Copa Barry est saisi de douleurs et d’émotions. Il est en larmes.

Une photo illustre toute l’histoire de cette formation qui va hisser la Côte d’Ivoire au faîte du football africain. Yaya Touré et Copa Barry, tous deux anciens « académiciens » se font face. Touré a 32 ans, Barry en a 36. Le premier parle au second juste avant le tir de son frère d’arme. Touré tient Barry par les épaules. C’est leur dernière occasion de gagner une CAN. Si Barry transforme son tir aux buts, la Côte d’Ivoire gagne. Il s’élance, tire et marque.

Tous les amateurs et connaisseurs du football africain dans le monde ont une pensée pour Jean-Marc Guillou. Copa Barry est à genoux les bras levés au ciel. Il pleure à chaudes larmes. C’est la consécration suprême et l’épilogue d’une longue carrière qui met en lumière les valeurs de la formation et les vicissitudes du sport de haut niveau : persévérance, abnégation, solidarité, incertitudes, constance dans l’effort. Les mêmes valeurs se retrouvent dans les métiers de la recherche.

Académie des Mimosas

Défis et Perspectives d'Avenir

Malgré ses succès, l'Ivoire Académie et le football ivoirien en général font face à des défis importants. Le pays hôte de la CAN 2024 n’investit que peu dans le repérage et la formation de talents, laissant le champ libre à une foule de recruteurs peu scrupuleux.

Selon une récente enquête de la Fédération ivoirienne de football (FIF), il y aurait plus de 700 structures de formation enregistrées à travers le pays, dont une majorité, à l’instar de celle d’Ibrahima, aux allures low cost et aux intentions douteuses. Seule une poignée sort du lot et réalise un travail sérieux d’encadrement des jeunes.

« Tout le monde veut son centre de formation pour commercialiser des jeunes et se faire de l’argent, pas pour les former », déplore Fernand Dedeh. D’après ce journaliste sportif, ce phénomène n’est pas nouveau, mais tandis que certains pays de la sous-région - Sénégal en tête - professionnalisent leur filière de formation, la Côte d’Ivoire, elle, « s’enlise », juge-t-il.

Pis, les ventes opaques des jeunes joueurs sont devenues un « système industrialisé », explique Raheem Alibhai, l’un des responsables d’Ivoire Académie, une structure de formation reconnue à l’international qui a notamment lancé l’attaquant vedette Gervais Yao Kouassi, dit « Gervinho ».

Ce « système » affecterait désormais tous les échelons du football ivoirien : les petites structures comme les plus professionnelles qui alimentent les championnats européens en talents ivoiriens. Raheem Alibhai se dit « fatigué de se faire dépouiller et que d’autres profitent du savoir-faire » de ses équipes.

Une exaspération partagée par de nombreux dirigeants de centres de formation rencontrés par Le Monde. Tous racontent la même histoire : les familles de leurs meilleurs jeunes joueurs, sous contrat et formés durant plusieurs années chez eux, sont approchées par des « agents véreux » qui proposent, contre une somme d’argent, d’envoyer le fils prodige dans un centre de formation au Mali, réputé pour la qualité de ses réseaux et ses passerelles vers les championnats européens, et, plus rarement, au Burkina Faso.

Le transfert de mineurs étant interdit par la Fédération internationale de football (FIFA), de faux papiers sont fabriqués pour changer la nationalité et l’âge du joueur. Or cette nouvelle identité fait disparaître le club formateur du parcours du jeune et prive le collectif de la contribution de solidarité, une indemnité versée à chaque transfert.

« Le foot ivoirien souffre à cause de ces méthodes, dénonce un dirigeant de Ligue 1 ivoirienne, ce sont des voleurs d’enfants, il suffit de regarder certaines équipes de jeunes du Mali, elles sont en partie composées d’Ivoiriens qui ont de faux papiers, et que l’on retrouve sur la scène européenne actuelle ».

Selon nos informations, plusieurs centres de formation et clubs ivoiriens ont lancé des procédures contre des structures sportives maliennes en saisissant la FIFA ou en lançant des requêtes auprès du Tribunal arbitral du sport.

Observateur de ces pratiques qui s’apparentent à de la traite de mineurs, Fernand Dedeh explique toutefois que ces « nouveaux négriers » qui gravitent dans le football ivoirien opèrent « en complicité avec les parents et souvent les jeunes eux-mêmes qui veulent réussir à tout prix et préfèrent tenter leur chance au Mali ou au Burkina plutôt qu’ici ».

Car en Côte d’Ivoire, rares sont les clubs professionnels des deux premières divisions du championnat qui possèdent leur propre centre de formation. Or ces équipes de jeunes constituent généralement des ponts vers l’élite.

« On est obligés de faire jouer nos gamins de 14 ans contre des équipes de mecs de 20 ans », se plaint Pascal Théault, le directeur de l’Académie MimoSifcom, la plus structurée du pays. Rattachée à l’ASEC Mimosas, le club le plus populaire du pays et fournisseur officiel « d’Eléphants » pour la sélection nationale, l’académie a notamment vu passer les frères Yaya et Kolo Touré ou Salomon Kalou, des légendes du foot ivoirien.

Plus récemment, la vitrine de la formation à l’ivoirienne a vendu Karim Konaté et Oumar Diakité, qui brillent respectivement avec le Red Bull Salzbourg et le Stade de Reims.

Pour le technicien français, il devrait y avoir « quarante académies comme la nôtre qui proposent des entraînements réguliers, un cursus scolaire et médical et du périscolaire pour faire de nos jeunes sportifs des hommes », raconte cet ancien du stade Malherbe de Caen.

Le faible nombre de structures pour les jeunes tire le niveau général vers le bas, constate le formateur, qui parle de « gâchis », vu les talents dont regorge le pays. Depuis 2015, il n’y a plus de championnat de jeunes, obligeant les équipes à s’auto-organiser. Une anomalie qui sera corrigée dès l’année prochaine, assure-t-on du côté de la FIF.

« La Côte d’Ivoire est une terre de foot, mais pas encore un pays de foot », conclut Pascal Théault.

tags: #ivoire #academie #football #club