Les incidents survenus au Trocadéro lors de la célébration du titre de champion de France du Paris Saint-Germain ont mis en lumière les tensions persistantes entre la direction du club et une partie de ses supporters les plus fervents, les ultras. Ces événements ont ravivé le débat sur la place des ultras au sein du club et les mesures de sécurité mises en place pour encadrer leur présence.

Les Ultras: Qui Sont-Ils?
L'Ultra forme une catégorie particulière de supporteurs. Pour Anthony Cerveaux, journaliste à So Foot, il se distingue des autres par sa vocation à "organiser l'ambiance dans le stade, l'animation visuelle, et une volonté de participer activement à certains processus du club, de peser dans les décisions." Sauf qu'il n'y a pas un mais des groupes Ultras. La majorité d'entre eux, qui ont supporté le Paris Saint-Germain, au cours de son histoire se sont répartis dans les virages du Parc des Princes. Ainsi, le Kop de Boulogne accueillait les Boulogne Boys, alors qu'en face, le Virage Auteuil est composé d'associations comme les Supras Auteuil, les Lutèce Falco ou les Tigris Mystic. Tous ces supporteurs sont qualifiés d'Ultras.
Les incidents sont rapidement imputés aux "ultras", frange de supporteurs historiques du club de football parisien. Frange radicale, pour certains. "Nous sommes tristes, de nombreux supporteurs éprouvent de la honte et les premières victimes de ces événements sont les amoureux du Paris Saint-Germain qui ont été pris en otage par les casseurs et les hooligans", a réagi Jean-Claude Blanc, directeur général du PSG. Ce dernier, comme les autres dirigeants du club, a pris soin de ne pas citer les ultras. Car le sujet est sensible.
Cette "liberté" que revendiquent les ultras sur leur banderole répond à un conflit qui les oppose depuis trois ans à la direction du PSG. Un conflit sur "la cartographie" du stade. Pour le comprendre, il faut évoquer les incidents multiples, parfois violents, entre supporteurs, et, surtout, la mort de deux d'entre eux, Julien Quemener, en 2006, et Yann Lorence, en 2010.
Le Plan Leproux: Un Tournant Décisif
INTERDIT DE STADE Le président du club à l'époque, Robin Leproux, avait alors pris des mesures radicales. Il a dissous deux "kops" ennemis, Auteuil et Boulogne, où se retrouvaient les supporteurs les plus virulents. Et les 13 000 supporteurs concernés ont alors été contraints de se mélanger, de façon aléatoire, dans le public. Inadmissible, pour les ultras, dont une partie décida alors de ne plus mettre les pieds au stade.
Ce plan a pour but d'éradiquer les violences aux abords du stade. En voulant s’attaquer aux supporteurs les plus violents des virages, Leproux fait des victimes collatérales, les "vrais" supporteurs de ces mêmes tribunes. Les restrictions sont fortes et visent à briser l'opposition entre les deux virages: placement aléatoire imposés par la direction, suppression des abonnements en tribunes Auteuil, Boulogne, G et K. Par conséquent, de nombreux fans appellent au boycott du stade.
Depuis trois ans, de nombreux supporteurs se plaignent d'être fichés par le club. Plusieurs ont lancé des recours auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés : à l'occasion des matchs du PSG à l'extérieur, il leur est parfois arrivé de recevoir un message leur expliquant que le billet qu'ils avaient acheté sur Internet était annulé "en raison de consignes de la préfecture". Dans son règlement, le club parisien interdit en effet à ses supporteurs de se rendre par leur propre moyen dans les stades provinciaux.
Selon Jérôme C., le dialogue entre les dirigeants et les ultras est inexistant depuis l'arrivée de QSI à la tête du club. Et les événements du Trocadéro risquent d'apporter de l'eau au moulin de ceux qui, au sein du club, refusent d'écouter des supporteurs. Parce qu'ils les trouvent ingérables : "On ne peut pas dialoguer avec des gens qui ont fait ce qu'ils ont fait, ils n'ont plus aucune crédibilité, confirme un proche de la direction du club. Comment Nasser peut-il discuter avec eux après ce qu'il s'est passé lundi ? On a accueilli un million de spectateurs sur une saison au Parc et il n'y a jamais eu de problème. Le club ne veut plus de ces supporteurs-là."

Les Griefs des Ultras
Car les griefs adressés à la direction du PSG par les ultras, tant par le noyau dur contestataire - entre 400 et 500 personnes, selon Nicolas Hourcade - que par la majorité moins bruyante de ces supporters historiques, vont au-delà de leur placement dans le stade. Surtout depuis que la tête du club a changé. Le fonds d'investissement américain Colony Capital a en effet laissé la place à Qatar Sports Investments (QSI). Et les frondeurs reprochent à QSI de brader l'histoire du club.
C'est la conviction de Philippe Pereira, ex-porte-parole des "Indépendants" de la tribune Boulogne, qui "aime le PSG tel qu'on l'imaginait avant, pas celui des mercenaires". Pour lui, "les Qataris s'imaginent que l'histoire du PSG a débuté la saison dernière", lors de leur rachat du club. Le président actuel du PSG, le Qatari Nasser Al-Khelaïfi, a également maintenu le plan Leproux sur la sécurité. Or les ultras comptaient sur un assouplissement.
Ce n'est pas le cas, et ils ne s'en sont jamais vraiment remis : "A son arrivée en 2011, Jean-Claude Blanc avait promis un dialogue, et dit qu'il nous redonnerait un rôle d'intermédiaire au stade, explique Philippe Pereira. Il nous avait assuré que les mesures du plan Leproux évolueraient. Mais les Qataris les ont laissées en place, en donnant carte blanche à Jean-Philippe d'Hallivillée." Ce dernier est le responsable de la sécurité du PSG. Et depuis les années 1990 et l'ère du président Michel Denisot, il est la bête noire absolue des ultras, à qui il ne fait aucune concession.
Les Conséquences du Conflit
Dans les faits, le PSG a compté dans ses rangs jusqu'à 300 interdits de stade, des éléments à risques bannis pour une période d'un à cinq ans. Tous ont été épinglés en flagrant délit pour des actes de vandalisme, des coups et blessures volontaires, l'emploi de fumigènes ou encore pour des «fights» organisés avec des «ultras» de clubs rivaux. «En 2010, on saisissait en interpellation des poings américains, des barres de fer ou encore des battes de baseball, confie le commissaire Boutonnet.
Quelque 300 personnes ont cependant encore été interpellées l'année dernière en marge de rencontres de Ligues 1 et 2, et 400 supporteurs sont toujours interdits de stades à travers le pays. Spécialisés par clubs qu'ils suivent dans leurs moindres déplacements, ces experts du renseignement sont chargés de détecter les «meneurs» en surfant sur Internet ou en infiltrant même les rangs des kops «ultras», «supras» et autres jusqu'au-boutistes du ballon rond. À titre d'exemple, plusieurs agents de la Direction du renseignement de la Préfecture de police travaillent en permanence sur le PSG.
Dans ce contexte, les positions du club et des ultras semblent figées et inconciliables. "Les Qataris ont attiré un nouveau public, estime Philippe Pereira. Mais il y a parmi ce public des électrons libres, incontrôlables. On va dans le mur."
Le Parc est plein mais le Parc est mort, se lamente un ultra : "Les Qataris ne veulent plus de banderoles, ni de fumigènes. Avant, le Parc était une citadelle, maintenant il est pathétique. Avant, on avait un pouvoir de pression, notamment pour contenir la hausse des tarifs. Les Qataris veulent un public de consommateurs. On n'est pas ça."
Tableau Récapitulatif des Mesures et Conséquences
| Mesure | Conséquence |
|---|---|
| Dissolution des kops Auteuil et Boulogne | Dispersions des groupes de supporters les plus actifs |
| Placement aléatoire des abonnés | Perte de repères et de convivialité pour les ultras |
| Augmentation des tarifs d'abonnement | Éloignement des supporters les moins fortunés |
| Interdictions de stade | Exclusion des supporters jugés dangereux |
| Absence de dialogue avec la direction | Radicalisation de certains supporters |

En conclusion, la situation des ultras du PSG est complexe, marquée par des conflits avec la direction du club, des mesures de sécurité strictes et un sentiment de marginalisation. L'avenir de cette relation reste incertain, mais le dialogue semble essentiel pour apaiser les tensions et permettre aux ultras de retrouver une place légitime au sein du club.