L'histoire de Lip : Une marque horlogère française emblématique

Lip est une marque horlogère française avec une histoire riche et mouvementée. Des montres estampillées des 3 lettres sont à nouveau assemblées au sein de l’entreprise Lip depuis 2019. Héritière d’une histoire faite de fortunes et de coups d’éclats, la marque Lip, par la constitution de cet atelier, résonne encore comme un formidable témoin de son patrimoine, ancré dans le passé, par l’histoire, mais surtout dans le présent et l’avenir par le dynamisme de la société SMB.

Les débuts de Lip à Besançon

Dans la droite ligne de l’histoire de Lip, marquée par le développement d’un modeste atelier au 70 puis au 14 Grande Rue de Besançon dès 1867, puis par la construction de vastes usines de production avec Lip II - Mouillère et Lip III - Palente entre 1903 et les années 1970, l’ère SMB-LIP marque de son emprunte la refonte de ce qui fut la première manufacture horlogère de France (années 1960). Atelier de production horlogère Lip, Z.A. Plus de 150 ans après l’assemblage de la première Lip au cœur de la Boucle (centre-ville de Besançon) par Emmanuel LIPMANN.

La Lip Dauphine : Une montre pour tous

LIP le Rêve et L’Histoire Reportage Horlogerie

Dans la seconde moitié des années 1950, Fred LIP, PDG de la manufacture éponyme, souffre d’une critique qui l’agace ostensiblement, celle du tarif (élevé) de ses montres. A ses justifications faites de complexité de fabrication en interne, de production de très haute qualité et de développement Français, une partie de la clientèle semble insensible. Pour ce visionnaire, il fallait satisfaire l’ensemble de la population, d’autant plus que la manufacture de montres Lip connaissait un développement insatiable depuis 1945.

Les montres estampillées Lip Dauphine représentent alors l’entrée de gamme de la manufacture Bisontine, correspondant au milieu de gamme de l’horlogerie Française d’alors. Fred LIP ne va pas vouloir brouiller les cartes des gammes que Lip s’évertue à standardiser depuis l’après guerre. Le Chronomètre bracelet Lip ne peut ainsi raisonnablement pas, pour un lancement, côtoyer l’entrée de gamme de la marque. C’est pour cela que « Le Fred » comme on le surnommait va aviser sa « sous-marque » d’un nom cinglant, quoi qu’emprunté au succès de la Régie Renault avec sa voiture, la Dauphine.

Décideur irrésistible, Fred LIP va s’abroger de la nécessité de posséder le nom Dauphine pour lancer une première collection en 1957. Sous la menace d’un procès de la part d’Henri BASQUIN, industriel de l’horlogerie et propriétaire du nom Dauphine, Fred LIP consent à lui acheter, au prix fort. Curieux pied de nez de l’histoire que d’avoir acheter à prix d’or, une marque destinée à donner l’heure pour une somme modique.

Retenant les leçons des échecs passés et des lancements scabreux d’innovations que les consommateurs ne comprennent pas, Fred LIP ne va pas immédiatement accoler son nom à celui de Dauphine, question de prestige. Ainsi, les premières Lip Dauphine ne sont estampillées que Dauphine, à l’instar d’une marque à part entière, afin de sonder le terrain et de ne pas compromettre, en cas de fiasco, l’image de marque que Fred LIP c’est évertuer à créer. Entre 1957 et 1959 environ, la marque Lip apparaît progressivement sur le cadran des montres hommes, femmes et enfants estampillées Dauphine.

Tout d’abord par un discret LIP MADE sous l’index ou le chiffre qui désigne 6 heures. Puis par la suite, le logo migre sous la mention Dauphine. Fred LIP, aventurier prudent mais avisé dans cette affaire sent, à l’aube des années 1960, que Dauphine est un succès commercial dynamique.

Caractéristiques des Lip Dauphine

Mais la gamme Dauphine, jusqu’à l’année 1973, date des dernières montres Dauphine vendues par Lip, se différencient par plusieurs éléments discrets. Tout d’abord, les Lip Dauphine se placent dans un niveau de prix inférieur de moitié en moyenne au prix d’une Lip classique, pour un modèle sensiblement similaire. Visuellement semblable, la Lip Dauphine se caractérise par un habillage moins travaillé, se matérialisant généralement par des placages moins épais, peu de boîtiers acier à la faveur du chrome moins coûteux.

Les cadrans par exemple, sont parfois issus d’anciens stock Lip de la collection précédente qu’il fallait écouler. Mais le cœur de la rationalisation se cache sous le cadran, puisque la majeure partie de l’abaissement du coût de production des Lip Dauphine se caractérise par l’emploi de mouvements non manufacturés par Lip. Fred LIP va avoir recours aux puissantes entreprises Françaises puis étrangères capables de fabriquer des mouvements de montres bracelets.

Des mouvements Jeambrun, Horlogerie de Savoie (H.S.) et Cupillard pour la France ou encore PUW pour l’Allemagne seront utilisés pour animer les Lip Dauphine, entre autres. À de rares exceptions, elles sont équipées de mouvements manufacturés par Lip, notamment de R23, R17 ou d’Electronic R148 / R184. Dauphine fut un succès commercial sans bornes sur toute sa période d’exploitation.

Succès, car Fred LIP va rapidement diversifier sa gamme, Dauphine devenant ainsi un nom à part entière au sein de la marque horlogère Lip. Succès également, parce que la manufacture Bisontine dote sa marque de modèles très disparates, qui suivent les évolutions de la mode et des goûts, à l’identique du développement d’une montre Lip traditionnelle.

À l’instar de la Régie Nationale des Usines Renault qui va proposer plusieurs niveaux de gammes sous l’appellation Dauphine, Lip va également créer une hiérarchie dans sa collection. Ainsi, à la Renault « Dauphine » Ondine, penchant plus cossues et luxueux du véhicule initial, Lip va répondre avec une gamme étoffée de Dauphine en Or 18 carats, dont la finition et la livrée esthétique rivalisent avec les plus belles montres de l’époque.

Répondant aux pratiques de l’époque, la manufacture Lip va développer, dès le lancement en 1957, des montres destinées aux communiants, aux jeunes enfants ou à tout autres célébrations dans lesquelles la montre marque un passage, et une coutume. À cela, nous pouvons ajouter les Dauphine Electronic, Electric, Nautic, Cœur Vaillant, Fab. Une montre nous permet de mesurer la portée de la gamme Dauphine, au sein de la collection Lip courante, la Lip Dauphine Electric ou Electronic, pourvue d’un calibre manufacturé par Lip, le R148 puis le R184 (avec date).

Comme une montre pédagogique, Fred LIP va se servir de sa « sous-marque » pour diffuser, et imposer plus aisément l’Electronic Lip, mouvements électriques n’ayant plus besoin d’être remontés. Pour ce faire, et à la vue du stock grandissant de calibres R148 (sans date, 1962) puis R184 (date, 1964), Lip va créer vers 1965 des montres estampillées Lip Dauphine Electric ou Electronic.

Ainsi équipées de ces mouvements révolutionnaires, ces montres vont les démocratiser par des tarifs plus abordables. Réutilisant des pièces d’habillage de collections Lip antérieures, il est fabriqué dans les ateliers Lip des cadrans spécifiques, afin de doter ces montres d’une image différente de la collection Lip Electronic, sérieuse et rigide.

Le fond de boîtier traditionnellement en acier inoxydable chez Lip est supprimé, au profit d’un dôme de plexiglas, qui laisse apparaître le mouvement en fonctionnement, dans un caractère pédagogique et explicatif innovant. En définitive, la collection Dauphine est, dans sa majeure partie, une gamme d’appel pour Lip.

Gamme accessible, Dauphine par Lip va être l’un des moteurs du dynamisme de la première manufacture de montres en France. La production va rapidement se développer, passant de 50 000 montres au début de l’exploitation de la marque, à plus 100 000 montres vendues par an dans les années 1960. Symbole d’une fortune populaire, la gamme Lip Dauphine va péricliter avec le Premier Conflit social Lip de 1972 - 1973.

Lip et les Jeux Olympiques de Grenoble 1968

Jeux des Trente Glorieuses, les Xe Jeux Olympiques d’Hiver qui se tiennent à Grenoble (Isère) du 6 au 18 Février 1968 sont également les Jeux Olympiques de Lip. Premiers Jeux Olympiques d’Hiver attitrés à une ville, en l’occurrence Grenoble, cette épreuve sportive majeure sur le plan international devait faire briller la France du Général de Gaulle, et par la même occasion les entreprises Françaises.

Co-chronométreur avec la firme Suisse Omega pour les épreuves reines de Descente, de Salom Spécial et de Slalom Géant, de Luge et de Bobsleigh, Lip va mettre en œuvre l’ensemble de ses capacités de production et son savoir-faire en matière d’électronique pour proposer un chronométrage ultra performant. Une atmosphère d’émulation se saisie alors, à un an des Jeux, de l’usine ultra moderne de Palente.

Le Bureau d’Études et l’Atelier de Chronométrie interne de Lip développe de nouveaux composants, des modules électroniques encore plus fiable, précis et innovants. C’est ainsi que Lip sera le témoin privilégié des 3 victoires historiques de Jean-Claude KILLY en descente, slalom spécial et slalom géant.

Fred LIP profite de ce formidable coup médiatique pour placer sur le devant de la scène la marque familiale qu’il représente, et par la même occasion, la montre du Centenaire de Lip (1867 - 1967), la Lip Nautic-Ski Electronic. Tout d’abord, Lip sera adoptée par la Fédération Française de Ski pour équiper la délégation Tricolore aux J.O. de Grenoble.

Sur les les photographies officielles, dans les coulisses, lors de bains de foules, les sportifs arboreront une montre Lip Nautic-Ski Electronic référence 42554 (boîte ronde, cadran noir). En plus de rares exemplaires signés des anneaux olympiques offert aux meilleurs revendeurs Lip, à quelques invités et au stations techniques Lip de la région, la Nautic-Ski va devenir, dans le courant de l’année 1967, la montre officielle des Jeux Olympiques de Grenoble.

Des présentoirs spéciaux sont créés par le département décor interne de la manufacture Lip. Reprenant de manière abstraite le dessin d’une montagne, ces présentoirs seront diffusés en fin d’année 1967 à certains clients, dont ceux de la région Rhône-Alpes. En tout état de cause, Lip va marquer l’histoire de l’olympisme, et du sport en général par sa participation aux Xe Jeux Olympiques d’hiver.

Premiers Jeux retransmis en couleur et dans le monde entier par le dispositif Mondovision (1607 techniciens vont œuvrer à cela), la marque Lip va bénéficier d’un aura particulier, à la hauteur de sa puissance en France. Première manufacture horlogère de France, 7e du monde en production de montres empierrées, son Président Directeur Général Fred LIP trouve ici la consécration de sa carrière.

Portée sur les plus hautes marches par Jean-Claude KILLY, Marielle GOITSCHEL, Annie FAMOSE, Guy PERILLAT et Isabelle MIR pour le Ski Alpin et par Patrick PERA pour le patinage artistique, la Nautic-Ski est résolument la montre officielle des Jeux Olympiques d’hiver de 1968.

Le rêve va se poursuivre pour l’espiègle patron de Lip, puisque le Ministère de la Jeunesse et des Sports, sur décision directe du Ministre François MISSOFFE, va faire équiper de Lip Nautic-Ski tous les athlètes Français aux Jeux Olympiques d’été de Mexico, qui se tiennent également en 1968. La délégation Française va ainsi porter une montre Lip lors de la cérémonie d’inauguration des J.O.

Victoire de Jean-Claude KILLY le 12 Février 1968, lors du Slalom Géant de Chamrousse. Ce dernier porte alors, sur le podium, une Lip Nautic-Ski Electronic, offerte par Fred LIP avant la compétition. Par cette consécration sportive, Lip marque un peu plus l’histoire industrielle de la France de son emprunte faite de rigueur et d’exactitude.

La gamme Rudi Meyer

Dessinée en 1974 sous l’impulsion de Claude NEUSCHWANDER et Marie-Laure JOUSSET, respectivement Directeur Général de la CEH-LIP et Responsable de la collection 1975, la gamme Rudi MEYER est construite dans un projet plus vaste qu’une réalisation purement horlogère. Cette incursion du Design dans l’horlogerie Française s’explique par une conjonction de faits inhérents à la vie mouvementée de l’entreprise Lip, dans cette première moitié des années 1970.

Après la mise en liquidation et la quasi-disparition de la marque Lip en Juin/Juillet 1973, Claude NEUSCHWANDER, second de Publicis, est chargé de relancer en 1974 la marque Lip au sein d’une toute nouvelle entité, la Compagnie Européenne d’Horlogerie LIP (CEH-Lip). Dans le cadre de ce renouveau, la Direction de la CEH-LIP va faire appel aux talents de 7 Designers Francophones, dans le but de donner un nouveau souffle à l’image de l’entreprise centenaire.

Né à Bâle (Suisse) le 11 Juin 1943, Rudolf MEYER va rapidement se tourner, et acquérir une sérieuse expérience dans ce milieu, vers le Graphic-Design. Professeur associé à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, il a alors, en 1974 la charge d’un cours en communication visuelle.

Reconnu comme un pionnier du design en France, il dispose de nombreux faits d’armes lorsqu’il est approché par la manufacture CEH-LIP. Entre autres, ces principales réalisations évoluent dans le domaine de l’art graphique et des images de marque.

Lorsque la CEH-LIP le contact, au début de l’année 1974, Rudi MEYER est un membre éminent de la jeune agence Design Programmes S.A., fondée en 1973 par un certain Roger TALLON, « pape » du Design en France. Pas moins de 14 montres Lip vont être commercialisées au cours de l’année 1975 sous le trait de Rudi MEYER.

Une production prolifique pour ce graphic-designer de talent, qui se décompose nous le verrons rapidement en 2 grandes familles, les Galaxie (9 montres) et une collection de Lip Electronic carrées (6 montres). Le Design est une discipline assez neuve en France en 1974, puisque reconnue comme art à part entière du dessin industriel ou du savoir-faire de l’ingénieur depuis les années 1960 seulement.

Outre Atlantique, le Design est un domaine majeur dans l’industrie dès l’après Guerre, et c’est de cela que va s’inspirer le nouveau patron de LIP pour relancer sa marque. La vision spécifique que développe Rudi MEYER, dans la lignée de l’approche fonctionnaliste de Roger TALLON des objets de « Design », symbolise l’idée que la montre est un objet singulier, ayant des critères de compréhension et une expressivité particulière.

Considérée comme un objet spécifique par MEYER, la montre doit avoir une fonction, une destination, un usage. Mais elle doit également dégager quelque chose de son porteur, être un symbole, suffisamment clair pour qu’il soit approprié par l’usager, mais suffisamment vague pour qu’il soit interprété par ce dernier. Ainsi, le designer Suisse va s’attacher à combiner l’aisance de lecture qui est, en 1974, une tâche largement accomplie, à la « parure » de la montre, en somme ce qu’elle représente.

Et c’est en cela que le talent du Designer entre en jeu. L’objet final n’est pas beau parce qu’esthétiquement réussi, il est beau parce qu’il est techniquement bien conçu.

Principales étapes de l'histoire de Lip
Période Événement
1867 Début de l'atelier Lip à Besançon
Années 1950 Lancement de la Lip Dauphine
1968 Lip chronométreur officiel des Jeux Olympiques de Grenoble
1974 Création de la gamme Rudi Meyer
2019 Reprise de l'assemblage des montres Lip à Besançon

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