L'Équipe de Rugby de Béziers en 1974 : Une Composition Légendaire

Il y a des moments dans l'histoire du sport qui restent gravés dans les mémoires, des époques où une équipe domine son sport, marquant son temps de son empreinte. L'équipe de rugby de Béziers en 1974 est de celles-là. Retour sur une année de gloire, une finale d'anthologie et une composition d'équipe qui a fait trembler la France du rugby.

Le 12 mai 1974, Béziers remportait la finale du championnat de France de Rugby contre Narbonne sur le score de 16 à 14. Pour son retour au Parc des Princes, la finale du championnat de France de rugby offrait une affiche somptueuse entre Béziers, vainqueur du Brennus en 71 et 72, et Narbonne, équipe séduisante emmenée par Jo Maso, François Sangalli et les frères Spanghero. Ce match est resté dans les mémoires pour sa qualité, mais aussi son scénario incroyable.

C’est en effet à la dernière minute que la victoire a choisi son camp, avec un drop improbable réussi par l’ouvreur de Béziers Henri Cabrol (16-14), cruel pour des Narbonnais qui ne méritaient pas un tel coup de poignard.

André Belzons et François Sangalli, joueurs de Narbonne lors de la finale de 1974 (© Archives L'Indépendant - Michel Clement)

Un Match Disputé

Cette finale fut un vrai beau chassé-croisé. Si Narbonne n’avait pas la puissance du pack de Béziers et sa maîtrise du ballon, il disposait d’une vraie belle ligne de trois-quarts, avec Jo Maso en chef d’orchestre. Le RCN a inscrit deux beaux essais au cours de cette rencontre, contre un seul pour Béziers. Ce n’est pas anodin. Le premier fut l’œuvre de Paul Belzons, après une mêlée au centre du terrain. Maso joua parfaitement le coup, et Walter Spanghero donna intelligemment à Belzons qui pointa en coin. Le second débuta sur une touche - où les Audois ont dominé les débats - et François Sangalli signa une merveille de course avant d’aplatir. Le centre fut sonné, après un sacré coup de poing désespéré de Estève.

À la pause, Béziers menait 10-7 après un drop de Richard Astre (il en a marqué deux dans cette finale). Mais à l’heure de jeu, la tendance s’était inversée, Narbonne pointant en tête d’une petite unité (13-14). Au courage, Narbonne résistait aux assauts adverses, avant une dernière action fatale.

Après une touche dans les 22m de Narbonne, Palmié sautait plus haut que tout le monde (Narbonne a déploré une faute ; la légende biterroise raconte que le talonneur adverse a été bien perturbé au moment du lancer). Astre éjectait pour Cabrol, qui tentait un drop improbable du gauche malgré la montée agressive de Maso. Dur à encaisser pour Narbonne, et pour Walter Spanghero, qui n’a jamais été champion de France.

La Composition de l'Équipe de Béziers en 1974

Le XV de départ de Béziers était le suivant :

  • J.P Pesteil
  • Navarro
  • Cosentino
  • Cieply
  • Cantoni
  • (o) Cabrol
  • (m) Astre (cap.)
  • Estève
  • Buonomo
  • Saisset
  • Palmié
  • Sénal
  • J.L. Martin
  • Paco
  • A.

En face, le XV de départ de Narbonne était composé de :

  • Benacloi
  • Ferrero
  • Viard
  • Sangalli
  • Dumas
  • (o) Maso
  • (m) Sutra
  • Belzons
  • W. Spanghero
  • A. Montlaur
  • J.M. Spanghero
  • C.

Les marqueurs des deux essais narbonnais du 12 mai 1974 au Parc des Princes, en finale du championnat de France de première division, contre l’AS Béziers, André Belzons et François Sangalli, ont accepté de revenir sur cette satanée partie à l’issue de laquelle les Audois durent s’incliner sur le score de 16 à 14.

Quel sentiment habite le cœur de François Sangalli 50 ans plus tard ? "La défaite. Je ne me souviens que d’avoir perdu. C’est terrible. Elle était trop belle cette finale. On avait gagné… Mais on a perdu." Dans la cité du Palais des Archevêques, on n’a pas oublié cette touche narbonnaise alors que les "orange et noir" menaient 14-13 en toute fin de match, cette touche - pas claire, pourrie par Béziers - destinée à Claude Spanghero qui ne put sauter et finalement récupérée par Michel Palmié qui renvoya sur Astre pour décaler Cabrol, l’auteur du drop assassin. 16-14 pour l’AS Béziers.

"On revenait de tellement loin, je revenais de tellement loin que cette défaite fut vraiment très très difficile à encaisser", décrypte François Sangalli. "On y pense toujours, on est marqué à vie." Même la victoire de 1979 ne l’aura pas guéri à François Sangalli qui inscrivit l’un des deux essais narbonnais de cette finale.

Le marqueur de l’autre essai narbonnais - du premier en fait - de cette finale, c’est André Belzons. "Cette finale, c’est mon meilleur et mon pire souvenir à la fois. 3 minutes avant qu’il ne passe ce drop, Cabrol vient nous voir et nous dit : "Bravo, vous y êtes". Je m’en rappelle comme si j’étais encore sur la pelouse… Ce soir-là, Béziers a mis trois drops. À cette époque, le drop était une arme."

Un conseil à donner aux jeunes ? "Pas besoin de les motiver. Ils sont déterminés à 200 %", répond François Sangalli. "On n’a pas de conseil à leur donner. J’ai été joueur, je sais ce que c’est.

L'Âge d'Or du Rugby Biterrois

Dans les années 1970-1980, le club de rugby biterrois est considéré par de nombreux spécialistes comme la meilleure équipe de club du monde. De 1971 à 1984, le club a été sacré dix fois champion de France, a glané trois challenges « Yves du Manoir » et d’autres trophées dont une coupe d’Europe. Durant ces treize années, le club biterrois a « écrasé » la concurrence mais, à son apogée, il était quasiment invincible, c’était même son surnom. Durant la période 1971-1978, le club a joué 94,08 % de matchs sans défaite, avec un score moyen de 30 à 7, a formé 17 internationaux. Il est resté invaincu durant quatre saisons, et cette domination a été encore plus forte à domicile puisqu’elle s’est étalée sur 11 ans et 9 mois ! À cette époque pour de nombreux spécialistes, l’ASB était plus forte que l’équipe de France et ce n’est pas le match amical de l’été 1971 qui va contredire cette opinion. En effet, l’équipe de Béziers a écrasé l’équipe de France 50 à 14…

En 1977, l’équipe de France réussit le « Grand Chelem » lors du tournoi des cinq nations, avec les 15 mêmes joueurs sans encaisser un seul essai. Ceci en adoptant la manière de jouer de Béziers sous l’égide Richard Astre à partir de la tournée de 1975 en Afrique du Sud. Le modèle de jeu de Béziers a été adopté par l’équipe de France, mais également d’autres équipes internationales. La BBC est même venue « enquêter » sur « the Béziers Phénomène ». L’ancien numéro 9 de l’équipe d’Angleterre, alors commentateur, avait alors conseillé aux Anglais de s’inspirer de cette manière de jouer.

L'équipe de Béziers célébrant une victoire (© Pinterest)

Les Artisans de la Gloire

Tout commence en 1955 avec l’arrivée de Raymond Barthes en tant qu’entraineur. Il a apporté de la rigueur et de la discipline dans les séances d’entrainement et au cours du jeu. C’était un grand pédagogue qui avait la faculté d’allier autorité naturelle et sens de l’écoute, tout en responsabilisant ses joueurs dans le but de développer une meilleure cohésion de l’équipe.

Barthez a donc construit les bases du futur « Grand Béziers » qui seront parachevées par un de ses anciens joueurs, Raoul Barrière, alias « le sorcier de Sauclières ». C’est 1964 que Raoul Barrière met le pied à l’étrier en devenant l’entraîneur de l’équipe juniors. Il expérimente donc la fonction de « coach » et forme, en même temps, le groupe « parfait » qui deviendra champion en 1968 et dont neuf membres seront des joueurs internationaux séniors. Suite à ce succès, il est sollicité pour s’occuper de l’équipe première.

L’organisation gagnante du « Grand Béziers » est complétée par la présence d’un président de club remarquable, Jojo Mas. Cet entrepreneur biterrois aux « reins solides », humainement proche des joueurs, a eu le génie de laisser les pleins pouvoirs à Raoul Barrière. Tout en intervenant pour rapatrier trois futurs « cracks » internationaux : Richard Astre, Jack Cantoni et Alain Estève.

Il ne manquait plus qu’une personne pour compléter le triumvirat de l’A.S.B… le capitaine ! Raoul Barrière devait donc trouver un capitaine qui serait son relais sur le terrain. Plusieurs joueurs de l’époque avaient cette capacité mais le choix s’est arrêté sur Richard Astre. Celui-ci, « qui a toujours été capitaine depuis l’enfance » avait une autorité naturelle, non pas l’autorité d’un capitaine « fort en gueule » mais une autorité fine, intelligente, ouverte au dialogue, décuplée par le fait qu’il était un leader de jeu incontestable.

Raoul Barrière laissait ses troupes s’exprimer mais, il alla encore plus loin, en inventant« la démocratie biterroise » qui permettait à l’entraîneur et aux joueurs de se concerter et décider de tout ce qui concerne l’équipe, même si cette démocratie était habilement contrôlée. Toutes les décisions étaient prises par le vote à bulletin secret. L’équipe votait à chaque match pour la composition d’équipe mais aussi pour toutes décisions importantes. Ce concept fut une vraie force puisque les joueurs sont passés de leur rôle classique de simples exécutants à une place de décisionnaires.

Nombreux sont ceux qui pensent que le jeu de l’A.S B. est né en même temps que l’équipe junior championne en 1968, mais cela n’est pas tout à fait exact. Raoul Barrière a ensuite encouragé cette volonté en organisant des séances d’autocritique qui permettaient d’améliorer et de créer petit à petit son propre jeu. En effet, lors du premier entrainement de la semaine, ¾ d’heure étaient consacrés à l’analyse de la rencontre précédente et chaque joueur faisait son autocritique, ainsi que celle de ses partenaires.

Raoul Barrière a réfléchi et a renversé ce paradigme rugbystique en décidant que les avants seraient les premiers attaquants et les trois quarts seraient, comme le reste de l’équipe, des conservateurs qui attaqueraient dans un second temps.

Tableau des Titres de Champion de France de Rugby

Année Champion Finaliste Score
2025 Toulouse Bordeaux Bègles 39-33 (prol.)
2024 Toulouse Bordeaux Bègles 59-3
2023 Toulouse La Rochelle 29-26
2022 Montpellier Castres 29-10
2021 Toulouse La Rochelle 18-8
1974 Béziers Narbonne 16-14

Extrait du tableau des titres de Champion de France de Rugby

L'histoire de l'équipe de rugby de Béziers en 1974 est une source d'inspiration pour les générations futures. Elle témoigne d'une époque où la passion, le travail et une vision novatrice pouvaient mener une équipe vers les sommets.

Clip vidéo "Aquí Besièrs !" (Joanda/Denis Labat/Patrice Alonzo/JB Viétri/D Warfield)

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