Symbole de l’identité du RC Lens et de ses supporters, la chanson « Les Corons » fait vibrer Bollaert-Delelis à chaque mi-temps. Mais d'où vient cet hymne ?
Le RC Lens est un club très attaché à sa région et à son passé minier.

La ville de Lens, en particulier, était l’un des centres de l’industrie minière en France avec des milliers de mineurs travaillant sous terre. Des footballeurs, gueules noires. Tout comme les supporters, des amoureux de leur club, le visage encore couvert de suie à la sortie de la mine. Le RC Lens est comme une grande famille.
La chanson « Les Corons » a été écrite en 1982 par Pierre Bachelet, un célèbre chanteur français, et Jean-Pierre Lang, un parolier. Succès des ventes, il évoque le quotidien des mineurs de fond, entre labeur et entraide. Qui ne connaît pas ce célèbre refrain de la non moins célèbre chanson de Pierre Bachelet, écrite en 1982 ? Quasiment personne tellement elle est entrée dans les mœurs.
Au Nord, c’était les corons. La terre, c’était le charbon. Le ciel, c’était l’horizon. Les hommes, des mineurs de fond… »
Un destin inattendu pour ce morceau qui n’a pourtant a priori rien d’un chant sportif.
L'adoption par les supporters lensois
Adopté peu à peu par les supporters lensois, il devient l’hymne officieux du club. En 1998, elle existait déjà, se remémore Stéphane Ziani, sacré alors champion de France avec le club nordiste et désormais entraîneur de la réserve du FC Nantes (N3).
Ce n’est qu’à la mort du chanteur en février 2005 que tous les supporters lensois reprennent cet hymne à la mi-temps. Quelques jours après l’annonce du décès de Pierre Bachelet, « Les corons » est entonné par tout un stade lors d’un match contre Nantes en février 2005. Déjà chanté par les ultras depuis plusieurs années, il est ainsi adopté par l’ensemble des supporters lensois.
Une chose est sûre, c’est le 19 février 2005, soit quatre jours après la mort du chanteur originaire de Calais (60 ans), que la direction du RCL a décidé d’en faire un véritable hymne, symbole de la culture et de l’histoire du Nord de la France.
A présent diffusée à chaque début de seconde mi-temps dans le stade Bollaert-Delelis, la chanson est foncièrement associée au club nordiste. Pour beaucoup, elle fait écho à leur histoire personnelle. « Mon grand-père a été mineur pendant 30 ans. Ce morceau me fait penser à lui et me rappelle tout ce que la région a enduré », assure Luc, supporter de 28 ans vivant près de Lens.
Les Corons, chanté par le stade Bollaert-Delelis (RCL-ARS 03/10/2023)
Un symbole social et régional
Depuis, la chanson, inspirée par la vie des mineurs du Nord de la France, s’est errigée en véritable symbole social du club, qui s’identifie aux mineurs de fond, devenus les héros d’une région. Depuis 2005, la chanson de Pierre Bachelet, «Les Corons», est devenue l’hymne du club. Elle y est chantée à chaque mi-temps.
« Le morceau raconte une vie de labeur. Ça a été le quotidien vécu par la plupart des gens du Nord pendant 250 ans », raconte Benoît Dequevauviller, journaliste qui a suivi le RC Lens pendant vingt ans. D’autant que le club a un lien direct avec cette industrie aujourd’hui disparue. « Le club a été créé par des patrons de houillères pour occuper les mineurs les dimanches après-midi. Ils ont aussi fait construire le premier stade », rappelle le journaliste.
Si l’époque où les mineurs tapaient dans le ballon est loin, certains supporters voient toujours des points communs entre les joueurs actuels et leurs prédécesseurs. « La solidarité, le respect… Il y a quelques années on a prêté notre stade au rival lillois le temps de la construction du leur », raconte Florian.

Devenue hymne des Sang et Or depuis, coïncidence, un certain RCL-FCN du 19 février 2005, la chanson « Les Corons » génère un tas d’émotions. Les supporters du RC Lens entonnent leur chant de prédilection en début de seconde mi-temps.
Un moment de communion
Le 15 août, pour leur retour en Ligue 1 dans leur stade Bollaert sans jauge, les supporters lensois avaient donné de la voix pour la réception de Saint-Etienne. Enfin, Bollaert a refait entendre sa voix en Ligue 1. Plus de dix ans après le dernier match dans l’élite sans jauge du RC Lens dans son stade emblématique, les bruyants soutiens des Sang et Or ont explosé les décibels et évacué une décennie de frustration le 15 août contre Saint-Étienne. Et juste avant la reprise de la seconde période, plus de 35 000 voix ont crié, martelé, hurlé les paroles d’une chanson devenue incontournable dans cette enceinte de l’Artois : « Les Corons », titre de Pierre Bachelet qui raconte avec nostalgie le passé minier de ce coin de Pas-de-Calais.
« Ah, qu’est-ce que c’était bon, jubile encore Loïc, 38 ans, présent pour ce match nul (2-2) arraché par Jonathan Clauss et ses partenaires. Quand on chante ça tous ensemble au stade, c’est un superbe moment collectif. Et ce week-end, ça va être encore plus fort. » Car ce samedi (17 heures), le voisin lillois, champion de France en titre, se pointe dans l’enceinte des Lensois pour le derby du Nord quatre mois après avoir fait un pas décisif vers le sacre dans cette même confrontation.