La question du financement du Paris Saint-Germain (PSG) par le Qatar et les allégations de soutien au terrorisme ont suscité de vives polémiques. Des accusations portées par des supporters aux déclarations politiques, en passant par les enquêtes journalistiques, ce sujet complexe mérite un examen approfondi.

Le président François Hollande et l'émir du Qatar, le Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, à l'Elysée, le 23 juin 2014.
Les Accusations et les Réactions
«Le Qatar finance le PSG... et le terrorisme», ont proclamé des supporters de Bastia sur une banderole déployée dans les tribunes du stade de Furiani avant le match du championnat de France contre le PSG. Cette banderole est notamment restée déployée pendant la minute de silence, d'une grande solennité et parfaitement respectée par le public bastiais, à la mémoire des victimes des attaques de djihadistes qui ont frappé la France depuis mercredi.
En réaction à ces accusations, ni le propriétaire du club parisien, Qatar Sports Investments, ni la Ligue professionnelle de football n'ont réagi dans un premier temps. Cependant, dans l'entourage du PSG, on n'excluait aucune action, tout en précisant que la Ligue avait été sensibilisée au problème et qu'elle pourrait réagir dans les prochains jours.
Des personnalités politiques ont également pris position. Nicolas Sarkozy, ancien président et supporter du PSG, a déclaré : "Le Qatar est un pays ami de la France... Est-ce que vous croyez que M. Mitterrand, M. Chirac, moi-même hier, ou que M. Hollande aujourd'hui, on aurait cette politique d'amitié avec le Qatar si nous pensions que le Qatar était le financeur du terrorisme ?". Laurent Fabius a admis que les accusations contre le Qatar reviennent "très très souvent", mais a assuré que les vérifications nécessaires avaient été faites et que l'accusation était infondée pour la période depuis laquelle ils étaient au gouvernement.
Jack Lang : "Le Qatar ne finance pas le terrorisme"
Les Démentis et les Arguments
Nabil Ennasri, directeur de l'observatoire du Qatar, a qualifié ces accusations de "fantasmes". Il a expliqué que le Qatar est victime d'un amalgame parce qu'il soutient les Frères musulmans. Selon lui, on reproche au Qatar d'avoir soutenu des islamistes, mais les Frères musulmans ne sont évidemment pas l'EI, et en Syrie, les Qataris ont "favorisé les forces politiques liées aux Frères musulmans". L'émir du Qatar a souligné qu'il "existe des différences" entre les différents groupes et qu'il serait "une grosse erreur" de considérer tout mouvement islamique comme "extrémiste".
D'ailleurs, le Qatar accueille une base militaire américaine, ce qui semble paradoxal si l'on considère les accusations de financement du terrorisme. Doha a nié à plusieurs reprises financer le terrorisme : "Nous ne finançons pas les extrémistes. Si vous parlez de certains mouvements, particulièrement en Syrie ou en Irak, nous les considérons tous comme des mouvements terroristes."
Les Enquêtes et les Zones d'Ombre
Malgré les démentis, des enquêtes ont mis en lumière des zones d'ombre. Naoufel Brahimi El-Mili, professeur à Sciences-Po Paris, estime qu'on ne peut pas dire que le Qatar ait été très prudent quand la guerre en Syrie a débuté. Selon lui, "les autorités qataries agissent toujours en deuxième rideau", mais elles auraient laissé de riches hommes d'affaires financer les jihadistes et puis "ça a dérapé".
Une enquête du Daily Telegraph qualifiait le Qatar de "Club Med pour terroristes". Le journal britannique reprenait un document du Trésor américain affirmant qu'un riche donateur qatari avait offert au terroriste Tariq Al-Harzi deux millions de dollars destinés à des opérations militaires. De plus, David Cohen, un haut responsable du Trésor américain, dénonçait la présence au Qatar de Khalifa Mohammad Turki Al Subaiy et Abd Al Rahman bin Umayr Al Nuaymi, accusés d'avoir levé des millions de dollars pour Al-Qaïda et l'EI.
Mesures Prises et Perspectives
Suite à ces accusations, le Qatar a pris des mesures pour renforcer le contrôle sur les activités de bienfaisance. Une loi de régulation et d’organisation des activités de bienfaisance au Qatar a créé une autorité chargée de contrôler ces activités, qui doit notamment donner son feu vert aux dons versés à des organisations étrangères. Le texte prévoit des sanctions allant jusqu’à trois ans de prison et 100.000 riyals d’amende (24.000 euros) pour les contrevenants.
Le nouvel ambassadeur à Paris, Meshaal bin Hamad al-Thani, a déclaré : "Il faut être clair, le Qatar ne finance, ni ne soutient aucune organisation terroriste. Et nous avons pris des mesures drastiques pour qu’aucun citoyen qatari ne puisse financer ces groupes à titre privé."

Carte des zones d'influence de Daech
Sanctions Financières et Lutte Contre le Terrorisme
La France met en œuvre cinq régimes de sanctions financières visant à lutter contre le financement d'organisations terroristes :
- Le régime ONU « Al Qaeda - État Islamique »
- Le régime ONU « Afghanistan/Taliban »
- Le régime UE « personnes impliquées dans des actes de terrorisme »
- Le régime UE « État Islamique - Al Qaeda »
- Les mesures nationales de gel des avoirs à but anti-terroriste
Ces mesures financières sont un instrument efficace de la lutte contre le financement du terrorisme : en bloquant les fonds et les ressources des personnes physiques, morales ou des entités désignées au titre de mesures onusiennes, européennes ou encore nationales ainsi que les opérations réalisées à leur profit, les mesures de gel entravent le financement des actes de terrorisme.
Ce sont ainsi près de 658 personnes physiques et morales qui sont aujourd'hui sanctionnées : 123 par des mesures de gel adoptées au niveau national et 535 au titre des quatre régimes ONU et UE.
Tableau Récapitulatif des Accusations et des Réponses
| Accusation | Réponse du Qatar | Mesures Prises |
|---|---|---|
| Financement du terrorisme | Démenti catégorique, amalgame avec le soutien aux Frères Musulmans | Loi de régulation des activités de bienfaisance, contrôle des dons à l'étranger |
| Soutien indirect aux groupes jihadistes en Syrie | Actions individuelles de donateurs, non imputables à l'État | Renforcement de la surveillance financière, coopération internationale |