Le Football : Ombre et Lumière - Une Histoire Vue par Eduardo Galeano

Le football, bien plus qu'un simple jeu, est un phénomène complexe, mêlant passion, politique et intérêts économiques. C'est ce que révèle l'œuvre d'Eduardo Galeano, "Le football, ombre et lumière", un livre qui explore les multiples facettes de ce sport universel.

Eduardo Galeano

Un Voyage Triste : Du Plaisir au Devoir

L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir. À mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. En ce monde de fin de siècle, le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable.

Le jeu est devenu spectacle, avec peu de protagonistes et beaucoup de spectateurs, football à voir, et le spectacle est devenu l’une des affaires les plus lucratives du monde, qu’on ne monte pas pour jouer mais pour empêcher qu’on ne joue. Par bonheur, on voit encore sur les terrains, très rarement il est vrai, un chenapan effronté qui s'écarte du livret et commet l'extravagance de feinter toute l'équipe rivale, et l'arbitre, et le public dans les tribunes, pour le simple plaisir du corps qui se jette dans l'aventure interdite de la liberté.

Eduardo Galeano : Un Mendiant de Bon Football

LIVRE - Plume ouverte de l’Amérique Latine, Eduardo Galeano est aussi un mendiant de bon football. Son livre « Le football, ombre et lumière » (Climats, 1997) raconte, à sa façon, l’histoire du ballon rond.

Eduardo Galeano, plume ouverte de l’Amérique Latine, écrivain engagé pour la sauvegarde de la culture latino-américaine, est également un amateur de ballon rond. Ou plus précisément, comme il l’écrit lui-même, un « mendiant de bon football« . Il fut d’ailleurs un très grand footballeur : « Comme tous les Uruguayens, je voulais être joueur de football. Je jouais très bien, j´étais une merveille, mais seulement la nuit, quand je dormais: le jour j´étais la pire jambe de bois qu´on ait vu sur les petits terrains de mon pays« .

Eduardo Galeano est né à Montevideo, Uruguay, en 1940. Exilé en Argentine jusqu’en 1985, il y fait ses premiers pas dans le journalisme. Il est l’auteur de plusieurs livres références, dont « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine » et « Mémoire du Feu« , une trilogie qui raconte l’histoire de l’Amérique Latine.

Dans « El futbol, sol y sombra » (« Le football, ombre et lumière » en V.F.), Galeano exprime en de très courts chapitres sa vision du football à travers le monde. Il passe de la jubilation extrême avec des buts grandioses, des dribbles magnifiques et des passes merveilleuses, au malaise le plus nauséeux engendré par les traditionnels travers de l’environnement du ballon rond.

Une Perspective Sud-Américaine

L’histoire du football vue du point de vue sud-américain, ce n’est pas tout à fait celle qu’on connait de ce coté-ci du globe. Dans son souci constant de défendre la cause de l’Amérique du Sud, Galeano conteste, avec malice, la supériorité du football européen.

Il rappelle que le meilleur joueur européen de l’histoire, Alfredo Di Stefano, était un Argentin. Il rappelle également que Eusebio était plus africain que portugais, comme il décrètera, bien après la sortie de son livre, que la meilleure équipe sud-américaine de la Coupe du Monde 1998 fut celle… des Pays-Bas et sa colonie de Surinamiens.

Galeano ne se laisse donc pas aveugler par sa passion du foot. Au contraire, il y trouve de nouvelles ressources dans son combat de l’Amérique du Sud face aux grandes puissances. Il fustige notamment les complots des Coupes du Monde disputées en Europe où tout semble fait selon lui pour déstabiliser le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

Il reprend notamment l’exemple de la World Cup 1966 où les trois nations sud-américaines avaient été flouées par l’arbitrage.

Coupe du Monde 1938 : Un Exemple de Tensions Géopolitiques

Comme la précédente, cette compétition fut un championnat d’Europe. Seuls deux pays latino-américains, contre onze pays d’Europe, participèrent au Mondial 1938. L’Allemagne incorpora cinq joueurs de l’Autriche tout juste annexée.

La sélection allemande ainsi renforcée fit irruption dans le tournoi en se donnant des airs d’équipe invincible, avec le svastika sur la poitrine et toute la symbologie nazie du pouvoir, mais elle trébucha et tomba face à la modeste Suisse. L’Italie, en revanche, refit sa campagne du tournoi précédent.

Lors des demi-finales, les azzurri vainquirent le Brésil. Il y eut un penalty douteux, et les Brésiliens protestèrent en vain. Comme en 1934, tous les arbitres étaient européens. La presse officielle italienne avait fêté de cette façon la défaite de la sélection brésilienne : « Nous saluons le triomphe de l’intelligence italique sur la force brute des Noirs.

Coupe du Monde 1938

Football : Entre Passion et Réflexion

Pour certains , le football est un loisir , un métier . Le foot professionnel ne nous conditionne-t-il pas à penser que le système capitaliste qui nous gouverne est juste ? C’est de ce défi et de ce besoin d’expiation qu’est né ce livre. Hommage au football, célébration de ses lumières, dénonciation de ses ombres. Je ne sais pas si…

Le football, p. Football : le beau jeu, la marchandise et la politique, depuis les origines ou presque.

Quand Eduardo Galeano a écrit « Futbol a sol y sombra« , l’Amérique du Sud créait son marché commun, le Mercosur. De vives tensions opposaient l’Equateur et le Pérou pour le contrôle de la cordillère du Condor alors que l’armée mexicaine tentait de reconquérir les territoires du Chiapas. Le pape Jean-Paul II attirait plus de quatre millions de personnes à Manille où se tenaient les Journées mondiales de la jeunesse. La France se lançait dans une campagne d’essais nucléaires sur les atolls de Moruroa et Fangataufa dans le Pacifique.

L’Uruguayen Eduardo Galeano (1940-2015), écrivain, journaliste et essayiste, avait publié son œuvre majeure en 1971 « Les Veines ouvertes de l’Amérique latine » où il dénonçait le pillage des ressources de l’Amérique du Sud.

Il a composé « Le football ombre et lumière » en plus de deux-cents courts chapitres où il évoque les grands moments de l’histoire du jeu, les grands joueurs, les grands clubs, mais aussi l’évocation de buts grandioses, de dribbles diaboliques et de passes merveilleuses.

« Le football, ombre et lumière » est un livre récréatif que l’on peut lire et relire avec délice.

Le Football, ombre et lumière, d’Eduardo Galeano (Lux 2014), traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, édition augmentée et préface de Lilian Thuram.

Eduardo Galeano on the World Cup

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