Ce chant commémore le massacre des contre-révolutionnaires lyonnais de 1793 par la Convention, massacre qui fit plus de 1800 victimes. La "Ligue Noire" est un chant magnifique chanté par certains insurgés alors que les canons chargés à mitraille tiraient sur eux.
Ce chant traditionnel des royalistes, évoque la terrible répression qui s'est abattue sur Lyon pendant la révolution française. La "Ligue Noire" et "La Cavalcade" font partie de nos chants de tradition.
Samedi 21 février, lors de la manifestation à Lyon en hommage au jeune Quentin Deranque, sauvagement assassiné par les nervis de l’ultragauche, quelques jeunes ont entonné deux chants qui m’ont fait chaud au cœur ; deux airs qui font partie de nos chants de tradition : « La Ligue Noire » (ou « Les Fantassins du Lyonnais ») et « La Cavalcade ».
Quelles sont les causes de la répression de Lyon en 1793 ? [Portrait d'Histoire #03]
Voici les paroles du chant :
La Ligue Noire (Les fantassins du lyonnais)
- Aujourd'hui la ligue noire Vient se livrer à nos coups Ami verse-nous à boire Et la victoire est à nous. Tripe-z-ieux, remplis mon verre Le vin fait de bons guerriers Bacchus mon dieu tutélaire Arrosera nos lauriers.
- Un plat bougre nous menace La colère est sur son front Crancé foutre quelle audace Veut nous faire la leçon: A nous, jour de Dieu, j'enrage Nous, le fléau des pervers Nous, dont le mâle courage Se foutrait de l'univers.
- Verse donc, cher camarade De soif tu me fais languir Verse encore une rasade Et je veux vaincre ou mourir. J'en veux foutre cent par terre Et de sang tout innonder Oui, je veux dans la poussière Rouler Albite et Crancé.
- Peut-être qu'au sein de la gloire Un foutu morceau de plomb M'enverra sur l'onde noire Vers ce bougre de Caron Content, je perdrai la vie, Je m'en fous, j'aurais vaincu Quand on meurt pour la Patrie N'a-t-on pas assez vécu?
- Femme, nargue le veuvage Quand j'aurai rendu l'esprit Dis-moi, foutre, est-on moins sage Quand on n'a pas de mari? Mais, garde-toi qu'un faux frère Te fasse jamais la cour Celui qui tremble à la guerre N'est qu'un jean-foutre en amour.
- Gauthier, scélérat perfide, Assassin des lyonnais Et toi, Crancé parricide L'horreur de tous les français Ambitieux et sanguinaires, Les lyonnais sont tous prêts Ils embrasseront leurs frères Mais puniront vos forfaits.
- Précy conduit nos phalanges, Les lauriers seront pour nous, Et du Rhône jusqu'au Gange On dira que sous nos coups Des envoyés sanguinaires Ont vu de près nos remparts, Une famille de frères Qui a pour père le dieu Mars;
- La liberté, la patrie Voilà le voeu de nos coeurs Pour cette muse chérie Nous jurons d'être vainqueurs: C'en est fait, la canon gronde Nous ne voulons plus de paix Que tous les brigands du monde Soient aux pieds des lyonnais.
- J'entends une canonnade Vite, allons à l'ennemi; Mais avant, une rasade A la santé de Précy. Son nom qu'annonce la gloire Seul fait trembler Montessuy; On est sûr de la victoire Quand on combat avec lui.
- Tout l'univers nous contemple Amis, frappons-en plus fort. Au monde, donnons l'exemple, Aux brigands donnons la mort. Canonniers, brûlez l'amorce, Redoublons tous nos efforts; Faisons-leur entrer par force La vérité dans le corps.
Certains prétendent que plus que les royalistes, ce sont les girondins qui se sont révoltés... Mais il est certain qu'aprés les massacres de septembre, ils se sont trouvés unis face à la dictature jacobine, comme ils le furent aprés dans la sanglante répression républicaine. Du reste, le Général Comte de Précy qui commandait la défense de Lyon pendant le siège des troupes de la Convention était un royaliste.
Contexte Historique : Lyon, un Champ de Bataille
Lyon n’a pas seulement été un grand théâtre de la Révolution : en 1793, la ville devient un champ de bataille politique, social et symbolique. Entre juin et octobre, elle se soulève contre la Convention nationale dominée par les Montagnards, renverse ses autorités « chaliéristes », se met en état de résistance, puis subit un siège et une répression d’une dureté qui marquera durablement la mémoire française.
Tout commence avant même 1793. À la fin des années 1780, Lyon est une métropole industrielle et marchande, une ville de banque, de négoce et surtout de soierie. Or la soie s’effondre. La misère s’installe, le chômage explose, la charité devient une nécessité massive. Les chiffres évoqués sont vertigineux : des dizaines de milliers de personnes vivent de secours, des ateliers ferment, des ouvriers quittent la ville.
À cette crise sociale s’ajoutent des tensions autour des barrières d’octroi, ces droits perçus aux entrées de la ville, que le peuple espère voir disparaître avec les États généraux. À plusieurs reprises, la contestation tourne à l’émeute, au pillage, à l’exigence de taxer les denrées. Dans ce terreau se forme une opposition politique structurée. D’un côté, des clubs populaires issus des sections, de l’autre, des sociétés plus bourgeoises, plus sélectives.
Le « Club central » finit par devenir l’instrument des éléments les plus radicaux autour de Joseph Chalier, proche de la Montagne. À mesure que Paris bascule - journée du 10 août 1792, radicalisation générale, violences de septembre - Lyon s’embrase à son tour. La ville connaît des tensions croissantes entre modérés, girondins, jacobins, royalistes constitutionnels, sans-culottes.
Au début de 1793, le conflit se cristallise. Les chaliéristes réclament un tribunal révolutionnaire ; la municipalité hésite, la rue s’agite. Les maires se succèdent dans la confusion : démissions, réélections, rivalités de clubs. Finalement, Chalier et ses alliés parviennent à la mairie en mars 1793.
Les Mesures Radicaux de Chalier
Les mesures prises sont extraordinairement ambitieuses et coercitives :
- Boulangerie municipale
- Taxation des vivres (qui entraîne des pénuries et la disparition de produits des boutiques)
- Enrôlement
- Comité de salut public local
- Projet de guillotine permanente
- Tribunal révolutionnaire
- Comité de surveillance
- Armée révolutionnaire destinée à remplacer la garde nationale
- Contribution forcée des riches
L’idée centrale est claire : faire plier les élites, forcer l’approvisionnement, discipliner la société au nom du salut public. Mais Lyon n’est pas Paris. À partir de la mi-mai 1793, la majorité des sections se retourne contre les arrêtés municipaux. L’opposition se coordonne. Une assemblée des sections réunie à l’Arsenal décide de renverser la municipalité le 29 mai : Chalier et ses partisans sont arrêtés, les représentants envoyés de Paris sont mis à l’écart. Le pouvoir passe aux modérés, puis glisse progressivement vers un bloc où se mêlent girondins et royalistes, avec une rhétorique républicaine maintenue officiellement.
À Paris, l’insurrection lyonnaise s’inscrit dans la vague des mouvements dits « fédéralistes » qui éclatent après l’élimination des Girondins à la Convention. La lecture montagnarde est simple : Lyon se révolte, donc Lyon trahit. La Convention ne veut pas seulement rétablir l’ordre ; elle veut empêcher que la dissidence provinciale devienne un précédent.
Les autorités lyonnaises, elles, cherchent des appuis, nouent des contacts avec d’autres villes insurgées, réclament la réunion de conventionnels suppléants à Bourges et constituent une armée d’environ 10 000 hommes. Mais le commandement est confié à des figures royalistes, au premier rang desquelles le comte de Précy.
Dans ce contexte, Joseph Chalier est jugé et condamné à mort. Il est guillotiné le 17 juillet 1793. Ce n’est pas un simple procès : c’est un signal. À partir de là, le conflit devient irréversible. La ville se prépare au siège.
Le Siège et la Répression
Le siège commence réellement à l’été 1793. L’armée des Alpes, mobilisée ailleurs, ne peut agir immédiatement. Mais dès la fin août et surtout en septembre, Lyon est encerclée. Le bombardement s’abat sur la ville : des dizaines de milliers de projectiles sont tirés. Les forts tombent les uns après les autres.
Le 3 octobre, la reddition est exigée. Une trêve s’ouvre, les sections délibèrent, une délégation tente de négocier. Précy s’y oppose, puis finit par s’échapper dans la nuit du 8 au 9 octobre. La Convention veut frapper. Lyon est symboliquement déchue : elle perd son nom et devient « Ville-Affranchie ».
Le discours officiel annonce une destruction exemplaire, une volonté d’effacer la cité rebelle. Surtout, des commissions de justice se mettent en place. Une commission militaire fusille des dizaines de personnes, une commission de justice guillotine d’autres condamnés. Puis vient la commission extraordinaire qui introduit les « mitraillades » : des exécutions collectives à la mitraille, aux Brotteaux, en décembre 1793, avec plusieurs centaines de morts en quelques jours.
Les chiffres globaux restent difficiles à établir, tant les procédures, les relais judiciaires et les morts indirectes du siège brouillent le décompte. Mais on parle d’environ 1 600 à 2 000 exécutions sur la période, selon les estimations, et de milliers d’autres victimes possibles liées au siège (famine, misère, combats).

Siège de Lyon en 1793
La Convention décide le même jour de la destruction des murailles de la ville. Le lendemain, la Convention décrète que « Lyon perdra son nom, elle sera appelée « Ville-Affranchie ». Elle sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits… Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription : « Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus. ».
Le quartier Bellecour devient « canton Égalité », la place Bellecour « place de l’Égalité », le quartier de l’Hôtel-Dieu « canton-sans-culotte ».
Dès le 11 octobre, on va fusiller 106 personnes, dont les lieutenants de Précy. Puis, à partir du 21 octobre, la commission dite « de justice populaire » fait guillotiner 79 personnes, mais comme cette justice n’est pas assez expéditive, Collot d’Herbois et le nantais Joseph Fouché vont décider de substituer des mitraillades collectives aux fusillades individuelles et à la guillotine.
C’est ainsi que, les 4 et 5 décembre, 477 condamnés seront massacrés, en trois vagues, hachés par des canons chargés à mitraille dans la plaine des Brotteaux ; une véritable boucherie !
Parmi les victimes, on compte des personnalités dont le chanoine Roland (frère du ministre), des prêtres, des religieux et religieuses, des négociants, des marchands, des artisans, des aristos, des gens du peuple (ouvriers, domestiques), mais aussi des contre-révolutionnaires expédiés des prisons de Feurs, Montbrison, Saint-Étienne et même des départements voisins (Loire, Ain, Saône-et-Loire, Isère, Allier). Certaines victimes n’avaient rien à se reprocher, comme Anne-Marie Giraud des Echerolles dont le frère, capitaine des insurgés, avait réussi à quitté Lyon.
À ces victimes, il faut ajouter celles du siège, tuées, mortes de famine ou de misère, dont le chiffre est inconnu.
| Type de Victime | Nombre Estimé |
|---|---|
| Exécutions | 1 600 - 2 000 |
| Victimes du Siège (famine, misère, combats) | Plusieurs milliers |
Mémoire et Héritage
La fin de l’épisode ne répare rien : elle déplace la violence. Après le rappel de certains représentants, après Thermidor et la chute de Robespierre, la ville est épurée à nouveau, cette fois contre les jacobins. Puis, au printemps 1795, la « Terreur blanche » s’abat sur Lyon.
Il reste enfin la mémoire, lourde, disputée, inscrite dans la ville. Les Brotteaux, les listes de victimes, les ossuaires, les chapelles expiatoires, les associations de descendants fondées plus tard : Lyon n’a pas oublié.
Ce soulèvement et sa répression rappellent que la Révolution française ne fut pas seulement un changement de régime. Ce moment lyonnais éclaire une constante : quand le pouvoir central se sent menacé, il ne discute plus, il écrase.