Accusations de viol contre des joueurs de rugby argentins : Affaire Auradou-Jegou

L'affaire des accusations de viol portées contre deux joueurs du XV de France en Argentine a secoué le monde du rugby et suscité de vives réactions. Cet article retrace les événements, les développements juridiques et les conséquences de cette affaire.

Les faits : accusations de viol à Mendoza

Les faits se sont déroulés à Mendoza, à 1 100 kilomètres de Buenos Aires, la capitale argentine. Samedi 6 juillet, le XV de France y célèbre sa victoire (28-13) face aux Argentins.

Selon les informations du média argentin MDZ confirmées par « L'Équipe », une femme a porté plainte à Mendoza contre deux joueurs de l'équipe de France pour agression sexuelle dans la nuit de samedi à dimanche. Florian Grill, le président de la FFR, a confirmé que les deux joueurs accusés étaient Hugo Auradou et Oscar Jegou. Les deux auteurs présumés ont été entendus par la police à Buenos Aires et sont actuellement retenus au commissariat.

D'abord, d'après le récit du Parisien, dans le "paseo Aristides", un quartier festif avec d'innombrables bars et pubs, décrit le site de la ville. Au bar Beerlin, une employée raconte au journal français avoir servi les joueurs tricolores : "Ils sont repartis vers 1h-1h30 du matin. (...) Il n'y avait aucune femme avec eux quand ils sont tous repartis.

Selon L'Equipe, ils se rendent ensuite au "Wabi Fun Club, une boîte de nuit chic (...) située à l'extérieur de la ville". La plaignante, une femme de 39 ans, fille et sœur d'avocats et originaire de Mendoza, comme le précise le média local MDZ, arrive vers 4h30. Elle est alors "en compagnie de trois amis, deux femmes et un homme" et "ils auraient pu accéder au salon V.I.P. des joueurs grâce à des employés", rapporte L'Equipe.

D'après l'avocate, la victime se rend ensuite au Diplomatic Hotel de Mendoza, où logent joueurs et staff français. Elle est accompagnée de l'un des deux joueurs suspectés d'être impliqués, initialement désigné par l'avocate auprès de certains médias comme étant Oscar Jegou, mais qu'elle "identifie" finalement comme Hugo Auradou, dans un entretien à l'AFP. Lorsqu'ils "entrent dans la chambre, (...) elle se rend compte que l'invitation à boire un verre est un piège", complète Natacha Romano.

La plaignante demande alors à "aller aux toilettes, mais il s'aperçoit qu'elle veut s'enfuir. Il l'attrape immédiatement, la jette sur le lit, commence à la déshabiller et se met à la frapper sauvagement d'un coup de poing, dont l'hématome est visible sur le visage de la victime. Il l'étouffe, au point qu'elle a l'impression de se sentir partir".

Environ une heure plus tard, "entre le deuxième, qui s'appelle Oscar", assure l'avocate, l'accusant alors des "mêmes faits de violence et d'abus sexuel". Quand ce dernier part prendre un bain, selon le même récit, "Hugo continue à se servir d'elle, en lui donnant différents coups", déclare Natacha Romano, qui décrit des traces sur le corps de sa cliente : "des morsures, des griffures, des coups sur les seins, les jambes et les côtes marquées dans le dos". Au total, elle tente "à cinq reprises de quitter la pièce", selon le journal argentin Clarin.

L'avocate évoque "trois ou quatre" autres agressions commises par Hugo Auradou, "jusqu'à ce qu'il finisse par dormir". La victime a été hospitalisée jeudi, selon son avocate.

En face, l'avocate Natacha Romano évoque un "abus avec accès charnel", la définition judiciaire du viol en Argentine, lit-on sur le site du ministère de la Justice.

L'avocat des deux rugbymen a remis en cause ce récit. "Des témoins l'ont vue sortir [de l'hôtel], les caméras l'ont vue sortir, il n'y a pas de traces de coups, apparemment, selon les enregistrements.

Oscar Jegou et Hugo Auradou ont pour leur part "confirmé avoir eu dans la nuit une relation sexuelle avec la jeune femme mais (...) fermement nié toute forme de violence", selon un communiqué de la Fédération française de rugby publié mardi.

Développements juridiques et procédures

Les deux rugbymen français sont accusés d'avoir violé une femme dans leur hôtel, dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 juillet, après un match du XV de France. Selon la procureure générale de Mendoza, Daniela Chaler, "la déposition [de la plaignante] était assez longue, complète, détaillée et correspondait, pour l'heure, aux conclusions médico-légales".

Publié le 19 juillet, Assignés à résidence surveillée, Oscar Jegou et Hugo Auradou, accusés de viol aggravé en Argentine, sont apparus sur un cliché posté par leur avocat. Me Natacha Romano, qui représente la plaignante, a dénoncé, jeudi 18 juillet, cette publication Instagram devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle a réclamé une sanction pour "non respect des conditions de la détention à domicile" des deux joueurs du XV de France.

Placés en résidence surveillée à Mendoza, Oscar Jegou et Hugo Auradou ont été photographiés, sourire aux lèvres, devant leur nouveau domicile. Une publication qu'il a accompagnée de la légende suivante : "J'ai confiance à 100% en leur innocence." "C'est une provocation envers ma cliente, un acte totalement évitable", a dénoncé Me Natacha Romano, l'avocate de la plaignante. Ce cliché prouve, selon elle, que les deux joueurs français "ne comprennent pas la gravité des faits dont ils sont accusés."

Munis de bracelets électroniques, Oscar Jegou et Hugo Auradou ont été assignés à résidence surveillée le temps de l'enquête, qui devrait durer de longs mois. Ils sont soumis à des règles strictes, comme la confiscation de leurs passeports et téléphones et l'interdiction de quitter leur domicile. Si ni la présence de leur avocat et ni la photo n'enfreignent pas les conditions de leur assignation à résidence, la diffusion du cliché, elle, pose problème. "Nous l'avons dénoncée", a indiqué Me Natacha Romano au média local MDZ Radio.

Selon l'avocate de la victime présumée, cette publication virale contrevient à la condition numéro 6 de leur assignation à résidence. Celle-ci leur "interdit de divulguer des informations publiques ou privées" pouvant "potentiellement être blessantes pour l'intégrité psychophysique de la plaignante".

Lundi 12 août, Oscar Jégou et Hugo Auradou ont été libérés par la justice argentine à la suite de leur mise en examen pour « viol avec violences en réunion » lors d’une tournée du XV de France, mais doivent encore rester en Argentine.

C’est une étape qui a été savourée par les deux mis en cause. Lundi 12 août, Oscar Jégou et Hugo Auradou ont été libérés par la justice argentine de leur mise en examen pour « viol avec violences en réunion ».

Alors que la plaignante s’était plainte d’avoir reçu des coups de poing, le verdict médical serait tout autre : « le docteur Sonego a expliqué dans son témoignage que sa blessure aurait pu être produite par un frottement, excluant aussi bien une gifle qu’un coup de poing ».

Natacha Romano, l’avocate de la plaignante, a réagi auprès de L’Équipe à propos de cette décision. « C’est une décision complètement biaisée. Elle invoque des zones grises (dans les déclarations de la plaignante) mais à aucun moment cette décision ne fait mention des zones grises ni des contradictions qui ont surgi des auditions des accusés ou du dernier témoin (un joueur de l’équipe de France).

Le parquet de Mendoza a autorisé Oscar Jegou et Hugo Auradou à quitter le territoire argentin, même s’ils y restent poursuivis pour viol aggravé sur une femme. Ils sont arrivés l’aéroport de Paris - Charles-de-Gaulle mercredi en début de soirée.

Les deux joueurs ont quitté l’Argentine mardi soir. Ils ont atterri à l’aéroport de Paris - Charles-de-Gaulle, mercredi en fin de journée, qu’ils ont depuis quitté, a fait savoir leur avocat à l’Agence France-Presse (AFP), une information confirmée par une source aéroportuaire.

La justice argentine a suivi, mardi, les recommandations du parquet, selon lequel l’accusation a « perdu de sa force initiale ».

L’accord de principe donné par le parquet est « assorti de règles », a rappelé Martin Ahumada, porte-parole de la justice provinciale : « Par exemple, ils doivent se présenter s’ils sont convoqués au consulat d’Argentine en France, doivent établir une adresse réelle et virtuelle, et doivent se présenter à Mendoza [ville située à 1 000 kilomètres de Buenos Aires] si cela leur est demandé. »

Considérant que les « éléments suffisants n’ont pas été réunis » pour justifier le maintien en résidence surveillée des rugbymans français, le parquet de la province de Mendoza avait décidé de les remettre en liberté, lundi 12 août, tout en les plaçant sous contrôle judiciaire, les obligeant à rester Argentine.

Les avocats de la plaignante avaient déposé, lundi, une demande de récusation des procureurs chargés de l’enquête pour, selon eux, « violence mentale et manque d’objectivité ».

La Fédération française de rugby (FFR) a salué mardi « avec satisfaction » le retour en France des joueurs, une « nouvelle avancée vers la vérité judiciaire des faits ».

La demande du ministère public, annoncée vendredi « pour doute ou faute de preuves », sera examinée lors d’une audience fixée au 18 octobre.

Le ministère public de Mendoza, en Argentine, s’est prononcé en faveur d’un non-lieu, vendredi 4 octobre, dans l’affaire des deux rugbymen français accusés de viol aggravé, dans la nuit du 6 au 7 juillet, alors que le XV de France venait de disputer un match test contre l’équipe d’Argentine.

La demande de non-lieu du parquet, « pour doute ou faute de preuves », doit être examinée lors d’une audience fixée au 18 octobre à laquelle les rugbymen pourront assister de manière virtuelle, confirme au Monde Martin Ahumada, porte-parole du parquet de Mendoza.

L’un des avocats argentins des deux rugbymen français, Me Rafael Cuneo Libarona, reçoit la demande du ministère public « avec satisfaction ». « Il faut beaucoup protéger les femmes, les femmes argentines et du monde entier. Mais je crois qu’il faut aussi protéger les hommes qui souffrent de fausses accusations », affirme-t-il au Monde, clamant l’innocence et « le courage » de ses clients.

La justice argentine, qui a prononcé l'abandon des poursuites pour viol contre Oscar Jégou et Hugo Auradou, rééxamine le dossier après l'appel de la plaignante. La décision a été mise en délibéré.

Après cinq mois d'instruction, la juge en charge du dossier avait abandonné les poursuites à l'encontre des deux rugbymen du XV de France, poursuivis pour viol aggravé suite aux accusations d'une femme de 39 ans.

Le 10 décembre, la plaignante avait fait appel de cette décision, assurant, par la voix de son avocate, Me Natacha Romano, qu'elle irait au bout des recours judiciaires contre ce non-lieu.

La décision en appel sur le non-lieu a été mise en délibéré lundi sans date précise communiquée, ont indiqué les avocats des parties à l'issue de l'audience à Mendoza.

En décembre, en annonçant que sa cliente faisait appel de la décision de non-lieu au bénéfice du deuxième ligne de la Section Paloise et du troisième ligne du Stade Rochelais, l'avocate de la plaignante avait déploré que tous les éléments n'aient pas été "pleinement évalués".

Depuis son dépôt de plainte en juillet, la plaignante, une Argentine âgée de 39 ans, mère de deux enfants, assure avoir été violée par Hugo Auradou et Oscar Jégou, après une rencontre en boîte de nuit, dans l'hôtel où résidaient des membres de l'équipe de France de rugby à Mendoza. Dans l'émission Envoyé Spécial, elle a confié avoir été "considérée comme un bout de viande".

Autorisés à rentrer en France début septembre, Oscar Jégou et Hugo Auradou ont retrouvé le terrain avec leurs clubs respectifs : le Stade Rochelais et la Section Paloise.

La justice argentine a rejeté l'appel de la plaignante dans l'affaire Auradou-Jegou ce mardi 18 février. Les deux rugbymen, poursuivis pour viol aggravé, avaient bénéficié d'un premier non-lieu en décembre. L'avocate de la plaignante a annoncé un nouveau recours.

Deux joueurs de la Section Paloise sont sur la feuille de match du XV de France pour le premier match du Tournoi des Six Nations contre l'Irlande ce jeudi. L'ailier Théo Attissogbe sera titulaire, le 2e ligne Hugo Auradou remplaçant.

Fabien Galthié, le sélectionneur du XV de France, a dévoilé ce mercredi les 42 joueurs retenus pour la préparation de la tournée de novembre. Avec six joueurs de la Section Paloise : Hugo Auradou, Thomas Laclayat, Jimi Maximin, Fabien Brau-Boirie, Émilien Gailleton et Aaron Grandidier-Nkanang.

Témoignage de la plaignante

Dans un extrait d’une émission « Envoyé Spécial » publié mardi sur les réseaux sociaux, avant sa diffusion intégrale, le 12 septembre sur France 2, la plaignante raconte pour la première fois à la presse française sa version de la nuit du 6 au 7 juillet, où elle a rencontré Hugo Auradou dans une boîte de nuit à Mendoza. « Quand il m’a proposé d’aller boire quelque chose dans son hôtel, j’ai dit oui », a-t-elle déclaré dans des messages vocaux envoyés aux journalistes.

Elle a ensuite expliqué qu’une fois arrivée dans la chambre d’hôtel elle aurait demandé à partir. Mais Hugo Auradou l’en aurait empêché : « Il m’a attrapé le cou. Il m’a mise sur le lit. Il m’a déshabillée comme une brute. Il m’a tirée hors du lit alors que j’étais nue et il m’a soulevée par le cou, à tel point que je n’avais plus d’oxygène. J’ai essayé de réagir en le giflant. Au lieu de l’arrêter, cette gifle l’a incité à continuer. »

Selon la plaignante, Oscar Jegou est ensuite entré dans la chambre. Après avoir cru que le joueur allait l’aider, elle a expliqué qu’il « a abusé [d’elle] ». « A ce moment-là, j’étais aphone. Je ne pouvais pas crier car j’avais les cordes vocales abîmées. Le blond m’a abusée sexuellement une fois. C’était sans préservatif, a-t-elle déclaré, ajoutant : Ils m’ont brutalisée et considérée comme un morceau de viande. »

« Tout le monde me demande aujourd’hui : “La porte était ouverte, pourquoi tu n’es pas sortie ?” Je ne pouvais pas sortir, parce qu’Hugo restait toujours autour de moi. J’ai préféré me laisser faire après tous les coups que j’avais reçus. Si cela n’était pas le cas, je ne serais peut-être pas en vie aujourd’hui », a-t-elle poursuivi, avant de lister ses blessures, joignant des photos à l’appui.

Lors de la publication d’images similaires dans la presse argentine la semaine dernière, Me Antoine Vey, avocat français des joueurs, avait rappelé que l’enquête « a établi postérieurement que la plaignante avait caché à la justice qu’elle était atteinte de la maladie de Willebrand », une pathologie hémorragique, trouble de la coagulation, qui peut prédisposer aux ecchymoses ou saignements. Ce à quoi a répondu la plaignante : « Tout cela n’a rien à voir avec ma maladie. Nous allons demander une expertise judiciaire pour le démontrer. »

Réactions et conséquences

Mais "l'affaire Auradou-Jégou" a provoqué une onde de choc dans le rugby français : une introspection sur le cadre de vie et les "3e mi-temps", et des sentiments divergents chez les supporters.

Pour preuve, Oscar Jégou et de Hugo Auradou ont été sifflés par une partie du stade lors de leur entrée en jeu pour le match France -Pays-de-Galles vendredi 31 janvier.

Interrogé sur d’éventuelles poursuites ultérieures contre la plaignante, Me Cuneo Libarona a répondu : « On y réfléchit beaucoup. » Il a ajouté qu’il y serait personnellement favorable, une fois le non-lieu examiné. « Quand tout cela sera fini, on va l’analyser avec les familles [des joueurs] et eux décideront. » « Nous vivons une époque très sensible qu’il faut respecter (…), mais il ne faut pas abuser de ces situations », a-t-il commenté.

Chronologie des événements

Date Événement
6-7 juillet 2024 Faits présumés d'agression sexuelle à Mendoza.
8 juillet 2024 Arrestation d'Oscar Jegou et Hugo Auradou.
17 juillet 2024 Placement en résidence surveillée à Mendoza.
12 août 2024 Libération des joueurs, obligation de rester en Argentine.
3 septembre 2024 Autorisation de quitter le territoire argentin.
4 octobre 2024 Le parquet se prononce en faveur d’un non-lieu.
18 février 2025 La justice argentine rejette l'appel de la plaignante.

Affaire Auradou-Jegou : la justice relève des contradictions dans le récit de la plaignante

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